Le spécialiste américain de la livraison de colis FedEx a annoncé, mardi 19 janvier, son intention de supprimer entre 5 500 et 6 300 emplois en Europe ; une décision qui survient à la suite du rachat en 2016 du groupe néerlandais TNT. L’entreprise de logistique affirme avoir commencé mardi à négocier avec les instances représentatives du personnel sur ces coupes dans ses effectifs.
FedEx souhaite discuter des mesures de soutien aux salariés concernés, qui différeront selon les pays et pourraient inclure des départs volontaires, des réaffectations ou des candidatures prioritaires sur de nouveaux postes. Ce processus devrait prendre dix-huit mois.
L’aéroport de Liège particulièrement touché
Le groupe prévoit notamment de fusionner les réseaux aériens de FedEx Express et TNT et de faire de l’aéroport francilien Roissy – Charles-de-Gaulle son principal centre d’activité. Ce centre de tri, situé dans le Val-d’Oise, est actuellement le plus gros site de la société en dehors des Etats-Unis.
Le centre de tri FedEx-TNT de l’aéroport de Liège, lui, est appelé à devenir un centre secondaire. Il emploie actuellement plus de 1 800 personnes (y compris les salariés à temps partiel) et « environ 40 % » des effectifs sont menacés, selon un porte-parole de l’aéroport joint par l’Agence France-Presse (AFP). La Wallonie, la région qui englobe Liège, a évoqué la perspective de 671 suppressions d’emplois, tandis que 861 autres salariés verraient leurs horaires et charge de travail modifiés. « C’est un coup très dur », a commenté dans un communiqué l’exécutif de cette région belge déjà frappée par la désindustrialisation, dans le sud francophone du pays. Le gouvernement wallon a exigé de rencontrer « sans délai » la direction de FedEx.
A la centrale nucléaire de Chinon (Indre-et-Loire), à Avoine, en juillet 2020. GUILLAUME SOUVANT / AFP
Le projet de réorganisation d’EDF n’est pas encore engagé, mais la mobilisation syndicale reste forte. Mardi 19 janvier, près d’un agent sur quatre (23 %, selon la direction) était en grève à la mi-journée. Une mobilisation en légère baisse comparée aux dernières journées de grève à l’automne 2020(autour de 30 % fin novembre et début décembre, 28 % à la mi-décembre), mais qui reste à un niveau élevé dans la maison EDF.
Les syndicats demandent de manière unanime le retrait du projet Hercule, qui vise à une réorganisation complète d’EDF. Dans une lettre adressée au président de la République, Emmanuel Macron, début janvier, les dirigeants des confédérations CGT, CFDT, CGC et FO ont demandé la fin d’un projet « qui ne répond en rien aux exigences de notre époque et à l’avenir de nouvelles générations ».
Hercule est un chantier qui vise à refondre totalement l’architecture d’EDF, en le séparant en trois entités : EDF Bleu, entreprise publique, comprendrait principalement les activités liées au nucléaire ; EDF Vert, dont le capital serait ouvert au privé, rassemblerait les activités de fourniture et de distribution d’électricité, ainsi que les énergies renouvelables ; enfin, EDF Azur aurait un statut particulier et serait chargé de la gestion des barrages hydroélectriques.
Trouver un modèle financier plus soutenable
Ce découpage répond d’abord à la volonté d’EDF de trouver un modèle financier plus soutenable qu’aujourd’hui. Le groupe, qui a l’appui du gouvernement, estime que les règles qui régissent la manière dont il revend l’électricité produite par les centrales nucléaires à ses concurrents sont inéquitables. Ce dispositif, appelé « Accès régulé à l’électricité nucléaire historique » (Arenh) a été mise en place en 2011 pour rassurer la Commission européenne sur la bonne volonté des Français d’ouvrir le marché de l’électricité. Le gouvernement négocie depuis des mois à Bruxelles un nouveau dispositif, plus favorable à EDF. Le projet Hercule est en quelque sorte une contrepartie à cette réforme de l’Arenh.
Les syndicats considèrent qu’il s’agit d’un « démantèlement » du groupe, mais la direction et le gouvernement promettent qu’ils peuvent maintenir « l’intégrité du groupe », tout en obtenant de Bruxelles une meilleure rémunération du nucléaire français.
Des actions ont été menées toute la journée dans plusieurs villes. A Paris, la CGT a déversé des dizaines de compteurs Linky devant le siège de La République en marche. Aux côtés des militants présents, le sénateur communiste de Seine-Saint-Denis Fabien Gay a dénoncé une « spoliation du bien commun ».
Le gouvernement temporise
Plusieurs députés ont invité, mercredi, les représentants syndicaux d’EDF à l’Assemblée pour échanger autour d’Hercule. Depuis plusieurs semaines, de nombreux élus de l’opposition, des Insoumis aux Républicains, en passant par les communistes, ont fait part de leur opposition au projet. Valérie Rabault, la présidente du groupe socialiste, a livré son intention de déposer une proposition de référendum d’initiative partagée (RIP) contre le projet. « On ne peut pas, comme le fait Emmanuel Macron, tenir un discours sur la souveraineté et démanteler un fleuron industriel. Hors de question d’y toucher », martèle la députée du Tarn-et-Garonne.
Le gouvernement temporise, en assurant que les discussions avec Bruxelles sont loin d’être terminées. « Nous ne sommes qu’au début du chantier. A ce stade, nous ne sommes pas encore parvenus à un accord global avec la Commission européenne, et les échanges se poursuivent. Cela prend du temps, mais c’est aussi parce que le gouvernement tient bon sur les points essentiels du projet et parce qu’on veut qu’il soit solide », a ainsi expliqué la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, lors d’un débat au Sénat, début janvier. Mme Pompili s’est engagée à ce que les parlementaires puissent discuter du projet, une demande formulée notamment par des élus de la majorité.
« Non, nous n’allons pas dépecer EDF (…). Non, nous n’allons pas non plus démanteler le groupe. Et oui, évidemment, nous préserverons le statut des salariés », a assuré Barbara Pompili. Le projet a également été défendu par Bruno Le Maire lors de ses vœux. « Aujourd’hui, EDF va dans le mur, si nous ne sommes pas capables de lui donner les moyens d’investir », a-t-il souligné. Des arguments qui se veulent rassurants, mais qui, pour l’heure, n’ont pas convaincu les syndicats d’EDF. Ils prévoient d’ores et déjà de nouvelles journées de mobilisation.
Des ballerines Repetto contrôlées par un employé dans l’usine de Saint-Médard- d’Excideuil (Dordogne), en janvier 2012. JEAN-PIERRE MULLER / AFP
Repetto doit revoir sa copie. La Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a refusé l’homologation du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) que le fabricant français de chaussures a présenté à l’automne 2020, a annoncé la CFDT, mardi 19 janvier.
Le PSE porte sur 51 postes au sein de l’entreprise, qui emploie 240 personnes en France. La société souhaite supprimer 31 postes dans son usine située à Saint-Médard-d’Excideuil (Dordogne), qui compte près de 140 salariés chargés de la production de chaussons, de pointes et de l’assemblage de chaussures à partir de tiges fabriquées au Maroc.
Unevingtaine de postes seront, par ailleurs, supprimés dans sa structure d’exploitation de 20 boutiques. Confronté à la fermeture de ses points de vente pendant les périodes de confinement en vigueur dans de nombreux pays au cours de l’année 2020, Repetto a également été touché par la baisse importante du nombre de touristes, qui constituent une grosse part de sa clientèle.
Société déficitaire
La CFDT, syndicat majoritaire au sein des instances représentatives du personnel, s’est opposée au plan de la direction, en dénonçant « un PSE au rabais », en novembre 2020. Les élus jugeaient que les conditions de départ et de reclassement du personnel promis au licenciement, dont « les mesures d’accompagnement dédiées aux formations d’adaptation », n’étaient pas suffisantes.
Le 23 novembre, Jean-Marc Gaucher, PDG et propriétaire de Repetto, avait déclaré avoir proposé « 800 000 euros pour 50 personnes » dans un entretien au journal Sud Ouest. Il rappelait aussi avoir « sauvé Repetto et développé la société » depuis sa reprise en 1999, soulignant que bien « d’autres pays, comme le Portugal (…) seraient ravis d’accueillir » la production de Repetto. Reste que sur ces trois dernières années, la société a été déficitaire.
Le dossier du PSE a été pris en charge par l’Etat le 28 décembre 2020, après l’échec des six semaines de négociations entre les élus du personnel et la direction de la marque. La Direccte d’Ile-de-France a « donné raison » aux observations des élus, avance la CFDT, en précisant que l’organisme avait rappelé que « le groupe [bénéficiait] d’une trésorerie permettant des mesures plus ambitieuses et adéquates pour l’accompagnement des salariés qui se trouvent en partie dans un bassin d’emploi restreint ». Pour le syndicat, « le groupe Repetto doit maintenant revoir sa copie et réviser à la hausse les montants des budgets pour l’accompagnement des salariés. »
Au siège de Boiron, à Messimy (Rhône), le 5 février 2019. ROMAIN LAFABREGUE / AFP
« Si l’homéopathie n’était qu’un placébo, je n’y aurais pas sacrifié toutes ces années », soupire Maryse Munne, 57 ans, salariée de l’usine Boiron de Montrichard (Loir-et-Cher) depuis presque quarante ans. Cette responsable du « secteur gouttes », à la tête d’une équipe de dix-huit techniciens, est entrée chez Boiron comme opératrice intérimaire, affairée au « vignettage » des produits homéopathiques qui, entre le milieu des années 1980 et 2003, étaient encore remboursés à 65 % par la Sécurité sociale.
Jeudi 15 janvier, la direction du groupe a annoncé aux quatre-vingts salariés du site l’échec des recherches d’un repreneur et la confirmation d’une fermeture pour la fin de l’année 2021. Cet événement, dramatique pour une commune de 3 100 habitants, est la conséquence de l’annonce du déremboursement des médicaments homéopathiques, le 9 juillet 2019, par la ministre de la santé de l’époque, Agnès Buzyn.
« Dénigrement permanent »
Suivant l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS), elle expliquait : « Je comprends l’attachement des Français à ce type de traitements. Mais ils n’ont ni prouvé leur intérêt en santé publique ni dans le soin des pathologies courantes. » Depuis le 1er janvier 2021, l’Assurance-maladie ne prend donc plus en charge leur remboursement, confiant cette responsabilité aux seules complémentaires santé.
« A la suite d’une tribune de 124 médecins, en 2018, puis de cette annonce de la ministre, il y a eu des attaques perpétuelles dans les médias, un dénigrement permanent de l’homéopathie », explique Carine Jaubertie, la responsable de l’usine. « Des gens se sont donc, petit à petit, éloignés de l’homéopathie. Les ventes de Boiron ont baissé de 20 % entre 2018 et 2019, et de 15 % rien que l’an dernier… Voilà pourquoi nous avons ce plan social », insiste-t-elle.
Installée sur une colline boisée dominant la cité médiévale, à deux pas d’un lotissement résidentiel, cette usine discrète ne fabrique pourtant pas les fameux granules blancs, produit phare du groupe Boiron. Elle conditionne des solutions buvables pour enfants et adultes, qui étaient, elles aussi, soumises à remboursement jusqu’au 1er janvier. Elle met aussi en flacon des teintures mères, issues de la macération de plantes fraîches, vendues cette fois comme compléments alimentaires en France et en Italie. En mars, quelques jours à peine après l’annonce de la fermeture et du lancement d’un appel à repreneur, le site de Montrichard se lançait dans la fabrication de gel hydroalcoolique, pour répondre à la demande des pharmaciens régionaux.
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«Ne laisser aucun jeune sur le bord de la route» : le gouvernement multiple les mesures pour tenir cette promesse. En plus de l’extension de la garantie jeunes à 100 000 précaires supplémentaires, annoncée le 26 novembre 2020, les anciens étudiants boursiers du supérieur qui peinent à trouver un emploi pourront demander une aide dès lundi 18 janvier.
Cette catégorie de jeunes était jusqu’à présent dans l’angle mort des dispositifs de soutien, qui ciblent avant tout les peu qualifiés. Pourtant, les anciens boursiers diplômés de l’enseignement supérieur, qui ne peuvent pas bénéficier de l’appui financier de leurs parents et n’ont pas suffisamment travaillé pour toucher le revenu de solidarité active (RSA) ou les allocations-chômage, se retrouvent dans une situation très précaire.
Afin de « combler les trous de la raquette » des dispositifs de soutien aux jeunes, le gouvernement a mis en place une allocation qui leur est consacrée. Le décret 2020-1789 du 30 décembre 2020 institue ainsi une aide financière exceptionnelle à destination des jeunes diplômés en recherche d’emploi anciennement boursiers de l’enseignement supérieur, qui entre en vigueur aujourd’hui.
Majoration de 100 euros
Mais tous les ex-boursiers ne sont pas concernés. Le dispositif s’adresse uniquement aux demandeurs d’emploi de niveau bac + 5 ou plus, de moins de 30 ans, venant d’achever leurs études, qui étaient boursiers l’année dernière ou le seront cette année. L’aide est de 70 % du montant mensuel de la bourse versée pendant la dernière année d’étude, majorée de 100 euros si l’ex-étudiant n’est plus domicilié chez ses parents. Elle est renouvelable pendant quatre mois.
Le demandeur doit être inscrit à Pôle emploi et devra avoir récemment obtenu son diplôme de niveau bac + 5 ou plus (master, doctorat…), en 2020 ou cette année. Il lui faut avoir obtenu une aide financière de l’Etat ou des collectivités locales au cours de sa dernière année d’étude. Les bourses de stage ou d’études à l’étranger entrent donc en compte.
Comme le fait remarquer le spécialiste de l’économie sociale Michel Abhervé sur son blog, cette nouvelle aide est une version allégée de l’aide à la recherche d’un premier emploi (ARPE), mise en place en 2016 par le gouvernement Valls. Cette allocation, qui revenait à maintenir la bourse des étudiants pendant quelques mois lors de leur entrée dans la vie active, a été supprimée sous la présidence Macron.
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Une mosaïque de visages apparaît sur l’écran de l’ordinateur. Ce lundi d’hiver, ils sont 11 participants à rejoindre l’atelier virtuel de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) animé par la consultante Florence Sequalino. Tous ont obtenu leur diplôme en 2020 et cherchent maintenant un premier emploi… en pleine tempête économique due à la crise sanitaire. « Il y a très peu d’offres, et quand il y en a, souvent les recruteurs demandent au moins cinq ans d’expérience, s’agace Julie, une participante. En revanche, il y a de plus en plus d’offres de stages. »
En deux heures, l’atelier vise à rassurer les participants en les aidant à identifier des axes afin de valoriser leur candidature : grille de questions pour préparer un entretien, révision des actions déjà menées, présentation des outils de l’APEC, des attentes des recruteurs, réflexion sur la prétention salariale, les modules s’enchaînent. Tout comme les bons conseils : travailler les mots-clés de son CV pour ressortir dans les logiciels, identifier ses compétences professionnelles, mais aussi personnelles, en lien avec le poste visé, se positionner sur les réseaux sociaux, rejoindre des groupes de discussion professionnels, partager des contenus pertinents, obtenir des lettres de recommandation… Mais aussi réfléchir aux alternatives à son projet initial. Chaque participant sera ensuite suivi individuellement sur son « plan d’action ». Lancés en septembre par l’APEC, les ateliers « Objectif premier emploi » doivent accompagner 50 000 jeunes bac + 3 ou plus dans leur insertion professionnelle d’ici à l’été 2021. Soit deux fois plus qu’habituellement.
De nouvelles aides
Ces diplômés en quête d’un poste peuvent aussi compter sur de nouvelles aides de l’Etat – et dont les décrets entrent en vigueur le 18 janvier 2021. Deux dispositifs existent. Une aide est réservée aux jeunes de moins de 26 ans inscrits à Pôle Emploi ou à l’APEC (cette aide peut aller jusqu’à 497 euros par mois, avec un plafond à 1491 euros sur une période de six mois). Une autre est destinée aux anciens boursiers de l’enseignement supérieur, égale à 70 % du montant de la bourse anciennement perçue. Une prime mensuelle de 100 euros est ajoutée pour ceux qui ne résident pas chez leurs parents.
Une béquille utile, car même si leur niveau de diplôme les protège plus que les autres, les bac + 5 sont également frappés par la crise. Ainsi, le nombre de diplômés bac+3 ou plus inscrits à Pôle Emploi a augmenté de 25% en novembre 2020, par rapport au même mois en 2019. De son côté, l’Apec constate une chute importante du nombre d’offres destinées aux jeunes diplômés. « Même durant la crise économique de 2008-2009, nous n’avions pas eu un impact aussi important, appuie François Cousin, responsable opérationnel du centre APEC République, à Paris. En ce moment, si elles doivent absolument recruter, les entreprises privilégient des jeunes cadres avec trois à cinq ans d’expérience, car ils vont s’intégrer plus vite tout en coûtant moins cher que ceux qui ont plus de dix ans d’expérience. »
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« Le nouveau management tente de brouiller cette hiérarchie, et se passerait bien de cette expression rétrograde. » SIMON LANDREIN
M.Z = X (N – 10) = > 500K/Y. Comprenez : monsieur Z, qui est le facteur X de votre entreprise puisque les salariés lambda (les N – 10) dépendent de son leadership, mérite de gagner 500 000 (500 K) euros par an (« per year », Y) pour ses prouesses. L’alphabet est riche dans le monde de l’entreprise, au point qu’il peut donner naissance à de charmantes équations.
A mi-chemin entre les formules de la suite de Fibonacci et du binôme de Newton, sur le Web, on trouve des conseils de management. « Comment obtenir le meilleur de son N – 1 ? », « Comment attirer l’attention de votre N + 2 ? » Le « n », dans une suite mathématique, c’est le rang, le niveau d’un terme : le n + 1 désigne le rang supérieur. En entreprise, c’est pareil : dans la chaîne de travail, si je suis N, mon supérieur immédiat est mon N + 1 et ainsi de suite. Les personnes qui se rapportent à moi sont mes N – 1, mes « subordonnés ».
Cette lettre, dont l’usage en entreprise est typiquement français, signe donc l’algébrisation d’un être humain en fonction de sa position, et non en fonction de ce qu’il fait. Si l’entreprise est une pyramide, on en gravit les échelons en montant de la base au sommet, niveau par niveau. Cette vision nous vient de la révolution industrielle et de sa division du travail instaurée par Frederick Taylor, que l’on nomme l’« organisation scientifique du travail ». Encore de la science, des chiffres et des lettres.
Avec les N, on mesure la distance, même s’il est peu agréable d’être considéré comme un N –5, voire un N – 10 corvéable à merci. Et ce niveau vous octroie un certain nombre de droits, tel un label gravé dans le marbre : je peux me permettre de tutoyer mon N + 1 ; allez, soyons fous, mon N + 2 aussi ! En revanche, le N + 3, qui a son propre bureau… Nous ne jouons pas dans la même cour, je le vouvoierai et il me tutoiera. De même que je tutoierai mes N – 1. Quel enfer !
Un animateur
Les N + 1 et N-1 permettent donc de fixer les règles, et de vous rappeler que Virginie, avant d’être votre partenaire de cafétéria, est tout simplement votre boss, et qu’elle est susceptible à tout moment de vous demander de faire 500 photocopies. En général, le N + 1 est donc celui qui vous donne du travail et vous fixe des objectifs, mais aussi celui qui vous surveille et vous évalue : « Un chef, c’est fait pour cheffer », après tout.
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Depuis le premier confinement, en mars, vous avez dû vous mettre au télétravail avec les moyens du bord ou bien avez été contraint·e au chômage partiel. Etudiant·e, vous avez dû vous résoudre à suivre les cours à distance. Chef d’entreprise, commerçant·e, indépendant·e, vous avez vu votre activité se réduire en raison des conditions sanitaires.
La crise économique, l’épidémie, la limitation des contacts sociaux ou encore le manque de perspectives minent votre moral et vous dépriment. Qu’est-ce qui vous pèse le plus ? Comment cela se traduit-il dans votre quotidien, personnel et professionnel ? Comment tenez-vous ? Racontez-nous.
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Aujourd’hui, la majorité des salariés du secteur ne quittent plus leur banque au moment de la retraite, mais parce qu’ils vont voir ailleurs. Philippe Turpin / Photononstop
Depuis que, le 7 décembre 2020, la Société générale a acté la fusion de son réseau de banques de proximité avec celui de sa filiale du Crédit du Nord, pour réaliser des économies, Elodie (le prénom a été changé), conseillère clientèle dans une agence bancaire des Hauts-de-France, espère que son poste sera supprimé. « Cela me permettrait de partir avec une enveloppe. On est plusieurs à le souhaiter », assure-t-elle. « Je n’aime plus du tout mon métier, je me sens en permanence sous pression, celle de la direction et celle des clients », poursuit la jeune femme de36 ans, entrée à la Société générale en2004.
« Il ne faut pas se voiler la face, nous sommes des vendeurs, pas des conseillers», déplore-t-elle, en pointant la grille d’objectifs de produits d’assurance, de prévoyance, d’épargne ou de crédits à placer et de comptes à ouvrir. « On ne touche plus de commissions à l’unité, mais, naturellement, on oriente les clients vers les produits pour lesquels nous sommes en retard sur nos objectifs. »
Elodie consulte déjà une conseillère en réorientation professionnelle de Pôle emploi et n’attendra peut-être pas la fusion des réseaux pour démissionner. Elle n’est pas un cas isolé. « Ma mission est de préserver l’emploi, c’est triste d’observer que de plus en plus de salariés viennent me voir pour savoir comment quitter la banque avec un chèque », constate Marc Durand représentant du syndicat FO pour la Société générale.
« On est pris entre le marteau et l’enclume »
Installé dans l’est de la France, Thomas (son prénom a été changé), la trentaine, vient de démissionner de son poste de directeur d’agence chez LCL pour devenir conseiller en gestion de patrimoine dans une banque mutualiste. Lui non plus ne supportait plus la course aux objectifs. « Dix-huit rendez-vous clients par semaine, et il va de soi qu’un client ne peut pas repartir sans rien, ou alors c’est qu’on ne sait pas faire notre job et susciter le besoin, dit-il. Sans tenir compte du poids croissant des tâches administratives. »
Comme de nombreux confrères, le jeune banquier compose avec les bogues et les lenteurs informatiques. « Il y a encore deux ans, on fonctionnait encore au fax dans l’agence, affirme-t-il. Le vernis des belles applis, c’est pour le client, mais, en interne, les procédures sont complexes dès qu’on sort des cases, et cela arrive souvent. Les dossiers que l’on envoie pour un traitement en back-office tombent dans une boîte collective, on ne peut pas faire de suivi. »
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Analyse. Avec la violence de la crise sanitaire, doublée d’une crise économique d’ampleur inédite, les syndicats sont sur la défensive. Face à l’avalanche de licenciements et de plans sociaux dans les entreprises, ils se retrouvent le dos au mur et cherchent d’abord à limiter la casse. « Nous avons impulsé une “boîte à outils”, assure Frédéric Homez, secrétaire général de la fédération FO des métaux, avec un ensemble de mesures pour aider les entreprises et les salariés à passer ce mauvais cap conjoncturel. »
Mais alors que les accords nationaux interprofessionnels (ANI), qui ont illustré les grandes heures de la démocratie sociale, ont disparu du paysage depuis celui du 22 février 2018 sur la formation professionnelle, ils ont resurgi en 2020. Effet paradoxal de la crise, on a assisté au niveau national à une amorce de déconfinement du dialogue social. « La négociation collective et le dialogue socialsont les meilleurs outils pour redonner de l’espoir aux salariés et aux entreprises », plaide M. Homez.
Trois grands accords – chacun d’une nature différente – ont été signés en 2020. Depuis cinquante ans, tous les gouvernements, de droite comme de gauche, se sont inspirés de la conférence de Grenelle, qui, en mai 1968, sous la houlette de Georges Pompidou, avait réuni pendant vingt-cinq heures, les syndicats et le patronat pour sortir de la crise sociale. Ils ont ainsi entretenu le mythe des accords de Grenelle, alors que le relevé de conclusions issu de ces discussions n’avait recueilli aucune signature syndicale.
La crise sanitaire a mis en lumière le malaise de l’hôpital public et les souffrances des soignants. Il y avait urgence à agir. Emmanuel Macron a donc sorti de sa hotte un Ségur de la santé, un Grenelle au format long qui s’est traduit par une concertation entre le gouvernement et les syndicats, du 25 mai au 10 juillet 2020, animée par Nicole Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, afin de « poursuivre la modernisation du système de santé et améliorer le quotidien des soignants ».
Les syndicats non représentatifs dans l’hôpital public, comme la CFTC, ont été tenus à l’écart. Fruit de ces échanges, un texte a été mis sur la table, prévoyant notamment une revalorisation de 8,2 milliards d’euros pour les métiers des établissements de santé. A la différence du Grenelle de mai 1968, il a été signé par le premier ministre, Jean Castex, le ministre de la santé, Olivier Véran, une majorité de syndicats – CFDT, FO et UNSA – et des représentants des personnels médicaux de l’hôpital public. Sa mise en œuvre fait l’objet de critiques mais il a répondu en partie aux attentes des soignants.
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