Deux ans après leur brutale diminution, les emplois aidés manquent à la vie sociale des quartiers

Voilà deux ans que le nombre d’emplois aidés, ces contrats en bonne partie financés par l’Etat et destinés à insérer des jeunes, des chômeurs et des personnes handicapées sur le marché de l’emploi, a été sèchement diminué par le gouvernement.

De 310 000, en 2017, il n’en est plus resté qu’un tiers les années suivantes, une perte de 180 000 emplois à forte utilité sociale, en renfort indispensable de l’action des associations (38 % des contrats) mais aussi de l’éducation nationale (10 %) et des collectivités locales.

Ce vaste plan social imposé par l’Etat, en 2017, qui a renvoyé chez eux des milliers de personnes dont beaucoup en situation de handicap, est cependant resté invisible, les dommages étant disséminés dans une myriade de structures qui ont dû, chacune dans son coin, se débrouiller pour survivre, quitte à réduire l’activité. Toute une série de renoncements qui a affecté la vie des personnes les plus fragiles et les quartiers déjà déshérités.

« Il rendait mille services »

Veronique Decker a achevé sa carrière dans l’éducation nationale comme directrice d’une grosse école, à Pantin (Seine-Saint-Denis) : « L’équipe s’était retrouvée le 31 août 2017, pour la prérentrée, et je reçois un coup de fil : Dites a vos deux employés de la vie scolaire, à vos deux assistants d’éducation et à la secrétaire de ne pas revenir demain, ils ne sont pas renouvelés. Avec cinq personnes en moins, qui peut croire qu’on fait tourner l’école de la même façon ? Et, pour moi, le triple de boulot. »

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Marie (prénom changé) dirige, elle, une école de deux classes, dans la région Centre-Val de Loire, sans emploi aidé depuis deux ans : « Ça s’est arrêté du jour au lendemain et j’ai hérité de huit heures de travail par semaine en plus. Le salarié qui m’avait aidée pendant trois ans avait un handicap cognitif léger qui affectait un peu sa parole mais pas son travail. Il rendait mille services, des tâches chronophages comme saisir les fiches de renseignements des élèves, pointer les livraisons de fournitures, réparer et couvrir les livres… On le sentait heureux à l’école. Aujourd’hui, il est chez lui et perçoit l’allocation adulte handicapé. »

« Bien sûr, j’ai été déçu de devoir partir, s’exclame un jeune éducateur, ancien emploi aidé à l’Etoile sportive de Trappes (Yvelines). J’adorais ce boulot, on faisait bien plus que du foot, on était les grands frères de ces gamins. »

« Effet d’aubaine »