Construction immobilière : après deux années de chute historique, de timides signaux de reprise apparaissent

Sur le chantier de construction de nouveaux immeubles résidentiels à Bordeaux, le 14 janvier 2025.

Mi-novembre 2025, en plein débat budgétaire. « Cette année est l’une des moins bonnes depuis qu’il y a des statistiques. On vend moins, beaucoup moins, aux investisseurs. (…) On est passé sous la barre des 10 000 mises en vente au troisième trimestre, c’est du jamais-vu depuis quinze ans », assure Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), lors d’un point presse en ligne. « Rien ne nous pousse à lancer de nouvelles opérations », déplore-t-il.

« Le logement, ça n’est ni de gauche ni de droite, ça rapporte à Bercy, il faut y aller », insiste-t-il, alors que les députés doivent se prononcer sur le statut du bailleur privé, une mesure d’exonération fiscale qui, selon les fédérations professionnelles, relancerait la construction. « Je compte sur vous pour relayer le message », glisse le patron de la FPI aux journalistes.

Un mois plus tard, le 16 décembre 2025, le statut du bailleur privé a été adopté dans une version en deçà des attentes du secteur − lesquelles seraient trop coûteuses, avance Bercy − mais le projet de budget de l’Etat devait encore passer en commission mixte paritaire (laquelle n’a pas abouti). Logement, « le mal-aimé de la République ! », titre la Fédération française du bâtiment, pour sa dernière conférence de presse de 2025. « Un titre très direct, grave », assume son président, Olivier Salleron, car « la crise du logement s’amplifie, et elle va sûrement, un jour, faire descendre les concitoyens dans la rue ». Les Français ont de l’épargne. Avec un « réel » statut du bailleur privé et non « cet ersatz », il y aurait, selon lui, « un déblocage d’opérations, à partir des permis déjà accordés, et une hausse rapide des mises en chantier ».

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Trois générations de cheminots témoins de la mutation de la SNCF : « C’était un peu physique. On était sales, mais ça ne faisait rien, j’adorais ça »

Face au mur d’écrans du centre de commandement du RER B de Denfert-Rochereau, à Paris, Antoine Morland, 27 ans, a les yeux rivés sur la circulation des trains en temps réel. Depuis un an, il est gestionnaire du plan de transport et de l’information aux voyageurs sur la partie nord de la ligne, gérée par la SNCF. Sur cet axe ultrafréquenté, un train passe en gare toutes les trois minutes aux heures de pointe. Si l’un d’entre eux accumule trop de retard, l’effet papillon est immédiat, tous les trains suivants sont freinés ou mis à l’arrêt.

Assis à son bureau, dans une salle où règne un brouhaha permanent, Antoine scrute les courbes sur son ordinateur qui lui permettent de vérifier à la seconde près la cadence de chaque RER. En cas d’incidents sur la ligne, il exécute les adaptations nécessaires (suppressions de rame, ajouts d’arrêt ou terminus anticipés…) pour remettre les trains à l’heure.

Vendredi 5 décembre 2025, Antoine prend son poste à 14 heures et, même si la matinée a été calme pour son collègue, il n’est pas à l’abri qu’un malaise voyageur, un colis abandonné ou un câble endommagé sur une voie bousculent le planning de la soirée – rendant la vie impossible à des milliers de voyageurs.

Antoine Morland, gestionnaire du plan de transport et de l’information voyageurs sur la partie nord du RER B (SNCF). Dans les ateliers SNCF de Dole (Jura), le 27 novembre 2025.

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A Madagascar, la précarité des petites mains de l’IA

Il est 17 h 30, l’heure de pointe à Analakely. Le quartier de l’hypercentre d’Antananarivo bouillonne. La lumière de fin de journée se réfléchit sur les toits colorés. Des moteurs grondent dans les embouteillages. Pour échapper à l’agitation, des clients se pressent sur la terrasse d’un bar qui surplombe la ville. Daniel (les personnes présentées par leur prénom préfèrent témoigner anonymement), un ancien travailleur de l’intelligence artificielle (IA), est assis dans un coin discret. Pendant près de dix ans, le jeune homme a été annotateur.

Entre 150 millions et 400 millions de personnes vivent de ce métier peu connu, principalement en Inde ou en Afrique, estimait, en 2023, la Banque mondiale. Leur travail consiste à qualifier les données qui servent, ensuite, à entraîner l’IA, qu’il s’agisse de textes, d’images ou de fichiers sonores. Le plus souvent, ces petites mains de l’IA décrivent ce qu’il se passe à l’écran, annotent des images ou les classent. A Madagascar, l’un des pays les pauvres au monde, le secteur de l’annotation, largement contrôlé par des capitaux étrangers, fait vivre des milliers de ménages, selon nos estimations.

Embauché en 2017 par une entreprise spécialisée dans cette activité, Daniel passe ses journées à épier les comportements suspects sur des extraits de vidéosurveillance pour entraîner un logiciel de détection des vols. L’une après l’autre, il classe les séquences vidéo issues des magasins européens à 8 000 kilomètres de son poste d’ordinateur. « On a moins d’une minute pour choisir l’étiquette “vol” ou l’étiquette “suspect”. Finalement, les comportements normaux représentent 98 % de cas », explique-t-il. Clic après clic, l’IA apprend et devient plus autonome. Clic après clic, Daniel, lui, se sent de plus en plus abruti. « A force de faire ça tous les jours, on stagne mentalement, comme si ça nous empêchait de réfléchir. On n’a pas de perspective d’évolution », déplore Daniel. Chaque jour, les mêmes tâches se répètent inlassablement. Intégré aux ordinateurs, un logiciel surveille le temps de travail des employés. « On est comme des robots. Même les pauses pipi sont comptabilisées », souffle-t-il.

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La contribution économique du « sonore » a fortement augmenté, de 15 % en cinq ans

Un ingénieur du son travaille à la numérisation d’un enregistrement magnétique, à l’Institut national de l’audiovisuel, à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), le 28 octobre 2020.

Trouver le point commun entre les concerts, les bandes sonores des films, les livres audio, les radios, les podcasts, le streaming, mais aussi les conseils acoustiques, le secteur médical de l’audition ou encore l’utilisation du son dans les trains et les avions… Mandaté par l’Unesco, à l’occasion de la Semaine du son (du 19 janvier au 1er février), le cabinet Asterès a passé au crible toutes ces filières afin d’actualiser une étude, datant de 2019, sur la contribution du secteur du « sonore » à l’économie et à l’emploi en France.

Cette approche macroéconomique, qui fédère donc une multitude d’activités, a été rendue publique jeudi 8 janvier. Selon les auteurs, Maëva Robart, économiste, et Charles-Antoine Schwerer, directeur associé d’Asterès, « la contribution économique du sonore s’élève à 43,2 milliards d’euros en 2024 », en forte hausse, de 15 % en cinq ans. En matière d’emplois, le sonore représente plus de 141 000 équivalents temps plein.

Les auteurs ont considéré le son comme un « produit technique », en divisant le secteur en trois catégories : les activités dont le produit final est principalement sonore, à l’image du spectacle vivant, celles où le son est une composante secondaire mais essentielle, comme le BTP (avec les murs antibruit) ou l’aéronautique, et enfin les industries fournissant les outils nécessaires au son, comme les télécoms ou les instruments de musique. Ils ont calculé à chaque fois « la part du sonore dans chaque activité ».

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Le verrier Arc en redressement judiciaire malgré les multiples aides de l’Etat

Devant Arc International, à Arques (Pas-de-Calais), le 7 janvier 2026.

Ils avaient beau ne rien ignorer des difficultés d’Arc France, les syndicats sont sortis sonnés du CSE extraordinaire qui s’est tenu mercredi 7 janvier à Arques (Pas-de-Calais). Alors qu’en décembre 2025 la direction de la célèbre verrerie se montrait encore rassurante, elle leur a annoncé qu’elle demandait la mise en redressement judiciaire de l’entreprise au tribunal de commerce de Lille, qui l’a acceptée dans l’après-midi.

C’est « le seul cadre légal et possible pour permettre à Arc de s’adapter durablement à un environnement de marché profondément dégradé », assure le directeur général d’Arc France, Nicholas Hodler. Malgré un énième plan de refinancement et de relance validé en avril 2025 par la justice, « notre modèle doit encore se transformer en profondeur (…), en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs ». Un coup de massue pour les salariés.

Créé en 1825 à Arques, le verrier a employé jusqu’à 12 000 personnes, plus que la population de la ville située près de Saint-Omer (Pas-de-Calais), qui en compte 9 500. S’il possède désormais des usines en Chine, aux Etats-Unis et dans les Emirats arabes unis, c’est ici qu’Arc France fait toujours vivre tout un territoire et emploie 3 500 salariés, malgré les coupes dans les effectifs qui se sont succédé.

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Auchan : l’invalidation du plan social en appel, une victoire des syndicats

A Béziers, le 30 mars 2025.

Après le tribunal administratif de Lille en septembre 2025, la cour administrative d’appel de Douai a confirmé, mercredi 7 janvier, l’invalidation du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) du distributeur nordiste concernant 2 389 suppressions d’emplois, annoncé fin 2024 et conclu en mars 2025.

Une décision « juridiquement incompréhensible et par conséquent fortement contestable », a déclaré Auchan, qui a « décidé de se pourvoir devant le Conseil d’Etat pour obtenir l’annulation de cet arrêt ». En attendant, « cette décision n’annule ni les licenciements économiques prononcés, ni le principe même du PSE et la nouvelle organisation », précise le distributeur dans un communiqué. Pour ce dernier, « cette décision repose sur des questions strictement juridiques et procédurales. Elle porte sur une supposée insuffisance d’information sur un point de procédure. Il ne s’agit donc pas d’un jugement de fond sur la politique sociale d’Auchan Retail ».

C’est néanmoins un cas d’école, émaillé de multiples rebondissements depuis plus d’un an. Tout a commencé quand Auchan a annoncé un vaste plan social, le 5 novembre 2024. La CGT, mais aussi plusieurs entrepôts amenés à fermer, avaient alors, chacun de leur côté, contesté ce PSE devant les tribunaux. Le tribunal administratif de Lille leur avait donné raison en invalidant le PSE, le 23 septembre 2025, estimant que « l’accord collectif sur le PSE aurait dû être signé par les représentants syndicaux de chacune des composantes du groupe ». Notamment Auchan Retail France et Auchan Retail International, entités qui gèrent les supermarchés et les hypermarchés.

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Matthieu Cortier, atteint de paralysie cérébrale : « Mes atypies n’ont jamais semblé être un obstacle »

Matthieu Cortier, interviewé par une chaîne de télévision locale, à Bar-sur-Seine (Aube), le 18 novembre 2025.

Ce matin de novembre, dans les brumes de l’Aube, Matthieu Cortier, 29 ans, a donné rendez-vous au pressing Clean de Bar-sur-Seine (Aube). Ce contractuel de la communauté de communes du Barséquanais en Champagne présente à la presse locale l’opération Barséquanoël, une collecte de peluches et de jouets destinée aux enfants défavorisés. Une caméra braquée sur lui, il se raidit légèrement. Son élocution, marquée par un accent singulier, témoigne de l’hémiplégie congénitale droite partielle avec laquelle il vit depuis sa naissance.

A l’issue de la cérémonie, le jeune homme presse le pas dans les rues de cette cité de caractère qui enjambe la Seine. Il rejoint son bureau installé dans un hôpital d’après-guerre. Sa démarche est irrégulière, mais l’allure soutenue. « Faut y aller, j’ai du boulot ! »

Depuis mai 2021, Matthieu Cortier dirige le service communication de la deuxième intercommunalité de l’Aube après Troyes, qui réunit 53 communes. Recruté à mi-temps (dix-sept heures trente par semaine), il informe les 19 000 habitants et élus des projets engagés : collecte des déchets, petite enfance, tourisme. Il alimente le site, les réseaux sociaux, prépare les supports imprimés, assure la relation avec les médias.

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