Covid-19 : « Pour retrouver des salariés, les entreprises américaines ouvrent leur porte-monnaie »

Comme souvent aux Etats-Unis, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le 30 avril, nous observions dans cette chronique que la pénurie de main-d’œuvre se faisait à tel point sentir dans le pays que McDonald’s donnait des chèques aux candidats pour les inciter à venir postuler. L’oncle Ronald est allé plus loin, ce 13 mai, en annonçant une hausse générale des salaires dans les 650 restaurants qu’il détient en propre dans le pays. Et il a incité ses franchisés à faire de même.

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Le roi du burger manque de bras pour retourner ses steaks. Afin de trouver 10 000 employés supplémentaires, il ouvre donc son porte-monnaie. Le salaire d’embauche s’étagera désormais de 11 à 17 dollars de l’heure pour les employés de base, et de 15 à 20 dollars pour les manageurs. McDo n’est pas le seul à sortir les billets. La très populaire chaîne de cuisine mexicaine Chipotle a annoncé un salaire minimum d’embauche de 11 dollars, avec un objectif à 15 dollars en juillet.

Le phénomène gagne nombre d’autres secteurs. Amazon, qui cherche à embaucher 75 000 personnes, a annoncé un plancher horaire de 17 dollars. Et le géant de la grande distribution, Costco, de 15 dollars, le niveau minimum que le président, Joe Biden, souhaiterait voir appliquer à tout le pays. Pour l’instant, il est de 7,25 dollars au niveau fédéral, taux appliqué au Texas par exemple, mais de 11 dollars à New York ou Chicago.

Employés évaporés

Pourquoi cette hausse alors que le chômage n’est pas revenu à ses niveaux d’avant la crise sanitaire ? Pour la droite républicaine, c’est le niveau exceptionnel des aides des Etats et de Washington, par des systèmes d’indemnisation des chômeurs très généreux, qui en est la cause. Payés sans travailler jusqu’en septembre, les travailleurs ne se pressent pas pour décrocher un emploi aussi peu intéressant et mal payé.

Mais la hausse avait déjà commencé avant la crise sanitaire, du fait du retour au plein-emploi, avec des taux de chômage approchant des 3 %. De plus, avec le boom économique du redémarrage, soutenu par les colossaux plans de relance du gouvernement, l’activité reprend partout et multiplie les opportunités d’embauche dans d’autres secteurs.

Le phénomène gagnera-t-il l’Europe ? La pénurie s’installe dans les restaurants et pubs de Grande-Bretagne, où le secteur ne retrouve plus ses employés d’hier. Ils se sont évaporés, notamment les étrangers, repartis chez eux et qui constituaient plus de 20 % de cette main-d’œuvre. En France, la réouverture des restaurants le 19 mai sera un test, mais les tensions sur l’embauche apparaissent déjà. Reste à savoir ce que tout cela deviendra quand la bulle protectrice de l’Etat disparaîtra. Même chez McDo, il n’y a pas de repas gratuits.