Le scénario optimiste de sortie de crise du gouvernement sème le doute chez les économistes

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire, au ministère de l’économie et des finances de Bercy à Paris, le 15 février 2021.

« La prospérité est au coin de la rue », assurait le président Herbert Hoover en 1929, alors que les Etats-Unis sombraient dans la dépression. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, promet, lui, un rebond vigoureux au sortir de la crise sanitaire. « Je vous dis que c’est une affaire de quelques mois. Je ne peux pas vous dire au mois près si ce sera au mois de juillet, au mois d’août, au mois de septembre, mais regardez la situation actuelle. Aujourd’hui, l’économie française tourne à 95 % », a-t-il affirmé sur RTL, dimanche 4 avril. « Regardez nos résultats à la sortie du premier confinement : nous avons eu 18 % de croissance au troisième trimestre, le taux le plus élevé de l’Union européenne !, avait-il indiqué un peu plus tôt dans un entretien au Journal du dimanche. Croyez-moi, nos fondamentaux sont solides ; nous saurons rebondir. »

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L’histoire des crises est parsemée de petites phrases malheureuses passées à la postérité, à l’image du « contre le chômage, on a tout essayé », prononcé par François Mitterand en 1993. Mais la crise du Covid-19 n’est pas comme les autres. « Bruno Le Maire a raison de prendre ce risque, explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP. Les Français sont très inquiets de la situation économique, mais une majorité d’entre eux font confiance au gouvernement pour aider les entreprises en difficulté. Cela n’était pas du tout le cas en 2009, par exemple. » Absorbés par l’épidémie, les Français, pourtant si sévères face aux promesses non tenues de l’exécutif sur le plan sanitaire, ne lui tiennent pas rigueur quand il jure que l’économie va « reprendre de la vivacité, des couleurs » et produire « de belles performances d’ici à la fin de l’année 2021 », comme l’a dit Bruno Le Maire dimanche.

A court terme, toutefois, lesnouvelles mesures de fermeturedes écoles et des commerces non essentiels ont contraint Bercy à revoir ses prévisions pour l’année en cours. La croissance, estimée jusqu’alors à 6 %, est ramenée à 5 %, tandis que le déficit devrait atteindre 9 % du PIB, soit un demi-point de plus que prévu. La dette grimpera à 118 % du PIB, contre 115 % attendus initialement.

Reprise similaire à celle des Années folles ?

S’il préoccupe moins les Français que la vaccination, le calendrier de la reprise de l’activité fait toutefois l’objet d’un vrai débat. Des doutes subsistent sur l’aptitude du pays à rebondir dès cet été, ainsi que sur l’ampleur des dommages non visibles subis par l’économie. L’activité sera-t-elle revenue à la normale au troisième trimestre ? « Ce n’est pas du tout certain, juge Patrick Artus, économiste chez Natixis. Il y aura sans doute encore beaucoup de restrictions au tourisme, par exemple, en particulier si les variants continuent de se diffuser. » Même son de cloche dans l’opposition. « Je ne crois pas à un scénario où, une fois l’écueil [du confinement] passé, la situation économique s’arrangera subitement, affirme le député La France insoumise (LFI) Eric Coquerel. La courbe du chômage ne va pas redescendre aussi vite qu’elle est montée. »

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