« La légalisation récréative du cannabis, ça n’empêche pas le travail »

Chronique. Il y a cinq ans, même s’il n’avait pas pris clairement position, Emmanuel Macron représentait un espoir pour les partisans de la légalisation du cannabis. Il est la « personnalité de l’année 2022 » pour le magazine La Revue du vin de France, distingué pour « son engagement constant en faveur du vin », cet autre psychotrope. La politique gouvernementale est donc restée figée dans une prohibition du cannabis que revendiquent la plupart des candidats des droites à la présidentielle.

A l’inverse, preuve que, sur les questions sociétales, le clivage gauche droite reste fort, les candidats des gauches sont, dans leur majorité, favorables à une évolution. Les deux principaux en lice – Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) – proposent une forme de légalisation de la consommation récréative. Cette dernière est en marche en Europe : Malte a franchi le pas en décembre 2021, le Luxembourg très bientôt, l’Espagne pourrait encore plus libéraliser sa législation, et surtout, la légalisation figure dans l’accord de la coalition allemande.

Augmentation des accidents du travail

Un des arguments des adversaires de la légalisation récréative concerne le travail et l’emploi. Une accumulation de travaux académiques de différentes disciplines ont établi que la consommation de cannabis est associée à une altération de la concentration et de la motivation, qui se traduirait par une augmentation des accidents du travail et une moindre productivité. Elles seraient moins marquées si la consommation s’effectue après le travail.

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Une critique récurrente de ces résultats est que les consommateurs peuvent présenter au préalable des caractéristiques qui expliquent à la fois consommation et moindres performances individuelles. Les rares études de panels, qui corrigent ce biais des caractéristiques individuelles, trouvent d’ailleurs des effets, certes négatifs sur la concentration mais statistiquement peu significatifs. Mais au total, ces travaux ne disent rien de l’impact d’une politique de légalisation.

Moins de congés maladie

Les légalisations des dernières années dans certains Etats américains offrent en revanche des expériences naturelles comparées. Des économistes américains ont ainsi montré que les indemnités journalières maladie/accidents perçues par les usagers de 40 à 62 ans étaient moins fréquentes et leur montant diminué d’un cinquième après légalisation ; plus surprenant encore, les accidents non traumatiques seraient moins fréquents (« Does Marijuana Legalization Affect Work Capacity ? Evidence from Workers’Compensation Benefits », Rahi Abouk, Keshar M. Ghimire, Johanna Catherine Maclean et David Powell, NBER Working Paper n° 28471, février 2021). Les auteurs expliquent ces résultats par l’effet thérapeutique du cannabis et observent une substitution aux antidouleurs, légaux ou non, qui peuvent altérer la concentration des travailleurs encore plus que le cannabis.

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