La loi Pacte a convoqué la question du partage de la valeur dans les entreprises

Le 22 mai, la loi Pacte aura trois ans. Son objectif était de faciliter la croissance par la transformation des entreprises, notamment en renforçant l’attractivité de toute forme d’investissement des salariés dans l’entreprise : par l’intéressement, la participation, l’épargne et l’actionnariat salarial. Qu’a-t-elle changé dans les entreprises ? Des DRH issus du monde de l’industrie, de l’assurance et du conseil se sont réunis mardi 10 mai, à Paris, pour en débattre, dans le cadre des Rencontres RH, le rendez-vous mensuel de l’actualité du management créé par Le Monde, en partenariat avec ManpowerGroup.

« La France est un pays original au niveau mondial sur l’actionnariat salarié, avec une proportion de salariés qui possèdent une part du capital deux fois plus élevée que dans le reste des pays européens », a introduit Kevin Levillain, enseignant-chercheur en sciences de gestion, à Mines ParisTech.

L’actionnariat salarié est très répandu en Europe : 94 % des grandes entreprises européennes le proposent, selon le rapport 2021 de la Fédération européenne de l’actionnariat salarié. « Les études ont montré qu’avoir un actionnariat salarié permet d’avoir une gouvernance plus équilibrée et une compétence plus proche de l’activité. La loi Pacte a voulu rendre le dispositif plus attractif pour l’employeur comme pour le salarié dans son volet “Mieux partager la valeur”. Notre hypothèse est que l’actionnariat salarié soit un levier pour créer du collectif », explique M. Levillain.

Renforcer l’engagement, faute de fidéliser

Présenté dans la loi Pacte comme un élément de fidélisation puisque le niveau de décote du prix de l’action varie en fonction de la durée d’engagement des salariés, l’actionnariat salarié a plutôt été perçu par les DRH comme un « instrument d’engagement » des collaborateurs. « Rémy Cointreau est un groupe familial coté au SBF 120. Nous avons mis en place l’actionnariat salarié en 2021. Le taux de souscription des salariés a été de 77 %. Ce qui nous a confortés dans l’idée qu’il y avait une véritable attente », témoigne Marc-Henri Bernard, le DRH du groupe.

L’alcoolier a réservé des actions aux salariés qui sont en France, dans le cadre d’une augmentation de capital inscrite dans le plan de transformation de la société d’ici à 2030. « On a défini un plan stratégique à dix ans. L’actionnariat salarié donne une perspective aux collaborateurs. C’est un instrument d’engagement plus que de fidélisation des salariés, qui deviennent propriétaires de parts dans un fonds commun de placement. L’actionnariat salarié change les relations interprofessionnelles, car on est tous intéressés par la performance de l’entreprise. C’est un vecteur de pédagogie et d’explication de la stratégie », estime Marc-Henri Bernard.

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