Des milliers de manifestants contre la réforme de l’assurance-chômage en France

Lors de la manifestation contre la réforme de l’assurance-chômage à Paris, le 23 avril.

Sous l’impulsion des intermittents du spectacle, plusieurs milliers de personnes ont défilé, vendredi 23 avril, en France pour demander le retrait de la réforme de l’assurance-chômage, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet.

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Ces manifestations étaient organisées par les organisations syndicales CGT et Solidaires et des associations comme le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), auxquels se sont joints des collectifs d’intermittents qui occupent des lieux culturels depuis plusieurs semaines.

Ces derniers, qui ne sont pourtant pas concernés directement par la réforme, constituaient le gros du cortège, réclamant une prolongation de leur année blanche ainsi que la réouverture immédiate des lieux culturels.

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« Trop long, l’entracte »

« Vivre de l’art est un art de vivre », « Festival : l’entubé de l’été », pouvait-on ainsi lire sur les pancartes, à Paris, où plusieurs milliers de personnes, souvent jeunes, ont marché dans une ambiance festive dans l’après-midi depuis la place d’Italie jusqu’à la place de la Bastille.

Habillés de vêtements noirs avec une croix blanche, les près de 300 manifestants marseillais ont descendu la Canebière vers le Vieux-Port en faisant claquer les couvercles de caissons de matériel technique.

Lors de la manifestation contre la réforme de l’assurance-chômage à Marseille, le 23 avril.

A Nantes, le cortège de 1 500 manifestants s’était réuni au Théâtre Graslin, occupé, en arborant des pancartes « Trop long, l’entracte » ou encore « Macron démission ».

A Lyon, 600 manifestants ont marché du Théâtre national populaire de Villeurbanne à l’Opéra de Lyon, deux lieux occupés respectivement par des intermittents et des étudiants issus des filières artistiques depuis la mi-mars. Ils étaient 200 à Saint-Etienne avec des intermittents organisant un clapping et scandant : « Nous sommes tous essentiels » sur l’air de We Will Rock You, de Queen.

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A Lille, 500 personnes ont manifesté derrière une banderole « Stop aux licenciements, délocalisations et suppressions de postes ». « Il est hors de question d’avoir une réforme qui va casser les droits avec tous les PSE en cours : Nocibé, les Flunch, les Auchan, les Carrefour », a dénoncé Jean-Paul Delescaut, secrétaire de la CGT dans le Nord.

Moins favorable aux demandeurs d’emploi

Dans le viseur des manifestants, l’entrée en vigueur, cet été, du nouveau mode de calcul des allocations, qui sera moins favorable aux demandeurs d’emploi qui alternent régulièrement périodes de chômage et d’activité.

Selon l’Unédic, 1,15 million de personnes qui ouvriront des droits à l’assurance-chômage au cours de l’année suivant le 1er juillet devraient ainsi toucher une allocation mensuelle plus faible qu’avec les règles actuelles (de 17 % en moyenne) mais avec, dans le même temps, une « durée théorique d’indemnisation » allongée (quatorze mois en moyenne contre onze avant la réforme).

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La ministre du travail, Elisabeth Borne, a assuré, ce vendredi sur la chaîne LCI, « avoir entendu ces oppositions » mais « pense vraiment qu’il faut modifier le système actuel ». « Certains ont pu s’en accommoder, on voit qu’ils ont été totalement percutés par la crise, à tel point qu’on a dû mettre en place une aide exceptionnelle pour ces salariés qui alternaient des contrats courts, qui n’ont pas pu travailler en 2020, pour leur assurer un revenu de 900 euros », a-t-elle souligné.

Le Monde avec AFP

Pour les étudiants, la grande incertitude des jobs d’été

Depuis sa résidence universitaire à Orléans, Fatou cherche sans relâche un emploi pour cet été. Plusieurs fois par jour, elle scrute les offres dans la restauration et dans les grandes surfaces sur des plates-formes de recrutement en ligne et multiplie les candidatures. Pour cette étudiante de 23 ans, en première année de licence de chimie et de sciences de la vie, décrocher un job d’été n’est pas une option.

En quittant Paris pour Orléans, en septembre dernier, elle a perdu son poste de préparatrice de commandes au Carrefour de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). « J’ai besoin de travailler pour financer mes études et subvenir à mes besoins, mais depuis le début de l’année, mes recherches n’ont rien donné », déplore-t-elle, désemparée. La jeune femme, en grande difficulté financière, se rend régulièrement aux distributions alimentaires organisées par l’association Annour pour se nourrir. Cela fait deux mois qu’elle ne peut plus payer son loyer.

Depuis le début de la crise sanitaire, avec la fermeture des bars et des restaurants et les nombreuses annulations dans le secteur de l’événementiel, nombreux sont ceux qui, à l’image de Fatou, ont été contraints de faire une croix sur un emploi étudiant. Selon l’enquête de l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), réalisée entre le 26 juin et le 8 juillet 2020, un peu plus d’un tiers des étudiants exerçaient une activité rémunérée, en parallèle de leurs études, avant le confinement. Parmi eux, 19,4 % n’ont pas repris d’activité après.

Une perte de revenus importante qui a créé, pour certains d’entre eux, des situations de grande précarité et rend l’obtention d’un job d’été d’autant plus indispensable. Pour la majeure partie d’entre eux, ces emplois saisonniers sont rémunérés à hauteur du smic, ce qui représente, pour deux mois de travail, un salaire d’environ 2 400 euros net. Une somme rassurante pour commencer une année universitaire.

En attente du feu vert

« Il ne faut pas que la recherche d’un job d’été amplifie l’anxiété des étudiants », temporise Valérie Deflandre. Conseillère d’orientation au Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ), elle a tiré des enseignements de l’année passée. « A cette époque, nous avions les mêmes incertitudes, mais nous avons constaté que les offres étaient parvenues un peu plus tard. » Habituellement, le CIDJ commence son opération de recrutement « Cet été, je taffe ! », au mois de mars. Mais pour la deuxième année consécutive, les jobs datings – qui permettent aux jeunes de 16 à 25 ans d’échanger avec leurs futurs employeurs – ont été reportés au début du mois de mai à la demande des recruteurs, dans l’attente de plus de visibilité sur le calendrier des réouvertures.

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Télétravail et impôt : quels sont les frais déductibles

Achat d’un nouvel ordinateur, raccordement à la fibre optique, facture de chauffage qui explose… Beaucoup de salariés ayant travaillé de chez eux en 2020 ont dû mettre la main à leur poche pour payer des frais supplémentaires. Le total peut varier d’une dizaine à plus d’une centaine d’euros par mois, selon ce simulateur du cabinet ConvictionsRH.

Cet effort financier se voit diversement compensé par l’employeur : selon une autre étude de ce cabinet, si la grande majorité des entreprises ont fait un geste pour aider leurs collaborateurs à s’équiper, seulement un tiers participent aux frais du quotidien (restauration, électricité…).

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Afin de couvrir ces dépenses supplémentaires, le gouvernement avait annoncé que les employeurs volontaires pourraient verser une allocation forfaitaire à leurs employés en télétravail. Mais les salariés n’en ont pas tous bénéficié. Au moment de remplir sa déclaration de revenus, chacun se demande donc ce qu’il peut déduire de ses revenus imposables.

Eviter de basculer vers une tranche supérieure d’imposition

Il faut savoir que l’administration fiscale applique déjà un abattement automatique de 10 % sur les revenus professionnels, à hauteur au minimum de 442 euros et au maximum de 12 652 euros pour l’année 2020. Cette ristourne est censée compenser les frais courants supportés par le travailleur : repas, transports… Mais elle ne vise pas à couvrir les frais exceptionnels engendrés par le contexte de crise sanitaire.

Le gouvernement avait donc annoncé un geste supplémentaire : les salariés bénéficiant de l’allocation forfaitaire de télétravail – et seulement ces derniers – ne la verraient pas intégrée dans leurs revenus imposables, dans la mesure où son montant ne dépasse pas 2,50 euros par jour de télétravail effectif, dans la limite de 550 euros annuels. « Cette déduction est automatique », prévient Stéphanie Khom, juriste fiscaliste au sein du cabinet de conseil en ressources humaines SVP.

Le salarié qui a bénéficié de cette allocation n’a donc pas à modifier sa déclaration de revenus. Cela ne signifie pas que le salarié bénéficie d’un crédit d’impôt équivalent, mais seulement que l’assiette fiscale sur laquelle est calculé l’impôt ne tient pas compte de ce revenu supplémentaire. « 550 euros, ce n’est rien du tout ! », relativise Stéphanie Khom. Mais ce geste de l’administration fiscale peut éviter de basculer vers une tranche supérieure d’imposition.

Fournir des justificatifs

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Europe de l’Est, Turquie, Maghreb… La production française de voitures s’exile de plus en plus

Avis de gros temps sur les sites automobiles… A Renault Flins (Yvelines), qui n’assemblera plus de véhicules d’ici à la fin de vie de la Renault Zoe ; à Onet-le-Château (Aveyron), où l’usine Bosch aura perdu 1 300 emplois en moins de cinq ans ; à l’usine Stellantis de Rennes, qui, contrairement à la tradition, ne produira pas les nouvelles grandes DS9 et Citroën C5X ; à Caudan (Morbihan), où Renault vend la Fonderie de Bretagne.

D’autres fonderies, Alvance dans la Vienne et l’Indre, MBF Aluminium dans le Jura, sont en difficulté. Celle de Villers-la-Montagne (Meurthe-et-Moselle) vient d’être liquidée. Tandis que chez BorgWarner, à Eyrein (Corrèze), des ouvriers hongrois se forment sur les lignes d’assemblage de pièces pour boîtes de vitesse qui seront déménagées en Hongrie. Les 360 salariés du site français sont licenciés. Des cas parmi d’autres…

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A l’heure du Covid-19 et de ses bouleversements économiques, c’est comme si une tornade s’abattait sur l’industrie automobile française et ses emplois. L’Union des industries métallurgiques et minières (UIMM), la branche du Medef englobant l’automobile, le dit elle-même dans une étude publiée mercredi 21 avril, où elle évoque une « dégradation considérable de la situation » depuis 2008.

« Le phénomène n’a rien de nouveau »

Les dirigeants du secteur craignent, si la dynamique négative demeure, de voir disparaître, d’ici à 2035, plus de 50 % des emplois industriels automobiles ; seuls 90 000 actifs demeureraient dans le secteur, contre un peu moins de 200 000 aujourd’hui. « Ce scénario ferait sortir la France des grandes nations de la construction automobile, y compris au seul niveau européen », assènent les auteurs.

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Le Monde a cherché à dresser un tableau détaillé de cette crise. Nous avons compilé des données de la société d’études internationales IHS Markit, du Comité des constructeurs français d’automobiles et des industriels pour établir un historique de la production française de voitures. Sur l’évolution de l’emploi, outre des chiffres extraits de l’étude de l’UIMM, nous avons fait appel aux ressources du cabinet Trendeo, spécialiste de la veille en matière d’évolution de l’emploi dans l’industrie.

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Les données révèlent un problème majeur. Les voitures vendues en France sont de moins en moins fabriquées dans l’Hexagone : une sur cinq aujourd’hui, contre une sur deux au début des années 2000. « Le phénomène n’a rien de nouveau, fait remarquer Denis Schemoul, directeur associé chez IHS Markit. Le gros de cette migration s’est produit au début des années 2000, avec une première vague importante de localisations en Espagne. Puis, il y a eu une période de stabilisation, avec même une hausse des volumes dans certaines usines françaises, entre 2016 et 2018. A partir de 2019, on retrouve cette tendance baissière et des destinations de production plus lointaines : Europe de l’Est, Turquie, Maghreb. »

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Comment lutter contre le chômage avec son épargne

L’épargne explose : en 2020, les Français ont mis de côté quelque 100 milliards d’euros de plus qu’en 2019, d’après l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Une manne que Bercy aimerait mobiliser pour relancer la croissance dans l’Hexagone. C’est même l’objectif du label « Relance », lancé par le gouvernement fin 2020. Les fonds labellisés – ils étaient 161 au 2 avril – doivent en effet consacrer au moins 30 % de leur actif au financement d’entreprises françaises.

Alors que le taux de chômage devrait s’envoler à 10,1 % en France fin 2021, selon l’Unédic, l’épargnant désireux de soutenir l’emploi peut-il se fier à ce nouveau label ? Pas forcément, estime Anne-Catherine Husson-Traore, la directrice générale de Novethic. « Il ne suffit pas de se déclarer “Relance” pour participer à la création d’emplois en France, attention à ne pas tomber dans le social washing. »

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Car si les fonds « Relance » doivent prendre en compte des critères d’investissement environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), la création d’emplois n’est pas spécifiquement recherchée.

Comment trouver, dès lors, des produits d’épargne intégrant la création d’emplois ou, plus globalement la lutte contre le chômage, dans leurs critères d’investissement ? On peut se tourner vers les fonds solidaires, ces fonds qui doivent consacrer de 5 % à 10 % de leur actif au financement d’entreprises et autres entités de l’économie sociale et solidaire (ESS), le reste du portefeuille étant placé en actions et obligations. Car l’emploi est l’une des thématiques sur lesquelles les acteurs de l’ESS interviennent.

Quels critères pour mesurer la création d’emplois ?

« Parmi nos investissements solidaires, 56 % sont consacrés à des structures œuvrant pour l’accès à l’emploi, au logement ou à la création d’entreprise, trois domaines indispensables pour réussir l’insertion professionnelle des personnes en situation d’exclusion », illustre Marie-Geneviève Loys-Carreiras, responsable des investissements solidaires de BNP Paribas AM. En 2020, précise-t-elle, les acteurs de l’ESS soutenus par sa société de gestion ont ainsi accompagné 23 000 personnes vers un retour à l’emploi.

Certains de ces fonds solidaires vont par ailleurs plus loin en mettant aussi l’accent sur la création d’emplois pour leur « poche non ESS » – les 90 % à 95 % du portefeuille investis classiquement en valeurs cotées en Bourse. Un défi, tant la création d’emplois est complexe à appréhender. Par exemple, quand une entreprise rachète une activité, l’opération ne doit pas être comptabilisée comme une création nette d’emplois puisque ceux-ci existaient déjà.

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Quand le Covid-19 réhabilite le travail

Le livre. Au printemps 2020, le confinement généralisé de la population a mis entre parenthèses beaucoup d’activités professionnelles en confiant à quelques-unes d’entre elles le soin d’assurer l’existence de tous. Les soignants ont été en première ligne, les livreurs et autres acteurs de la logistique des transports ont approvisionné le pays coûte que coûte, les caissières et caissiers ont garanti avec les agriculteurs et les maraîchers la continuité de notre alimentation, les agents de la propreté publique ont veillé à l’entretien journalier de l’espace public.

« Le travail réel a fait la démonstration de sa valeur économique pour la vie collective au-delà du seul marché. Il a aussi montré sa fonction psychique vitale pour chacun d’entre nous », souligne Yves Clot dans Le Prix du travail bien fait (La Découverte).

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Des travailleurs d’habitude invisibles ont enfin pu éprouver le sentiment d’un peu de reconnaissance sociale. Ils ne sont pourtant pas dupes de l’héroïsation qui a enflammé les discours du moment, et le professeur émérite en psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) nous invite à ne pas être plus naïfs qu’eux.

Un lourd tribu

Au nom de l’urgence, beaucoup de leurs droits ont sauté, que ce soit en matière de durée du travail, d’organisation des congés ou de prérogatives des représentants du personnel. « L’après-crise ne laissera pas une situation pacifiée et les héros d’un jour risqueront bien de redevenir invisibles. » A moins que tous les protagonistes de la situation réagissent pour se mesurer au problème que pose cet essai, qui s’appuie sur le récit de trois longues expériences de travail collectif : « celui d’ouvrir les lieux de décision à d’autres professionnels venus du “terrain”, celui, en quelque sorte, de revoir les frontières entre dirigeants et dirigés. »

Les soignants se sont acquittés d’un lourd tribut à l’épidémie. En septembre 2020, Amnesty International estimait que 7 000 d’entre eux étaient morts du virus dans le monde. Ils ont enduré des efforts démesurés, et, paradoxalement, ils ont aussi, malgré la fatigue, « éprouvé les vertus de l’action, celles du “pouvoir d’agir”, retrouvé au bénéfice de leur santé mentale ».

Pendant la première vague de l’épidémie, le virus a fait sauter les cloisons de la division du travail, l’administration hospitalière est redevenue une ressource au service du soin. « Les médecins ont repris les rênes et l’administration s’est conformée au traitement prescrit par les soignants. » L’hôpital est gouverné par l’intelligence des situations. « Lorsque cette souveraineté du travail a été rétablie, on a recommencé à discuter et à s’épauler là où, avant, on avait pris la mauvaise habitude de se parler parfois “comme des chiens” pour faire un travail de fou. »

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« On m’a conseillé d’enlever la photo pour cacher que je suis noir » : la France malade de ses discriminations

Manifestation contre les discriminations et les violences policières, à Marseille (Bouches-du-Rhône), en juin 2020.

C’est une histoire française. Celle de Wilfried Mahouto, né près de Bordeaux, qui en dépit de son master en entrepreneuriat, a envoyé des centaines de CV pendant des mois, sans jamais décrocher d’entretien. « On m’a conseillé d’enlever la photo pour cacher que je suis noir, j’ai toujours refusé », confie l’homme, qui a fini par obtenir un poste de directeur d’agence bancaire, grâce au soutien de l’association Nos quartiers ont des talents.

C’est l’histoire de Saïd Hammouche, fils d’immigrés marocains qui, lassé de voir des jeunes comme lui galérer pour trouver un emploi, a créé Mozaïk RH, un cabinet de recrutement alternatif, pour les aider.

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Celle, encore, de Samira (les personnes citées dont le nom n’apparaît pas ont souhaité garder l’anonymat), responsable marketing dans l’agroalimentaire. Le jour où elle s’est étonnée de gagner 20 % de moins que ses collègues, malgré d’aussi bons résultats, son manageur lui a répondu : « Pour une fille comme toi, c’est déjà bien d’être là. » « Il voulait dire “pour une fille d’origine maghrébine”, comme si je devais le remercier d’avoir ce poste », dit-elle en soupirant. Mehdi, lui, n’a jamais de retour des agences immobilières, alors que son ami Antoine, avec qui il cherche une collocation près de Lyon, n’a aucun mal à décrocher des rendez-vous. « Je gagne pourtant plus que lui, mais les propriétaires ne veulent pas d’Arabes. »

« La volonté politique fait défaut »

Ce sont des histoires de tous les jours, tristement banales et graves, que les difficultés économiques liées au Covid-19 exacerbent un peu plus encore. « On ne connaîtra l’ampleur qu’a posteriori, mais on sait que les personnes immigrées et d’origine immigrée sont surexposées au risque sanitaire et au chômage, en raison des inégalités qu’elles subissent dans l’emploi, le logement et la santé », s’inquiète Nicolas Kanhonou, qui travaille au Défenseur des droits, l’institution chargée de veiller au respect des droits et des libertés.

Les données publiées par l’Insee à partir des décès enregistrés à l’état civil montrent déjà que la Seine-Saint-Denis enregistre le plus fort taux de surmortalité en Ile-de-France (130 % entre le 1er mars et le 19 avril 2020, contre 74 % à Paris). Cela, en raison des conditions de vie plus précaires, mais aussi de la surreprésentation des immigrés dans les emplois de première ligne et de leur moindre accès à la santé, estiment les chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED).

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Il faut « responsabiliser les entreprises dont les chaînes de valeurs sont associées à des violations de droits humains et de l’environnement »

Tribune. Huit ans quasiment jour pour jour après le drame du Rana Plaza qui fit 1 135 victimes le 24 avril 2013, c’est encore le secteur textile qui est en première ligne sur les enjeux de droits humains.

Lundi 11 avril les associations Sherpa, Ethique sur l’étiquette, l’Institut ouïgour d’Europe et une victime ouïgoure ont annoncé le dépôt d’une plainte auprès du tribunal judiciaire de Paris, contre plusieurs entreprises du secteur pour recel de travail forcé et crime contre l’humanité. Des bases légales pénales inédites qui, articulées avec la notion de devoir de vigilance, font peser sur les marques visées une quasi-présomption de responsabilité.

Pression juridique et réputationnelle

Elles doivent se préparer à une charge de la preuve très lourde pour convaincre les juges et l’opinion du sérieux de leurs dispositifs de prévention et d’atténuation des risques de violations de droits humains.

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Cette pression juridique et réputationnelle vise aujourd’hui les marques Zara, Bershka, Pull and Bear et Massimo Duti appartenant au groupe Inditex, les marques Sandro, Maje, Claudie Pierlot et De Fursac, détenues par SMCP, ainsi qu’Uniqlo. Les organisations non gouvernementales (ONG) annoncent d’ores et déjà que la plainte sera progressivement élargie à d’autres marques ainsi qu’à des enseignes de distribution.

A l’heure où le pouvoir chinois montre de manière explicite sa volonté d’imposer ses valeurs au monde, l’existence même de cette initiative montre que cela ne dissuade pas les organisations de la société civile d’agir.

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Elle envoie aussi un message fort aux marques internationales, comme Tommy Hilfiger, Calvin Klein, Abercrombie & Fitch ou The North Face qui ont ces derniers jours retiré leurs engagements sous la pression du gouvernement chinois, Hugo Boss allant jusqu’à annoncer fièrement poursuivre ses achats de coton provenant de la province du Xinjiang.

Boycottage

Une volte-face qui les expose à une nouvelle vague de boycottages dans le sillage de la campagne portée depuis 2020 notamment par le député européen (S & D) Raphaël Glucksmann, présent à la conférence de presse annonçant le dépôt de plainte.

Cette initiative judiciaire illustre aussi un alignement d’intérêts avec les autorités européennes dont les récentes sanctions visant plusieurs dignitaires chinois sont inédites, plus de trente ans après les mesures d’embargo qui avaient suivi la répression du mouvement de la place Tiananmen.

Tommy Hilfiger, Calvin Klein, Abercrombie & Fitch ou The North Face ont retiré leurs engagements sous la pression du gouvernement chinois, Hugo Boss allant jusqu’à annoncer fièrement poursuivre ses achats de coton provenant du Xinjiang

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Dans le Loir-et-Cher, la ville de Mer renaît grâce à la logistique

L’entreprise Aosom MH France, à Mer (Loir-et-Cher), dans la zone d'activité des Portes-de-Chambord, le 6 avril 2021.

Le colza est déjà bien fleuri dans cette partie légèrement vallonnée de la Beauce, bordée par l’A10, reliant Paris à Bordeaux. A toute heure s’y engouffrent des semi-remorques aux plaques estoniennes ou slovaques. Ces cinq dernières années, Mer, 6 200 habitants, a vu sa zone d’activité sortir de sa léthargie grâce aux mastodontes de la logistique. Une douzaine de plates-formes sont aujourd’hui en place et emploient 1 180 salariés. Cinq autres sont en projet : des entrepôts monochromes pouvant dépasser les 50 000 mètres carrés, percés de quais d’embarquement.

Ce territoire revient de loin. Entre 1937 et l’an 2000, le cœur de Mer battait pour Epéda. Dans les années 1980, son usine de matelas et sommiers salariait plus d’un millier de cols bleus. Et encore près de 300 l’année de l’annonce brutale de sa fermeture, en 1999. En 2012, Mer réussit à faire revenir une petite production de literie, du haut de gamme cette fois.

Les élus célèbrent alors le retour de l’industrie. Mais un redressement judiciaire suivi d’une reprise en 2016, d’une vague de licenciements en 2018 et enfin d’une procédure de sauvegarde – toujours en cours –, n’en finit plus de fragiliser son existence.

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Foncier accessible

En 2007 naît la zone d’activité des Portes-de-Chambord – le château n’est qu’à 11 kilomètres –, grâce à 160 hectares de terrains achetés à des agriculteurs. La Poste débarque en 2011, avec un centre de tris de colis hors normes, aujourd’hui fort de 500 salariés et capable de traiter 400 000 paquets par jour. « Notre zone d’activité a pris son envol à partir de 2015. Les plates-formes de logistique pure ont fait leur entrée, suivies par celles liées à l’e-commerce », estime Pascal Huguet, agriculteur de son état et président en charge du développement économique de la Communauté de communes Beauce-Val de Loire (CCBVL).

La région Centre-Val de Loire emploie actuellement 26 556 salariés dans la logistique, pour 6 millions de mètres carrés d’entrepôts. Elle met en avant un foncier accessible et un bon maillage routier. A Mer, le groupe But dispose ainsi de trois plates-formes, totalisant 133 000 mètres carrés de stockage et 165 employés. Pour Emmanuel Bénichou, directeur général d’Aosom.fr, filiale française d’une entreprise basée dans le Zhejiang (Chine), une installation dans le Centre est un atout pour qui s’appuie sur la livraison en un jour ouvré.

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Sa société commercialise des jeux, des produits d’animalerie et de décoration sur son site propre mais aussi et surtout sur Amazon.fr, La Redoute, Cdiscount et ManoMano. « Etre ici nous permet de recevoir des commandes et d’expédier nos colis jusqu’à tard dans la journée, pour une livraison le lendemain partout en France », indique M. Bénichou.

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Vaccination : des créneaux spécifiques aux métiers de la « deuxième ligne »

Environ 400 000 travailleurs de plus de 55 ans vont bénéficier d’un accès prioritaire à la vaccination en raison de leur exposition plus grande au nouveau coronavirus. Cette annonce a été faite, mardi 20 avril, par la ministre du travail, Elisabeth Borne, et le secrétaire d’Etat chargé des retraites et de la santé au travail, Laurent Pietraszewski, lors d’une réunion avec des responsables syndicaux et patronaux. Des rendez-vous spécifiques seront organisés à partir du samedi 24 avril pour que les personnes concernées puissent se voir administrer une injection, l’opération devant se dérouler sur « au moins deux semaines ».

Caissières, chauffeurs de bus ou de taxis, agents d’entretien, ouvriers des abattoirs dans l’agroalimentaire, employés des pompes funèbres… Ce sont au total une vingtaine de métiers qui ont été choisis, en partant d’un travail d’analyse que les services de Mme Borne avaient commandé dans le cadre d’une concertation consacrée aux salariés dits « de la deuxième ligne » : grâce à cette expertise, une première liste, regroupant 4,6 millions d’individus, avait été dressée.

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Un deuxième tamisage a été effectué en ajoutant trois critères « complémentaires » : accomplir sa tâche en milieu clos ; être placé dans des situations qui compliquent le respect des gestes barrières ; occuper une activité identifiée comme « profession à risque » par une récente étude de l’Institut Pasteur. L’objectif de ces tris successifs était de parvenir à un nombre total de sélectionnés (400 000, donc) qui ait « du sens », selon la formule employée par une source au sein de l’exécutif. Autrement dit, il fallait aboutir à des effectifs d’une taille raisonnable, faute de quoi les intéressés auraient dû prendre leur mal en patience.

Concrètement, les bénéficiaires du dispositif auront droit à des « créneaux » réservés dans des centres de vaccination. Un justificatif leur sera demandé : un bulletin de paye pour les salariés, une carte professionnelle s’agissant des indépendants (une déclaration sur l’honneur pouvant également être présentée, pour ces deux catégories). L’entourage de Mme Borne précise qu’il restera évidemment possible de recevoir une dose par le biais d’un médecin de ville, d’un service de santé au travail ou d’une pharmacie. C’est le vaccin fabriqué par AstraZeneca qui sera utilisé, le recours à ce produit étant recommandé pour les plus de 55 ans par la Haute Autorité de santé. Ayant été à l’origine de plusieurs cas de thrombose, il inspire toutefois de la méfiance chez une partie de la population, ce qui pourrait avoir une incidence sur la réussite de l’opération.

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