En Inde, le désenchantement de la jeunesse diplômée

En Inde, le désenchantement de la jeunesse diplômée

Des membres de l’Union nationale des étudiants de l’Inde franchissent des barricades lors d’une manifestation liée à l’éducation et au chômage, à Bhubaneswar, le 13 mars 2024.

Neelam Azad est en prison et sans doute pour longtemps. Le 13 décembre 2023, cette trentenaire, diplômée au prix de durs efforts de ses parents agriculteurs, s’est introduite dans le Parlement indien avec cinq acolytes, allumant des fumigènes jaune rougeâtre, en pleine cession de la Chambre basse, le jour de la commémoration des vingt-deux ans de l’attaque terroriste contre le Parlement, en 2001, qui avait fait quatorze morts.

« Je suis une personne normale, une étudiante et une personne sans emploi », s’est-elle écriée lors de son arrestation. Son coup d’éclat était destiné à alerter sur le fléau du chômage des jeunes qui sévit, depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, du premier ministre, Narendra Modi. Voilà des mois qu’elle ne parvenait pas à trouver d’emploi, malgré son bagage. La « jobless » (« sans emploi ») est originaire de l’Haryana, une région agricole située entre New Delhi et le Pendjab, connue pour être l’Etat indien présentant le taux de chômage le plus élevé de l’Inde.

Quatre mois ont passé et, dans son district de Jind, écrasé par la chaleur de la fin d’avril, l’atmosphère transpire la frustration et la colère, alors que l’Inde a commencé à voter pour les élections générales, qui se tiendront jusqu’au 1er juin. La question du chômage de masse des jeunes et des femmes, dont le taux d’activité est ridiculement bas, autour de 30 %, risque de peser lourdement dans le bilan de Narendra Modi, le premier ministre sortant en quête d’un troisième mandat successif. D’autant qu’à son arrivée au pouvoir, le nationaliste hindou avait promis de créer vingt millions d’emplois par an.

Dans l’Haryana, l’agriculture traditionnelle ne suffit plus à nourrir les familles, et les industries manquent pour offrir des possibilités à une jeunesse qui aspire à des emplois qualifiés. « C’est le désespoir qui a poussé Neelam Azad à agir. Elle a mis en lumière la souffrance des jeunes et l’indifférence du gouvernement qui ne cesse de réduire les emplois publics. Même les instituteurs ne sont plus remplacés et les écoles ferment les unes après les autres », s’emporte Azad Palwa, 52 ans, le leader d’un groupe de paysans en grève devant la mairie d’Uchana, depuis dix-sept mois. Ils demandent au gouvernement des prix minimums garantis sur leurs récoltes et l’effacement de leur dette : « Le chômage est un drame, 1,45 million de jeunes de l’Haryana ont postulé à quelques milliers de postes de police, en 2023. Ici, les seuls jobs disponibles dans le privé sont dans l’agroalimentaire, mais les jeunes ne sont pas formés pour ces postes. »

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LJD

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