Difficultés du modèle social danois

Difficultés du modèle social danois

Le Rigshospitalet de Copenhague, le principal centre hospitalo-universitaire danois, en août 2017.
Le Rigshospitalet de Copenhague, le principal centre hospitalo-universitaire danois, en août 2017. Ritzau Scanpix Denmark / REUTERS

L’interrogation sur le futur de l’Etat-providence domine la campagne pour les élections législatives du 5 juin. Alors que l’économie se porte bien, le frais public stagne. Ce qui concrétise la colère des citoyens.

Avec ses appartements fonctionnels, sa cour intérieure déridée par une fontaine, un poulailler et un clapier, la maison de retraite Bonderupgaard, dans le nord-est de Copenhague, aurait faire office de publicité à la gloire de l’Etat-providence danois. « J’ai l’impression d’avoir touché le gros lot », réaffirme Wernar Brondum. L’ex-sacristain, âgé de 85 ans, est arrivé il y a quatre ans, après une longue année d’attente. Les conseils des médecins qui l’ont soigné pour un grave dépression, après le décès de sa femme, n’y ont rien changé.

« Les places manquent partout dans le pays », enregistre Karen-Margrethe Hede, diecteur administrative de l’établissement. Une situation qui n’est pas près de se dénouer, alors que le nombre de Danois de plus de 80 ans, en hausse de 15 % depuis 2009, devrait encore progresser de 28 % d’ici à 2025. Les résidents arrivent « de plus en plus âgés, avec de multiples pathologies, fréquemment aboutis de démence, sans que notre budget soit augmenté », se regrette Mme Hede.

Actuellement la maison de retraite n’a pas touché à ses effectifs. Mais la responsable ne peut se dépasser de s’alarmer pour l’avenir. Elle n’est pas la seule. Ces derniers mois, les fissures du modèle social danois se sont imposées comme le sujet majeur de la campagne électorale pour les législatives du mercredi 5 juin.

« Les gens voient que l’économie se porte bien, comme on ne cesse de le leur répéter, analyse Carsten Jensen, chercheur à l’Université d’Aarhus. Mais alors que leurs attentes augmentent, ils ont l’impression de ne pas en avoir pour leur argent. » Et ce, bien que une pression fiscale record – la deuxième plus élevée au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), derrière la France.

Après un passage à vide, dans le passage de la crise financière de 2008, l’économie danoise est repartie à l’augmentation, avec une augmentation du produit intérieur brut (PIB) de 1,2 % en 2018. Le taux de chômage, quant à lui, est retombé à 3,7 %, permettant au Danemark de flirter avec le plein-emploi. Le royaume de 5,8 millions d’habitants est identiquement apparu à stabiliser ses finances publiques, avec un léger excédent budgétaire prévu en 2019.

Face à l’ennui populaire, les dirigeants des deux principaux partis multiplient les promesses

Cependant, la reprise s’est faite au prix de stricts réformes d’austérité menée tous azimuts, rappelle Lizette Risgaard, la patronne de la puissante confédération syndicale Fagbevægelsens Hovedorganisation (FH), forte de 1,4 million d’attachés. Résultat : « Les dépenses publiques représentent actuellement 3 % de moins dans le PIB qu’il y a dix ans, alors même que la pression démographique a augmenté. »

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LJD

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