Des conseillers Pôle emploi débarquent sur TikTok

« Ce mariage inattendu, entre l’opérateur public et le réseau social qui rassemble plus de 100 millions d’utilisateurs actifs chaque mois rien qu’en Europe, repose sur des intérêts biens compris. »

« Vous envoyez des CV toute la journée et votre boîte mail est encore vide ? Je vais vous donner trois “tips” [conseils] pour optimiser votre CV ! » Dans cette vidéo sur TikTok, Bouchra, une jeune femme en tenue décontractée, délivre ses conseils pour aider les membres de sa communauté à peaufiner leur candidature.

Format ultracourt, musique rythmée, graphisme percutant… Tous les codes des millénials sont repris dans cette vidéo, qui a recueilli plus de 8 700 « j’aime » sur la nouvelle plate-forme à la mode chez les 13-25 ans. Un style capable de retenir l’attention réputée volatile de ce public, loin du conformisme habituel des agents de Pôle emploi.

Pourtant, Bouchra est bien une conseillère de l’opérateur public, au même titre qu’Alexis ou Camille, de jeunes agents qui alimentent en vidéos le hashtag #missionemploi lancé le 4 juin par l’opérateur sur la plate-forme à l’occasion de la Semaine pour l’emploi.

« Innovant et utile »

Sous ce hashtag, pas de petites annonces, mais des vidéos officielles diffusées par Pôle emploi et ses partenaires, ainsi que des conseils de la communauté des utilisateurs de TikTok pour aider les jeunes dans leur recherche d’emploi ou de formation.

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Entre deux tutoriels de maquillage et autres contenus axés sur le divertissement, les utilisateurs de TikTok auront désormais la possibilité de visionner des vidéos sur les secteurs qui recrutent le plus, les aides à l’embauche pour les moins de 26 ans ou encore la promotion de l’alternance.

Ce mariage inattendu, entre l’opérateur public et le réseau social qui rassemble plus de 100 millions d’utilisateurs actifs chaque mois rien qu’en Europe, repose sur des intérêts biens compris. « Ce partenariat avec TikTok, qui est depuis quelque temps la plate-forme créative de référence des jeunes, est à la fois innovant et utile alors que de nombreux jeunes arrivent actuellement sur le marché du travail », fait valoir Misoo Yoon, directrice générale adjointe chargée de l’offre de service chez Pôle emploi, dans un communiqué relatif au lancement de cette campagne.

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Une manière aussi, pour l’opérateur public, de moderniser son image. Sur l’application, le logo de Pôle emploi se fait plutôt discret. Son compte officiel a été créé sous la dénomination @onestlapourvous. Et pour cause : les comptes parodiques dénommés « Pôle Emploi » pullulent déjà sur TikTok… En tout cas, cette opération de séduction orchestrée par l’opérateur fonctionne : le hashtag #missionemploi a déjà occasionné près de 19 millions de vues.

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« La solution au problème du financement des retraites passe par une augmentation du taux d’emploi des seniors »

Au Salon pour l'emploi des cadres, à Nantes, en 2013.

Tribune. La France est l’un des derniers pays à maintenir le niveau de vie des retraités par rapport à leur situation en vie active, objectif fixé aux régimes de retraites dans les années 1970 et réalisé depuis la fin des années 1990.

Faut-il renoncer à cet objectif ? C’est ce qu’ont fait la plupart des autres pays européens avec les réformes qu’ils ont introduites, dans les années 1980 en Grande-Bretagne, en 1998 en Suède ou en 2001 en Allemagne. Ces réformes ont renforcé le lien entre durée et montant des cotisations et montant des pensions (contributivité accrue) et retardé l’âge légal de départ à la retraite (fixé à 67 ans ou plus). Elles ont eu pour conséquences une baisse rapide des taux de remplacement (niveau de la pension par rapport au dernier salaire) des retraites publiques obligatoires et un retour de la pauvreté chez les personnes âgées.

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En réaction, ces pays ne sont pas revenus sur leur réforme, mais ont, d’une part, amélioré ou mis en place des minimums vieillesse, d’autre part proposé à ceux qui souhaitaient maintenir leur niveau de vie à la retraite d’épargner dans des fonds de pension largement subventionnés par des exemptions fiscales. Mais ce sont surtout les plus aisés qui épargnent pour leur retraite ou ceux qui travaillent dans les grandes entreprises où ont été mis en place des fonds de pension collectifs de groupes ou de branches.

Lire l’entretien : Raymond Soubie : « Reculer l’âge de départ à la retraite est plus une réforme de début de quinquennat que de fin »

Ainsi, partout en Europe, les réformes des retraites ont fait baisser le niveau de vie général des retraités, tout en permettant aux plus riches de tirer leur épingle du jeu, sans pour autant améliorer le sort des femmes, aux carrières plus souvent incomplètes.

Effets délétères

Les nombreuses réformes lancées dans notre pays depuis 1993 ont, elles aussi, accru progressivement la contributivité de notre système de retraites. A partir de 2018, les taux de remplacement ont commencé à baisser (de 3 %). Les projections du Conseil d’orientation des retraites montrent qu’ils vont continuer à baisser. Comme ailleurs, les gouvernements français annoncent une garantie de minimum de pension pour les revenus les plus bas et incitent les plus hauts revenus à épargner (avec des exemptions fiscales plus généreuses qu’ailleurs, sans quasiment de plafonds, ce qui bénéficie surtout aux plus aisés).

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La baisse de revenus des retraités et l’accroissement des inégalités entre eux et entre hommes et femmes auraient été accélérés par la mise en place d’un système à point généralisé sans compensations pour les plus précaires, aux carrières incomplètes. Le gouvernement semble avoir abandonné ce projet, n’envisageant plus que de retarder l’âge de départ à la retraite. Mais cette seule mesure aura, elle aussi, des effets délétères sur les retraites et les inégalités !

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Responsabilité sociale et environnementale : repenser le modèle de l’entreprise pour s’adapter au nouveaux enjeux

Par

Publié aujourd’hui à 08h03

Mercredi 26 mai, l’assemblée générale des actionnaires d’ExxonMobil a imposé au conseil d’administration du géant pétrolier trois administrateurs représentant un fonds activiste, Engine No. 1, engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’usage… du pétrole. Et ce malgré l’opposition farouche de la direction, mais grâce à l’appui de fonds de pension et gérants d’actifs tout aussi gigantesques, tels Calpers, BlackRock, Vanguard, etc.

Pour les plus optimistes, cet événement serait, parmi d’autres, la preuve de l’émergence d’un capitalisme « responsable », qui engagerait enfin dans la voie du « bien commun » le monde de la finance et des grandes entreprises, si souvent accusées de majorer leurs profits au bénéfice des actionnaires et aux dépens des équilibres naturels et sociaux. C’est en tout cas le signe qu’au plus haut sommet du capitalisme occidental, la question de savoir si les entreprises peuvent ou non accorder leur stratégie de développement avec les limites d’un modèle d’expansion permanente est clairement posée.

Au XIXe siècle, le socialisme utopique

A vrai dire, la quête d’harmonie entre activité de l’entreprise et besoins de la société n’est pas nouvelle, comme l’observe Frédéric Panni, conservateur du patrimoine au Familistère de Guise (Aisne). Dans la première moitié du XIXe siècle, les pères du socialisme utopique, Saint-Simon, Charles Fourier, Robert Owen, Etienne Cabet, proposaient un monde où la technique et le travail permettent de produire l’abondance de biens qui rendra l’humanité heureuse, mais où le collectif de travail laisserait s’exprimer la créativité et les talents de chaque individu.

Saint-Simon (1760-1825) n’est pas un entrepreneur, mais ses émules, les frères Pereire ou Ferdinand de Lesseps, mèneront sous le Second Empire leurs investissements dans les voies ferrées et les canaux, au nom de la vision sincère d’un monde où relier les hommes et faire circuler les biens assurerait la paix et le bonheur de l’humanité. Robert Owen (1771-1858), lui, est un entrepreneur : il reprend en 1800 en Ecosse la filature de New Lanark et la transforme en coopérative ouvrière. Puis il fonde, aux Etats-Unis, en 1825, la communauté de New Harmony (Indiana), où il n’y a ni salaire ni propriété privée, mais une égalité « parfaite »… sous l’autorité de son leader charismatique, qui publie en 1847 Le Livre du nouveau monde moral, où il expose sa vision de la société future.

Lire aussi (archive de 2005) : Robert Owen, socialiste européen

C’est également aux Etats-Unis que des disciples de Fourier, Owen et Cabet fonderont des communautés agricoles ou industrielles qui appliqueront avec plus ou moins d’ardeur les principes du phalanstère imaginé par Fourier (1772-1837).

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Liquidation de la fonderie MBF Aluminium : une enquête ouverte après des « mouvements de fonds suspects »

Des travailleurs en grève protestent contre un plan social à l’entrée de l’usine de fonderie d’aluminium MBF à Saint-Claude, dans le Jura, le 10 juin 2021.

Une enquête pour « abus de biens sociaux » a été ouverte dans le cadre de la liquidation judiciaire de la fonderie automobile MBF Aluminium, en raison notamment « de mouvements de fonds suspects », a annoncé, jeudi 24 juin, le procureur de la République de Lons-le-Saunier, Lionel Pascal.

« A l’occasion de la procédure devant le tribunal de commerce, il était fait état de mouvements de fonds suspects de la société MBF vers d’autres entités économiques ainsi que de rémunérations non proportionnées aux résultats de l’entreprise et bénéficiant au dirigeant ou à ses proches », a précisé M. Pascal dans un communiqué. Le journal Le Progrès, qui a révélé l’affaire, évoque la somme de 10 millions d’euros piochés dans les caisses de MBF.

Le parquet de Lons-le-Saunier avait ouvert cette enquête dès le mois d’avril, a fait savoir le procureur. « Nous en sommes au niveau des vérifications. » Par rapport aux mouvements de fonds suspects, il faut notamment voir « d’où ils viennent, où ils vont et s’ils ont une raison d’y aller », a-t-il ajouté. Par ailleurs, « une des parties à la procédure a fait état de niveaux de rémunération du dirigeant et de ses proches non proportionnés au résultat de l’entreprise, nous vérifions également », a-t-il poursuivi.

Créée dans l’immédiat après-guerre, la fonderie MBF Aluminium, qui fabrique des carters de moteurs et des pièces de boîte de vitesses, avait été placée en redressement judiciaire au début de novembre, faute de pouvoir rembourser ses dettes. Le tribunal de commerce de Dijon a prononcé, mardi, la liquidation de cette entreprise jurassienne, qui employait 270 salariés.

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« On ne savait pas où l’argent allait »

Sa direction, représentant les actionnaires – le britannique CMV et un entrepreneur italien –, avait été écartée par le tribunal de commerce durant le redressement, avec nomination d’un administrateur judiciaire.

« Des fonds sont partis sous forme de prestations de services dans une holding basée en Angleterre », a déclaré Nail Yalcin, délégué de la Confédération générale du travail (CGT). « On ne savait pas où l’argent allait. Des choses ont été faites, mais on ne sait pas si c’est dans la légalité ou l’illégalité », ajoute-t-il, précisant qu’« il y a déjà eu plusieurs audits réalisés par des cabinets mandatés par le gouvernement ».

M. Yalcin a annoncé que les salariés avaient l’intention de faire appel de la décision de liquidation de l’entreprise. « On va contester la décision de mardi devant la cour d’appel de Dijon et, en parallèle, on travaille à un projet de reprise de la fonderie par les salariés », a-t-il déclaré. Ils ont jusqu’au 4 juillet pour déposer leur recours.

Mardi, le tribunal n’a pas retenu l’unique offre de reprise, portée par l’entrepreneur français Michaël Azoulay, qui prévoyait la reprise d’un peu plus de 200 salariés. Les syndicats ont dénoncé la « passivité » de Renault et PSA (Stellantis), qui étaient les plus gros clients de MBF, et de l’Etat, dont ils espéraient une aide au sauvetage de plusieurs millions d’euros.

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Le Monde avec AFP

« La polarisation sur le temps court alimente les radicalités et favorise parfois le populisme »

Tribune. La rapidité de l’information permet une plus grande transparence de la vie politique et une plus grande réactivité. En même temps, elle bouscule la démocratie, qui a besoin de temps long. Cette confrontation entre ces deux temps est vitale pour irriguer la démocratie. Le temps long est celui de la prospective, du débat sur les projets ; le temps court, celui de la vie quotidienne des gens, qui ne se programme pas et nécessite des réponses précises et souvent immédiates. Appréhender la complexité de la réalité est encore plus difficile dans une période où le temps court a tendance à ostraciser le temps long.

Le temps court, celui de l’émotion, paraît plus empathique alors que le temps long, plus prospectif, apparaît souvent comme froid et distant. Le temps court permet de se focaliser sur un événement, un sujet d’actualité, d’en décrire la substance, et de créer des dynamiques collectives plus ou moins radicales sur des sujets spécifiques.

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Le temps long permet d’identifier les contradictions entre les différents sujets qui ont un impact sur la vie en société, et de les appréhender dans toute leur complexité. Les conclusions qui en sont tirées peuvent sembler éloignées des préoccupations immédiates. Elles sont très souvent moins radicales et peuvent sembler un peu molles.

Une polarisation sur le temps court génère une concurrence des causes, alimente des radicalités, et favorise parfois le populisme. A l’inverse, une polarisation sur le temps long peut aussi éloigner du réel et favoriser une autre radicalité, celle d’un monde meilleur fantasmé, dans lequel les contradictions auraient disparu derrière la pureté de l’analyse et un projet bien construit. Toutes les questions qui se posent à nos sociétés – sécurité, santé, retraite, emploi, transition écologique… – sont percutées par ce conflit entre temps court et temps long.

Jusqu’à la caricature

Les politiques dans leur ensemble, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, n’accordent que très peu d’intérêt aux travaux que peuvent réaliser des institutions sur un certain nombre de ces questions, et notamment celles qui réunissent en leur sein la société civile organisée : le Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Haut Conseil pour le financement de la protection sociale, ou le Conseil d’orientation des retraites.

A la différence de certains rapports émanant de spécialistes, les travaux de ces institutions sont des constructions collectives. Malgré leurs défauts, ils permettent d’appréhender et de penser l’articulation entre temps court et temps long. Ils peuvent être des supports pour associer une plus grande partie de la société aux transformations nécessaires. Pourtant, le réflexe des responsables politiques au pouvoir n’est pas de s’appuyer sur ces travaux et encore moins sur les acteurs qui y ont contribué. Le dossier retraites en a été un bon exemple, jusqu’à la caricature.

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Voyage en utopies économiques

Le livre« C’est lorsque la mer se retire qu’on découvre ceux qui se baignent nus », selon la célèbre formule attribuée à Warren Buffet. Le Covid-19 a enclenché une des pires crises de l’histoire moderne, désarçonnant les grands avocats d’une mondialisation économique permettant une croissance sans fin.

Ce virus n’est « finalement pas grand-chose à côté d’autres virus qui expliquent l’ampleur de la contagion et surtout ses conséquences terribles », estime Jean-Joseph Boillot, qualifiant de virus la mondialisation outrancière dans son modèle de production et de consommation ainsi que le prélèvement excessif sur les ressources de la planète.

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Alors que la civilisation industrielle est en crise et que la mondialisation est devenue chaotique, quels modèles économiques peuvent nous aider à penser et pratiquer une nouvelle sagesse pour le XXIe siècle ? s’interroge l’économiste dans Utopies made in monde.

L’ouvrage explore des pistes de renouvellement de la discipline économique « dont il faut dire qu’elle a autant de mal à s’ouvrir à l’hétérodoxie qu’à reconnaître la diversité des trajectoires de développement suivies par chaque pays. » Le livre retient une dizaine d’économistes, « peut-être pas assez connus ou pas assez au centre des débats économiques », ayant proposé un cadre théorique, des concepts, des modèles, qui peuvent fonder une sagesse économique pour l’avenir. « Tous ont en commun de l’avoir expérimentée, d’avoir mouillé leurs chemises, critère ultime de la sagesse pratique. »

La force de l’utopie

Malgré le « caractère parfois un peu ardu des raisonnements », il peut être utile de mieux connaître leurs solutions et leurs modèles pour bâtir une économie de la sagesse. On redécouvre alors Keynes à travers Perspectives économiques pour nos petits-enfants. Dans cet ouvrage, l’économiste expose sa vision d’une économie prospère où les humains, débarrassés des soucis économiques du quotidien, pourraient enfin envisager un art de vivre dans une société de loisirs et d’abondance relative.

L’ouvrage pointe les paradoxes de la globalisation libérale avec l’universitaire turc Dani Rodrik ; on suit le parcours du mathématicien d’origine roumaine Nicholas Georgescu-Roegen, fondateur de la bioéconomie ; et on s’intéresse à l’indice de développement humain imaginé par le philosophe indien Amartya Sen.

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De l’agroécologie indienne à l’esprit coopératif africain en passant par les montagnes sacrées chinoises jusqu’à son petit village normand, Jean-Joseph Boillot nous entraîne dans sa traversée intellectuelle et géographique. A l’échelle mondiale, l’alternative n’est ni le capitalisme ni le socialisme, mais la réduction ou non des inégalités de développement. « Et cela nécessite clairement de diviser par quatre l’empreinte écologique des pays riches pour permettre un rattrapage des pays pauvres pendant leur transition vers une prospérité neutre au sens bio économique du terme. »

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L’éolien en mer commence à créer de nombreux emplois

Fécamp (Seine-Maritime), Le Havre, Cherbourg (Manche), Saint-Brieuc, Saint-Nazaire (Loire-Atlantique)… Les énergies marines renouvelables (éolien, hydrolien…) ont généré 4 859 emplois en France en 2020 et devraient poursuivre sur cette lancée, indique l’Observatoire des énergies de la mer dans son cinquième rapport, mis en ligne mardi 22 juin.

« En 2020, le démarrage des travaux pour la construction des parcs de Saint-Brieuc et de Fécamp s’est additionné à ceux entamés en 2019 pour le parc de Saint-Nazaire, explique l’Observatoire. (…) L’amplification des opérations en mer ainsi que le début des travaux pour le parc de Courseulles-sur-Mer (Calvados) confirmeront cette dynamique en 2021 », année durant laquelle 1 500 emplois devraient être créés.

La plupart de ces postes ont été ouverts chez les industriels fabriquant les équipements, notamment dans les Pays de la Loire, en Normandie et en Ile-de-France. La courbe des investissements est elle aussi ascendante : 1,5 milliard d’euros ont été investis (contre environ 500 millions en 2019) dans une filière qui assure avoir très peu souffert de la crise sanitaire.

« Changement d’échelle » en 2020

« La majorité de la valeur et des emplois issus des projets français sont bien ancrés dans notre pays », se félicite Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français, à l’origine de la création de l’Observatoire, en 2016, avec le soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Et 29 % de l’activité a été tournée vers l’exportation. Des responsables du secteur redoutaient, en effet, que l’industrie ne suive pas, et que le développement de l’éolien au large des côtes françaises ne profite d’abord à des entreprises produisant hors de l’Hexagone.

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L’année 2020 marque, selon M. Moncany de Saint-Aignan, « un changement d’échelle ». Cela demande à la filière, dit-il, de « recourir plus encore aux services maritimes et, au-delà, à l’ensemble des entreprises françaises ayant des compétences à proposer ». Aux grands électriciens (EDF, Engie, Iberdrola…) s’ajoutent de puissants industriels (General Electric, Siemens Gamesa…) et des géants des travaux publics, comme Bouygues, ou du naval (Chantiers de l’Atlantique). Mais aussi tout un tissu de PME.

Le secteur mise aussi sur le développement, à partir de 2023, des éoliennes flottantes, notamment en Méditerranée. L’horizon est pourtant loin d’être dégagé. L’éolien terrestre et maritime ne recueille pas l’unanimité, le Rassemblement national ayant même fait du combat contre cette source d’énergie un thème de sa campagne aux dernières régionales. Les responsables de la filière s’en sont inquiétés, mardi, lors des 7es Assises nationales des énergies marines renouvelables.

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Assurance-chômage : le Conseil d’Etat suspend la réforme du gouvernement

La réforme de l’assurance-chômage tourne au chemin de croix pour le gouvernement et Emmanuel Macron. Mardi 22 juin, le Conseil d’Etat a suspendu les modalités de calcul de l’allocation qui devaient entrer en vigueur le 1er juillet. L’ordonnance rendue par la plus haute juridiction administrative est consécutive à un recours en référé de sept syndicats – dont la CFDT, la CFE-CGC, la CGT et FO – et de plusieurs organisations de guides-conférenciers, qui contestaient un décret du 30 mars relatif à l’indemnisation des demandeurs d’emploi.

Cette décision ne semble toutefois pas ébranler les ardeurs transformatrices du pouvoir en place. Mardi soir, le ministère du travail a fait savoir, par le biais d’un communiqué, que des « réponses » seront apportées pour parvenir à « une mise en œuvre rapide » des mesures incriminées, sans préciser comment ni dans quel délai.

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La juge des référés, Anne Egerszegi, a invoqué une seule raison pour motiver la suspension des dispositions attaquées : les incertitudes qui prévalent en matière d’emploi. En l’état actuel, il n’y a pas « d’éléments suffisants permettant de considérer que les conditions du marché du travail sont (…) réunies pour atteindre l’objectif d’intérêt général poursuivi », écrit-elle dans son ordonnance. Une allusion aux principes fondamentaux de la réforme, tels qu’ils sont énoncés depuis la mi-2019.

Le gouvernement dit vouloir combattre la précarité en jouant sur deux registres. Le premier consiste à modifier le calcul du salaire journalier de référence (SJR), qui sert à déterminer le montant de l’allocation, car le mécanisme jusqu’alors utilisé favoriserait les salariés alternant contrats courts et périodes d’inactivité et contribuerait ainsi à les enfermer dans cette situation dite de « permittence ». Second levier actionné par l’exécutif : l’instauration d’un bonus-malus qui allège les cotisations des entreprises dont la main-d’œuvre est stable et majore celles des employeurs qui se séparent fréquemment de leurs collaborateurs. Un tel système entend inciter les patrons à proposer des postes de longue durée à leurs personnels.

« Erreur d’appréciation »

Pour la juge des référés, le dispositif se heurte à une difficulté majeure : rien ne garantit que notre économie sera en capacité d’offrir, dès cet été, des emplois durables, notamment dans les secteurs de l’hôtellerie-restauration ou du commerce, frappés de plein fouet par la crise et où le recours aux contrats courts est très largement répandu. En outre, les travailleurs sont susceptibles d’être touchés par les nouvelles règles bien avant les entreprises puisque les cotisations ne seront modulées, en vertu du bonus-malus, qu’à partir de septembre 2022.

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Le secteur bancaire a perdu plus de 6 000 emplois en 2020

Devant une agence Société générale, à Ouistreham Calvados), en octobre 2019.

Année après année, depuis 2011, les effectifs des banques implantées en France ne cessent de reculer, et cette tendance s’est encore accentuée en 2020. Selon les chiffres publiés, mardi 22 juin, par la Fédération bancaire française (FBF), 354 000 salariés travaillaient dans le secteur bancaire fin 2020, contre 360 000 personnes en 2019, soit une baisse de 1,7 %. A titre de comparaison, les effectifs avaient diminué de 0,3 % en 2016.

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Les banques restent toutefois l’un des gros employeurs du pays, pesant 1,8 % de l’emploi salarié privé en France. L’an dernier, le secteur n’a toutefois recruté que 35 300 personnes (en CDI ou en CDD), contre 44 400 en 2019. Une baisse qui s’explique par « le ralentissement des mobilités et les trois ou quatre mois correspondant au confinement où l’activité ressources humaines a été fortement ralentie », explique Maya Atig, directrice générale de l’Association française des banques (AFB). Si les embauches ont été moindres par rapport aux années précédentes, « sept sur dix se font en CDI, contre 17 % pour l’ensemble du secteur privé », se félicite-t-elle.

En quête de rentabilité

Autre enseignement, alors que les démissions étaient, ces dernières années, en progression constante dans les réseaux bancaires, leur nombre a chuté en 2020, en raison de la pandémie de Covid-19 et de l’incertitude sur le marché de l’emploi. Elles restent toutefois la première cause de départ, loin devant la retraite. Depuis la crise financière de 2008, les banques françaises, en quête de rentabilité, ont enchaîné les plans de réduction de coûts, en fermant des agences, en ne remplaçant plus tous les départs et, pour certaines, en proposant des plans de départs. En novembre 2020, la Société générale a annoncé la suppression nette d’environ 640 postes dans l’Hexagone et HSBC France, dans la foulée, un projet de rupture conventionnelle collective pour supprimer plus de 550 postes.

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Ce mouvement devrait se poursuivre, dans un contexte de taux d’intérêt bas, de chute de la fréquentation des agences et d’automatisation des métiers. L’établissement néerlandais ING, pionnier de la banque en ligne en France, a fait savoir, le 17 juin, qu’il préparait sa sortie, en lançant « une revue stratégique de ses activités de banque de détail en France ».

Les entreprises américaines confrontées à la difficulté de retrouver le collectif en présentiel

« Un an après, les employés sont encore traumatisés, ils ne se sentent pas bien à côté des autres », assure David Rock, le dirigeant du NeuroLeadership Institute, aux Etats-Unis. « Il y a beaucoup d’inquiétude, renchérit Helio Fred Garcia, professeur de leadership et d’éthique à l’université Columbia. Vous ne savez pas qui est vacciné. Le port du masque est un sujet politique. Certains pourraient être agressifs, insulter leurs collègues, voire devenir violents. »

Isabel, New-Yorkaise de 70 ans, appartient au service comptable d’une entreprise de distribution de petits articles ménagers. Toute sa vie, elle s’est rendue au bureau de 9 heures à 17 heures. Et puis le Covid-19 est arrivé et elle s’est réfugiée chez elle. Un changement subi qu’elle apprécie énormément. « Je suis beaucoup plus productive, dit-elle. Personne ne m’interrompt. Je ne suis plus sous pression, je n’ai plus cette obligation de tout arrêter à 17 heures. En fait, je finis quand je finis et je dîne plus tard. »

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Comment gère-t-elle les relations avec les autres employés ? « J’ai un accord avec mes subordonnés. Quand je les appelle, ils doivent me rappeler dans l’heure. Fini la vieille routine, ajoute-t-elle. Je ne pense plus aux apparences. » Isabel ne sait pas encore ce que va décider la direction de son entreprise de 1 400 employés en septembre. Elle espère une solution hybride, trois jours chez elle, le reste au bureau.

« Un changement de culture »

Bruce Ennis, responsable des ressources humaines de la société d’investissements privés Heartwood Partners, préfère quant à lui la « camaraderie du bureau ». Chez lui, explique-t-il, « il y a des distractions ». Il a deux enfants et trop souvent l’envie de regarder le sport à la télé. Il n’empêche, M. Ennis prône lui aussi la solution hybride. Car les nouvelles recrues le demandent et les personnels en place pourraient quitter le navire si l’on ne leur offrait pas une certaine flexibilité. « Il n’y a pas de nouvelle normalité après-Covid, lâche-t-il. On apprend en le faisant. »

Le retour progressif dans l’entreprise n’est pas aisé. Un sondage réalisé par la Harvard Business School auprès des travailleurs à distance montre ainsi que 81 % d’entre eux préfèrent un emploi du temps hybride. Et 61 % sont en faveur de deux à trois jours par semaine au bureau. Quand les directions pensent à l’après-épidémie, elles savent qu’elles ne reprendront pas simplement comme avant.

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