Handicap : la Suède mise sur l’emploi accompagné et fait mieux que ses voisins

Campagne pour l’inclusion des personnes handicapées lancée par le Pôle emploi suédois.
Campagne pour l’inclusion des personnes handicapées lancée par le Pôle emploi suédois. Capture écran Arbetsförmedlingen

Vêtue d’un chemisier et d’une jupe noirs, Hélène Barnekow pose debout, de profil. Le cliché de la patronne de Microsoft Suède aurait pu figurer sur la couverture d’un magazine financier. A un détail près : le photomontage montre des prothèses métalliques, au lieu de ses jambes, dans ses escarpins à talons. En haut de la photo, une question : « Aurait-elle pu diriger une grande entreprise ? » − sous-entendu : avec un handicap.

Depuis septembre, l’image orne les murs du métro stockholmois, avec d’autres du même genre, mettant en scène un artiste, la rédactrice en chef de magazines féminins, le fondateur d’une start-up… La campagne, organisée par Arbetsförmedlingen, le Pôle emploi suédois, a suscité la polémique. Responsable des relations avec les employeurs, Malin Blomgren, assume : « Trop souvent encore, on ne voit pas la personne ou ses compétences, mais seulement le handicap. »

Miser sur l’inclusion

Sur le papier, pourtant, la Suède est plutôt bien positionnée en matière d’insertion professionnelle. Selon un récent rapport, 12 % de la population du royaume, âgée de 16 à 64 ans, souffre d’un handicap, soit 750 000 personnes. En 2018, 63 % d’entre elles occupaient un emploi. Une partie de ces relativement bons résultats, comparés à d’autres pays, s’explique par « la mobilisation intervenue ici très tôt, dès les années 1980 », rappelle Johanna Gustafsson, chercheuse en sciences du handicap à l’université d’Örebro.

« Il n’est plus question de former une personne, en espérant qu’elle décroche un emploi, mais de lui trouver un travail et de faire les adaptations. » Johanna Gustafsson, chercheure

Depuis, l’objectif n’a pas changé : « Nous avons opté pour un modèle qui vise à inclure ces personnes au sein de la société, que ce soit les enfants, qui restent vivre avec leurs parents et vont à l’école, et les adultes, qui doivent contribuer, dans la limite de leur capacité », résume Malin Blomgren.

Dans un premier temps, la Suède mise sur l’emploi subventionné, souvent en milieu protégé, avant d’adopter le concept d’emploi accompagné, venu du continent nord-américain, et dont les résultats sont « beaucoup plus satisfaisants », selon Johanna Gustafsson : « Il n’est plus question de former une personne, en espérant qu’elle puisse décrocher un emploi, mais de lui trouver directement un travail et de faire les adaptations nécessaires. »

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Ainsi, l’Arbetsförmedlingen propose différents types de soutien aux entreprises, allant du financement de travaux ou de matériels, à l’accompagnement personnalisé en début de contrat. En parallèle, les entreprises peuvent continuer à toucher des aides pour financer les salaires.