Dans l’Eure, la reconversion verte de la « vallée de chou pourri »

Le site VPK Packaging d’Alizay (Eure), en 2015.

Dans les années 1970, un célèbre hebdomadaire satirique avait baptisé ce petit coin traversé par la Seine, entre les boucles de Val-de-Reuil et d’Elbeuf, la « vallée de chou pourri ». Allusion limpide, à défaut d’être poétique, aux nuisances olfactives qui empestaient la vie des habitants du village voisin d’Alizay (Eure) et même au-delà, et qui provenaient de l’usine de pâte textile, puis de papier, installée là depuis 1951.

En 2022, l’eau a coulé sous les ponts de la Seine, et le site a bien changé. Les émanations pestilentielles ont disparu, chassées par le vent mauvais de la désindustrialisation, emportant avec elles, en 1980, la Société industrielle de cellulose d’Alizay, son usine, sa haute cheminée et ses emplois. En contrebas du village d’Alizay, reconnaissable à sa magnifique mairie normande recouverte de colombages, le site industriel est en pleine mue, après des décennies de difficultés.

A l’image de ce qui s’est passé sur le site d’une autre papeterie emblématique, la Chapelle-Darblay, installée à une vingtaine de kilomètres de là, plusieurs repreneurs sont venus au fil des années, ont tenté de relancer la production et sont repartis. Dernier en date, le papetier thaïlandais Double A, qui produisait des ramettes pour nourrir les imprimantes de bureau. Un papier blanc comme neige, fabriqué à partir d’un matériau rien moins que durable : du bois venu de plantations d’eucalyptus du Brésil ou d’Asie du Sud-Est et acheminé en Europe. Le télétravail et le tout-numérique ont eu raison du business model du thaïlandais.

En accordéon

De nouveau en difficulté, le site a été racheté en 2021 par VPK Packaging, un groupe familial belge, créé en 1935 et devenu un géant européen de l’emballage, affichant un chiffre d’affaires de 1,75 milliard d’euros et comptant quelque soixante-dix usines dans vingt pays. L’entreprise, qui s’est engagée à préserver les 180 emplois menacés, arrive avec un projet bien dans l’air du temps : elle va fabriquer, à Alizay, du « papier pour ondulé », le matériau de base qui sert à fabriquer ensuite les cartons indispensables à la grande distribution ou aux géants du commerce en ligne. L’usine normande sera la tête de pont pour la fabrication des cartons innovants : grâce à leur conception en accordéon, ils permettent par exemple d’optimiser la taille et le poids des colis et de supprimer les produits de calage évitant que le contenu ne soit endommagé. Un marché qui, contrairement au papier bureautique, est en croissance continue et offre de belles perspectives.

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