Dialogue social connecté: directions et syndicats cherchent leurs marques

En matière de relations sociales aussi, il y aura un avant et un après-Covid-19. Depuis le premier confinement de mars, de nombreux freins ont été levés pour négocier en « virtuel ». Directions et syndicats se sont depuis retrouvés régulièrement, chacun derrière son écran, pour tenir les comités sociaux et économiques (CSE).

Ce mode de négociation partait quasiment de zéro : même « dans le cadre de nos travaux de 2019 relatifs à l’impact du numérique sur le dialogue social, rares étaient les exemples de digitalisation des réunions des instances du personnel, » rappelle Maud Stéphan, déléguée générale de Réalités du dialogue social (RDS), une association qui regroupe entreprises, structures publiques et organisations syndicales salariales et patronales. Mais elle en est persuadée : « Le numérique va continuer à s’ancrer dans les mœurs. »

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Un avis partagé par les partenaires sociaux. Elsa Martinez, chargée de mission à RDS, a mené une série d’entretiens en juin et juillet, dont il ressort que « 9 des 10 DRH interrogés souhaitent continuer à utiliser le digital dans leurs relations avec les instances représentatives du personnel (IRP). C’est également l’avis de 10 des 12 élus interrogés. »

Pas la même maîtrise des outils

Tout le monde reconnaît l’efficacité des réunions à distance, qui donnent lieu à moins de théâtralité et de digressions, et leur plus grande réactivité (il est possible de tenir plus de réunions et plus souvent). Sibylle Quéré-Becker, directrice du développement social d’Axa France, souligne « la qualité d’écoute et le respect dans la prise de parole ». Autre atout, le numérique permet la participation de membres de la direction, comme le PDG ou le DRH monde, souvent contraints par le temps. « Cela peut être un facteur de valorisation du dialogue social », estime Gilles Lécuelle, secrétaire national chargé du dialogue social à la CFE-CGC.

Mais directions et syndicats s’accordent aussi sur les difficultés rencontrées – tout le monde n’a pas la même maîtrise des outils – et la fatigue, voire l’épuisement, liés à la densité des échanges lors de ces réunions. Et les relations en intersyndicale sont rendues beaucoup plus difficiles. « Avec le digital, c’est un pan du dialogue informel qui disparaît, regrette Jérôme Chemin, secrétaire général adjoint de la CFDT Cadres. On a l’habitude de se voir entre syndicats à la sortie de la réunion ou à la machine à café. »

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D’ailleurs personne ne veut du tout digital. « Les relations sociales restent un travail de proximité où le non-verbal est important, explique Eric Bousquet, directeur des relations sociales du groupe Orange. Nous devons, avec les organisations syndicales, trouver le juste équilibre entre le tout à distance et le tout présentiel. »

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