L’enseignement de l’italien en France

Il y a cinq cents ans décédait Léonard de Vinci. Mais la célébration que la France prépare avec l’Italie survient alors que le transformation Blanquer assène un dur coup à l’enseignement de l’italien, déplore un collectif d’universitaires dans une tribune au « Monde ».

Tribune. On nous annonce que le 2 mai le président de la République française recevra à Amboise M. Sergio Mattarella, président de la République italienne, pour commémorer le cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci (1452-1519). On peut certes voir là un geste d’apaisement entre France et Italie, après ces derniers mois tumultueux. Si ce n’est que, en même temps que s’annoncent ces festivités, le ministre de l’éducation nationale aménage de son côté l’asphyxie de l’enseignement de l’italien en France.

En deux ans, M. Blanquer a partagé par deux le nombre de postes à l’agrégation externe d’italien avec, en 2019, un nombre insignifiant, sinon humiliant, de cinq postes, tandis que le capes passe amplement sous la barre des vingt postes (contre vingt-huit en 2018 et trente-cinq ou plus les années précédentes), alors même que non uniquement la demande dans l’enseignement secondaire ne décroît pas mais que des cohortes d’étudiants commencent l’italien à l’université (plus de mille à Aix-Marseille, Montpellier, Paris-I, Toulouse, etc.) faute de n’avoir pu l’adopter au collège ou au lycée !

La réforme Blanquer, qui détruit le coefficient de la LV3 (désormais LVC) pour nos très nombreux élèves, assène un coup mortel à l’enseignement de l’italien en France alors que l’Italie reste le deuxième partenaire commercial de la France, offrant de vraies visions sur le marché de l’emploi.

Claude Hagège, Thomas Dutronc, Julie Gayet

Geste d’atténuation ou mascarade politique ? Plusieurs personnalités du monde de l’art et de la culture, comédiens, écrivains, journalistes et intellectuels, comme Jeanne Balibar, Andrea Camilleri, Luciano Canfora, Emma Dante, Gérard Darmon, Thomas Dutronc, Julie Gayet, Stéphane Guillon, Claude Hagège, Michel Pastoureau, Ernest Pignon-Ernest, etc. ont signé notre appel en ligne pour que l’amitié franco-italienne soit une réalité politique, pour que le nombre de postes aux concours retrouve sa dignité nationale, et pour que l’enseignement de l’italien soit appuyé comme enseignement de spécialité avec des moyens spécifiques.

Dira-t-on, le 2 mai, qu’il existe des départements français entiers où aucun établissement public du secondaire n’offre pas l’enseignement de l’italien ? Célébrera-t-on Léonard de Vinci au mépris de la langue de Dante, de Machiavel, de Galilée, de Verdi ou d’Umberto Eco ? Se recueillera-t-on sur la tombe du « génie » en songeant que l’on tente d’effacer subrepticement dans les couloirs d’un ministère une partie de notre richesse et de notre histoire communes ? Chantera-t-on l’amitié fraternelle de nos deux nations quoique que M. Blanquer concocte son sinistre fratricide ?