Le harcèlement moral et sexuel tarde à déserter les agences de publicité

Le secteur de la publicité n’a pas été exempt de révélations sur le sexisme, le harcèlement moral et sexuel, du fait des paroles et comportements inappropriés qui y règnent parfois. Il se devait donc de procéder à son examen de conscience. Ce pourrait être chose faite avec la publication, mercredi 14 avril, du premier « baromètre destiné à mesurer les faits de harcèlement en agence ».

Etabli à l’initiative de l’association Les Lionnes, créée en 2019 pour veiller aux droits des femmes dans la publicité et la communication, de concert avec l’Association des agences-conseils en communication (AACC, premier syndicat professionnel du secteur), il s’appuie sur une consultation en ligne menée auprès de 3 002 personnes par l’institut de sondages OpinionWay.

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Première étude sectorielle de ce genre, selon Bertille Toledano, présidente par intérim de l’AACC avec David Leclabart et patronne de l’agence BETC, ce baromètre « constitue un point zéro ». « Il nous permet de purger le passé, mais aussi de nous situer dans une démarche de progrès. L’important, c’est d’avoir un objectif de vérité. »

Exercices et sessions de formation

Dans ce milieu majoritairement féminin (60 %), où sept réponses sur dix ont été apportées par des femmes, 60 % des sondés affirment avoir été témoins d’au moins un fait de harcèlement ou d’agression en agence au cours de leur carrière (32 % dans leur agence actuelle). Près de la moitié (47 %) se sont abstenues de les signaler, par peur des conséquences. Elles sont également 47 % à avoir elles-mêmes subi des situations intolérables : 38 % de harcèlement moral, 24 % de harcèlement sexuel d’ambiance, et 9 % de harcèlement sexuel (13 % en 2020).

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« Ces résultats ne sont pas une surprise pour nous, reconnaît Julie Régis, la présidente des Lionnes. Ils correspondent à ce que l’on constatait dans nos vécus individuels et dans les cas qui nous remontaient. » Pour faire évoluer favorablement la situation, l’information ne suffira pas, ajoute David Leclabart, dirigeant de l’agence Australie, qui préconise exercices et sessions de formation « pour les équipes, les RH et les dirigeants » eux-mêmes.

Alors que les commanditaires de cette étude estiment que « les résultats démontrent dans l’ensemble une évolution positive de ces sujets ces trois dernières années », le doute subsiste dans certains esprits quant à la solidité de la démarche. A commencer par celui de l’animatrice du compte Instagram @balancetonagency, créé à l’automne 2020 et suivi par plus de 71 000 personnes. C’est sur la base des témoignages relayés trois jours durant sur ce compte que Laurent Habib, fondateur et président de l’agence Babel, a démissionné de la présidence de l’AACC, le 13 octobre 2020.

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