Hyperconnexions : fixer la loi commune

« Déconnexion technique ne signifie ni fin du travail sur écran (clé USB) ni déconnexion intellectuelle : quand une idée nous travaille, nos neurones n’en font qu’à leur tête.»

Droit social. Depuis la démocratisation du télétravail au domicile liée à la crise sanitaire, la question de la surconnexion est devenue centrale, avec la suppression des frontières géographiques et temporelles entre vie privée et vie professionnelle. Et le fameux « Always on ! » (« toujours prêt ») : une calamité personnelle mais aussi familiale, et un désastre professionnel (risques psychosociaux ou burn-out, mais aussi conséquences sur la qualité du travail).

Comme d’autres « droits à », notre « droit à la déconnexion », né le 8 août 2016, est devenu un mot-valise facile à évoquer pour les « yakafokon », mais plus compliqué à mettre en œuvre dans un monde désormais connecté, en particulier pour les jeunes générations vivant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur leurs réseaux sociaux… y compris sur leur temps de travail.

L’axiome selon lequel la surconnexion ne peut être que le résultat d’une pression patronale, est aussi un peu court : il existe les techniques « Parapluie », « Patate chaude », « Moi, Je », etc. Alors pour éviter d’associer l’inutile au désagréable pour des télétravailleurs ravis de leurs nouvelles marges de manœuvre, il s’agit moins de penser « droit à » que « droit de » se déconnecter, dans le respect des règles d’ordre public (ex : 11 heures de repos journalier).

Lire l’éditorial du « Monde » : Mesurer les effets du télétravail

Mais se déconnecter… de quoi au juste ? Les confinements successifs ont multiplié les canaux de télécommunications : courriels et textos, mais aussi conférences téléphoniques et autres visioconférences. Sans parler des organisations créées à l’insu de l’entreprise : combien d’équipes tournent aujourd’hui grâce à leur groupe WhatsApp ? Alors couper l’accès aux serveurs à 19 h 30 permet certes de se protéger juridiquement…

Harcèlement managérial

Se déconnecter de qui ? Car courriels et autres SMS ne proviennent pas seulement de l’employeur ou des collègues, mais parfois aussi de clients pressés ou de fournisseurs exigeants, pour lesquels, sans même parler de fuseaux horaires, le respect des temps de repos du destinataire n’est pas la préoccupation principale.

Enfin déconnexion technique ne signifie ni fin du travail sur écran (clé USB) ni déconnexion intellectuelle : quand une idée nous « travaille », nos neurones n’en font qu’à leur tête.

A l’instar du télétravail, l’hyperconnexion est un phénomène individuel percutant frontalement le collectif… certaines organisations défaillantes réussissant cependant à tourner par ce biais. Elle est par ailleurs contagieuse, a fortiori si elle est le fait de dirigeants. Mais s’ils ne s’en préoccupent pas, le réveil pourrait être brutal.

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