Guides, extras de l’événementiel, saisonniers : « Vous cherchez quelqu’un qui a touché les 900 euros ? Bon courage ! »

Des employés de la restauration événementielle manifestent devant l’Hôtel de Ville de Paris, le 24 juin.

C’est un rassemblement comme ils ont en fait des dizaines déjà, depuis dix mois. Ce mardi 12 janvier, extras de la restauration, de l’événementiel, guides-conférenciers, saisonniers, tous ces intermittents qui équilibraient leurs revenus annuels entre mois fastes de travail et mois de disette indemnisés par Pôle emploi, se sont retrouvés pour manifester devant le ministère du travail, à Paris.

« Nous vivons une catastrophe complète et rien n’est fait pour nous aider », résumait Danielle, guide-conférencière de 57 ans, chapeau de laine vissé jusqu’aux sourcils. Ceux qui avaient bravé la pluie et le froid pour ce rassemblement décrivaient la lente descente aux enfers des derniers mois, à regarder se rapprocher la date fatidique de la fin de leurs droits aux allocations-chômage, et s’éloigner l’espoir d’une reprise rapide d’activité.

« Depuis le premier confinement, je n’ai travaillé qu’une seule journée, en décembre, une animation pour vendre du champagne dans un supermarché », souligne Danielle, qui faisait jusqu’ici partie de ces guides qui vivaient bien de leur métier. Elle vit désormais à Dieppe (Seine-Maritime) chez son ami, espérant un revenu de la mise en location de son appartement parisien. Autour d’elle, d’autres guides au profil similaire, des quinquagénaires polyglottes employés à la journée par des agences de voyage pour faire visiter Paris et ses musées aux touristes étrangers. « J’ai eu la chance que mes droits au chômage soient recalculés quelques mois avant le Covid, indique Danielle, mais c’est la loterie : une amie guide s’est retrouvée en fin de droits dès mars. Aujourd’hui, elle fait des ménages ! »

« Quatre mois de galère pour demander le RSA »

Derrière elle, il y a Nathalie, 36 ans, que Le Monde avait rencontrée en octobre. Maître d’hôtel dans l’événementiel, elle est en fin de droits depuis septembre. Ont suivi « quatre mois de galère pour demander le RSA » – une demande qui n’a toujours pas abouti. Cette mère célibataire d’un garçon de 2 ans et demi vit actuellement des 500 euros de loyer d’un studio dont elle est propriétaire et des 171 euros de prestation d’accueil du jeune enfant qu’elle touchera jusqu’aux 3 ans de son fils.

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Et les 900 euros d’aide annoncés par le gouvernement le 26 novembre pour les « permittents » qui enchaînent contrats courts et chômage ? « Si vous cherchez quelqu’un qui les a touchés, bon courage ! », rétorque Nathalie. On ne trouve personne en effet, et pour cause : le décret précisant les modalités de mise en œuvre de cette « prime exceptionnelle » n’a été publié que le 30 décembre. Son versement est prévu, sous certaines conditions, au titre des mois de novembre, décembre, janvier et février. « Je n’ai eu des nouvelles de Pôle emploi [chargé d’attribuer la prime] à ce sujet qu’il y a une semaine ! déplore Ariane, 50 ans, maître d’hôtel en fin de droits depuis septembre. C’est ainsi que j’ai appris qu’il fallait avoir travaillé 138 jours en 2019 pour y avoir droit. Sur ce critère, dans mon métier, on est perdant : on fait souvent des doubles journées avec beaucoup d’heures sur peu de jours. Avec 105 jours travaillés en 2019, je ne vais rien toucher. »

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