« Quelque chose est possible ici, même avec un salaire modeste » : dans les Cévennes et sur l’Aubrac, la revanche des épiceries et des arrière-pays

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Publié aujourd’hui à 02h29, mis à jour à 09h56

Le camion manque à nouveau déraper dans un tournant, il se rattrape puis s’arrête le long de la rivière, tout secoué encore des cahots de la route. L’aube pointe à peine. Des arbres lourds de neige se devinent dans l’obscurité, la route luit de verglas. Accoudés au petit pont, deux hommes parlent chèvres et châtaignes. Toutes les semaines, le véhicule de la société Magne s’engage dans les à-pics pour approvisionner l’épicerie de Sainte-Croix-Vallée-Française, 272 habitants en Lozère, à une heure trente de Mende. Nous y voilà. Murs peints en blanc, citation de Voltaire au-dessus du rayon fromages : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. » Un bouddha sourit du côté des légumes, on décharge des granulés de bois devant la porte.

Voilà bientôt cinq ans que Marisa et David ont repris ce magasin. Ils encaissent aussi les amendes, envoient les Colissimo, vendent les billets de train depuis que l’Etat a fermé ses propres guichets. Tous les deux viennent d’Alès : elle travaillait dans un hypermarché, lui était restaurateur. Un divorce chacun, la quarantaine, et ce comptoir au bout de la route, l’anti-start-up par excellence. Dans la famille de Marisa, on s’est étonné : « Mais qu’est-ce que vous allez chercher là-bas ? »

Pascal Bosio, propriétaire de l'épicerie des Plantiers (Gard), le 5 février 2021.

Il y a une décennie encore, pas une banque n’aurait suivi un dossier comme le leur. A l’époque, « on constatait plus de fermetures que d’ouvertures, le secteur était au plus bas », commente Pierre Bonnefoy, patron de Magne, l’entreprise familiale qui assure la distribution alimentaire en camion depuis Mende. Spécialisé dans les petits commerces, Magne ravitaillait alors 300 épiceries dans la Haute-Loire, l’Aveyron ou la Lozère. « On s’est accrochés, on a continué à livrer là où personne ne voulait plus aller. » Aujourd’hui, ses tournées comptent 450 petits commerces, son chiffre d’affaires a grimpé de 16 millions à 23 millions d’euros en trois ans. L’avancée se remarque surtout dans les villages reculés, les arrière-pays, les territoires oubliés d’hier.

« Base arrière »

Certes, ce ne sont pas les Marisa et les David de Sainte-Croix qui vont repeupler la région. Difficile même de risquer un pronostic à moyen terme. Pourtant, à sa façon, la France des épiceries se retrouve maintenant à l’épicentre d’une migration discrète mais têtue des villes vers les villages. Le mouvement s’est amorcé et amplifié de crise en crise : celle des subprimes en 2008, puis celle des attentats en 2015. Cette fois, la pandémie a donné un coup d’accélérateur.

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A San Francisco, le télétravail lié au Covid-19 a vidé la ville de ses salariés et… des milliers de mètres carrés de bureaux

L’entrée de la tour Salesforce, à San Francisco, le 23 février.

C’était le symbole de la puissance de la tech – ou de l’hubris, selon certains : 61 étages, 326 mètres de haut, le deuxième gratte-ciel le plus élevé à l’ouest du Mississippi, ouvert en fanfare en janvier 2018, à San Francisco. Depuis près d’un an, la tour Salesforce est vide. Le quartier est désert, les restaurants en berne (Salesforce s’était fait un devoir « civique » de ne pas avoir de cafétéria pour obliger les employés à sortir dépenser leur argent dans le quartier).

Le 9 février, le géant du cloud (l’informatique dématérialisée) – et premier employeur de la ville californienne – a annoncé qu’il n’obligerait pas ses 10 000 employés à revenir travailler sur place. San Francisco a compris qu’une page était tournée. L’avant-pandémie de Covid-19 ne reviendra pas.

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Le président de Salesforce, Brent Hyder, l’a expliqué : le travail de 9 heures à 17 heures est « mort » ; les employés sont en quête d’autre chose que « des tables de ping-pong et des snacks ». Moins de temps dans les transports, par exemple. Des logements moins chers. Un jardin. L’une après l’autre, de Twitter à Pinterest, en passant par Square et Facebook, les entreprises technologiques ont annoncé un même futur de flexibilité. Les employés viendront au bureau une, deux ou trois fois par semaine – et encore, s’ils le souhaitent (plusieurs, dont Twitter, ont autorisé le travail à distance pour une durée indéfinie).

Après s’être dotés de sièges sociaux pharaoniques, du Googleplex de Mountain View à la « navette spatiale » d’Apple, à Cupertino, les titans de la tech semblent prêts à les délaisser au profit du nouveau paradigme : le travail « distribué », la main-d’œuvre « répartie ». Le nouveau quartier général se situera surtout dans le cloud. Les contacts humains seront occasionnels et organisés dans des hubs décentralisés.

Personne n’est physiquement indispensable

Jusqu’au 15 mars 2020 – date de début du confinement en Californie –, San Francisco occupait les rêves des « techies ». Il fallait en être. Participer à l’exubérance technologique, à la certitude que, du hasard des rencontres, naîtrait une idée fabuleuse ou, mieux, un financement et cela, quoi qu’il en coûte : burritos à 15 dollars pièce (12,30 euros), ou « coloc » à 2 000 dollars la chambre. Désormais, personne n’est physiquement indispensable. Plus besoin de Silicon Valley.

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Covid-19 : Bercy resserre les contrôles autour du fonds de solidarité d’aides aux entreprises

La générosité de l’Etat a ses limites, notamment celles de la légalité. Après avoir dépensé sans compter pour aider les entreprises mises en difficultés par l’épidémie de Covid-19, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a fait état, mercredi 24 février, du tour de vis imposé pour dénicher les fraudeurs aux aides d’Etat. « Quand les sommes en jeu sont aussi importantes, il est indispensable de garantir au contribuable que l’argent va aux entreprises qui en ont réellement besoin », a expliqué le locataire de Bercy, évoquant 15 milliards d’euros distribués à 2 millions d’entreprises au titre du fonds de solidarité.

Depuis mars 2020 et la mise en place du premier confinement mettant à l’arrêt des pans entiers de l’économie, en particulier dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration, des loisirs et du tourisme, l’Etat a déployé un arsenal d’aides (prêts garantis, exonérations de charges…), parmi lesquelles le fonds de solidarité reste le plus populaire.

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Ce dernier instrument, inédit, d’abord destiné à sauver les plus petites entreprises (de moins de dix salariés), a évolué au fil des mois et de l’aggravation de la crise pour soutenir des entreprises plus conséquentes, faisant grossir les sommes distribuées : d’abord plafonnée à 10 000 euros, l’indemnisation peut désormais atteindre jusqu’à 200 000 euros par mois. Aujourd’hui, chaque mois, le fonds coûte à l’Etat quelque 4,5 milliards d’euros. « Le jeu en vaut la chandelle », assure M. Le Maire.

15 % des dossiers rejetés

Encore sonnés par la stratégie d’Emmanuel Macron de soutien des victimes de la crise « quoi qu’il en coûte », les services de Bercy n’en oublient pas leur mission première : veiller à la rectitude des comptes publics. Ils scrutent désormais plus scrupuleusement les dossiers qui leur sont transmis. Après le premier confinement, 92 000 contrôles ont été menés a posteriori sur des « cibles » jugées suspectes. Parmi elles, un tiers (33 000) avaient effectivement fraudé, à hauteur de 43,6 millions d’euros.

Les entourloupes les plus fréquentes consistent à gonfler les montants réclamés via la TVA, à envoyer cinq à six dossiers pour la même entreprise en espérant recevoir autant de compensations, à ressusciter miraculeusement une entreprise qui avait disparu en 2019, ou à réclamer de l’aide pour une société déjà en défaut. Depuis le mois d’octobre, les contrôles sont aussi menés a priori, pour mieux examiner les demandes. A ce stade, 15 % des dossiers ont été rejetés, évitant le paiement indu de 2 milliards d’euros, se félicite le ministre.

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Elisabeth Borne et Ambroise Méjean : « La réponse à la précarité des jeunes n’est pas le RSA »

Tribune. La crise sanitaire et économique que nous traversons touche particulièrement la jeunesse : marché du travail sous tension, isolement, détresse psychologique, précarité… Face à l’urgence, le gouvernement se tient à ses côtés.

Avec 7 milliards d’euros investis, le plan « 1 jeune, 1 solution » est d’une ampleur sans précédent. Avec ses primes à l’embauche et à l’apprentissage, il a permis d’obtenir des résultats inédits malgré la crise. En 2020, la France a dépassé la barre des 500 000 apprentis pour la première fois de son histoire et près de 1,2 million de jeunes de moins de 26 ans ont été embauchés en CDI ou en CDD de plus de trois mois entre août et décembre, soit presque autant qu’en 2018 et 2019 à la même période.

Mais nous devons continuer d’agir contre la précarité qui frappe notre jeunesse. C’est pourquoi nous défendons la généralisation de la « garantie jeunes » plutôt que l’ouverture du RSA aux 18-25 ans.

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La raison est profonde. A 20 ans, on souhaite pouvoir tracer le chemin de son avenir. Bien sûr, les aides financières peuvent venir combler certains manques. Mais elles ne sont pas et ne doivent pas être une fin en soi. Aucun jeune en situation de précarité n’aspire à des prestations comme seul horizon. Il souhaite surtout pouvoir trouver une formation ou un emploi pour en sortir. Et c’est cet accompagnement que nous devons à chaque jeune.

Devenir autonomes

La réponse tient-elle dans un RSA jeune ? Nous ne le croyons pas. Car le volet « insertion » qui devait être le pendant de ce revenu de solidarité a disparu. En 2019, plus d’un allocataire sur deux au RSA depuis moins de six mois ne bénéficiait pas d’accompagnement vers l’emploi. Ce n’est pas cet horizon que nous voulons donner à notre jeunesse. Car si le RSA ne joue plus son rôle d’outil d’insertion, il ne peut devenir facteur d’émancipation. Force est de constater que les défenseurs du RSA jeune ferment les yeux sur cette réalité. Pourtant, notre jeunesse demande à s’en sortir durablement, pas qu’on lui permette uniquement de survivre.

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C’est pourquoi, à celles et ceux pour qui le RSA jeune est devenu un réflexe pavlovien, nous répondons que nous avons mieux à proposer aux jeunes : la généralisation de la garantie jeunes à toutes celles et ceux qui en ont besoin. Nous sommes convaincus qu’elle permettra de répondre à l’impératif d’offrir un soutien financier pour faire face à l’urgence, tout en proposant un véritable accompagnement humain vers l’emploi, pour permettre aux jeunes de devenir autonomes et de s’en sortir pour de bon.

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La Commission européenne veut améliorer le sort des travailleurs des plates-formes de livraison de repas et de VTC

La pandémie de Covid-19 a accéléré le développement des services numériques en Europe depuis un an.

La Commission européenne a lancé mercredi 24 février une consultation des organisations syndicales et patronales pour améliorer le sort des travailleurs des grandes plates-formes numériques, comme celles de livraison de repas à domicile ou de chauffeurs VTC. La première phase de cette consultation durera six semaines avec les syndicats et organisations patronales de l’Union européenne (UE), afin de recueillir leurs idées sur des actions à mettre en œuvre.

Certains types d’emplois pour le compte des plates-formes sont synonymes de « conditions de travail précaires (…) et d’accès insuffisant à la protection sociale », souligne la Commission dans un communiqué. Elle reconnaît cependant qu’ils peuvent aussi « offrir de la flexibilité, des opportunités d’emplois et des revenus supplémentaires, notamment à des personnes ayant du mal à entrer sur le marché du travail traditionnel ».

La pandémie de Covid-19 a accéléré le développement des services numériques en Europe depuis un an, et « a souligné le besoin d’une initiative de l’UE pour améliorer les conditions de travail » des personnes œuvrant dans ce secteur, estime la Commission.

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« Une initiative à la fin de l’année »

Si les partenaires sociaux échouent à se mettre d’accord pour ouvrir des négociations à l’issue de la première phase de consultation, une seconde phase de discussions s’ouvrira autour des mesures envisagées par l’UE. En cas de nouvel échec, la Commission « présentera une initiative à la fin de l’année ».

« Nous devons tirer le meilleur parti du potentiel de création d’emplois des plates-formes numériques, tout en assurant la dignité, le respect et la protection des personnes qui travaillent pour elles », a déclaré Nicolas Schmit, commissaire européen à l’emploi. Les entreprises du secteur sont souvent accusées d’abuser du statut de travailleur indépendant, notamment pour éviter des cotisations sociales et externaliser certains coûts et risques.

Lire le reportage : « On prend tout parce qu’on n’a pas le choix » : l’angoisse des chauffeurs VTC

Le groupe S&D (socialistes et démocrates) du Parlement européen a réclamé mercredi que ces travailleurs indépendants soient « reconnus comme salariés avec tous les droits qui en résultent en matière de rémunération, de protection sociale, de sécurité et de négociation collective ». « C’est si facile, en un clic sur le téléphone d’avoir un repas servi à domicile, une voiture à disposition, ou une personne pour faire le ménage. Mais certaines personnes paient un prix très élevé pour ce confort », a souligné l’eurodéputée S&D Elisabetta Gualmini.

Bruxelles estime qu’un actif sur dix dans l’UE a collaboré au moins une fois avec une plate-forme numérique.

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Le Monde avec AFP

La vaccination anti-Covid fait son entrée en entreprise

Alors que la vaccination contre le Covid-19 en entreprise n’était pas envisagée avant le printemps, avec l’ensemble de la population, le ministère du travail accélère le calendrier. La direction générale du travail (DGT) a informé les médecins du travail qu’ils pourraient, dès le jeudi 25 février, lancer la campagne au moyen du vaccin d’AstraZeneca pour une première catégorie de personnel : les salariés de 50 à 64 ans « atteints de comorbidité » (hypertension compliquée, diabète non équilibré, obésité, cancers sous traitement, etc.). Cette tranche d’âge compte au total près de 8 millions de salariés, selon l’Insee.

La vaccination ne peut s’organiser que sur la base du volontariat et dans le strict respect de la confidentialité « vis-à-vis des employeurs », indique la DGT. Les entreprises doivent informer l’ensemble des salariés de la possibilité de se faire vacciner, y compris ceux qui sont en chômage partiel ou en télétravail, mais aucune « convocation individuelle » ne peut être « transmise sous couvert du chef d’entreprise ».

Organisation « transversale »

Le choix est à l’initiative du salarié. « Les personnes de plus de 50 ans concernées par les pathologies ciblées devront effectuer d’elles-mêmes la démarche de se rapprocher du SST [service de santé au travail] en vue d’une vaccination. » Et la non-vaccination ne peut pas devenir un motif d’exclusion de l’entreprise : « Aucune décision d’inaptitude ne peut être (…) tirée du seul refus du salarié de se faire vacciner », précise la DGT.

Toutes les entreprises sont concernées. Les services de santé au travail présents sur tout le territoire sont implantés soit au sein d’une entreprise, soit dans des centres extérieurs. A titre d’exemple, le service aux entreprises pour la santé au travail (SEST) d’Ile-de-France, qui compte 6 500 entreprises adhérentes pour 100 000 salariés, est déployé dans neuf centres d’Ile-de France, des Hauts-de-Seine au Val-de-Marne.

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La campagne de vaccination est envisagée de préférence « dans les locaux du service [de santé au travail] et non dans des locaux sis au sein des entreprises », écrit la DGT, qui conçoit que l’organisation soit « transversale » avec les médecins disponibles qui vaccineraient tous les salariés volontaires, « plutôt que de demander à chaque médecin de gérer les demandes des travailleurs de l’effectif qu’il a en charge ». C’est le médecin du travail qui indiquera au salarié dans quel centre il doit se rendre.

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Marriott, Hilton, Accor… Les géants de l’hôtellerie essuient des pertes inégalées

Le Jade Boutique Hotel, à Wuhan le 24 janvier 2021.

En présentant ces derniers jours leurs résultats de 2020, les géants de l’hôtellerie ont tiré un trait sur la pire année de leur histoire, mais pas sur une crise dont ils n’imaginaient pas, il y a encore trois mois, qu’elle se poursuivrait au moins jusqu’en 2022. Les propos tenus par les responsables de Marriott, Hyatt, Hilton ou Accor ressemblent fort à ceux du printemps 2020, quand la pandémie de Covid-19 mit brutalement à l’arrêt le tourisme mondial.

« Bien qu’il soit impossible de prédire le calendrier d’une reprise totale, nous sommes confiants dans le fait que nous observerons des progrès significatifs dans le courant de l’année » : que pouvait dire d’autre Lenny Oberg, directrice financière de Marriott, au moment de commenter les perspectives incertaines du numéro un mondial du secteur ?

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Même pronostic incantatoire, mercredi 24 février, dans la bouche de Jean-Jacques Morin, son homologue du groupe Accor : « Il y a quelques signes de reprise, avec notamment l’arrivée des vaccins, mais l’incertitude reste malheureusement le mot-clé. » Tous ont dû dévoiler des chiffres en deçà des attentes, qui n’étaient déjà pas bien hautes.

Centres d’affaires vides

Après un troisième trimestre marqué par un regain de l’activité partout dans le monde, la deuxième vague mondiale de la pandémie et la reprise des restrictions au voyage ont ruiné les espoirs d’un retour rapide à meilleure fortune. Les principales chaînes hôtelières ont annoncé leurs premières pertes annuelles depuis 2009, année de la crise économique mondiale. Exception majeure : le géant chinois Jin Jiang pourrait présenter le mois prochain un léger bénéfice annuel à faire pâlir d’envie ses rivaux occidentaux.

Au palmarès des déboires, Accor tient la corde avec une chute du RevPAR (revenu par chambre, indice de référence du secteur) de 62 % en 2020. Le britannique IHG et les américains Hilton, Hyatt et Marriott – qui a perdu son PDG, Arne Sorenson, mort le 15 février d’un cancer à l’âge de 62 ans – se tiennent dans un mouchoir de poche entre – 52 % et – 60 %. Wyndham limite la baisse à un tiers, comme Choice Hotels.

Les hôtels de luxe et ceux de séminaires, proches des aéroports, sont les plus touchés par la baisse de 75 % des déplacements internationaux

Ces deux chaînes américaines présentent la particularité de miser sur une hôtellerie de moyenne gamme et d’être peu représentées dans les grands centres urbains. Ce n’est pas le cas de leurs concurrents installés dans les grands centres d’affaires mondiaux, et qui ont dans leurs portefeuilles certains des palaces les plus prestigieux. Les hôtels de luxe et ceux de séminaires, proches des aéroports, sont les plus touchés par la baisse de 75 % des déplacements internationaux – un milliard de voyageurs évaporés.

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A Paris, les salariés de Norwegian luttent pour faire respecter leurs droits

Un avion de la compagnie Norwegian s’apprête à atterrir à l’aéroport d’Arlanda, près de Stockholm, le 16 mars 2020.

Après avoir lancé le long-courrier à bas coûts, Norwegian pourrait bien être la championne de la liquidation low cost. La compagnie aérienne norvégienne a engagé une double procédure de liquidation judiciaire, en France et en Irlande, de sa filiale française. Cette démarche fait suite à l’arrêt des vols long-courriers, y compris au départ de Paris.

Pour faire respecter leurs droits, les 286 salariés de la compagnie étaient appelés par les syndicats à manifester, mercredi 24 février, devant l’ambassade de Norvège à Paris. Les 145 pilotes, les 136 hôtesses et stewards ainsi que les 5 personnels administratifs ont de quoi être inquiets. La filiale française, baptisée Norwegian Air Ressources France (NAR), n’est pas directement rattachée à la maison mère, sise en banlieue d’Oslo. Elle dépend d’une entité juridique dénommée NAR Irlande.

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Cette dernière a demandé au tribunal de Dublin de faire constater son insolvabilité pour être placée en liquidation. Une décision qui serait tout à l’avantage de Norwegian, car elle « ferait supporter le coût du plan social par l’assurance garantie des salaires », note Fiodor Rilov, avocat du comité social et économique (CSE) de Norwegian France. Si la compagnie norvégienne obtenait gain de cause, elle ferait une économie substantielle d’une vingtaine de millions d’euros. Une somme qui, en revanche, serait payée par les contribuables français.

Les syndicats de la compagnie dénoncent « les méthodes de voyous » de la direction. Depuis des semaines, cette dernière est, selon eux, aux abonnés absents. « Nous sommes coupés de tout, se désole Jordan Passelecq, délégué du Syndicat national des pilotes de ligne. La direction des ressources humaines ne répond plus, et l’on nous a coupés de l’intranet. Pour eux, nous n’existons plus. » Les salaires de janvier ont été versés avec une dizaine de jours de retard et l’inquiétude règne pour ceux de février. Pire, signalent les syndicats, « depuis le début de la crise, Norwegian a triché sur le calcul du montant de l’indemnité de chômage partiel ». Ils rappellent qu’un jugement du tribunal des référés en date du 20 décembre 2020 « a statué en faveur des salariés ». Le montant du litige s’élèverait à 5 millions d’euros.

« Un gigantesque flou »

Pourtant, le CSE n’est pas convaincu de l’insolvabilité de la compagnie. Les caisses seraient loin d’être vides. Aux 2,5 millions d’euros avancés par la direction, les syndicats opposent un véritable pactole de « 120 millions d’euros ». C’est peut-être la raison pour laquelle la direction laisse planer « un gigantesque flou » sur la véritable situation financière de sa filiale. L’information du CSE, pourtant prévue par la législation, serait « très incomplète », dénoncent les syndicats, qui affirment que « Norwegian ne cesse de violer la législation ».

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Trop-perçus de l’aide aux travailleurs précaires : les syndicats appellent à la « clémence »

Les syndicats CFDT et FO ont alerté, lundi 22 février, sur des « dysfonctionnements » dans le versement de l’aide exceptionnelle, destinée aux 400 000 travailleurs précaires et devant leur garantir un revenu mensuel de 900 euros net.

Annoncée pour les demandeurs d’emploi ayant alterné les périodes d’emploi et de chômage en 2019, la CFDT note, dans une lettre ouverte au directeur général de Pôle emploi, Jean Bassères, que « malgré les alertes des conseillers indemnisation sur les risques de versements erronés, il s’avère que 40 000 demandeurs d’emploi auraient finalement perçu à tort tout ou partie de cette prime ». Une estimation que Pôle emploi n’a pas confirmée.

Face à ces couacs, la direction de certaines régions aurait demandé aux conseillers de récupérer les sommes versées par erreur, selon le syndicat. Ce dernier demandant « solennellement de ne pas procéder au rattrapage de ces trop-perçus » auprès de personnes « qui rencontrent déjà des difficultés financières importantes ». Dans cette même lettre, la CFDT note également que d’autres demandeurs d’emploi n’ont pas perçu l’aide exceptionnelle, alors qu’ils pouvaient y prétendre.

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Un couac « relativement mineur » face aux 400 000 bénéficiaires

Dans un communiqué à part, Force ouvrière « en appelle à la clémence de la ministre du travail afin que soient abandonnées les procédures en cours pour les trop-perçus ». « La situation de ces demandeurs d’emploi est déjà dramatique, il serait particulièrement malvenu de les accabler encore davantage », ajoute le syndicat.

Pôle emploi verse automatiquement l’aide aux demandeurs d’emploi remplissant les critères fixés par un décret du 30 décembre. L’opérateur souligne, de son côté, que certains dossiers envisagés comme des trop-perçus peuvent encore être considérés comme éligibles après vérification. Il indique aussi que, face aux 400 000 bénéficiaires de l’aide exceptionnelle, le nombre de trop-perçus est « relativement mineur ». D’après les informations du Parisien, en réalité, 3 à 4 % des dossiers pourraient faire l’objet d’une régularisation, soit environ 15 000 personnes.

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La ministre du travail, Elisabeth Borne, a annoncé, la semaine dernière, la prolongation de cette aide pour trois mois supplémentaires jusqu’à fin du mois de mai. La décision de demander ou non le remboursement des trop-perçus n’est pas du ressort de Pôle emploi mais relève de l’exécutif.

Le Monde avec AFP

Malgré le Covid-19, le numérique a continué à créer des emplois en 2020

« Les start-up y sont pour beaucoup puisque les 120 jeunes pousses retenues dans les indices Next 40 et la French Tech 120 ont, à elles seules, créé 10 500 nouveaux emplois en 2020, portant leur effectif global à 37 500.»

L’emploi dans le secteur du numérique a relativement bien résisté à la crise. Syntec numérique, la fédération patronale du secteur, affirme qu’en 2020, une entreprise sur trois a stabilisé ses effectifs, une sur trois les a augmentés (pour 36 %, de plus de 10 %), et une sur trois les a baissés (de 1 % à 3 %, pour 67 % d’entre elles). Sur la seule population cadres, l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) indique que 15 % des entreprises de services à forte valeur ajoutée, dont l’informatique et l’ingénierie, envisagent de recruter au moins un cadre au premier trimestre 2021 : pour les deux tiers de ces intentions d’embauches, il s’agit de créations de postes.

Le numérique a en effet continué à créer des emplois en 2020, malgré le contexte de crise. Difficile de le chiffrer précisément, car les données avancées par les uns et les autres prennent en compte des périmètres différents. Certains considèrent les sociétés de services informatiques et les éditeurs de logiciels ; d’autres intègrent les emplois informatiques dans les entreprises ; d’autres encore y ajoutent les développeurs d’applications, pas systématiquement reconnus comme cadres. Selon Syntec numérique, le secteur des services informatiques et logiciels a créé 21 500 emplois en 2020, contre 23 000 en 2019, et 34 000 en 2018.

Les start-up y sont pour beaucoup puisque les 120 jeunes pousses retenues dans les indices Next 40 et la French Tech 120 ont, à elles seules, créé 10 500 nouveaux emplois en 2020, portant leur effectif global à 37 500. Comme dans la quasi-totalité des activités, le premier confinement avait pourtant marqué un véritable coup d’arrêt des recrutements en informatique. « Puis à l’été, c’est reparti pour les besoins urgents, c’est-à-dire tous les métiers liés au télétravail, à commencer par la cybersécurité. Le second semestre 2020 a été très bon pour les métiers informatiques », précise Olivia Jacob, responsable du secteur numérique pour le cabinet de recrutement Robert Walters.

En tension structurelle

La pandémie de Covid-19 et le recours massif au télétravail qu’elle a entraîné ont accéléré la transformation numérique des entreprises, quel que soit leur secteur d’activité. Toutes les sociétés ont cherché à recruter des profils capables de les accompagner dans la migration de leurs applications informatiques dans le cloud, dans la sécurisation des solutions collaboratives pour leurs employés en travail à domicile et dans la direction des projets de transformation. Autant de métiers qui étaient déjà très demandés avant la crise sanitaire et qui vont rester en tension structurelle.

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