« Le télétravail est un remake, sans grande surprise, des disparités sociales »

Tribune. Une véritable crise de l’autorité touche le monde de l’entreprise. Un certain nombre de télétravailleurs rechignent à regagner leurs lieux de travail et semblent vouloir dicter un retour sur le mode du « plus jamais comme avant ». Au sein des grands groupes, l’heure est à l’incitation progressive et au volontariat pour retrouver le chemin du présentiel à raison d’environ deux jours sur site, mais les volontaires ne sont pas légion.

A proximité d’un opérateur télécoms de renom, une terrasse ensoleillée retrouve un peu de la ferveur d’antan, des directeurs heureux de se retrouver bavardent et se demandent, au détour de leurs retrouvailles, comment faire revenir leurs ouailles. « Les vacances, c’est fini ; en septembre, tout le monde est de retour » ; un autre lui rétorque : « Fais gaffe, c’est beaucoup plus compliqué que ça en a l’air : cette fois, il va falloir par un moyen ou un autre prendre en compte ces nouvelles aspirations. »

La difficulté de ce retour s’explique en partie par le fait que la productivité des cadres n’a pas faibli durant tout le confinement et que le télétravail a fait la preuve de son efficacité pour peu qu’il soit effectué à dose raisonnable et avec un minimum de préparation, comme le souligne une étude de l’OCDE (« Effets positifs potentiels du télétravail sur la productivité à l’ère post-Covid-19 », 15 juillet 2020).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Fin du télétravail généralisé : un retour à la normale qui n’emporte pas l’adhésion de tous les salariés

Comme pour mieux acter ce nouvel acquis du télétravail, une frange de ces télétravailleurs urbains, souvent les mieux lotis, a franchi le cap en migrant à la campagne ou en province pour assouvir le désir d’un nouvel équilibre entre vie professionnelle, activité sociale et loisirs. Le regain du marché de l’immobilier des résidences secondaires témoigne de cet engouement.

Au-delà de la fragmentation des lieux de travail, le télétravail à marche forcée de ces derniers mois aura mis la lumière sur un monde du travail à deux vitesses : les salariés éligibles au télétravail et les autres. Un remake, sans grande surprise, des disparités sociales.

Au sein des télétravailleurs aussi, la fracture est réelle, mais moins perceptible. Les disparités de revenus dessinent les conditions d’un exercice du télétravail très inégal, un moment délicieux dans le cocon confortable de son logement ou, à l’inverse, une promiscuité familiale difficile à vivre, particulièrement dans les zones urbaines exposées à la petitesse des logements.

Le folklore de l’affect

Et pourquoi continuer à travailler en ville à l’heure du distanciel ? Ces migrations urbaines en hausse s’accompagnent souvent de motivations écologiques, avec en ligne de mire un retour vers la nature, une forme de sobriété au sens d’un juste milieu. Pour ces salariés-migrants à cheval entre le siège social de leur entreprise, leur nouveau lieu de villégiature et leur pied-à-terre urbain, c’est un télétravail aménagé d’au moins trois à quatre jours par semaine et une gestion minutieuse du temps qui sont ainsi mis en œuvre. Un nouvel hédonisme écolo-professionnel prend forme. Au diable si l’empreinte carbone est la grande oubliée !

Il vous reste 52.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Nous demandons que soit enfin décidée une mesure forte pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes »

Tribune. La proposition de loi visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle, adoptée le 12 mai en première lecture par l’Assemblée nationale, cherche à instaurer un quota de femmes cadres dirigeantes, de 30 % d’abord, puis de 40 % dans un délai de huit ans. Toutefois, ce quota ne s’appliquerait que dans une infime partie des entreprises françaises, celles dont l’effectif salarié est de 1 000 personnes et plus.

Ce n’est pas acceptable. En effet, presque cinquante-six ans après l’autorisation pour les femmes de pouvoir travailler et ouvrir un compte en banque sans l’autorisation d’un mari, qu’en est-il de l’effectivité réelle de nos droits ? Où sommes-nous dans les postes de direction ? Et lorsque nous y sommes :

Lire aussi L’Assemblée nationale vote des quotas pour imposer plus de femmes dans les directions d’entreprises

« Avec qui a-t-elle couché pour en arriver là ? »

« Qu’en pense son conjoint ? »

« Qui garde les enfants ? »

« Cette femme a une sacrée paire de couilles ! »

Stagnation

Alors que la seconde moitié du XXsiècle a été une période d’avancées historiques sur le plan de l’égalité, force est de constater que l’époque actuelle est à la stagnation. Face à la trop lente évolution des mentalités, nous savons que la loi est souvent le seul recours vers l’égalité réelle. L’instauration de quotas fait ainsi, et nous le regrettons, souvent plus pour notre dignité de femmes, qu’elle n’amoindrit celle-ci.

La mixité dans les postes à responsabilité dans l’encadrement dirigeant demeure un problème persistant. Le niveau de responsabilité est au cœur de l’inégalité que nous subissons dans les entreprises. Nous rappelons à cet égard qu’aujourd’hui nous ne représentons que 20 % des cadres dirigeants. Par « cadre dirigeante » ou « cadre dirigeant », nous entendons les cadres de direction comme les directrices et directeurs financiers, commerciaux, juridiques, etc.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Egalité femmes-hommes : « Le fait d’espérer qu’instaurer des quotas dans les grandes entreprises aura un effet sur les strates inférieures est erroné »

Nous subissons une discrimination difficile à appréhender par le droit, dans la mesure où elle s’inscrit dans un système sociétal multifactoriel ancré dans un patriarcat difficilement saisissable. Les traditions sexistes jalonnent encore nos vies de femmes et inhibent nos choix.

Dans notre société contemporaine, il est encore considéré – consciemment ou inconsciemment – comme « normal » le fait que nous ayons un poste inférieur, gagnions moins, sacrifions nos carrières à la maternité et à l’éducation de nos enfants. C’est un réflexe global, lourdement conditionné, qui n’en est qu’au début de sa déconstruction.

Il vous reste 37.95% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« Peut-on réduire les distances entre domicile et travail quel que soit le cadre de vie ? »

Tribune. Chacun sait que le quotidien est structuré par le travail et le rythme de ses déplacements. Rien de nouveau ? Pas si sûr. La lutte contre la propagation du Covid-19 et la limitation incomparable de la liberté de mouvement qu’elle a engendrée est venue perturber un équilibre qu’on croyait stable depuis les années 1970 : le fameux « métro, boulot, dodo », qui colle à la vie dans les métropoles et qui donne l’impression de toujours courir après le temps perdu à se déplacer souvent, longuement, péniblement pour travailler. On ne croyait pas, on ne croyait plus, que cela pouvait encore changer.

Mars 2020 : tout s’est arrêté à l’exception du travail. Quid des déplacements qui vont avec ? Le confinement et ses corollaires (couvre-feu, interdiction de voyager sur le territoire et à l’étranger) ont figé deux tiers des Français, sommés de rester à domicile, pour une moitié d’entre eux à attendre la reprise et pour l’autre à se débrouiller en travaillant à distance.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Régionales 2021 : l’enjeu des transports brouillé par les promesses sur la sécurité et la gratuité

Le télétravail a même concerné deux tiers des actifs en Ile-de-France ! Pour eux, c’est un quotidien sans déplacement pour le travail qui est expérimenté. Pendant ce temps, dans les métiers du service, on continue à se déplacer. Comme si de rien n’était ? Pas tout à fait non plus. On se déplace différemment : plus aisément sur les routes en partie désertées, en voiture ou à vélo, dans des rues reconfigurées par les « coronapistes » en un temps record. Mais aussi parfois plus difficilement, avec des transports en commun plus rares, plus lents et peu adaptés à la distanciation physique.

Se libérer du carcan des horaires imposés

Avant la crise sanitaire, 95 % des personnes se déplaçaient chaque jour pour travailler et faisaient en moyenne 60 kilomètres. Combien demain ? La sortie de la crise sanitaire est le moment idéal pour y réfléchir. Nous avons une certitude nouvelle : l’organisation du travail et des territoires avec des logements éloignés de lieux de travail concentrés qu’il faut rejoindre à horaire fixe n’est pas inéluctable.

On se prend à rêver en se rappelant que 8 personnes sur 10 aspirent à ralentir leur rythme de vie et à vivre en plus grande proximité. Serait-il envisageable de se libérer du carcan des horaires imposés, de prendre des transports collectifs moins bondés, voire, pourquoi pas, de s’installer à la campagne, ou en bord de mer, tout en restant connecté aux grandes villes ? Cela pourrait permettre de parcourir moins de kilomètres et ainsi de contribuer à réduire l’empreinte carbone des déplacements, ce à quoi les politiques de mobilité ne sont pas parvenues jusqu’à présent.

Il vous reste 53.63% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Covid-19 : le marché du travail a largement résisté à la crise

Quel miracle a donc sauvé le marché du travail ? Si la France a connu une récession d’une grande violence en 2020, la flambée redoutée du chômage n’a pas eu lieu. Les pires augures laissaient entendre, au printemps 2020, que le nombre de demandeurs d’emploi pourrait allègrement franchir la barre symbolique des 10 %, compte tenu des plans sociaux à venir et des faillites en cascade. Un peu plus d’un an plus tard, alors que la sortie de crise se profile pour le second semestre, force est de dire que les plus pessimistes se sont trompés. Le marché du travail ressort largement préservé de la crise.

Avec 2,4 millions de chômeurs dénombrés au premier trimestre 2021, le taux de chômage sur le territoire s’est établi à 8,1 %, en hausse d’un dixième de point seulement par rapport à 2020. D’ici à la fin de l’année, c’est la stabilité qui prévaut : l’Insee voit, dans sa note de conjoncture publiée jeudi 1er juillet, le taux de chômage s’établir à 8,2 % au terme de 2021. Globalement, en sortie de crise, le chômage retrouve son niveau de fin 2019.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « A la fin de l’année, on aura retrouvé le niveau d’activité de fin 2019 »

Qu’est ce qui a permis de préserver ainsi le marché du travail, tandis que l’activité dégringolait de plus de 8 % en 2020 et que de larges pans de l’économie fonctionnaient au ralenti, voire étaient à l’arrêt ? La première explication tient au dispositif de chômage partiel, qui a permis aux entreprises de conserver leurs salariés malgré la baisse de l’activité.

Mise en retrait

La seconde explication est à trouver dans le comportement des salariés eux-mêmes, qui se sont mis en retrait du marché de l’emploi pendant quelques mois, constatant qu’ils n’avaient guère de chances de trouver un job dans un secteur à l’arrêt comme le tourisme, l’hôtellerie ou la restauration. Avec le retour à la normale de l’activité, ces personnes « empêchées » devraient reprendre leurs recherches d’emploi. Selon l’Insee, cela entraînerait une hausse du nombre d’actifs de 377 000 sur l’année, essentiellement sur le second semestre.

Mais ce retour ne se traduira pas par une hausse du nombre de demandeurs d’emploi, puisque certains secteurs, en nette reprise, recrutent à tour de bras : les statistiques des embauches de plus d’un mois publiées par l’Acoss (Sécurité sociale) retrouvent un niveau bien supérieur à celui d’avant crise, souligne d’ailleurs Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, dans un article de blog publié mercredi 30 juin. Le secteur de la construction affiche déjà 47 000 emplois de plus qu’en 2019. Entre fin mars et fin juin, l’emploi salarié aurait augmenté de 101 000 postes, selon l’Insee. Le rebond aurait essentiellement concerné les secteurs qui ont été les plus touchés par ces restrictions : l’hébergement-restauration a créé 51 000 emplois, et la réouverture du monde de la culture, des musées, des salles de spectacles, environ 25 000 selon l’Insee.

Il vous reste 31.35% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Ascoval et Hayange : accord de principe pour la reprise par l’allemand Saarstahl

Le site d’Hayange (430 salariés), ici en 2011, fabrique des rails en acier pour des clients européens, notamment SNCF Réseau et la RATP.

Trois groupes, l’allemand Saarstahl, l’italien Beltrame et ArcelorMittal, s’étaient dits intéressés par la reprise de l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord) et l’usine de rails d’Hayange (Moselle), mise en vente début mai par le groupe sidérurgique Liberty Steel

Dans un communiqué publié jeudi 1er juillet, Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, et Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l’industrie, ont annoncé la signature d’un « accord de principe » entre Liberty et le sidérurgiste allemand Saarstahl qui « ouvre la voie à une transaction à l’été 2021 ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Liberty Steel envisage de vendre ses sites de Saint-Saulve et Hayange

« Cet accord de principe doit encore être affermi. C’est pourquoi le gouvernement sera attentif à ce que les éléments de sécurisation de cette cession soient apportés dans les prochaines heures », est-il indiqué.

Cet accord, « qui fait émerger un nouvel acteur européen, est une très bonne nouvelle pour l’avenir de la filière sidérurgique française et pour les salariés des deux sites. Il concrétise notre engagement sans faille auprès d’eux pour assurer la pérennité de leur emploi et de cette activité stratégique pour la France », a estimé M. Le Maire.

Avec 270 salariés, Ascoval produit des blooms (« barres » d’acier) pour Hayange (430 salariés), qui fabrique des rails en acier pour des clients européens, notamment SNCF Réseau et la RATP.

L’intersyndicale soutient le projet Saarstahl

Il y a une semaine, l’intersyndicale de Liberty Rail à Hayange avait appelé le gouvernement à valider le projet du groupe allemand Saarstahl plutôt que celui d’Arcelor Mittal pour la reprise des sites de Liberty Steel.

« Sans hésiter l’offre de reprise de Saarstahl est en tout point meilleure que celle d’Arcelor Mittal (…). C’est un groupe à taille humaine qui nous laissera une autonomie économique, sociale et industrielle », estime dans un communiqué l’intersyndicale de l’usine de rails d’Hayange, propriété de Liberty Steel.

Liberty Steel, qui regroupe les activités d’acier du magnat britannique Sanjeev Gupta, a annoncé la mise en vente d’actifs au Royaume-Uni et en Europe à la suite des difficultés rencontrées depuis la faillite de la société financière Greensill, dont il était l’un des principaux clients.

Selon une source proche du dossier, Saarstahl proposait 3 millions d’euros pour l’achat des deux sites, et plus de 40 millions d’euros à injecter en investissements, ainsi que 45 millions de reprise de dette.

L’Etat avait annoncé fin mars qu’il allait débloquer un prêt de 20 millions d’euros à Ascoval pour permettre à l’aciérie, à l’histoire déjà mouvementée, de payer les salaires et de poursuivre l’activité.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Depuis cinq ans, l’usine sidérurgique Ascoval survit au sort funeste qui lui est promis »

Le Monde avec AFP

« A la fin de l’année, on aura retrouvé le niveau d’activité de fin 2019 »

Jean-Luc Tavernier, le directeur général de l’Insee, le 15 octobre 2018 à Montrouge, lors de l’inauguration des nouveaux locaux de l’institut de statistiques.

La confiance des ménages a dépassé en juin, pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire, sa moyenne de longue période, la consommation a rebondi de 10 % en mai, le taux de chômage est stable… Dans un entretien, Jean-Luc Tavernier, le directeur général de l’Insee (dont la note de conjoncture a été publiée jeudi 1er juillet), se dit confiant sur la reprise et estime une inflation autour de 1,8 % en fin d’année.

Lire aussi Des lueurs d’optimisme pour l’économie française : le diagnostic de l’Insee après le déconfinement

Après un an et demi de pandémie, tous les voyants de l’économie française sont passés au vert. La crise est-elle derrière nous ?

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En France, la reprise tient ses promesses, la prévision de croissance revue à la hausse

Compte tenu des données issues des enquêtes de conjoncture et des enquêtes de confiance auprès des ménages – collectées dans une période très favorable du point de vue de l’amélioration de la situation sanitaire et de la levée des restrictions –, la croissance devrait atteindre 6 % cette année par rapport à 2020. Pour mémoire, le PIB a été en léger recul de 0,1 % au premier trimestre, il progresserait de 0,7 % au deuxième trimestre, et nous prévoyons 3,4 % au troisième trimestre et 0,7 % au quatrième.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La France affiche une reprise poussive au premier trimestre, tirée par l’investissement des entreprises

Nous pensons que nous reviendrons à la fin de l’année au niveau d’activité pré-crise, celui qui avait été atteint à la fin de l’année 2019. C’est mieux que ce que la plupart des conjoncturistes anticipaient en début d’année. Mais il faut rester prudent, comme nous l’avons toujours été dans nos prévisions depuis le début de cette crise : tout dépendra de la situation sanitaire, de l’évolution du variant Delta et du développement de la vaccination.

A cette réserve près, peut-on dire que la crise sera derrière nous à la fin de l’année ?

Entendons-nous bien : on aura retrouvé le niveau d’activité de fin 2019, ce qui ne signifie pas que nous aurons rattrapé le terrain perdu. Pendant ces deux années, on aurait quand même dû avoir un peu de croissance. En mettant bout à bout les différentes analyses sectorielles, nous estimons ce terrain perdu à 1,6 point de PIB. Environ la moitié de cette perte est imputable aux secteurs les plus touchés par la crise, comme l’aéronautique ou le tourisme.

Certains redoutaient une très forte hausse du chômage, elle ne s’est pas produite…

Effectivement, les pertes d’emplois ont été freinées par le dispositif d’activité partielle l’an passé, et la reprise des créations d’emplois avec le redressement de l’activité. Le taux de chômage reste un peu au-dessus de 8 % et devrait se maintenir à ce niveau à la fin de l’année. Si certains actifs qui avaient cessé de chercher un emploi vont revenir sur le marché du travail dans les mois qui viennent. Dans le même temps, de nombreux secteurs devraient recréer des emplois au second semestre, notamment dans les services. On attend ainsi un peu plus de 300 000 créations d’emplois cette année, contre 300 000 destructions d’emplois en 2020. On reviendra, alors, au niveau d’il y a deux ans.

Il vous reste 55.15% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Les fonctionnaires municipaux protestent contre la légère augmentation de leur temps de travail

Depuis plusieurs semaines, une partie des 7 500 agents territoriaux titulaires ou contractuels de la ville de Rennes et de Rennes métropole se mobilisent contre la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019 qui oblige les collectivités territoriales à se mettre en conformité, avant le 1er janvier 2022, avec le temps de travail légal de 1 607 heures par an. Ils dénoncent notamment la perte de jours de congé. Après avoir bloqué le principal parc de la ville, des piscines, des bus ou encore des balayeuses, une centaine de fonctionnaires grévistes se sont rassemblés devant l’hôtel de ville, lundi 28 juin, en marge du conseil municipal délibérant alors sur l’application de la loi.

« Cette obligation ne me paraît pas être la priorité des chantiers nécessaires à l’amélioration du service public, insiste Emmanuelle Rousset, conseillère municipale déléguée (PS) aux ressources humaines et au dialogue social. Cela suppose de supprimer aux agents de la ville trois jours et demi de congé dits extralégaux pour passer de vingt-huit jours et demi à vingt-cinq jours. Nous avons sanctuarisé les jours supplémentaires travaillés en les affectant pour partie au développement personnel et professionnel de l’agent, pour un autre tiers à des temps collectifs au sein de chaque service, et pour le reste au service du public. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les 55 000 fonctionnaires de la Ville de Paris vont devoir travailler un peu plus

L’élue chargée du dossier assure vouloir profiter de la mise en œuvre de cette réforme pour « améliorer l’équité entre agents ». La collectivité prendra désormais en considération les temps d’habillage et de déshabillage, de déplacement, de pénibilité de certains métiers, et promet des « compensations » pour les agents travaillant les week-ends et les jours fériés. Certains points sont encore en discussion avec les syndicats. Lors des discussions préalables à la présentation du texte en conseil municipal, la CFDT, organisation majoritaire, s’est abstenue quand les autres syndicats s’y sont opposés.

Des « contreparties »

A Besançon, comme partout, il a fallu discuter. Mais, en comité technique, le protocole d’accord portant sur la réforme horaire des agents de la ville, du Centre communal d’action sociale et de la communauté urbaine a été adopté par douze organisations sur quinze, avec une voix contre. Cela n’a pas empêché la CGT et SUD-Collectivités territoriales, hostiles à la mesure, de manifester, jeudi 24 juin, devant l’hôtel de ville, où le rapport devait être débattu. « Il a été voté en conseil municipal, seuls le Parti communiste et Génération citoyenne se sont prononcés contre ce jour-là », précise Elise Aebischer, adjointe chargée des ressources humaines dans la majorité d’Anne Vignot, la maire Europe Ecologie-Les Verts.

Il vous reste 53.56% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

A l’origine de la médiation

Livre. « Tenez, un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès… » Dans Illusions perdues, Balzac, bachelier en droit et expert en faillites, met en scène un sage magistrat qui convainc un inventeur de trouver un arrangement avec les deuxfrères malhonnêtes l’ayant dépossédé de son brevet.

Un procès, c’est la guerre. Il se gagne ou il se perd au terme de longues passes d’armes contradictoires, étoffées d’expertises et de manœuvres procédurales. Au contraire, un arrangement n’a ni vainqueur ni vaincu. Il permet seulement aux parties qui s’opposent d’accueillir une solution acceptable par chacune d’entre elles. « Ce n’est ni un pis-aller ni un moyen terme, mais une réponse satisfaisante à de vrais besoins », souligne Valérie Ohannessian dans La Médiation en entreprise.

« La médiation en entreprise », de Valérie Ohannessian. Que sais-je, PUF, 128 pages, 9 euros.

Dans cette synthèse, l’avocate de formation revient sur la philosophie et les fondements juridiques qui sous-tendent la médiation, mais aussi sur sa mise en œuvre et les techniques qu’il faut connaître pour une médiation réussie.

L’autrice, qui conseille les entreprises dans leur gouvernance, en est convaincue : « Choisir la médiation pour régler un différend s’accommode de la finalité de l’entreprise. C’est gagner du temps, de l’argent, de la sérénité pour continuer à accomplir sa mission, qui est de produire des biens ou des services et de créer de la valeur. »

Temps long de la justice anachronique

Alors que le temps long de la justice apparaît de plus en plus anachronique face au temps de l’entreprise, qui s’accélère avec le développement des technologies de l’information, la médiation est encore présentée comme une alternative commode mais dégradée à une justice encombrée, lente et inefficace. « Cette approche regrettable introduit un ensemble de suspicions à l’égard des acteurs de la médiation : le médiateur n’a pas d’autorité de juge, il n’offrirait donc pas les mêmes garanties d’impartialité et pourrait favoriser la loi du plus fort au détriment de la partie la plus faible. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi «  La Médiation au travail » : décryptage des vertus d’une saine conflictualité

Pourtant, la médiation ne s’affranchit pas des principes fondamentaux du droit et son utilité est apparue aux magistrats eux-mêmes, conscients des limites de la seule mobilisation de la loi pour régler de manière satisfaisante certains conflits.

Née dans les années 1970 d’une pratique prétorienne privilégiant la recherche et la bonne compréhension de la solution par les parties, la médiation est organisée par la loi du 8 février 1995 et ne cesse de se développer. Depuis janvier 2020, les litiges de moins de 5 000 euros ne peuvent être portés devant le tribunal que si le demandeur justifie d’une tentative de résolution amiable qui n’a pas abouti. Elle est aujourd’hui « un mode autonome de résolution des conflits et pas seulement un simple moyen de désengorger les tribunaux ».

Il vous reste 32.73% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Des salariés d’Europe 1 manifestent contre « l’emprise croissante de Vincent Bolloré dans les médias »

Des salariés d’Europe 1 manifestent contre « l’emprise croissante de Vincent Bolloré dans les médias », le 30 juin 2021, à Paris.

Actuelles ou anciennes voix de la station, confrères d’autres médias, syndicalistes, défenseurs de la liberté de la presse… Tous ont répondu à l’appel de l’intersyndicale (SNJ-CGT – CFTC – FO) et de la société des rédacteurs d’Europe 1 à manifester devant les locaux de la radio, mercredi 30 juin. Quelque 150 personnes, pour la plupart journalistes, ont ainsi dénoncé « l’emprise croissante de Vincent Bolloré dans les médias » et fait part de leurs craintes de voir leur radio se transformer en un « média d’opinion » du fait du rapprochement annoncé avec CNews, contrôlée par le magnat breton.

Ce rassemblement était organisé alors que se tenait l’assemblée générale des actionnaires de Lagardère. Celle-ci a entériné la transformation du groupe en société anonyme, mettant fin au pouvoir absolu d’Arnaud Lagardère au profit de son premier actionnaire, Vincent Bolloré. Le milliardaire contrôle Vivendi et sa filiale Canal+, maison mère de CNews.

Lire aussi l’éditorial : Europe 1 et le spectre du média d’opinion

Préférer l’« information à la controverse »

Europe 1 est une « radio qui a toujours préféré l’information à la controverse », a fait valoir la journaliste Anne Sinclair, ancienne salariée de la station, soucieuse « que cela perdure, surtout avant la présidentielle ». « Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est une conception de l’information », une « éthique de responsabilité vis-à-vis de la société », a lancé à la foule Patrick Cohen, qui anime la tranche de la mi-journée sur Europe 1. « Le modèle qui est en train de gagner », c’est celui qui cherche à créer « des fractures, à dresser une partie de la France contre l’autre, y compris par des appels à la haine » jugés « par les tribunaux », a-t-il déploré. Le chroniqueur vedette de CNews, Eric Zemmour, a été condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine.

Lire l’enquête : CNews, la télé du clash permanent

Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, a de son côté défendu « l’indépendance éditoriale » et le « pluralisme interne des médias audiovisuels », appelant le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à « jouer [le] rôle »qu’il n’a pas tenu, selon lui, pour i-Télé (devenue CNews en 2017) et Canal+. Début juin, l’institution avait cependant mis en demeure CNews pour manquement à ses obligations en matière de pluralisme politique, après avoir omis de comptabiliser près d’une heure de temps de parole d’un candidat du Rassemblement national.

En conséquence, les journalistes d’Europe 1 s’inquiètent des « synergies » mises en place entre la radio et CNews, telle une émission commune présentée par Laurence Ferrari, officialisée il y a quelques jours par Arnaud Lagardère. La semaine dernière, une partie d’entre eux se sont mis en grève pendant six jours. A l’issue du mouvement, la direction s’est engagée à négocier un dispositif semblable à la clause de conscience, un dispositif qui permet aux journalistes en désaccord avec un changement de ligne éditoriale de partir avec des indemnités. Mais « la mobilisation ne s’arrête pas », a assuré Olivier Samain, délégué syndical SNJ, promettant d’« autres actions ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le commentariat étend son influence, des réseaux sociaux aux chaînes d’info en continu

Le Monde avec AFP

Après la saturation du site du CPF, de la « souplesse » promise pour transférer ses droits individuels à la formation

« Vous êtes extrêmement nombreux à vouloir utiliser le site moncompteformation en même temps !  » La phrase, inscrite en gras au milieu de l’écran, a créé des sueurs froides à plus d’un internaute tentant de transférer ses droits individuels à la formation (DIF) acquis avant 2015 vers son compte personnel de formation (CPF), nouveau dispositif en place. Pour répondre à cet afflux, le gouvernement s’est engagé, mercredi 30 juin, à faire preuve de « souplesse » et à ne pas clore les opérations à minuit comme cela était prévu.

Lire aussi Du DIF au CPF : démêler le vrai du faux du compte personnel de formation

Les salariés du privé avaient en principe jusqu’à cette date pour effectuer le transfert via le site moncompteformation.gouv.fr. Or, selon le ministère du travail, « il y a une petite surcharge » du système avec « 100 000 bascules » enregistrées mardi et « 40 000 depuis ce matin » contre environ 10 000 entre le 1er et le 15 juin. « Nous avons [donc] décidé de ne pas fermer le site à minuit », a ajouté le ministère, sans donner plus de précisions sur les délais.

Jusqu’à 1 800 euros de crédit formation

Jusqu’en 2014, les salariés à temps complet se voyaient crédités de vingt heures de formation par an via le DIF. En 2015, le CPF a pris le relais du DIF, et il est désormais alimenté à hauteur de 500 euros par an.

Pour transférer ses heures de DIF non utilisées et ne pas les perdre, le salarié doit récupérer son solde d’heures sur son bulletin de salaire de décembre 2014 ou de janvier 2015, ou demander une attestation à son employeur d’alors, et le rentrer dans son compte CPF. En cas d’absence de justificatif, il est possible de contacter la Caisse des dépôts, qui gère le CPF.

Les heures DIF renseignées sont converties automatiquement en euros, selon un taux de conversion de 15 euros de l’heure. Les droits acquis au titre du DIF peuvent représenter jusqu’à 1 800 euros pour ceux qui n’y ont jamais fait appel.

Selon des chiffres du ministère du Travail communiqués mi-juin, 6,33 millions de compteurs DIF au total avaient été renseignés à cette date par leur titulaire depuis 2015. Pour les agents publics, le transfert est automatique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Les entreprises intègrent doucement le compte personnel de formation à leur stratégie de développement des compétences

Le Monde avec AFP