« C’est le moment ou jamais pour des changements de vie » : quand des jeunes diplômés repensent leur avenir

Si quantité de jeunes adultes ont vécu les différents confinements comme des traumatismes, certains, majoritairement privilégiés et bien diplômés, y ont vu des occasions d’heureux rebonds. C’est le cas des « brécheurs » en quête de sens, inscrits aux programmes en ligne gratuits proposés par La Brèche – une communauté « pour les paumé.e.s qui veulent s’engouffrer dans le monde d’après tout de suite maintenant ». « Cette crise sanitaire, c’est le moment ou jamais pour des changements radicaux de vie », prône ainsi Aurore Le Bihan, l’une de ses fondatrices.

Bien sûr, les confinements n’ont pas provoqué à eux seuls l’envie d’une nouvelle vie. Plutôt qu’un révélateur, les brécheurs parlent d’un « accélérateur » – le contexte étant propice à l’introspection, à la mise à distance d’un quotidien souvent prenant. Les graines de la reconversion étaient déjà là : il a fallu les arroser collectivement.

« Ces jeunes représentent une certaine population, plutôt sans enfant, qui s’est retrouvée soit en télétravail soit au chômage partiel, et qui profite de ce moment pour avancer dans ses questionnements, analyse la sociologue du travail Ludivine Le Gros, rattachée au Conservatoire national des arts et métiers. Ceux-là évoquent une parenthèse enchantée. »

Un « boulot utile »

Depuis son lancement en juin 2020 par l’incubateur de projets sociaux Makesense, La Brèche compte près de 1 500 participants et plus d’une centaine de bénévoles « mobilisateurs ». Un public majoritairement féminin, âgé de 25 à 35 ans. A raison d’un courriel par jour et de réunions Zoom régulières, chacun s’offre deux semaines de réflexion pour « passer à l’action ». Au choix parmi les différentes thématiques : « Faire un job du monde d’après », « quitter la ville », « se déconstruire pour mieux bâtir ».

Horaires à rallonge, stress permanent, perte de sens… De nombreux diplômés, notamment de grandes écoles de commerce, témoignaient déjà, avant-crise, d’une forme de malaise, voire de mal-être, au travail. « Il y avait un terreau, et l’effet de groupe agit ici comme une réassurance, souligne Ludivine Le Gros, dont la thèse porte sur les reconversions des “élites managériales. Avec ce type de programmes, ils partagent des aspirations communes et se disent : je ne suis pas seul et je ne suis pas fou. »

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« Pour moi, c’était latent », confirme Elise Cappon, 31 ans. Diplômée d’un master de traduction à l’université de Toulouse-II, la jeune femme a vécu un burn-out juste avant le début de la crise sanitaire. Elle s’occupait, ces trois dernières années, du support informatique de clients anglophones et hispanophones. « J’avais une masse de boulot énorme, raconte-elle. Mon arrêt de travail a commencé le jour du premier confinement. Me retrouver chez moi m’a permis de réfléchir à ce à quoi j’aspirais. »

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