Des recruteurs tentés par le « renseignement offensif »

Carnet de bureau. Après avoir dirigé un cabinet de recrutement pendant quinze ans (1990-2005), puis un bureau de détective privé spécialisé dans la recherche de personnes disparues jusqu’en 2010, Philippe Dylewski est arrivé aujourd’hui sur la table de chevet de recruteurs sous forme de manuel sur les outils et techniques du renseignement, intitulé Le Renseignement offensif (Agakure Editions). « Ça fait deux mois qu’il est numéro un des ventes dans son secteur sur Amazon. Et je ne sais toujours pas pourquoi. La majorité des acheteurs sont des dirigeants ou des manageurs », confie l’auteur.

Avec une moyenne de 225 ventes par mois depuis mars, Le Renseignement offensif, commercialisé uniquement sur Internet, reçoit un bon accueil du public. A titre de comparaison, « sur les livres d’entreprises, 1 000 exemplaires, c’est en moyenne ce qu’on espère vendre dans l’année », explique un responsable d’Eyrolles, spécialiste de ce segment de l’édition.

Lire aussi Rencontres RH : la crise due au Covid-19 aura-t-elle été source d’innovations ?

Le Renseignement offensif n’est pas le best-seller de l’année, ni un ouvrage grand public, mais un manuel qui s’adresse aux professionnels de l’investigation : les responsables de veille stratégique, les journalistes, les dirigeants de PME, les responsables de marketing. « Organiser planques et filatures », « Détecter les micros dans mon bureau », « Outils de cryptographie » sont des têtes de chapitres somme toute éloignés du cœur d’activité des responsables des ressources humaines.

« Les candidats idéaux »

En revanche, « Traduire vos documents parfaitement grâce à l’intelligence artificielle » ou « Débusquer les mensonges d’un CV » rejoint leurs préoccupations quotidiennes. De même que le parti pris de l’auteur qui est de donner aux professionnels « des armes pour attaquer ».

L’heure pourrait être à l’offensive dans le recrutement. « Le marché subit un effet de ciseau, avec plus d’annonces d’emploi, en hausse de 20 % sur un an, et, dans le même temps, des candidats attentistes. La bataille pour les talents est vive », explique Matthieu Eloy, le directeur général France d’Indeed, un site d’emploi qui représente 19 % du marché du recrutement en France.

Malgré les branches sinistrées par le Covid, comme l’aéronautique, qui maintiennent leurs plans de départ (8 800 salariés de moins dans le grand Sud-Ouest en 2020), tous secteurs confondus, les entreprises envisagent 30 000 recrutements de plus qu’en 2019 et s’attendent à des difficultés. L’Unédic, convaincu du rebond économique, anticipe même 126 000 créations d’emplois en 2021 et plus de 360 000 sur trois ans. L’hôtellerie-restauration est déjà à la peine. Dans les services à la personne, O2 recherche 3 000 candidats pour signer des CDI, dernier exemple pour le tourisme, Center Parcs recrute 250 saisonniers.

Il vous reste 10.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Dans le Jura, la fonderie MBF Aluminium placée en liquidation judiciaire

Des salariées de la fonderie MBF Aluminium, en grève de la faim devant le ministère de l’économie, le 21 mai.

De rage et de désespoir, ils ont retourné et incendié devant la cité judiciaire une voiture au logo de leur usine « MBF Aluminium ». Sur la carrosserie, tagué en rouge : « Renault assassin », « Etat assassin ». Les 270 salariés de la fonderie de Saint-Claude (Jura) venaient d’apprendre la décision du tribunal de commerce de Dijon, mardi 22 juin, de mettre leur entreprise, sous-traitant principalement de Renault, en liquidation.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les fonderies françaises dans la tourmente

Douloureuse conclusion de mois de combats, depuis le placement en redressement judiciaire le 4 novembre 2020. Tout aurait pu s’arrêter dès janvier, mais le tribunal a accordé, à deux reprises, des délais supplémentaires pour trouver un repreneur. Entre-temps, les salariés se sont mis en grève, le 31 mars. Mi-mai, à la veille d’une audience devant le tribunal de commerce, la tension était montée d’un cran quand quatre d’entre eux avaient entamé une grève de la faim à Paris devant le ministère de l’économie et des finances, alors que leurs collègues menaçaient de faire sauter l’usine si l’unique offre de reprise n’était pas acceptée. La sentence avait été repoussée. Jusqu’à ce 22 juin.

« Le dossier, il avait juste besoin d’un coup de pouce de l’Etat. Mais c’est un Etat corbillard ! Le gouvernement a fait le choix de liquider les fonderies » , Nail Yalcin, délégué CGT

« Ça fait 83 jours qu’on est en grève, qu’on se bat… réagit Nail Yalcin, délégué CGT, sous le choc. Le dossier, il avait juste besoin d’un coup de pouce de l’Etat. Mais c’est un Etat corbillard ! Le gouvernement a fait le choix de liquider les fonderies : FVM, fonderie du Poitou Fonte, maintenant MBF, à qui le tour ? » s’emporte-t-il, en allusion à deux autres fonderies en liquidation, l’une en Meurthe-et-Moselle, l’autre dans la Vienne.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Grèves de la faim, blocages, menaces : la situation se tend dans les fonderies automobiles, mobilisées pour leur survie

La filière est confrontée à une crise de ces débouchés à moyen terme alors que la France a voté l’interdiction des moteurs diesel et thermiques pour 2040. Une étude commandée par le gouvernement et la plateforme de l’automobile au cabinet Roland Berger et remise en mai 2020 suggérait de reconsolider toute la filière fonderie en trois ans, avec l’aide de l’Etat, autour de « deux champions » nationaux. Mais non sans casse sociale : il faut « accepter qu’on ne pourra pas sauver tout le monde », disait le rapport sans détour en annonçant que « 40 % des emplois de la fonderie automobile devraient disparaître d’ici à dix ans », soit plus de 5 000 emplois.

« Saint-Claude est en deuil ! »

Fin avril, le gouvernement et les constructeurs se sont accordés sur un plan de 50 millions d’euros pour aider à la reconversion des salariés. Mais ces derniers espéraient des investissements pour maintenir l’outil industriel. Ils désignent en outre un autre mal : la délocalisation, par Renault et Stellantis, leurs principaux clients, de volumes de production de plus en plus importants vers d’autres sites en Europe.

A Saint-Claude, la seule offre de reprise avait été formulée par un entrepreneur français Mickael Azoulay. Il aurait notamment manqué de financements. La présidente socialiste de la région Bourgogne-Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, en lisse pour sa réélection, avait évoqué dernièrement un projet d’entrée de la région au capital, dans le cadre d’un consortium public-privé. Mais le calendrier électoral a placé la décision du tribunal entre les deux tours des élections régionales.

Sur France Bleu Besançon mardi soir, elle a dénoncé « une catastrophe sociale sans précédent ». « Saint-Claude est en deuil ! », a réagi le maire divers droite de Saint-Claude Jean-Louis Millet dans Le Progrès. Depuis des mois, les salariés n’ont eu de cesse de rappeler le poids de cette fermeture pour la ville qui a déjà perdu plus de 2 000 habitants en dix ans.

Les salariés de BFM-TV et RMC appelés à débrayer pour des revalorisations salariales

Une journaliste de la chaîne d’information française BFM-TV porte un micro dans sa poche, à Paris, France, le 27 juillet 2015.

Les salariés de NextRadioTV, maison mère de BFM-TV et RMC, sont appelés à débrayer jusqu’à mercredi 23 juin, dans la soirée, pour réclamer des revalorisations salariales, ont annoncé mardi des sources syndicales à l’Agence France-Presse (AFP). Une annonce qui intervient un an après une grève inédite de plusieurs jours contre des suppressions de postes.

L’appel à débrayage, lancé par une intersyndicale (CGT-CFDT-SNJ-UNSA-CFTC-FO), a été voté par quelque 150 salariés en assemblée générale, deux ayant voté contre, trois s’étant abstenus, a précisé Paulina Benavente, déléguée syndicale SNJ. Il a démarré mardi à 14 heures et doit se terminer mercredi à 23 h 59, les syndicats invitant les salariés à « cesser le travail pendant une heure ou deux » en se coordonnant « pour impacter les antennes », a-t-elle ajouté.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Altice : « Patrick Drahi a choisi de traverser la Manche à un moment opportun »

A l’origine du mouvement, l’échec des négociations obligatoires annuelles (NAO), lors desquelles les syndicats ont réclamé une augmentation collective de 2 % pour les salariés de la filiale de médias du groupe Altice (BFM-TV, RMC, RMC Sport, BFM Business, RMC Découverte, RMC Story…).

« Avoir les moyens d’exercer nos métiers »

La direction, elle, propose notamment une augmentation collective de 1 % concernant 197 salariés (dont le salaire annuel fixe de base brut est inférieur à 35 000 euros), sur un total de 1 500 environ (dont 1 100 CDI), déplore la syndicaliste. Alors que la branche médias du groupe a engrangé « 37,1 millions d’euros de bénéfice net en 2020 », selon elle.

Les salariés s’inquiètent en outre « des conséquences du plan de départs volontaires » lancé l’année dernière pour supprimer notamment 245 postes en CDI, a insisté Paulina Benavente, pointant un défaut d’organisation. « On n’a pas d’assistance technique le week-end, des salariés se voient refuser leurs congés… », a-t-elle énuméré. « On veut avoir les moyens d’exercer nos métiers » après « une année un peu compliquée », a résumé Thomas Léonetti (CGT). Sollicitée par l’AFP, la direction n’a pas souhaité commenter.

Lire aussi La chaîne conservatrice CNews dépasse BFM-TV, la Macronie s’y presse

Dans un courrier envoyé aux salariés, consulté par l’AFP, le directeur général d’Altice Média, Arthur Dreyfuss, a souligné que la filiale était, à sa « connaissance », le « seul groupe média majeur à appliquer cette année une augmentation collective », parmi diverses mesures, tout en rappelant la prime de 1 000 euros versée à l’ensemble des salariés fin 2020.

En 2020, une grève de plusieurs jours contre le plan de départs volontaires avait entraîné l’annulation de la soirée électorale du second tour des municipales.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La direction de NextRadioTV, qui détient notamment BFM-TV et RMC, lance unilatéralement son plan de départs

Le Monde avec AFP

Le Conseil d’Etat suspend les nouvelles règles de calcul de l’assurance-chômage qui devaient entrer en vigueur le 1er juillet

La juge des référés du Conseil d’État a suspendu les règles de calcul du montant de l’allocation chômage qui devaient entrer en vigueur le 1er juillet dans le cadre de la réforme controversée de l’assurance chômage, selon une ordonnance rendue publique mardi 22 juin.

« De nombreuses incertitudes subsistent quant à l’évolution de la crise sanitaire et ses conséquences économiques sur la situation de celles des entreprises qui recourent largement aux contrats courts pour répondre à des besoins temporaires » précise un communiqué du Conseil d’Etat. « Or ces nouvelles règles de calcul des allocations chômage pénaliseront de manière significative les salariés de ces secteurs, qui subissent plus qu’ils ne choisissent l’alternance entre périodes de travail et périodes d’inactivité » ajoute-t-il.

« En revanche, la juge ne remet pas en cause le principe de la réforme elle-même », précise le communiqué.

Le Monde

Contribuer

Europe 1 : près d’une centaine de salariés votent la reconduction de la grève

Les turbulences se poursuivaient, mardi 22 juin, chez Europe 1, en plein rapprochement avec la chaîne de télévision CNews. La grève déclenchée vendredi a été reconduite pour un cinquième jour d’affilée, a appris l’Agence France-Presse (AFP) auprès de salariés présents à l’assemblée générale.

A l’issue de cette réunion tenue dans la matinée, près d’une centaine de salariés ont voté la poursuite du mouvement jusqu’à mercredi 13 heures (90 votes favorables sur 95) ainsi qu’une « motion de défiance à l’encontre de Donat Vidal Revel », directeur de l’information d’Europe 1 (88 votes pour), ont-ils précisé. Les grévistes contestent la mise à pied d’un journaliste et souhaitent la mise en place d’une clause de conscience, dispositif permettant aux journalistes de quitter leur titre avec des indemnités en cas de changement de ligne éditoriale.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La rédaction d’Europe 1 se raidit face aux annonces d’Arnaud Lagardère

La station traverse de fortes tensions depuis l’annonce mi-mai du renforcement des liens avec CNews, avec qui la radio partage le même actionnaire principal, le milliardaire Vincent Bolloré, qui contrôle Vivendi et sa filiale Canal+. En mêlant sa ligne éditoriale à celle de CNews, qui témoigne d’« un activisme politique fortement ancré à droite, voire parfois à l’extrême droite », Europe 1 « va perdre (…) son capital de crédibilité auprès des auditeurs », estimaient la Société des rédacteurs d’Europe 1 et l’intersyndicale dans une tribune publiée jeudi dernier sur le site du Monde. Ils pressaient leur direction d’éclaircir la manière dont elle compte garantir « le maintien d’une ligne éditoriale généraliste et indépendante ».

« Mensonge sur le projet éditorial »

Selon un participant à l’assemblée générale mardi matin, l’ambiance était « très remontée », conséquence d’une interview d’Arnaud Lagardère, patron éponyme du groupe et président d’Europe 1, publiée lundi dans Le Figaro. Le vote d’une motion de défiance envers le patron de l’information sanctionne le « mensonge sur le projet éditorial », sur le fait que Louis de Raguenel, transfuge de Valeurs actuelles dont l’arrivée à la rentrée 2020 avait suscité un tollé, « ne deviendrait pas chef de service » politique et qu’« il n’y aurait pas de diffusion commune avec CNews », affirme cette même source.

« Dire qu’Europe 1 passe sous la coupe de Vivendi, c’est un fantasme qui frôle le complotisme. Vincent Bolloré est un atout, pas une menace », estime pour sa part Arnaud Lagardère, qui à la fin du mois, avec la transformation juridique de son groupe, perdra son pouvoir absolu au profit de son premier actionnaire, M. Bolloré.

Lire aussi l’éditorial : Europe 1 et le spectre du média d’opinion

M. Lagardère a également dévoilé les premiers effets du rapprochement avec CNews qui s’imposera dans la grille de rentrée d’Europe 1 avec l’arrivée de Laurence Ferrari, aux commandes d’un programme de trois heures diffusé partiellement sur la chaîne d’info. Ou encore celle de Dimitri Pavlenko, qui partage l’antenne avec Eric Zemmour dans l’émission « Face à l’info », pour piloter la matinale.

Le Monde avec AFP

La Samaritaine rouvre ses portes après seize ans de travaux de rénovation

Par

Publié aujourd’hui à 11h51, mis à jour à 13h48

Tout est prêt, depuis des mois. Une petite musique résonne dans les 20 000 mètres carrés de la Samaritaine. Les feuilles d’or du grand escalier et de ses balustrades scintillent. Les vendeurs s’agitent derrière les comptoirs. Et les grooms battent le pavé devant les portes du grand magasin parisien situé sur les quais de Seine dans le 1er arrondissement de Paris. « Mais l’ouverture, c’est le mercredi 23 juin », précise l’un d’entre eux à une Parisienne qui, début juin, tentait d’y entrer.

Les étages commerciaux de la Samaritaine, à Paris, le 14 juin 2021.

A en croire les dirigeants de LVMH, maison mère de la Samaritaine, les Parisiens attendent de pied ferme l’inauguration de ce nouveau paquebot, que le président de la République Emmanuel Macron a pu découvrir lundi 21 juin guidé par Bernard Arnault, PDG du géant du luxe. « Un projet invraisemblable par sa durée et l’ampleur de sa rénovation », souligne Jean-Jacques Guiony, directeur financier de LVMH et PDG de la Samaritaine. Le groupe, qui, en 2001, a mis la main sur cette figure du commerce parisien pour 240 millions d’euros, a ferraillé pendant seize ans pour y détruire et reconstruire une nouvelle surface de vente et de bureaux, rue de Rivoli, créer un hôtel, côté Seine, et, à la demande de la Ville de Paris, des logements sociaux et une crèche.

« Ce fut un peu long »

En dépit de recours, le permis de construire du projet dessiné par Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, fondateurs de l’agence Sanaa, lauréats du prix Pritzker en 2010, a été délivré en 2015. Six ans de travaux ont suivi. L’enseigne devait ouvrir initialement en avril 2020. Les mesures de confinement pour lutter contre la pandémie, puis la crise du tourisme, en ont décidé autrement. Sans attendre cette sortie de crise, le groupe aux 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires a décidé d’ouvrir ses portes en cette fin juin. Enfin. « Ce fut un peu long », soupire M. Guiony. Et ce fut cher, aussi. LVMH y aura englouti près de 700 millions d’euros.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La Samaritaine reporte son inauguration à 2021

La Samaritaine de 2021 ne ressemble en rien au bazar joyeux d’antan, héritage du magasin créé, en 1870, par Ernest Cognacq et sa femme, Marie-Louise Jaÿ, que, au prix d’un plan social, LVMH a fermé en urgence pour des raisons de sécurité en 2005. Point de linge de maison. Ni de bricolage. Ni de jeux et de jouets. Adossé à un palace, le Cheval Blanc, de 72 chambres, cet établissement ne vend aujourd’hui que de la mode et des cosmétiques.

Comme ses confrères du boulevard Hausmann, les Galeries Lafayette et le Printemps, qui réalisent près de 50 % de leurs ventes avec la clientèle étrangère, la Samaritaine se prépare à tourner à vide, pendant des mois

Il vous reste 74.05% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le droit face à la banalisation du télétravail

Droit social. Le développement du télétravail à domicile va t-il provoquer un chambardement de notre droit du travail, conçu sur le modèle militaro-industriel de l’usine automobile avec son unité de temps, de lieu et d’action générant naturellement du collectif ?

Il faut d’abord raison garder : si 58 % des cadres et ddroites professions intermédiaires télétravaillaient fin 2020, ce n’était le cas que de 20 % des employés et 2 % des ouvriers, indique l’Insee. Les chaînes de production et les grands magasins existent encore. Mais une adaptation de notre droit est nécessaire.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Aux Etats-Unis, le choc du télétravail est massif et les entreprises peinent à trouver la bonne martingale »

Côté syndicats, on imagine les réticences face à la triple individualisation du lieu de travail, mais aussi des horaires et des conditions de travail, en pratique très dépendants de l’environnement familial et technique. Mais la Fédération syndicale européenne de l’industrie remarquait en avril 2021 que « les nouvelles formes de communication ont permis aux syndicats de s’engager auprès d’un plus grand nombre de travailleurs, d’écouter leurs préoccupations. C’est donc aussi une opportunité pour se renouveler, en capitalisant sur des nouvelles méthodes, en acquérant de nouvelles compétences de communication ».

Accord donnant-donnant

C’est aussi pour eux une occasion de se reconnecter aux jeunes générations. La pandémie a en effet vu fleurir sur Facebook ou WhatsApp des collectifs très réactifs, ne faisant parfois pas de cadeaux aux syndicats en place.

Déjà entré dans les mœurs, le juridiquement complexe et fragile vote électronique va progresser. Mais contrairement à l’espoir qu’il avait suscité, il n’a pas réussi à freiner une abstention croissante des salariés aux élections professionnelles : le taux moyen de participation est passé de 63 % pour 2013-2016, à 57 % pour 2017-2020.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Qualité de vie et travail hybride : le cocktail de l’été

La communication syndicale ? Dans la vraie vie, l’essentiel passe encore par les tracts et les affiches ; et légalement, les syndicats n’ont droit qu’à un panneau d’affichage virtuel sur l’Intranet de l’entreprise, avec un succès très, très mitigé.

Leur accès à la messagerie professionnelle des salariés est un sujet sensible. Autrement plus efficace en termes de communication mais aussi de mobilisation, il est aujourd’hui conditionné à la signature d’un accord collectif, dans le respect de la sécurité informatique de l’entreprise… mais surtout de l’appétence de collaborateurs déjà submergés de courriels. A préserver, cet accord donnant-donnant permet d’en prévoir les modalités (pièces jointes, documents confidentiels), mais aussi, afin d’éviter d’interminables contentieux, d’édicter des sanctions conventionnelles en cas de dérapage (suspension provisoire de l’accès).

Il vous reste 26.4% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

L’Asie de plus en plus chère aux expatriés

« Le Turkménistan a créé la surprise en cette année de Covid : sa capitale, Achkhabad, devient en 2021 la destination la plus chère de l’expatriation devant Hongkong » (Photo : Achkhabad, Turkménistan, mosquée de Turkmenbashi).

Les villes les plus chères pour s’expatrier sont à 60 % en Asie. C’est ce que révèle l’enquête internationale Mercer sur le coût de la vie et du logement pour les expatriés publiée mardi 22 juin. Achkhabad, Hongkong, Tokyo, Shanghaï, Singapour et Pékin sont, dans cet ordre, dans le Top 10 des destinations les plus coûteuses pour la mobilité internationale.

Destinée à aider les grandes entreprises et les gouvernements à adapter la rémunération de leurs expatriés au pouvoir d’achat local, l’enquête réalisée en mars 2021 établit le classement de plus de 200 villes dans le monde, en tenant compte du coût du logement, du transport, de l’habillement, de la nourriture et des loisirs.

Le Turkménistan a créé la surprise en cette année de Covid : sa capitale, Achkhabad, devient en 2021 la destination la plus chère de l’expatriation, devant Hongkong. « La crise économique et sociale combinée au Covid a généré une hyperinflation dans ce pays », explique Jean-Philippe Sarra, responsable conseil mobilité internationale chez Mercer France.

« Le coût de la vie a toujours été un facteur de planification de la mobilité internationale, mais la pandémie a ajouté une toute nouvelle couche de complexité, ainsi que des implications durables liées à la santé et à la sécurité des salariés, au télétravail et aux politiques de flexibilité, entre autres considérations », commente Ilya Bonic, président de l’activité de gestion des talents et responsable de la stratégie chez Mercer.

En Europe, Zurich

La mobilité évolue, précise le cabinet de conseil en ressources humaines, passant des expatriations traditionnelles de long terme à d’autres types de mobilité, tels que les missions de court terme, les recrutements internationaux, les transferts permanents, le télétravail international et le « commuting », à savoir le travail à l’étranger en semaine et le retour dans son pays d’origine le week-end.

Ce mode particulier d’expatriation utilisé en Europe, par exemple en Angleterre, en Suisse ou en Belgique, a été renforcé par la crise sanitaire, « car les expatriés ont souvent préféré partir sans leur famille », explique Jean-Philippe Sarra. En Europe, Zurich reste la destination la plus chère. Les seules villes françaises du classement sont Paris, Lyon et Pointe-à-Pitre.

Hormis la cherté de l’Asie, l’enquête révèle aussi une baisse du coût pour les expatriés aux Etats-Unis, principalement due aux fluctuations monétaires. C’est le cas de New York, Los Angeles, San Francisco, Chicago, Miami, Boston et Washington, entre autres.

Il vous reste 7.86% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Conditions de travail clémentes, coups de main électoraux… A Marseille, le système de ramassage des ordures craque

Par et

Publié aujourd’hui à 05h00

18 h 45, la chaleur retombe à peine sur Marseille et le bruit des boules claque. L’été revient enfin sur la ville et, avec lui, le plaisir de la pétanque. Devant le dépôt métropolitain de la Cabucelle (15e arrondissement), à une heure des premiers départs, on prend le temps de quelques parties. Ici, c’est le « garage », l’antre des « chauffeurs », une des castes du grand monde de la « collecte ». La plus noble parmi celles qui vont « au mastic », comprendre sur le terrain, pour ramasser les 1 000 tonnes d’ordures produites quotidiennement par les Marseillais. Une centaine de gars qui sillonnent la ville tous les soirs au volant de leurs bennes.

Le ciel tourne à l’orange coucher de soleil et les grands rideaux automatiques qui ferment l’accès au dépôt se lèvent lentement. Ce soir, 27 bennes sortent, en deux fournées : 19 h 30 pour ceux dont les tournées sont les plus éloignées, 20 heures pour les autres. Direction le centre-ville, les secteurs de la Timone, de la Plaine, mais aussi quelques quartiers du 6e arrondissement. Tous seront rentrés chez eux, au plus tard, à minuit. « Vous n’écrivez pas pour les boules, hein ? », s’inquiète un des cadres du site.

On blague autour de la machine à café du dépôt, pendant que les bennes font à tour de rôle le plein d’essence. Mais l’ambiance est lourde chez les héritiers de cette aristocratie ouvrière typiquement marseillaise. A partir du 1er janvier 2022, la Métropole Aix-Marseille-Provence – responsable depuis 2000 du nettoiement de 92 communes, dont celui de la deuxième ville de France – sera contrainte par la loi de transformation de la fonction publique d’appliquer un temps de travail de 1 607 heures par an et par agent (soit 35 heures hebdomadaires). Contre moins de 30 heures par semaine actuellement.

Le crépuscule d’un statut plus qu’avantageux

A l’arrière des bennes, on redoute que l’allongement de la durée du travail s’accompagne de suppression de postes. Et, dans les dépôts, on se prépare à perdre une vingtaine de jours de congé. Certains parlent d’une grève, en septembre. Et ce ne sont pas les discours rassurants des délégués Force ouvrière (FO), dépêchés ces derniers jours sur le terrain par Patrick Rué, l’historique secrétaire général du syndicat majoritaire chez les agents territoriaux de Marseille et de la métropole, qui font redescendre la température… Tout le monde sent que le système, qui, des décennies durant, a garanti aux éboueurs un statut plus qu’avantageux, est en train de craquer.

Il vous reste 84.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

L’auto-stage, issue de secours pour les étudiants entrepreneurs ?

Etre à la fois encadré et encadrant, stagiaire et tuteur de stage : cela a l’air d’une blague, mais c’est désormais possible, grâce à une circulaire de la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (Dgesip), publiée le 15 février et adressée aux chefs d’établissement d’enseignement supérieur.

Dans le cadre d’un volet sur l’assouplissement des conditions de stage en période de Covid-19, alors que les offres ont chuté de 22 % dans le secteur privé en 2020, un paragraphe attire l’attention et crée une nouvelle forme de contrat : l’auto-stage, ou l’« accueil par lui-même d’un étudiant entrepreneur ». « La convention de stage comportera alors comme organisme d’accueil l’entreprise de l’étudiant entrepreneur », précise la circulaire.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Une année sans stage ? Les étudiants en quête d’alternatives

Le fait qu’un étudiant se consacre à son autoentreprise n’est pas nouveau : en général, le stage est remplacé par le statut d’étudiant entrepreneur, créé en 2014, mais demeure peu utilisé car souvent limité aux projets accompagnés par les Pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat (Pépite). A l’Ensta, école d’ingénieurs, seuls cinq étudiants sur 220 bénéficient chaque année de ce statut : « On ne peut pas aller au-delà, car c’est un suivi personnalisé qui demande beaucoup d’investissement », explique Didier Lebert, responsable des formations.

« Gratifié au plafond légal »

La circulaire permet alors de flexibiliser et d’élargir le cadre légal. Interrogée, l’Union des autoentrepreneurs « encourage cette démarche d’auto-stage et l’état d’esprit de promotion de l’entrepreneuriat qui préside à cette démarche, à condition qu’il soit encadré afin d’éviter de possibles dérives (faux contrats de travail ou détournement de l’esprit du stage) ».

Avec l’auto-stage, la découverte du monde du travail et l’intégration à une équipe semblent difficiles. Antoine Frankart, consultant en e-sport qui a expérimenté une forme d’auto-stage avant l’heure, en 2009, dans l’informatique, défend son sens : « Quand on est entrepreneur, on doit gérer la comptabilité, le marketing… Il faut passer sa vie à s’autoformer. Pour les gens motivés, ce n’est pas un problème de ne pas avoir de formateur. »

Lire le récit : La « génération Covid », stoppée dans son envol, entre angoisse et résilience

Le texte vire pourtant à l’ubuesque sur la question de la rémunération : « Attention, le stage devra être gratifié au plafond légal pour des questions de couverture accident. » Qui doit donc payer ce stagiaire employé par lui-même ? Lui-même, et c’est obligatoire si la convention s’étend sur plus de deux mois.

Pour l’heure, les exemples concrets sont rares. A l’Ecole polytechnique, aucun élève sur les 550 par promotion n’a ce statut, alors que 3 % des diplômés créent leur entreprise. « Nos élèves trouvent facilement des stages en entreprise, l’assouplissement des stages en distanciel a suffi », justifie-t-on. HEC Paris ne propose pas non plus ce type de stage, et n’a enregistré aucune demande, comme l’Ensta, qui préfère son dispositif.

Didier Lebert voit pourtant d’un bon œil le dispositif, qui pourrait, selon lui, en appeler d’autres après la crise : « Souvent, les étudiants entrepreneurs sont un peu freinés car ils doivent partir en stage. Un tel dispositif permettrait donc d’élargir l’entreprenariat à davantage d’étudiants. »