Le nouveau dispositif de chômage partiel longue durée sera indemnisé à 84 % du salaire net

L’annonce était très attendue. Trois semaines après le lancement d’une concertation pour « sauver l’emploi », Emmanuel Macron recevait à nouveau, mercredi 24 juin, les partenaires sociaux pour leur dévoiler de premiers arbitrages, notamment sur le nouveau dispositif de chômage partiel de longue durée.

Ce dispositif entrera en vigueur le 1er juillet et indemnisera les salariés à hauteur de 84 % de leur salaire net avec un reste à charge de 15 % pour les entreprises pour une durée maximale de deux ans, a fait savoir l’Elysée, à l’issue de la rencontre. Ce régime de base, ainsi redéfini, sera valable pour six mois maximum.

Ce système, dont le principe a été acté par la loi d’urgence sanitaire, sera plus avantageux que le régime classique de chômage partiel, qui, à compter du 1er octobre, n’indemnisera plus les salariés qu’à hauteur de 72 % du salaire net avec un reste à charge de 40 % pour les entreprises. Actuellement il permet à une entreprise dont l’activité est réduite d’indemniser le salarié à hauteur de 84 % du net (100 % pour le smic) dans la limite de 4,5 smic, avec un reste à charge de 15 % pour les entreprises.

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Laurent Berger, le secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), s’est dit satisfait que l’indemnisation des salariés ne baisse pas au 1er juillet, comme cela avait été un temps envisagé. Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a lui aussi salué le fait que cette baisse de prise en charge, qui concerne tant l’entreprise que le salarié, n’intervienne qu’en octobre.

Conditionné à un accord d’entreprise ou de branche

L’exception demeure pour la liste des secteurs les plus touchés (tourisme, restauration, etc.) : ils restent avec le même dispositif que celui mis en place au début du confinement à la mi-mars, à savoir une prise en charge à 100 % par l’Etat de l’indemnité versée aux salariés, et ce jusqu’au 30 septembre.

Très attendu par les entreprises, le nouveau dispositif de chômage partiel longue durée est conditionné à un accord d’entreprise ou de branche, qui doit prévoir en contrepartie des engagements en matière d’emplois. Il est destiné aux secteurs qui sont les plus en difficulté, comme l’aéronautique et le tourisme, et autorise une réduction du temps de travail maximale de 40 %. Il pourra s’appliquer pour une durée comprise entre six mois et deux ans.

L’entreprise sera compensée à 85 % de l’indemnité versée au salarié (soit 15 % de reste à charge) pour un accord conclu avant le 1er octobre, et 80 % pour un accord conclu après, a-t-on précisé à l’Elysée, qui estime offrir ainsi « un très haut niveau de protection ». L’Etat s’engage également à prendre en charge les frais de formation à hauteur de 80 %, pour permettre à ces salariés en activité réduite de se former.

Selon la Dares (direction des statistiques du ministère du travail), 7,8 millions de salariés auraient été en chômage partiel en mai, même si pour l’instant seulement 4,6 millions de demandes d’indemnisation ont été déposées.

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Le Monde avec AFP

Fauchon, l’emblème de l’épicerie fine, fauché par la crise

La place de la Madeleine à Paris n’est pas totalement sortie du confinement. Des adresses gourmandes restent encore portes closes. A l’image de la maison de caviar Prunier, du salon de thé Café Pouchkine ou du magasin Fauchon, au numéro 30. Tout un symbole. L’emblème de l’épicerie fine a, en effet, annoncé, mardi 23 juin, le placement en redressement judiciaire de sa filiale Fauchon SAS, englobant ses magasins place de la Madeleine.

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« C’est la conséquence de tout ce que l’on a subi », explique Samy Vischel, le PDG du groupe, énumérant les attentats de 2015, puis les mouvements des « gilets jaunes » en 2018, les manifestations contre la réforme des retraites fin 2019 et début 2020, et enfin la crise due au Covid-19, qui a entraîné la fermeture complète des établissements mi-mars.

Restructuration accélérée

Même si le magasin-restaurant du 24 de la place a rouvert début juin, les clients ne se pressent pas. « En juin, nous enregistrons une baisse de chiffre d’affaires de 80 % par rapport à l’année dernière. La clientèle touristique n’est pas là et les hommes d’affaires qui travaillent autour de la Madeleine sont encore en télétravail », souligne M. Vischel.

Mais les charges, elles, continuent de peser même si, sur les 107 salariés de Fauchon SAS, une cinquantaine sont encore en chômage partiel. « Depuis le début du confinement, on essaye de négocier avec les bailleurs. A part le report des échéances de loyer, nous n’avons rien obtenu. Or, les loyers de nos emplacements place de la Madeleine représentent près de 2,5 millions d’euros par an », explique M. Vischel, avant de préciser que Fauchon SAS accuse trois années successives de pertes. Quant à la demande d’un prêt garanti par l’Etat, elle est à l’examen.

« Nous réfléchissons à d’autres implantations dans Paris, avec des surfaces plus petites. Il faut répartir les risques », Samy Vischel, PDG de Fauchon

Une situation de crise qui incite l’entreprise à accélérer sa restructuration. Déjà en janvier, le groupe détenu par Michel Ducros, qui a fait fortune dans les épices et est entré au tour de table de Fauchon en 1998, avait placé sa filiale Fauchon Réceptions en redressement judiciaire. La cuisine de 4 000 m2 installée à Saint-Ouen devait être rasée dans le cadre du projet de futur village olympique de 2024. Les 70 salariés ont été licenciés. Trois repreneurs s’étaient dits intéressés par la marque Fauchon Réceptions, mais la crise liée au Covid-19 a suspendu les projets.

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« Une crise comme aucune autre », les prévisions alarmistes du FMI

De gauche à droite et de haut en bas : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Parlement européen, David Sassoli, le commissaire européen à l’économie, Paolo Gentiloni, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, et le premier ministre italien, Giuseppe Conte, discutent de la situation économique en Europe, par visioconférence, le 13 juin.

Le retour de la foule dans les bars et les restaurants, les frontières qui réouvrent progressivement, la saison touristique qui approche… Il ne faut pas se fier à ces quelques signes extérieurs d’un faux retour à la normale, selon le Fonds monétaire international (FMI), qui publie ses prévisions alarmistes, mercredi 24 juin. Le recul du produit intérieur brut (PIB) pour le monde atteindrait 4,9 % en 2020, selon son rapport. Du jamais-vu. « C’est une crise comme aucune autre », note le FMI.

Cette prévision est bien pire que celle réalisée en avril par l’institution de Washington, qui prévoyait alors un plongeon de 3 % du PIB, ce qui constituait déjà une chute sans précédent. Pour rappel, la récession mondiale de 2009, qui était alors la pire depuis soixante-dix ans, avait été de – 0,1 %.

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« La pandémie du Covid-19 a eu un impact plus négatif que prévu sur l’activité économique au premier semestre, et le retour de la croissance sera plus graduel qu’anticipé », résume l’institution. L’Europe est de loin la région la plus touchée, puisque c’est là que le confinement a été le plus sévère. En zone euro, la chute du PIB devrait être de 10,2 % en 2020. L’Italie et l’Espagne (– 12,8 %) mais aussi la France (– 12,5 %) sont les pays les plus touchés, avec le Royaume-Uni (– 10,2 %). En Allemagne, le PIB devrait reculer de 7,8 %. Tous ces chiffres sont, là encore, sans précédent.

La Chine échapperait à la récession

Côté américain, les Etats-Unis, où le confinement a été un peu moins sévère et uniforme, devraient connaître une baisse du PIB de 8 %. En Amérique latine, où le virus continue à se répandre et où la pandémie n’est pas maîtrisée, les prévisions sont catastrophiques pour le Mexique (– 10,5 %) et le Brésil (– 9,1 %). L’un des seuls pays qui devrait éviter la récession est celui d’où est partie la pandémie. Le FMI table en effet sur une croissance minimale, de 1 %, pour la Chine.

Pourquoi cette aggravation des prévisions du Fonds monétaire international, seulement deux mois après un rapport déjà alarmiste ? L’argumentation tient en trois étapes.

D’abord, l’impact de la fermeture presque intégrale de certaines économies a été pire qu’anticipée. Ensuite, le retour à la normale va être plus long que prévu. Difficile d’imaginer des salles de cinémas pleines, des restaurants combles, des avions bondés. « La distanciation sociale va persister au second semestre », note le FMI. Par ailleurs, dans les pays où la pandémie n’est pas maîtrisée, de nouvelles mesures de confinement seront sans doute inévitables. Bref, la demande n’est pas prête de revenir à son niveau d’avant la pandémie.

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L’Etat veut marier l’acier nordiste d’Ascoval et les rails mosellans de Hayange

Devant l’usine Ascoval de Saint-Saulve (Nord), le 22 mai 2019.

Dans un paysage de la sidérurgie européenne bouleversé par la pression des pays émergents et la crise sanitaire, le gouvernement cherche à marier deux sites importants pour assurer leur avenir dans des régions durement touchées par la désindustrialisation : l’usine Ascoval, qui produit de l’acier à Saint-Saulve (Nord), et le laminoir de Hayange (Moselle), qui fabrique des rails pour plusieurs gestionnaires de réseaux ferroviaires, dont celui de la SNCF. Le ministère de l’économie et des finances se donne quelques semaines pour choisir le candidat à la reprise. Et clore ainsi un dossier vieux de plusieurs années.

Trois repreneurs sérieux sont sur les rangs : ArcelorMittal France, dont l’histoire est ancrée dans l’Hexagone ; Liberty Steel, propriété de l’homme d’affaires anglo-indien Sanjeev Gupta, qui exploite notamment une importante usine d’aluminium (ex-Pechiney) à Dunkerque (Nord) ; et le groupe chinois Jingye, repreneur, en mars, des actifs de British Steel en faillite. Mais celui-ci n’avait pas obtenu son usine de Hayange, présentée par le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, comme un « actif stratégique » en raison de sa place de principal fournisseur de SNCF Réseau.

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Hayange, qui dispose d’un solide carnet de commandes, est donc à vendre. Tout comme l’usine d’Ascoval, passée entre diverses mains depuis sa cession par Vallourec, en 2016, et désormais détenue par le fonds britannique Greybull Capital, qui veut le sortir de son portefeuille. En novembre 2019, M. Le Maire avait préfiguré ce rapprochement en annonçant que Saint-Saulve fournirait durant quatre ans, à partir de septembre, 140 000 tonnes par an de blooms rectangulaires (barres d’acier) pour la production de rails à Hayange. Un contrat global bienvenu de 47 millions d’euros.

Faire aboutir le dossier avant la fin des vacances

Le gouvernement souhaite faire aboutir le dossier avant la fin des vacances pour que la nouvelle entité puisse fonctionner dès la rentrée. Reste, évidemment, à trouver le meilleur repreneur. Recalé une première fois, le groupe chinois ne semble pas le mieux placé. Une source proche du dossier souligne l’opacité des financements de Jingye, le profil de son patron, ex-cadre du Parti communiste, et l’incertitude sur les motivations d’une entreprise qui a néanmoins pignon sur rue : est-ce pour contourner les quotas d’importation d’acier dans l’Union européenne qu’il a cette fringale d’acquisitions sur le Vieux Continent, alors que les aciéristes chinois inondent le monde d’une production très compétitive ?

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Des congés d’été a minima

« Les scénarios sont très différents d’une entreprise à l’autre, mais concrètement l’heure est à la réduction des congés d’été, pris de préférence par roulement. »

Carnet de bureau. Les congés d’été, passés de deux à cinq semaines en 1936, pourraient-ils revenir à deux semaines en 2020 ? Les retours des salariés sur site s’accélèrent, mais les entreprises manquent de personnel : garde d’enfants encore instable, arrêts maladies, etc. Selon le ministère du travail, 7,1 millions de salariés étaient encore en activité partielle en avril, dont 17,9 % dans le commerce, 15,8 % dans les services administratifs et scientifiques, 13,7 % dans l’hôtellerie-restauration et 13,9 % dans la construction, pour les activités les plus concernées.

Pour relancer l’économie, il faut « travailler et produire davantage », a déclaré Emmanuel Macron, le 14 juin. Les entreprises veulent certes rattraper le temps perdu et être le plus réactives possible pour répondre à la demande au fur et à mesure que les carnets de commandes se reconstituent, mais elles doivent aussi tenir compte de l’épuisement des équipes dans la réorganisation du travail.

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Le lendemain de l’allocution présidentielle, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, écartait l’hypothèse de demander aux Français de renoncer à des jours de congés. Pourtant, pour résoudre l’équation compliquée de la période estivale, les entreprises se réfèrent à l’ordonnance du 25 mars, qui les a autorisées à se pencher plus arbitrairement qu’à l’accoutumée sur la répartition des congés annuels, dans la limite de six jours, et aux accords de performance collective, qui permettent de modifier la durée du travail et son organisation, et donc les RTT. Des accords d’entreprise sont ainsi négociés voire signés pour tenter d’organiser la présence des salariés cet été, en limitant la casse sociale.

Contre-exemple allemand

Les scénarios sont très différents d’une entreprise à l’autre, mais, concrètement, l’heure est à la réduction des congés d’été, pris de préférence par roulement. Dans les TPE, l’accord se fait de gré à gré : David Chastagner, gérant de S2ME, spécialisé dans l’agencement de magasin, ne prendra pas de congé et ses douze salariés n’auront que deux semaines. « Cela a été très bien accepté, ils jouent le jeu, ils ont compris l’impact économique », affirmait-il sur BFM-TV, début juin. Chez PSA, quatre syndicats sur cinq ont validé, début avril, l’accord, qui a diminué de trois à deux semaines consécutives les congés d’été. « C’est une remise en cause brutale de nos congés d’été », a estimé Jean-Pierre Mercier, délégué de la CGT, qui a refusé de signer.

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Avec la crise sanitaire, un risque accru de sanctions disciplinaires

Droit social. Les feux de l’actualité sont braqués sur les plans de sauvegarde pour l’emploi, plus connus sous l’appellation « plans sociaux » ou « licenciements collectifs », et sur les « accords de performance collective », qui relèvent de la catégorie des accords « donnant-donnant », sous forme de baisses de salaires et de jours de RTT en contrepartie d’un engagement de maintien de l’emploi, par exemple.

L’on constate, dans le même temps, le développement, moins en vue mais non négligeable, de sanctions disciplinaires, pouvant aller jusqu’au licenciement, liées à certains comportements « post-confinement ».

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Il apparaît d’abord, à la lumière de contrôles déclenchés par les services des ressources humaines, qu’un certain nombre de salariés ont fait de fausses déclarations sur leur état de santé, afin de ne pas retourner au travail. D’autres ont omis de signaler les changements intervenus quant à la scolarisation de leurs enfants, laissant croire à l’employeur que les arrêtés municipaux relatifs à l’école étaient encore en vigueur, afin de pouvoir continuer à travailler « en mode dégradé », donc moins, et à la maison. Ces déloyautés dans l’exécution du contrat de travail exposent leurs auteurs à une sanction.

La sévérité des tribunaux

Par ailleurs, tout salarié doit, en application de l’article L.4122-1 du code du travail, prendre soin non seulement de sa santé et de sa sécurité, mais également de celles de ses collègues et autres personnes se trouvant en sa présence sur son lieu de travail, et ce, en fonction de sa formation et de ses possibilités.

Ce texte introduit une obligation de ne pas nuire à la santé et la sécurité des autres salariés et le devoir de ne pas dégrader le matériel et les équipements de travail. S’y ajoute une obligation de respecter les consignes et instructions données par l’employeur et une obligation d’alerte de toute situation qui présente un danger grave et imminent.

Ces devoirs ne sont pas nouveaux, ils sont habituellement précisés dans le règlement intérieur de l’entreprise ou dans des notes de services. Les tribunaux font généralement preuve de sévérité à l’égard des salariés. Ainsi a été admis le licenciement pour faute lourde du fait du non-respect de l’interdiction professionnelle, rappelée au règlement intérieur, de travailler sous l’emprise de produits stupéfiants (même consommés en dehors du travail stricto sensu), pour un salarié steward membre du personnel navigant commercial d’une compagnie aérienne, dont la mission présente un caractère critique pour la sécurité.

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« Nouvelles Vibrations » : Les leçons de Beyoncé, Deep Purple et Sinatra aux DRH

« Nouvelles vibrations. S’inspirer des stars du rock, de la pop et du hip-hop pour innover », d’Albéric Tellier. EMS Editions, 288 pages, 22 euros.

Le livre. Que viennent faire Beyoncé, AC/DC, Rihanna, Frank Sinatra, Metallica, ou encore Daft Punk dans un ouvrage de recherche en management ? Et si on pouvait revisiter l’histoire des artistes et de leurs créations afin de « tester la robustesse de théories managériales, d’étendre leur champ d’application et de les enrichir » ? Voici le défi relevé par Nouvelles vibrations (EMS Edition), d’Albéric Tellier.

Lorsque le groupe Deep Purple enregistre Machine Head en 1972, l’album est jugé trop court aux yeux du manageur, qui annonce aux cinq musiciens : « J’ai une mauvaise nouvelle. Il manque sept minutes de matériel et il ne nous reste que vingt-quatre heures. » Dans la précipitation est composé Smoke on the Water, qui deviendra un classique du répertoire du groupe avec l’un des plus célèbres riffs de guitare de l’histoire du rock.

La musique enregistrée est une industrie, et les artistes doivent souvent faire des compromis et intégrer les exigences des responsables chargés de leur carrière. « Les œuvres qui arrivent aux oreilles du grand public sont la résultante de cette confrontation entre des ambitions artistiques et des impératifs de différentes natures qui les contraignent autant qu’ils les stimulent », souligne l’auteur, professeur à Paris-Dauphine en management de l’innovation.

L’ouvrage aborde dans le détail l’histoire de vingt-six disques. Qu’ils aient été enregistrés dans les années 1950 dans les studios de Nashville, ou conçus grâce aux technologies les plus récentes lors de writing camps, « les disques abordés dans cet ouvrage ont pu arriver à nos oreilles parce que leurs créateurs, en plus de leur talent, ont su faire preuve d’une grande capacité à convaincre des responsables de maisons de disques de leur attribuer des moyens pour écrire, composer, enregistrer… »

Un voyage au cœur des studios

Cette « face cachée » de l’industrie musicale n’est quasi jamais abordée dans les biographies et essais sur la carrière des artistes. L’ouvrage comble ce manque grâce à un voyage « au cœur des studios, dans les coulisses des salles de concert, chez les disquaires et dans les bureaux des labels, en compagnie de quelques théoriciens de l’organisation. »

La musique a été l’une des toutes premières industries à connaître de profonds bouleversements avec l’arrivée de la technologie numérique qu’elle a cherché à exploiter dès le début des années 1980 avec le lancement du Compact Disc. Ces technologies entraînent une remise en cause des pratiques et favorisent l’arrivée de nouveaux acteurs.

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L’épargne salariale peut-elle compenser le gel des salaires ?

« Les salariés comme les patrons de PME sont plus friands de mesures individuelles que collectives », explique Stéphanie Pauzat.

Alors qu’un DRH sur deux affirme avoir pris des dispositions pour réduire ou remettre à plus tard les augmentations salariales, selon une étude de Willis Towers Watson publiée le 25 mai, le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, proposait, le 24 mai dans un entretien au Journal du dimanche, de « généraliser » les dispositifs d’épargne salariale : participation, intéressement et actionnariat salarié. Ou comment donner du pouvoir d’achat aux salariés, qui risquent fort de devoir se serrer la ceinture en matière d’augmentations. « Un tiers des entreprises ont déjà gelé les salaires et 16 % l’envisagent », précise l’étude du cabinet de conseil.

Pour Xavier Hollandts, professeur à Kedge Business School, les déclarations du ministre sont « inattendues et hors sujet, à l’heure où la priorité des entreprises est leur survie et le maintien en emploi. Il y a erreur de timing ! De plus, c’est une fausse bonne idée, car, comme son nom l’indique, il s’agit d’un outil d’épargne qui n’a pas vocation à augmenter le pouvoir d’achat dans l’immédiat. Il constitue une rémunération différée. »

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Inès Minin, secrétaire nationale de la CFDT, y voit, elle aussi, un risque de dévoiement de l’outil censé financer des projets à moyen et long terme. « Nous sommes partisans de l’épargne salariale, mais le vrai sujet actuellement est celui de la valorisation des bas salaires, notamment ceux des salariés en première ligne durant la crise sanitaire. »

« Vers un capitalisme plus redistributif »

« Gérald Darmanin a évoqué un vrai sujet, estime pour sa part Benoît Serre, vice-président délégué de l’Association nationale des DRH (ANDRH). Pour sortir de la crise, il est indispensable d’associer l’ensemble des salariés à l’objectif de l’entreprise et de trouver de nouveaux leviers de reconnaissance et d’équité. Une des voies serait d’associer les accords de performance collective [ces accords visent à préserver l’emploi en jouant sur le temps de travail, la rémunération ou la mobilité] et les dispositifs d’épargne salariale, afin de prévoir la répartition de la valeur créée. Les entreprises et les partenaires sociaux pourraient se montrer innovants en négociant de tels accords. »

Les dirigeants d’entreprise du réseau CroissancePlus applaudissent des deux mains l’idée d’une généralisation de l’actionnariat salarié, sauf « si elle venait à s’accompagner de mesures trop contraignantes, tient à préciser Thibaut Bechetoille, président de l’association. Le partage des fruits de la croissance est une urgence. Devant la résurgence d’un contexte social menaçant, il faut associer très largement les collaborateurs au capital de leur entreprise. Nous devons aller vers un capitalisme plus redistributif et, dans cette période très particulière que nous vivons, le développement de l’actionnariat salarié enverrait un signal fort et très positif ».

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Air France : le SNPL donne son aval au départ volontaire d’environ 400 pilotes

Le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), majoritaire chez les pilotes d’Air France, va signer un accord de rupture conventionnelle collective prévoyant le départ volontaire, d’ici à la fin de 2020, d’un maximum de 403 pilotes de la compagnie tricolore, soit près de 10 % des effectifs de pilotes.

« Les accords de fin de secteur A380 organisant la mobilité des pilotes ainsi que l’accord sur la rupture conventionnelle collective ont été validés par notre conseil syndical » lundi, et le SNPL va donc les signer dans les jours à venir, a annoncé Guillaume Schmid, vice-président du SNPL d’Air France.

Secteur en crise

Face à un secteur du transport aérien mis à l’arrêt par l’épidémie de Covid-19, l’Etat a accordé à Air France un soutien financier de 7 milliards d’euros, dont 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90 % par l’Etat et 3 milliards de prêts directs. Le gouvernement a demandé en contrepartie au groupe d’améliorer sa rentabilité et son impact environnemental, et d’entamer une réflexion sur son réseau en France.

La direction d’Air France dévoilera le 3 juillet les orientations stratégiques de la compagnie et ses conséquences sur l’emploi lors d’un Comité social et économique central extraordinaire. Les syndicats s’attendent à la suppression de plusieurs milliers d’emplois au sein de la compagnie tricolore et de sa filiale régionale Hop!.

Air France a mis sur pied un plan de « reconstruction » qui passera par la suppression de milliers de postes et une réduction de l’offre sur son réseau intérieur d’ici à la fin de 2021. Le directeur général d’Air France-KLM, Benjamin Smith, avait annoncé dès novembre un plan stratégique destiné à améliorer la rentabilité du groupe en cinq ans. Ce plan vise à atteindre une marge d’exploitation de 7 % à 8 %, contre 4,2 % en 2019.

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Lettre des syndicats au gouvernement

En attendant cette rencontre, quatorze syndicats d’Air France ont publié lundi une lettre commune dans laquelle ils demandent à être reçus par le gouvernement pour préserver les emplois « à court et long terme ».

Cette lettre ouverte adressée au ministre de l’économie et au secrétaire d’Etat aux transports est signée par FO, premier syndicat de la compagnie, mais aussi par l’UNSA-Aérien, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, la CGT, SUD-Aérien, par les syndicats d’hôtesses et stewards (SNGAF, UNPNC, SNPNC, UNAC et UNSA-PNC) et par les syndicats de pilotes SPAF et Alter. Le SNPL n’est pas signataire.

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Le Monde avec AFP

« Tous les testings concluent à une discrimination à l’embauche très nette »

De l’école à l’entrée sur le marché du travail, les jeunes descendants d’immigrés ou originaires des départements d’outre-mer subissent les effets d’un « racisme systémique », estime Jean-Luc Primon, sociologue à l’université Côte d’Azur et chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques. Ce rôle discriminant de l’origine pourrait peser encore davantage en cette période de crise économique.

Ces derniers temps, une partie de la jeunesse exprime sa colère dans la rue contre les discriminations raciales. Que lisez-vous dans ce mouvement ?

Parti d’un élément déclencheur, l’affaire George Floyd aux Etats-Unis, ce mouvement est le reflet d’un ressentiment qui vient de loin chez une population minoritaire, notamment descendante d’immigrés. Il se cristallise autour des contrôles policiers répétitifs, auxquels les jeunes racisés sont surexposés, et qui se sont renforcés avec le régime d’état d’urgence, puis avec le confinement.

Au-delà de la question du contrôle d’identité et des violences policières, on y entend la dénonciation d’un racisme latent, le rejet de discriminations auxquelles ces jeunes sont confrontés dans toutes les sphères : à l’école, sur le marché du travail, dans la rue… Ces manifestations expriment un malaise ancré chez cette jeunesse qu’il est urgent d’entendre. Il ne faut, cette fois, pas rater le coche : il s’agit de mettre en place une politique d’égalité coordonnée et volontariste. Cesser le déni et prendre en compte l’aspect systémique du racisme qui impacte le parcours de ces jeunes.

Vous parlez d’un racisme systémique : dans quelle mesure entrave-t-il les débuts professionnels des jeunes ?

Tous les testings concluent à une discrimination à l’embauche très nette des jeunes d’origine nord-africaine ou subsaharienne. Et ce quel que soit le secteur d’activité ou le niveau de qualification. Cela n’a pas bougé en vingt ans. En termes statistiques, on note des écarts, lors de l’entrée dans la vie active, qui ne sont pas imputables au niveau de formation, ni même au niveau social ou au capital culturel des parents. Ils révèlent un racisme insidieux dans les processus de recrutement, et le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme le confirme.

A bien des égards, les jeunes descendants d’immigrés font fonction de variable d’ajustement sur le marché du travail, davantage encore que les autres jeunes. D’autant qu’ils sont surreprésentés parmi ceux qui sortent du système scolaire sans ou avec peu de qualifications. Ce sont les plus vulnérables, notamment en cette période de crise économique.

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