« Il est juste de donner le pouvoir aux citoyens de construire des solutions pionnières et de partager équitablement les richesses produites »

Les levées de fonds record des start-up de la tech et l’enthousiasme médiatique et politique qu’elles entraînent révèlent les priorités de notre économie : solutions de paiement fractionné pour les achats impulsifs, spéculation sur les cryptomonnaies, solution de publicité sur Internet… Des priorités hors-sol face aux réalités sociales et écologiques. Il devient indispensable de se saisir de ces sujets et de faire émerger un modèle économique vraiment responsable et démocratique.

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Les années et les alertes passent, mais le constat est le même : alors que près de la moitié de l’humanité vit dans des situations hautement vulnérables au changement climatique, l’économie financière place nos ressources dans des activités compromettant la vie sur terre. Dans un cynisme déconcertant, les tenants de la finance se révèlent coupés du monde et de ses crises.

Après des décennies de néolibéralisme qui ont donné tout pouvoir aux marchés financiers, restaurer la souveraineté des citoyens sur les orientations économiques est incontournable. Dans cette voie vers une démocratie économique, les démarches citoyennes jouent un rôle central. Souvent sous la forme de sociétés coopératives d’intérêt collectif, ces démarches reposent sur un modèle économique radicalement différent, où les citoyens sont pleinement impliqués.

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Cette façon d’entreprendre est mise en œuvre à l’échelle nationale et dans différents secteurs-clés de la transition écologique : alimentation, énergie, mobilité, télécommunications, finance, achats de seconde main. De nombreuses initiatives similaires se développent également à l’échelle locale. Réunis au sein de coopératives, des centaines de milliers de citoyens font ainsi la preuve d’un système économique démocratique.

Initiatives exemplaires

Pour permettre aux initiatives exemplaires de passer un cap, favoriser leur financement citoyen est nécessaire. Nous, dirigeants d’entreprises coopératives réunies dans l’alliance des Licoornes, proposons un renforcement du soutien public, par exemple par la hausse de la déduction fiscale liée aux investissements des particuliers dans ces structures. En effet, parce que les coopératives ne rémunèrent pas ou peu leur capital, les fonds d’investissement, si « engagés » soient-ils, sont rares à financer ces structures, ce qui limite drastiquement leurs possibilités de développement.

Dans ces conditions, elles ne peuvent pas jouer à armes égales avec leurs concurrents gavés de millions. A titre d’exemple, alors que Back Market, une plate-forme de vente d’objets électroniques reconditionnés, levait 450 millions d’euros en 2021, Label Emmaüs, son pendant de l’économie sociale et solidaire, avec seulement dix fois moins de salariés (dont un tiers en parcours d’insertion), levait 150 000 euros (soit 3 500 fois moins) auprès de petits porteurs !

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« Les entreprises dessinent d’ores et déjà les contours, encore flous, d’une nouvelle économie et d’un nouveau rapport à l’humain et au vivant »

Alors que le politique se heurte à la défiance d’une part croissante de l’opinion, nos modèles économiques et sociaux ont développé de nouveaux canaux d’action publique, de plus en plus efficients. Le premier est, tout simplement, la jeunesse, dont la responsabilité précoce fait écho à des capacités d’agir qu’aucune autre n’avait eues avant elle. Ces générations nées à partir des années 2000 partagent un horizon, celui de ne plus avoir aucune garantie sur leur capacité à vivre ou survivre sur Terre au-delà de 2050. Cet horizon leur donne une force, une détermination et, parfois, une radicalité que les générations précédentes critiquent ou rejettent, probablement par peur d’endosser le leg mortifère qu’elles leur laissent.

Le deuxième canal d’action publique se situe dans un nombre croissant d’entreprises, qu’elles soient capitalistes, coopératives ou associatives. Car c’est là où subsiste la possibilité d’essayer, à hauteur d’humains, tout ce qu’il est possible pour faire évoluer nos modèles, en nous affranchissant de ce qui bloque ces transformations quand elles sont tentées au niveau politique. Ces transformations sont technologiques, logistiques, agronomiques, énergétiques, mais aussi organisationnelles, sociales, financières. Elles dessinent, d’ores et déjà, les contours, encore flous, d’une nouvelle économie et d’un nouveau rapport à l’humain et au vivant.

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Ce qui nous semblait impossible est en train d’advenir, de façon encore désordonnée et décousue, mais sans possibilité de retour en arrière. Nombre de dirigeants d’entreprises ou d’associations constatent quotidiennement la vitesse et la profondeur des mutations en cours sur leurs marchés et dans leurs équipes, en particulier sous l’impulsion des nouvelles générations, qui imposent à nos organisations un nouveau rapport au temps, à la prise de décision et au travail. C’est ainsi qu’apparaît une nouvelle économie, une économie qui partirait de l’humain pour définir le modèle, plutôt que de partir du modèle pour y adapter l’humain.

Vitesse et déséquilibre

Cette économie s’appuie sur un préalable : tout ce qui concourt à son fonctionnement doit participer directement ou indirectement à la réalisation du bien-être humain et au respect du vivant. Voilà, finalement, ce que pourrait être une définition simple d’une économie humaine.

Pourtant, si la définition est simple, les implications sont multiples et profondes. Cette économie doit s’appuyer sur deux principes : celui de l’équilibre des répartitions (des richesses, de la décision ou du temps) ; celui du ralentissement des rythmes (de rendement, de travail, de consommation et de production).

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« L’économie sociale et solidaire existe dans la loi depuis 2014, mais, dans les faits, elle n’intéresse politiquement personne »

Dans le gouvernement précédent, celui de Jean Castex, le ministère de l’économie et des finances avait un secrétariat d’Etat consacré à « l’économie sociale, solidaire et responsable ». Confié à Olivia Grégoire, ce secrétariat d’Etat s’est moins occupé d’économie sociale et solidaire (ESS) que de la promotion d’un « capitalisme responsable », concrétisé en 2019 par la loi Pacte et la possibilité pour les entreprises d’élargir leur finalité au-delà du seul profit des associés.

L’ESS, elle, n’a connu aucune avancée notable, bien que les exemples fourmillent partout en France de structures « responsables » dans lesquelles les ressources humaines et financières sont d’abord tournées vers la qualité de service et la contribution à l’intérêt de la communauté.

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Dans le nouveau gouvernement, piloté par Elisabeth Borne, le ministre Bruno Le Maire ne voulait pas de l’ESS à Bercy. L’ESS est restée absente du gouvernement pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que l’on apprenne la nomination surprise de Marlène Schiappa comme « secrétaire d’Etat auprès de la première ministre, chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative ».

Exit le capitalisme responsable, retour à la vie associative et à la citoyenneté. Exit, aussi, le rattachement à Bercy. Mais, si l’on en croit les déclarations de Marlène Schiappa et des journalistes politiques, c’est moins l’ESS qui préoccupait Emmanuel Macron et Elisabeth Borne que le besoin d’avoir au gouvernement une personnalité capable de ferrailler avec l’opposition et les médias dans un contexte politique difficile. Bref, l’ESS existe dans la loi depuis 2014, mais, dans les faits, elle n’intéresse politiquement personne à l’échelon national.

Réalité démographique et économique

Fort heureusement, les collectivités, qui en voient l’apport immédiat sur leurs territoires, sont plus à l’écoute. Car l’ESS est une réalité démographique et économique présente partout. Son périmètre, qui réunit associations, coopératives, mutuelles, fondations et structures commerciales « d’utilité sociale », est estimé à presque 10 % du produit intérieur brut et à 15 % des emplois en France.

Nous connaissons tous, dans notre entourage, une kyrielle d’associations ou d’organisations qui s’occupent de nos aînés sans déclencher un scandale comme Orpea, avec des statuts qu’on ne connaît pas forcément bien, des coopératives dans les écoles de nos enfants ou pour notre alimentation, des mutuelles qui nous assurent ou complètent les remboursements de soins. Nous sommes plus de 27 millions à être sociétaires de notre banque mutualiste (Crédit mutuel, Crédit agricole, Banques populaires, Caisses d’épargne…).

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« C’est la face très sombre du “happy meal” » : le harcèlement chez McDonald’s dans le viseur du Parlement européen

C’est un moment de silence qui étreint l’assistance de la petite salle « Spaak 7 C 50 » du Parlement européen, mercredi 7 septembre, lorsque Jessica Carriel achève de raconter l’enfer que lui ont fait vivre manageurs et gérants d’un restaurant McDonald’s de Curitiba, au Brésil. « Je me suis sentie très seule », murmure-t-elle, secouée par l’émotion.

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McDonald’s, c’était son premier boulot. Elle n’avait que 18 ans. Chaque jour, il lui fallait croiser le regard d’un supérieur hiérarchique qui l’affublait de surnoms ridicules. Un homme qui la touchait sans son consentement et lui envoyait, la nuit, des photos intimes non désirées. « J’essayais de cacher mon corps, de m’éloigner de lui pour éviter les ennuis. » C’est lorsqu’elle découvre que d’autres jeunes filles traversent des épreuves similaires qu’elle décide de se battre et de porter plainte. « C’est la face très sombre du “happy meal” », dénonce Maria Noichl, eurodéputée allemande du groupe des Socialistes et démocrates, qui coorganise l’événement avec Manon Aubry, de La France insoumise. Elle évoque un problème « systémique » de harcèlement chez McDonald’s, l’entreprise qui emploie plus de 300 000 personnes en Europe.

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La fin de l’impunité ?

Le récit de Jessica fait écho à celui de Tanya Harrel, une autre jeune fille, qui est venue de Saint-Louis, aux Etats-Unis, pour raconter le harcèlement sexuel qu’elle a subi « et les gérants qui [l’]encourageaient à faire profil bas ». Il y a aussi Mathilde S., 23 ans, du collectif McDroits, qui a vécu pendant deux ans l’angoisse quotidienne de se rendre sur son lieu de travail, le McDo de la gare du Havre. Là encore, des propos déplacés, des propositions d’attouchements, « et un protocole d’alerte qui décrédibilise les victimes », déplore la jeune fille. Et puis il y a Gabriel, brésilien lui aussi, qui subit les séquelles de son agression par un gérant exhibitionniste et raciste. Aux quatre coins du monde, les dénonciations de ce type se multiplient. De son côté, le groupe évoque souvent comme un gage de bonne volonté ses propres standards internationaux – non publics – pour un environnement de travail sûr.

Le cœur du problème, c’est « l’impunité totale dont profite McDonald’s. L’entreprise se dédouane de ses responsabilités sur ses franchises »
Manon Aubry, députée européenne (LFI)

Mais, pour Manon Aubry, le cœur du problème, c’est « l’impunité totale dont profite McDonald’s. L’entreprise se dédouane de ses responsabilités sur ses franchises ». La multinationale se comporte « comme si les restaurants franchisés étaient une autre entreprise », déplore Kristjan Bragason, de la Fédération européenne des syndicats de l’alimentation, de l’agriculture et du tourisme.

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Absentéisme : préoccupation sur la santé mentale des salariés

Les entreprises du secteur privé sont quasiment revenues à leur niveau d’absentéisme d’avant Covid, mais la santé mentale des salariés se dégrade, indique le baromètre annuel du groupe mutualiste Malakoff Humanis, publié jeudi 8 septembre. Une plongée dans les résultats de l’étude depuis 2016 démontre cette tendance, année après année.

Pas d’alarmisme pour autant. La majorité des salariés se portent bien : 54 % des 1 800 personnes interrogées entre le 5 et le 30 mai estiment être en bon état de santé physique et mental. Sur le long terme, le nombre d’absents pour maladie est relativement stable. 42 % des salariés interrogés se sont vu prescrire un arrêt de travail dans les douze derniers mois, contre 44 % en 2019 et 41 % en 2016. Les plus vulnérables restent les jeunes (18-34 ans) et les femmes. Paradoxalement, plus on est vieux, moins on prend d’arrêt maladie.

Mais la nature des absences change, caractérisant une dégradation de la santé mentale des salariés, en particulier chez les plus jeunes. Hors Covid, les arrêts de travail pour troubles psychologiques ou épuisement professionnel sont les seuls à progresser régulièrement. Ils sont passés de 15 % en 2020 à 17 % en 2021 et 20 % en 2022. Soit un arrêt prescrit sur cinq. « C’était un sur dix en 2016… Une vraie nette progression », commente Anne-Sophie Godon, directrice des services chez Malakoff Humanis.

Chez les 18-34 ans, les arrêts prescrits pour troubles psychologiques (dépression, anxiété, stress, épuisement professionnel, burn-out…) ont bondi : passant de 9 % en 2016 à 19 % en 2022. Ces trois dernières années, la consommation de somnifères, d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs a doublé chez les salariés de moins de 30 ans, précise le département d’études stratégiques du mutualiste. « Fatigue, stress au travail, déséquilibre vie privée-vie professionnelle… un certain nombre de facteurs de risque ont augmenté ces dernières années pour les jeunes », analyse Mme Godon.

Première cause des arrêts longs

La santé mentale des salariés est ainsi devenue le deuxième motif d’arrêt maladie hors Covid, juste derrière le tout-venant des affections ordinaires (rhume, grippe, angine, gastro-entérite, etc.). Les troubles psychologiques sont désormais à l’origine de plus d’arrêts maladie que les troubles musculo-squelettiques, les accidents et les traumatismes.

Les pathologies mentales sont même devenues la première cause des arrêts longs. Les absences de plus d’un mois (hors motif Covid) ne représentent que 14 % des arrêts prescrits, mais ils affectent la majorité des entreprises : 64 % d’entre elles ont connu au moins un arrêt long dans les douze derniers mois. Ce qui n’est pas sans poser de gros problèmes d’organisation, 30 % des entreprises interrogées ne remplaçant leurs salariés qu’à partir d’un mois d’absence. Et les difficultés de recrutement touchent de plus en plus de secteurs.

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Pôle emploi veut créer un « vivier » de chômeurs pour combler les pénuries de main-d’œuvre

C’est une étape supplémentaire dans la volonté de résoudre les problèmes de recrutement dans les secteurs en tension. Et, une nouvelle fois, la pression s’accentue sur les chômeurs. Alors que le gouvernement a fait du plein-emploi son objectif du quinquennat et que de nombreuses entreprises font face à des pénuries de main-d’œuvre, Pôle emploi prépare un plan de rentrée, baptisé « Tensions 2022 », afin de « renforcer la satisfaction des besoins en recrutement sur les secteurs les plus touchés », comme le montrent des documents envoyés aux directions régionales révélés par Mediapart et que Le Monde s’est procurés.

Sans surprise, l’hôtellerie-restauration, le sanitaire et social et les transports sont les trois secteurs concernés par ce plan visant à créer, d’ici à la fin du mois de septembre, un « vivier » de demandeurs d’emploi en capacité d’exercer « immédiatement ou moyennant une adaptation rapide » les vingt-trois métiers en tension identifiés par Pôle emploi. Pour chacun de ces métiers – « employé d’étage, cuisinier, plongeur, aide-soignant, infirmier, auxiliaire de vie… » – sont répertoriés le nombre de demandeurs d’emploi inscrits et le nombre d’offres d’emploi disponibles.

« Calendrier serré »

Selon des chiffres du premier trimestre, la note de l’opérateur recense, par exemple, 83 455 offres dans l’hébergement et la restauration, censées correspondre au profil de 218 167 chômeurs de catégories A et B. « On met encore un peu plus de pression sur les chômeurs, réagit Denis Gravouil, de la CGT. Les gens ne refusent pas des offres d’emploi par plaisir. Si ces offres sont non pourvues, c’est qu’il y a d’autres problèmes. »

Les documents montrent, par ailleurs, que Pôle emploi s’est appuyé sur les fédérations d’employeurs pour établir les « fiches des métiers en tension » : « Nous avons identifié les savoir-faire, savoir-être les plus demandés et avons sollicité les professionnels (par l’intermédiaire de fédérations par exemple) pour qu’ils différencient, parmi ces compétences, les “indispensables” à l’exercice immédiat du métier et les caractéristiques qui, pouvant être acquises par des actions d’adaptation rapides, ne constituent pas le socle indispensable. »

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Les agences, qui pourront ajouter ou retirer des métiers selon la conjoncture territoriale, devront avoir reçu tous les demandeurs d’emploi qui composeront ce « vivier » d’ici à la fin de l’année. « Le calendrier est très serré, la pression va être forte sur les agents », explique Guillaume Bourdic, de la CGT-Pôle emploi. Le plan vise, en premier lieu, les demandeurs d’emploi inscrits depuis moins de trois mois « pour une plus grande “qualité” du groupe de départ », selon la note. « On sait que les employeurs veulent rarement des demandeurs d’emploi inscrits depuis longtemps, ajoute Denis Gravouil. Le projet ne répond pas du tout à cette problématique. » Le plan pourra néanmoins être élargi « au fur et à mesure aux demandeurs d’emploi ayant une plus longue durée d’inscription », précise la note.

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Réforme de l’assurance-chômage : la modulation des indemnités ne fera pas l’objet d’une négociation

Le ministre du travail, Olivier Dussopt, à la sortie du palais de l’Elysée, le 7 septembre 2022.

C’est le premier texte que les députés examineront lors de leur rentrée à l’Assemblée nationale, début octobre. Le projet de loi « portant mesures d’urgence relatives au fonctionnement du marché du travail en vue du plein-emploi » a été présenté, mercredi 7 septembre, en conseil des ministres par le ministre du travail, Olivier Dussopt. Il doit mener à une nouvelle transformation de l’assurance-chômage, après celle de 2019.

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L’objectif numéro un du texte est de proroger jusqu’à fin 2023, par un décret en Conseil d’Etat, les règles d’indemnisation issues de la précédente réforme, qui prennent fin au 1er novembre. Sans cette mesure d’urgence, plus de 2 millions de demandeurs d’emploi se retrouveraient sans allocations.

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Mais l’exécutif veut surtout, trois ans après, modifier à nouveau ces règles. Emmanuel Macron a fait du plein-emploi – autour de 5 % de chômage – l’objectif de son second quinquennat. Et les pénuries de main-d’œuvre auxquelles font face les entreprises ont convaincu le président de la République qu’il fallait aller plus loin pour encourager les chômeurs à prendre les emplois disponibles. Dans cette optique, les conditions d’indemnisation varieront en fonction de la conjoncture. « Quand les choses vont très bien, il faut que les règles soient incitatives, et quand les choses vont moins bien, il faut qu’elles soient plus protectrices », a expliqué M. Dussopt, mercredi, sur Franceinfo, pour décrire ce mécanisme de « contracyclicité ».

« A la fin, c’est le gouvernement qui décide »

Deux questions se posent. Quels critères seront modulés ? En vertu de quels indicateurs économiques ? M. Dussopt a annoncé que les syndicats et le patronat seraient saisis du chantier « dans le cadre d’une concertation ». Un simple échange, en somme, entre l’exécutif et les partenaires sociaux. « Une discussion avec des propositions et des contre-propositions, mais à la fin, c’est le gouvernement qui décide », précise le ministre. Celui-ci avait évoqué une autre méthode, le 30 août, devant plusieurs journalistes, en parlant d’une « négociation » entre organisations d’employeurs et de salariés.

M. Dussopt a justifié ce changement de pied lors d’un déplacement à Evry mercredi : « Le Conseil d’Etat a rendu son avis et a considéré que la question de la contracyclicité relevait de l’indemnisation, et donc d’un aspect réglementaire qui mène à une concertation et pas une négociation », a-t-il avancé. Il n’y aura donc pas de lettre de cadrage envoyée aux syndicats et au patronat, mais un document support pour la concertation avec des propositions gouvernementales. Les échanges s’ouvriront rapidement, « avant le début de l’examen du projet de loi au Parlement », selon M. Dussopt.

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« Entre management et santé au travail, un dialogue impossible ?  » : enquête sur le difficile travail de prévention dans les entreprises

Livre. Dans une entreprise de travaux publics, un important travail d’observation a été mené par des chercheurs. Comment les consignes de prévention concernant la santé et la sécurité des salariés étaient-elles transmises ? Quelle était l’implication du management intermédiaire en la matière ?

L’enquête a souligné toute la complexité du sujet, montrant les dilemmes et les injonctions parfois contradictoires auxquels étaient confrontés les manageurs. A certains moments, « l’impératif productif entre en rivalité avec le respect des règles de sécurité. Lorsqu’il faut prendre une décision rapide ou rattraper un retard, les règles et les outils sont soudainement omis », conclut Pascal Ughetto, professeur de sociologie à l’université Gustave-Eiffel, l’un des auteurs de l’ouvrage collectif Entre management et santé au travail, un dialogue impossible ? (Editions Erès).

Conduit sous la direction de Quentin Durand-Moreau, professeur adjoint de médecine du travail à l’université de l’Alberta (Canada), et Gérard Lasfargues, professeur de médecine et de santé au travail à l’université de Paris-Est-Créteil, l’essai offre une plongée dans le quotidien de plusieurs organisations, en prenant appui sur différentes enquêtes de terrain. Il permet ainsi de décrypter les relations entre employeurs, manageurs et services de santé au travail, et de comprendre comment la question de la prévention est prise en main dans les entreprises.

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Préalablement à ces observations minutieuses, les auteurs se sont attachés à démontrer combien, sur les questions de prévention et de santé au travail, l’interaction avec les manageurs était essentielle. Parce que « certains dispositifs managériaux pouvaient être pathogènes », mais aussi du fait du rôle-clé de ces mêmes manageurs pour diffuser les messages, mener un travail de conviction et, in fine, évaluer le degré d’application des consignes. « Les acteurs spécialisés de la santé au travail et de la prévention ont donc besoin des cadres de terrain », résument les auteurs.

Certains peuvent « se censurer »

Ce constat établi, ils ne peuvent que souligner « la complexité des liens entre acteurs et missions du management et de la santé au travail – complexité découlant d’une conflictualité qui ne peut pas être annihilée simplement par l’incantation à avoir une “meilleure communication” ». L’ouvrage s’attache à expliquer pourquoi la coopération autour des questions de santé et de sécurité est souvent si compliquée à mettre en place.

Dans l’entreprise de travaux publics étudiée, les auteurs soulignent, par exemple, les difficultés des manageurs à porter des messages de prévention. « Les conducteurs de travaux sont perçus comme faisant des visites épisodiques sur le terrain plus que comme des protagonistes à part entière des chantiers. Cela affecte la portée de leur parole. »

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Assurance-chômage : les failles du modèle canadien, vanté par le gouvernement français

Au Canada, perdre son emploi à Toronto, dans une ville moyenne de Colombie-Britannique ou dans le Grand Nord canadien, change la donne pour le chômeur. La situation économique de son lieu de résidence détermine, en effet, son accès à l’ouverture de ses droits, le montant des prestations perçues et la durée maximale de son indemnisation.

Chaque mois, le taux de chômage établi par l’organisme public Statistique Canada dans chacune des 62 régions économiques du pays sert de « norme variable d’accessibilité » : plus ce taux est élevé, mieux et plus longtemps l’ex-salarié sera couvert ; en revanche, s’il réside dans une région de plein-emploi, il aura toutes les difficultés à faire valoir ses droits. Il lui faudra justifier d’au moins 700 heures travaillées au cours de l’année précédente pour bénéficier de 14 semaines de prestations lorsque le taux de chômage de son lieu de résidence est sous la barre des 6 %, quand 420 heures lui suffiront pour 32 semaines d’indemnisation lorsqu’il s’envole à plus de 16 % dans sa région. Une modulation selon la situation du marché du travail qui semble inspirer le gouvernement français d’Elisabeth Borne qui a présenté, mercredi 7 septembre en Conseil des ministres, sa réforme de l’assurance-chômage pour, notamment, répondre aux difficultés de recrutement des entreprises.

Cette notion de « norme variable d’admissibilité » est apparue dans le dispositif canadien d’assurance-chômage – rebaptisé « assurance-emploi » en 1996 – en pleine vague néolibérale. De la fin des années 1980 à 1996, les gouvernements fédéraux successifs, conservateurs et libéraux, ont adopté des réformes qui ont drastiquement resserré les conditions d’accès aux prestations, avec pour objectif affiché d’assurer l’équilibre financier du système.

« Responsabilité individuelle »

« C’est toute la philosophie de cette politique sociale qui en a été transformée », explique Pierre Tircher, coauteur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (Québec) d’une proposition de réforme du système. « Nous sommes passés du welfare au workfare, d’une responsabilité collective où l’Etat joue le rôle de stabilisateur économique pour protéger le pouvoir d’achat des travailleurs, à une responsabilité individuelle où celui qui perd son emploi dans une région en pleine vitalité économique n’est plus garanti contre le “risque” pour lequel il a pourtant cotisé comme tout le monde. » De « généreux » pendant la période des « trente glorieuses », le programme est devenu, selon lui, « ultra-restrictif » : il ne couvrirait aujourd’hui que 30 % à 40 % de la population en situation de chômage.

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Le « travail invisible », un terme hérité des années 1970 qui est toujours une réalité

Histoire d’une notion. Au faîte de l’épidémie de Covid-19, on a beaucoup parlé des « travailleurs invisibles ». Le terme désignait un vaste ensemble d’activités, faiblement valorisées sur le plan salarial et symbolique, en dépit d’une importance sociale devenue évidente. Au-delà des emplois sous-rémunérés de la santé ou de l’aide aux personnes, il visait aussi le travail domestique non rémunéré, accompli quotidiennement au sein des foyers. Ce que des décennies de luttes féministes avaient peiné à faire, le Covid semblait sur le point de l’accomplir : le « travail invisible » faisait son entrée dans le débat public.

Le terme entre en circulation dès les années 1970. L’Année internationale de la femme décrétée par l’ONU en 1975 marque un premier tournant. Cette année-là, une conférence internationale, tenue à Mexico, engage la réflexion sur les travaux ménagers et les soins aux enfants. Il ne s’agit plus de penser les occupations des mères de famille à la façon des traités d’économie domestique du XIXe siècle. Ces derniers, tout en cherchant à rationaliser la tenue des ménages, y voyaient essentiellement la preuve en actes de l’amour maternel. On pouvait alors nier la nature de ce « travail », tout en reconnaissant le rôle crucial de la famille pour assurer la reproduction de la main-d’œuvre.

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A rebours de ces approches, la réflexion porte désormais sur la prise en compte du travail non rémunéré dans les comptabilités nationales. En 1981, l’Insee estime que le travail domestique occupe 48 milliards d’heures annuelles, contre 41 milliards pour le travail professionnel rémunéré. En 2009, le rapport Stiglitz évalue la production domestique à 35 % du produit intérieur brut de la France. A l’échelle mondiale, la quantité de travail non rémunéré des femmes est évaluée en 2020 par Oxfam à 12,5 milliards d’heures quotidiennes, pour une valeur annuelle de 10 800 milliards de dollars (plus de 9 550 milliards d’euros). L’équivalent du travail accompli par 1,5 milliard de personnes travaillant huit heures par jour pendant un an.

La visibilité statistique n’est pas seulement un enjeu symbolique. Dans son essai Femmes invisibles (First, 2020), la féministe britannique Caroline Criado-Perez dénonce les biais cognitifs qui contribuent à fabriquer un monde d’hommes. Qu’il s’agisse de modèles statistiques ou de mégadonnées, les informations qui permettraient de prendre en compte les femmes sont tantôt inexistantes, tantôt inopérantes au moment de fabriquer les normes de santé ou de sécurité qui guident les politiques publiques. Ce que le sociologue Jérôme Denis appelle le « travail invisible des données ».

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