Les sages-femmes sont appelées par des syndicats à « une semaine noire » pour les fêtes

L’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF), l’une des deux principales organisations syndicales de la profession, soutenue par la CGT et la CFTC, appelle les sages-femmes à « une semaine noire » à partir du vendredi 24 décembre et jusqu’au 31 décembre pour notamment réclamer « des effectifs médicaux suffisants » et « une revalorisation vraiment incitative ».

« Les sages-femmes ont les boules ! », explique l’ONSSF dans un communiqué rappelant ses principales revendications : « des effectifs médicaux suffisants », « la modification du statut des sages-femmes hospitalièr.e.s », « une réflexion collégiale sur les différents modes d’exercice de la profession de sage-femme » et « une revalorisation vraiment incitative ».

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Réponses gouvernementales « insuffisantes »

La CGT a déposé un préavis de grève pour couvrir le mouvement et réclame notamment « de mettre [la] rémunération [des sages-femmes] au niveau de leur formation et de leurs responsabilités », ainsi que « des effectifs sous statut pérenne nécessaires à des prises en charge de qualité et en toute sécurité des femmes ». Parmi les revendications de la CFTC, qui a fait de même, se trouvent « la fin de la précarité des contrats » ou « le même statut que les autres professions à responsabilités médicales » à l’hôpital.

Les trois organisations majoritaires dans la fonction publique hospitalière – CFDT, FO et UNSA – ont signé un protocole d’accord avec le gouvernement en novembre, prévoyant notamment des hausses de salaires début 2022 et une sixième année de formation pour les futures étudiantes en maïeutique.

Mais pour l’ONSSF, ces réponses gouvernementales « sont insuffisantes ». L’Union nationale et syndicale des sages-femmes, autre organisation syndicale de la profession, a pour sa part décidé de « suspendre » son mouvement le temps des négociations, même si « tout n’est pas réglé, loin de là ».

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Le Monde avec AFP

A Saint-Dizier, la Manufacture de pianos et la petite musique de la relocalisation

Cette année, à Saint-Dizier, le Père Noël a déposé un cadeau inattendu au pied du sapin : un atelier flambant neuf de fabrication de pianos, avec quelque 70 à 80 emplois à la clé dans un premier temps, puis 120 à terme. La Manufacture de pianos, installée dans cette ville de Haute-Marne depuis 2004, a en effet pris la décision de rapatrier dans l’Hexagone la production de ses pianos d’entrée de gamme, vendus en grande distribution sous la marque Colmann et fabriqués en Chine depuis trois ans. Une bonne nouvelle pour ce territoire d’environ 150 000 habitants, haut lieu de l’industrie de la fonte, qui subit comme tant d’autres le déclin des filières de sous-traitance de l’industrie automobile.

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L’arrivée de cette usine de pianos n’est cependant pas tombée du ciel. Elle résulte plutôt de la crise liée au Covid-19 et des perturbations qu’elle a engendrées dans les chaînes de production mondiales. « Entre le moment où l’on passe commande à nos sous-traitants chinois et le moment où l’on peut réceptionner les pianos et les mettre en vente, il faut désormais compter neuf à dix mois d’attente : on ne peut pas conquérir de nouveaux marchés avec un tel manque de flexibilité, explique Raphaël Faber, directeur général de la Manufacture de pianos. Et avec la crise, le coût du transport en bateau qui représente un tiers du prix de revient de l’instrument a été multiplié par sept en un an, un surcoût qui met en danger la rentabilité de l’entreprise. »

Gagner en souplesse et en réactivité

La Manufacture a fait les comptes. Pour gagner en souplesse et en réactivité, et réduire les coûts, décision a été prise de rapatrier les pianos. « Les coûts finaux seront à peine plus élevés qu’en Chine », argue M. Faber. Pour démarrer la production en mai ou juin 2022, l’entreprise finalise actuellement l’installation d’un nouvel atelier d’environ 5 000 mètres carrés à Saint-Dizier, à proximité de l’atelier de sa gamme plus élitiste, vendue sous la marque Gary Pons. Le bois destiné à la fabrication du meuble qui accueille clavier et pièces électroniques sera sourcé, découpé et laqué localement. Seule la carte mère, pièce maîtresse de ces instruments numériques, continuera à provenir de Chine. L’investissement représente au total 5 millions d’euros.

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Reste à recruter le personnel pour assembler ces jolies mécaniques. Malgré les pénuries de main-d’œuvre qui frappent de nombreuses activités manufacturières, cette perspective n’inquiète pas outre mesure. La tâche ne demande pas un savoir-faire extrêmement qualifié. « Nous pourrons toucher des personnes qui ont du mal à accéder à des emplois dans les entreprises industrielles de la région », remarque M. Faber, qui a d’autres projets dans les cartons tels que « le développement de nouveaux produits comme un piano d’extérieur, qui n’a pas besoin d’être accordé ». Et cette envie de s’attaquer au marché américain avec ces pianos désormais labellisés « made in France ».

Santé : « Un plan Marshall du recrutement et de la formation est impératif ! »

Tribune. Le secteur hospitalier est en crise depuis longtemps, bien avant la crise du Covid. Celle-ci a été un révélateur du malaise des personnels hospitaliers. Le Ségur de la santé, négocié et signé par l’UNSA-Santé et sociaux public et privé et par l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), est une première réponse. La signature de cet accord a permis des améliorations immédiates et importantes des rémunérations. Toucher 183 euros net par mois, soit plus 2 196 euros par an avec une amélioration des grilles de rémunération, est un réel effort de la société.

Alors même que tous les personnels s’impliquent pour être au service des Français usagers dans une période de pandémie sanitaire qui perdure dans le temps, nous ne pouvons que regretter qu’à ce jour certains agents publics de la fonction publique hospitalière ne bénéficient toujours pas du complément de traitement indiciaire, et déplorer que la transposition des mesures salariales ne soit pas effective de façon homogène dans les secteurs sanitaires, sociaux et médico-sociaux du privé.

Conditions de travail

Pourtant, partout, les conditions de travail et le manque d’effectifs se posent cruellement.

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Les revalorisations salariales sont certes un levier nécessaire à l’attractivité des métiers du secteur de la santé, il n’en demeure pas moins qu’elles ne sauraient suffire à répondre, à elles seules, à l’enjeu de la sauvegarde de notre système de santé.

Dans les faits, les conditions de vie au travail sont des axes qu’il faut maintenant rendre prioritaires. Les conditions de travail doivent redevenir décentes dans les hôpitaux et établissements publics et privés, dans l’intérêt tant des personnels que des usagers.

Pour exemple et sans être exhaustif, nous constatons un manque de brancards, un manque de lits, du matériel vieillissant, un immobilier souvent vétuste… Ce sont des réalités qui impactent le travail au quotidien.

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Même si le Ségur de la santé a acté 9 milliards d’euros d’investissement sur dix ans, le retard est tel que nous craignons que cette somme étalée dans le temps ne puisse répondre à l’urgence systémique et se révèle insuffisante.

Fatigue et lassitude

En outre, nos métiers n’attirent plus, et la crise sanitaire aura même provoqué l’accélération de la fuite de trop nombreuses compétences. Le non-respect des congés, les changements d’organisation incessants contribuent à une fatigue et à une lassitude grandissantes des personnels.

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Il devient impératif de mettre en œuvre un grand plan Marshall du recrutement et de la formation. Il doit être la source d’un nouvel intérêt durable pour les métiers de la santé et générateur de nouvelles « vocations ».

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La bûche de Noël, la crème au beurre et… la faute du pâtissier

L’une des nombreuses étapes de fabrication de la bûche de Noël.

Ceux qui, à Noël, aiment déguster une bûche au chocolat, sont-ils conscients des drames qui peuvent se jouer devant les conseils de prud’hommes, lorsque cette pâtisserie n’a pas été fabriquée dans les règles de l’art ? Au risque de gâcher la fête, en voici un exemple récent.

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Le 16 janvier 2017, le patron d’une boulangerie adresse à son pâtissier, que nous appellerons Pierre X, une lettre de licenciement, rédigée en ces termes : « Nous avons eu connaissance, en date du 27 décembre 2016, d’un agissement fautif de votre part : lors de l’élaboration d’une bûche crème au beurre, vous avez laissé un morceau de plastique venant d’une poche jetable qui sert à la préparation. Le client nous a indiqué qu’une personne de son entourage a ingéré ce morceau de plastique et manqué de s’étouffer. Cette négligence de votre part a de lourdes conséquences pour notre entreprise, le client nous menaçant d’un procès (…). Compte tenu de la gravité de votre faute, nous vous avons notifié votre mise à pied conservatoire en date du 28 décembre 2016. »

Génoise et poche à douille

L’employeur rappelle que « le métier de pâtissier demande de l’adresse dans l’exécution des gestes, de la rigueur dans le suivi des recettes et une minutie dans les dosages » . Surtout lorsqu’il s’agit de confectionner une bûche, recette particulièrement difficile, même si, schématiquement, elle paraît simple : il faut, d’une part, fabriquer une crème au beurre, qui garnira l’intérieur du gâteau, et en décorera l’extérieur, et d’autre part préparer une génoise. On enroule la génoise autour de la crème, puis on la décore avec ce qui en reste, à l’aide d’une poche à douille.

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Comment le morceau de plastique transparent a-t-il atterri dans la bûche ? L’employeur estime qu’il « est venu se mettre à l’intérieur de la génoise » avant qu’elle soit roulée. Il accuse son pâtissier de ne pas avoir « débarrassé son plan de travail comme les règles de l’art l’exigent », et ce, « malgré les remarques » qu’il lui a faites « à plusieurs reprises ».

Bien que M. X retrouve vite du travail, il conteste son licenciement devant le conseil des prud’hommes de Cambrai (Nord). Comme celui-ci lui donne tort, le 25 janvier 2019, il fait appel devant la chambre sociale de la cour d’appel de Douai, et verse aux débats une douille striée, placée sur une poche de plastique. Il affirme que si le morceau de plastique avait glissé sur la génoise, en raison d’un manque de nettoyage du plan de travail, « il aurait été nécessairement visible au moment du roulage ».

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Le regard sur les chômeurs s’est durci

L’opinion publique s’est durcie à l’égard des chômeurs. Il y a désormais 48 % de la population qui pense que les demandeurs d’emplois ne font pas vraiment d’efforts pour décrocher un poste, d’après une récente enquête coréalisée par l’Institut Elabe et l’Unédic – l’association paritaire qui gère le régime d’indemnisation des personnes sans travail. Le pourcentage est en hausse de trois points par rapport à la précédente étude du même type, conduite en juin. Selon elle, « un certain soupçon » progresse, probablement en lien avec la reprise économique.

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Diffusés le 17 décembre, les résultats de ce « baromètre » s’appuient sur un sondage effectué du 31 août au 27 septembre auprès d’un échantillon représentatif de quelque 3 000 individus d’au moins 15 ans habitant en métropole. De cet exercice, il ressort que 43 % des participants imputent la « responsabilité du chômage » aux demandeurs d’emploi, soit sept points de plus que dans l’enquête menée en juin. Dans près de six cas sur dix, les sondés considèrent que les chômeurs ont des difficultés à trouver une activité « car ils ne font pas de concession dans leur recherche » (+ 3 points). Ils sont par ailleurs 55 % à juger que les inscrits à Pôle emploi ne travaillent pas parce qu’« ils risqueraient de perdre leur allocation » (+ 3 points également par rapport à juin). Enfin, l’idée selon laquelle « les chômeurs sont des assistés » est partagée par 39 % des personnes interrogées.

Pression accentuée

Ce regard suspicieux est « paradoxal », car dans le même temps, une écrasante majorité de la population estime que le chômage constitue « une situation davantage subie que choisie » : les trois quarts des sondés sont, en effet, de cet avis – une proportion qui est toutefois inférieure de trois points à celle mesurée dans le précédent baromère. Pour les deux tiers des participants à l’enquête, le fait de pointer à Pôle emploi est « une fatalité, un coup du sort » dont on est victime.

Ces « représentations » ambivalentes, où la bienveillance cohabite avec les appréciations péjoratives, se fondent sur une « connaissance partielle » de la réalité, d’après l’étude. Un euphémisme pour indiquer que le degré d’ignorance atteint des niveaux significatifs au sujet des femmes et des hommes en quête d’un poste. Un seul exemple : 30 % des personnes questionnées « sous-estiment » le montant mensuel moyen de l’allocation-chômage et 34 % le « surestiment » (la « réponse correcte » étant 990 euros).

La publication de ces données intervient alors que la pression s’accentue sur les demandeurs d’emploi, conformément au cap fixé par Emmanuel Macron lors de son allocution du 9 novembre. En 2022, les 600 agents de Pôle emploi, chargés de s’assurer que les chômeurs font bien des démarches pour se faire embaucher, vont augmenter leurs contrôles de 25 %, en particulier dans les secteurs où les entreprises peinent à recruter de la main-d’œuvre, faute de candidats. Au sein de l’opérateur public, cette orientation est critiquée par des représentants du personnel : les vérifications se dérouleront sur « des délais plus courts », ce qui risque de poser problème quand les demandeurs d’emploi, découragés, ont besoin d’être « remobilisés car cela demande du temps et une relation de confiance », comme l’explique Bernie Billey (CFDT). « Les personnes inscrites chez nous risquent d’avoir plus de difficultés pour justifier de leurs recherches », renchérit Sylvie Espagnolle (CGT).

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Le réseau SAM facilite la mobilité de la recherche d’emploi

Dans les 250 « familles d’accueil » du réseau Solidarité Accueil Mobilité (SAM), les demandeurs d’emploi reçoivent le gîte et le couvert pour une ou deux nuits. Cette association de bénévoles, créée en 1995, a pour but d’accueillir les candidats au recrutement devant se déplacer loin de chez eux pour passer un entretien d’embauche ou un concours. « Au-delà de l’aspect financier, ce que les gens apprécient, c’est le côté convivial, le fait d’être reçus en famille dans un endroit qu’ils ne connaissent pas », fait valoir Philippe Marie, chargé du secrétariat et de la communication du réseau.

Une fois leur dossier examiné, seule une participation de dix euros est demandée, au titre des frais de gestion. L’objectif est que les frais de déplacement ne constituent plus une barrière à la recherche d’emploi. Selon Pôle emploi, la mobilité constitue le troisième frein social au retour à l’emploi, suivie de près par la précarité financière.

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Pour des demandeurs d’emploi plongés dans une ville inconnue, l’accueil chez l’habitant constitue une alternative bienvenue à la nuit passée en solitaire dans une chambre d’hôtel. Avant le stress de l’entretien ou du concours, les invités profitent d’un moment de détente chez leurs hébergeurs. Afin que les candidats réussissent à se projeter dans une nouvelle région, les bénévoles partagent leur connaissance du territoire.

Une association née de rencontres

Philippe Marie en retient surtout des histoires faites de « rencontres ». Quand il a besoin occasionnellement d’un accueil sur Montbéliard (Doubs), le responsable associatif sait qu’il y a désormais des « amis », comme il appelle spontanément ses hôtes. Les lettres de remerciement s’accumulent sur son bureau. Les bénéficiaires du réseau ne tarissent pas d’éloges. Telle cette femme, qui traversait une « période de recherche d’emploi  difficile » et qui affirme que l’accueil chaleureux de ses hébergeurs lui a donné « du punch pour aller à ces entretiens ». Ou encore cette participante, témoignant de « l’accueil formidable » de ses hôtes, qui l’a « aidé à décompresser le jour de [son] entretien ».

L’initiative est née d’une rencontre de cadres sur Bordeaux (Gironde), il y a vingt-cinq ans, tous passés par la case chômage et désireux de tendre, à leur tour, la main aux demandeurs d’emploi. Le réseau s’est peu à peu étendu dans plus d’une centaine de villes. Pour recruter les « familles d’accueil », l’association fonctionne principalement sur le bouche-à-oreille : « La plupart sont des gens assez âgés, qui se retrouvent avec une chambre disponible à la suite du départ de leurs enfants, indique Philippe Marie. Il s’agit aussi de personnes qui ont été aidées par le réseau, et qui participent à leur tour. » Quant au profil des personnes accueillies, « ce sont généralement des jeunes, mais cela peut aller jusqu’à 50-55 ans ».

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Jean-Daniel Weisz : « Le Mittelstand français existe, je l’ai rencontré ! »

Tribune. Le terme allemand de « Mittelstand » désigne la vaste population des entreprises familiales qui constituent la colonne vertébrale de l’économie allemande. Le terme n’est pas équivalent à ce que nous appelons en France les PME et les ETI (entreprises de taille intermédiaire). Car le Mittelstand n’est pas un concept statistique. C’est une notion culturelle qui s’appuie sur des principes souvent érigés en valeurs.

Le premier de ces principes est la focalisation stratégique. Le Mittelstand n’aime pas la diversification et reste centré sur un métier technique. Les « champions cachés » sont positionnés sur une niche où ils excellent pour pouvoir vendre leurs produits dans le monde entier, bien qu’ils restent inconnus du grand public. Il n’est pas rare d’entendre un dirigeant du Mittelstand affirmer qu’il ne cherche pas à être leader, mais à « faire son métier le mieux possible ».

Le deuxième principe est la recherche d’un développement équilibré, aux antipodes de la start-up. Ici, pas de croissance exponentielle ni d’appel systématique à des investisseurs. Le rythme de croissance est conditionné par les capacités d’autofinancement. Le dirigeant d’une entreprise plus que centenaire du Mittelstand s’excusera presque de n’avoir pas grandi plus vite. Mais il soulignera son attachement à une croissance qui respecte les grands équilibres de l’entreprise.

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Enfin, le Mittelstand soigne l’actif immatériel singulier que constitue son capital relationnel, à savoir ses interactions avec les salariés, les syndicats, les clients, les fournisseurs, les partenaires de développement et les acteurs du territoire. Les grandes entreprises du Mittelstand n’ont pas leur siège à Berlin ou dans une capitale de Land, mais dans un petit village ou au milieu de la campagne. Elles irriguent les territoires, attirent et forment les jeunes talents locaux.

Un modèle efficace

Ayant l’opportunité d’intervenir des deux côtés du Rhin, je peux en témoigner : le Mittelstand français existe, même s’il est moins dense et maillé qu’en Allemagne. Et il n’a rien à envier au Mittelstand allemand en termes d’humanité, de génie industriel, d’ingéniosité stratégique et d’engagement pour le territoire.

Alors arrêtons de ressasser la complainte du « trois fois plus d’ETI en Allemagne qu’en France » et de nous demander comment transposer le Mittelstand en France ! Identifions plutôt les pistes pour donner encore plus de visibilité et de robustesse au Mittelstand français.

Premièrement, enseignons le modèle Mittelstand dans nos écoles de gestion, qui restent dominées par les modèles anglo-saxons et par la figure de la grande entreprise. Nulle surprise si les étudiants s’orientent prioritairement vers des grands groupes ou des start-up. Or, même s’il est malmené aujourd’hui par les enjeux de transmission, l’irruption du numérique ou la transformation profonde de secteurs comme l’automobile, le Mittelstand reste un modèle de développement efficace et séduisant.

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Le passe sanitaire en entreprise fait débat

Le gouvernement sait désormais à quoi s’en tenir : ni les syndicats ni le patronat ne sont favorables à la généralisation du passe sanitaire dans les entreprises. Envisagée pour contenir la nouvelle flambée de l’épidémie de Covid-19, cette hypothèse a été mise sur la table, lundi 20 décembre, lors d’une réunion en visioconférence entre les partenaires sociaux et Elisabeth Borne. La ministre du travail a indiqué, à l’issue de ce temps d’échange, que « rien n’[était] acté », les consultations devant se poursuivre avec les organisations de fonctionnaires et les forces politiques représentées au Parlement.

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A l’heure actuelle, quelque deux à trois millions de salariés, en contact avec le public, sont tenus de fournir un justificatif sur leur état de santé pour pouvoir travailler (certificat de vaccination ou test virologique négatif ou attestation de guérison s’ils ont contracté le coronavirus). Mais avec l’emballement des contaminations, qui risque de s’amplifier avec la diffusion du variant Omicron, l’exécutif se demande, depuis plusieurs jours, s’il ne faut pas étendre cette obligation à l’ensemble du monde du travail. Il s’agit d’une « question légitime », comme l’a expliqué, samedi 18 décembre sur France Inter, Olivier Véran, en faisant référence à certains Etats européens, dont l’Allemagne, qui ont pris des dispositions allant dans ce sens. « On ne peut pas empêcher les gens de travailler s’ils ne sont pas vaccinés, mais on peut exiger d’eux qu’ils passent un test, par exemple », a ajouté le ministre de la santé.

Les syndicats ne sont guère séduits. « Nous ne sommes pas du tout persuadés que ce soit la bonne solution, confie Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT. C’est un foyer potentiel de conflits dans les entreprises dont nous n’avons pas besoin dans la période. » « Nous sommes très réservés », renchérit Cyril Chabanier, le président de la CFTC, en énumérant les « difficultés » que la mesure engendrerait si elle était appliquée : « Qui va contrôler ? A quelle fréquence ? Quelles seront les sanctions en cas de non-respect des textes ? Ce sera un casse-tête. »

« Inutile et contre-productif »

Secrétaire confédéral de Force ouvrière, Michel Beaugas est encore plus direct : « Nous sommes opposés, dit-il. Ça va tendre les relations de travail. » Catherine Perret, la numéro deux de la CGT, explique, elle aussi, que sa confédération est contre : « C’est inopérant, inefficace », considère-t-elle, y voyant surtout une « usine à gaz » qui sera « source d’inquiétude pour les salariés ». Quant à François Hommeril, le leader de la CFE-CGC, il trouve qu’un passe sanitaire imposé à tous, sur le lieu de travail, serait « inutile et contre-productif » : « Il viendrait solliciter les entreprises sur une problématique qui ne relève pas de leur rôle. »

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« Pour nous, ce sont les cent derniers mètres » : chez Whirlpool Amiens, cinq ans après, une friche, trois ouvriers et un DRH

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Publié aujourd’hui à 10h32, mis à jour à 10h35

Lundi, filet de poulet au comté et au bacon. Mardi, crépinette de porc aux herbes. Mercredi, assiette barbecue. Le menu de la semaine est là, punaisé devant la cantine. Ce vendredi 17 décembre, les rangées de tables et de chaises en bois n’ont pas bougé, on dirait que le service vient de s’achever. Mais l’air est glacé, le chauffage ne fonctionne plus ni la lumière. Cela fait longtemps que plus personne ne vient déjeuner. Les centaines d’ouvriers qui fabriquaient des sèche-linge « made in France », sur ce site du nord-ouest d’Amiens, pour le groupe américain Whirlpool, ont tous quitté les lieux, à mesure que les repreneurs ont fait faillite, les uns après les autres.

Un hangar vide de l’ancienne usine Whirlpool d’Amiens, le 17 décembre 2021.

Ici, le temps s’est arrêté. Dans les bureaux abandonnés, des graphiques dessinés au feutre sur un tableau racontent une histoire d’informatique, vestige possible d’une réunion avec des consultants de passage. Les portes vitrées de l’entrée sont bloquées en position entrouverte, laissant entrer le froid humide de l’hiver. Le carrelage du hall est en piteux état. Tout autour, des herbes envahissent et font craquer les chemins en pierre, au milieu desquels fuit parfois un chat ou un oiseau. Le parking est vide et silencieux. Celui-là même où s’est joué le second tour de l’élection présidentielle de 2017, a-t-on dit, lorsque Marine Le Pen et Emmanuel Macron s’y sont affrontés par caméras interposées, peu après que Whirlpool a annoncé délocaliser toute l’activité en Pologne.

Dans l’ancienne usine Whirlpool d’Amiens, le 17 décembre 2021.

Un tableau de fin du monde

Dans ce tableau de fin du monde, un bureau est allumé. Un seul, au premier étage. Une tache de lumière dans ce site de 17 hectares battu par les vents, où travaillaient près de 1 500 ouvriers il y a vingt ans. C’est le local où se retrouvent, chaque jour, les trois derniers salariés de Whirlpool, dans une odeur de café réchauffé. Trois délégués syndicaux, qui cohabitent avec un responsable des ressources humaines, à l’étage inférieur, chargé, depuis 2016, de fermer le site. Lui aussi, tout seul. Comme les trois élus, sa présence est obligatoire pour organiser le reclassement des derniers ouvriers. Il partira d’ici à quelques semaines. Ce jour-là, son bureau avec vue sur la friche est éteint. « Il vit à Paris », assure François Gorlia, délégué CGT, qui a grandi sur le site, son père en était le gardien. « Toi, ta maison, c’est ici, tu ne partiras jamais », lui dit en le taquinant Frédéric Chantrelle, son collègue de la CFDT.

Frédéric Chantrelle et François Gloria, dans l’ancienne usine Whirlpool d’Amiens, le 17 décembre 2021.

Depuis que leur licenciement économique a été annulé par le tribunal administratif, en mars, les trois élus ont dû être réintégrés dans l’entreprise, qui n’a pourtant plus aucune activité à Amiens. Derniers rescapés de la tempête, ils continuent à venir quotidiennement sur ce site totalement déserté. La métropole d’Amiens, qui en a récupéré l’essentiel, les y a autorisés.

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Travailleurs sans papiers : une enquête vise une entreprise de collecte de déchets

Ils payaient pour travailler. Un mois et demi après le mouvement de grève de quelque 200 travailleurs sans papiers lancé par la CGT dans une dizaine d’entreprises d’Ile-de-France, une enquête pour « emploi d’étrangers en situation irrégulière » est en cours. Cette procédure vise l’entreprise de collecte des déchets Sepur et est conduite par l’inspection du travail, sous la supervision du parquet de Versailles. « Des contrôles de l’inspection du travail ont mis en évidence plusieurs infractions sur l’emploi d’étrangers sans titre, confirme le ministère de l’intérieur. Il y a des conditions de travail qui frisent l’exploitation. Il y aura des conséquences pour les employeurs, des sanctions administratives, des poursuites judiciaires. »

Du 25 octobre au 17 novembre, 59 éboueurs sans papiers, embauchés par le biais des sociétés d’intérim Mistertemp’et Drop Intérim, s’étaient mis en grève pour réclamer leur régularisation.

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En parallèle de l’enquête en cours, au moins huit éboueurs sans papiers, maliens et mauritaniens, ont déposé plainte fin octobre et début novembre pour « extorsion ». D’après les procès-verbaux d’auditions que Le Monde a consultés, la plupart d’entre eux accusent deux chefs d’équipe du dépôt Sepur de Villejust (Essonne) de leur avoir soutiré de l’argent, en échange de quoi ils pouvaient travailler malgré leur situation administrative. Certains travaillaient à temps plein comme « ripeurs » depuis 2019, dans les Hauts-de-Seine, l’Essonne, en Seine-et-Marne, en Seine-Saint-Denis ou encore dans le Val-d’Oise.

« Racketté » par ses supérieurs

Ainsi, Ousmane, un éboueur mauritanien sans papiers, explique dans son audition qu’à partir de décembre 2020 il devait donner « 100 euros par mois » à ces deux chefs. « Si je ne les payais pas, ils ne m’appelaient plus », assure-t-il. Pour pouvoir être déclarés en dépit de leur situation irrégulière, la plupart des plaignants recouraient à des « alias », procédé courant qui consiste à travailler en utilisant les documents d’identité d’une autre personne, en situation régulière, à l’insu ou avec la complicité de l’employeur.

« [Mes supérieurs] m’ont dit de payer 200 euros chaque mois sinon ils mettaient fin à mon contrat », raconte Moussa.

Certains ont aussi eu recours à des faux documents d’identité, à l’instar de Moussa, qui rapporte avoir été « racketté » par ses supérieurs à partir du mois de janvier : « Au début, quand j’ai commencé à travailler avec eux, je leur ai remis une fausse carte nationale d’identité française. Ils se sont aperçus que c’était un faux document, et à partir de ce moment-là ils ont commencé à me faire du chantage en me disant de payer 200 euros chaque mois sinon ils mettaient fin à mon contrat. »

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