Environ 10 % des vols annulés jeudi à Paris-Charles de Gaulle en raison d’une grève

Sur le tarmac de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, le 25 mai 2020.

Quelque 10 % des vols au départ où à l’arrivée de Paris-Charles de Gaulle (CDG) seront annulés, jeudi 30 juin, en raison d’un mouvement social qui touche les pompiers du premier aéroport français sur fond de négociations salariales et qui pourrait s’étendre à d’autres catégories de personnels.

Conséquence de cette grève, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) « a demandé aux compagnies aériennes d’annuler préventivement une partie du programme des vols. Nous serons ainsi en mesure d’assurer plus de 90 % des vols sur la journée », a précisé Groupe ADP (Aéroports de Paris) à l’Agence France-Presse (AFP).

Plus précisément, la DGAC a enjoint aux transporteurs d’annuler 17 % de leurs vols entre 7 heures et 14 heures, a dit à l’AFP une porte-parole de l’administration, le tout pour des questions de sécurité des opérations aéroportuaires.

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« Nous invitons les passagers à vérifier l’actualité de leur vol auprès de leur compagnie et à anticiper leur venue à l’aéroport : trois heures pour un vol [long-courrier] international, deux heures pour un vol domestique ou européen », a précisé Groupe ADP.

De même source, « Groupe ADP est en lien permanent avec les différents acteurs opérationnels de Paris-CDG, compagnies aériennes et navigation aérienne, pour limiter l’impact de ces grèves. Nous mobiliserons tous nos canaux d’information pour que les passagers puissent préparer au mieux leur voyage. »

Mouvement de grève plus vaste à partir de vendredi

De son côté, Air France, l’une des principales compagnies utilisatrices de Paris-Charles de Gaulle, a souligné avoir été contrainte d’annuler plus de 10 % de ses vols court et moyen-courriers décollant ou atterrissant de CDG, soit soixante-deux mouvements d’avions. Les long-courriers ne seront pas affectés. « Notre programme de vols est à jour » et les voyageurs affectés ont été informés, a précisé un porte-parole de la compagnie, même si « des retards et des annulations de dernière minute ne sont (…) pas à exclure ».

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Cette grève des soldats du feu intervient avant un mouvement multisectoriel chez Groupe ADP prévu de vendredi à dimanche pour réclamer des augmentations de salaires. « Nous attendons encore la confirmation du nombre de grévistes et de son impact potentiel sur le trafic aérien », précise le gestionnaire.

« Pour les journées suivantes, Air France adaptera son programme si nécessaire », a ajouté pour sa part la compagnie, qui « regrette ce mouvement social qui survient au moment où le transport aérien dans son ensemble se remet à peine d’une crise sans précédent », due à la pandémie de Covid-19.

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Le Monde avec AFP

« Le jet privé, un assez bon indicateur de la dérive de la gouvernance des entreprises »

Le grand patron aime les jets privés. Surtout aux Etats-Unis où les distances justifient des déplacements fréquents en avion. Pourquoi s’embêter à poireauter des heures dans les files d’attente des aéroports quand on peut arriver un quart d’heure avant le départ de son propre appareil, au confort généralement bien supérieur. La tentation est grande et la crise sanitaire a fourni de précieux arguments. Le trafic mondial a augmenté de plus de 20 % en 2021 et les gros acteurs du secteur affirment avoir augmenté de 50 % le nombre de leurs clients.

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Cela se comprend pour les déplacements d’affaires, face à des compagnies aériennes qui peinent à retrouver leur trafic d’avant-Covid, moins pour partir en famille. C’est pourtant ce que constate le Financial Times, qui dresse la liste des dépenses des entreprises en jet privé de leurs dirigeants pour « raisons personnelles ». Meta, la maison mère de Facebook, a dépensé 1,6 million de dollars (1,5 million d’euros) en jets privés uniquement pour le transport de son patron, Mark Zuckerberg. Celui de Lockheed Martin, James Taiclet, se fait transporter dans sa maison de campagne. Au total, les frais pour voyages personnels payés par les entreprises ont augmenté de plus de 35 % entre 2020 et 2021, selon la société de conseil aux investisseurs ISS.

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Débauche aérienne

Cette débauche aérienne ne va pas mettre en danger les comptes de ces entreprises florissantes, mais elle est choquante et inquiétante. Quand le salaire des patrons progresse au rythme de l’évolution de la Bourse en 2021, avec des salaires dépassant couramment, aux Etats-Unis, le seuil des 20 millions de dollars, on se demande si ces chanceux ont, en plus, besoin que l’entreprise finance leurs vacances en Floride. Si l’on ajoute le bilan carbone désastreux de telles pratiques, on peut s’interroger sur le niveau de connaissance que les conseils d’administration ont sur les engagements de leur propre entreprise en matière sociale, environnementale et de gouvernance.

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Le jet privé est d’ailleurs un assez bon indicateur de la dérive de la surveillance de la gestion des entreprises. Quand le fonds d’investissement KKR a appris en 1988 que le patron de RJR Nabisco utilisait celui de la société pour faire voyager son berger allemand, ils ont compris qu’il était temps de vendre et de démanteler l’entreprise.

Depuis, les actionnaires en ont fait un indicateur de bonne gestion et d’intégrité du conseil d’administration. Celui-ci baisse la garde. Le patron du fonds souverain norvégien, Nicolai Tangen, affirmait en mai dernier que « la cupidité des patrons atteint des niveaux jamais vus ». Quand les jets sont de retour, les loups de Wall Street peuvent aiguiser leurs dents.

Geoxia, constructeur des maisons Phénix, placé en liquidation judiciaire : 1 100 salariés licenciés et 1 600 chantiers en cours

« Un sinistre d’une telle envergure dans la maison individuelle, ça ne s’est jamais vu », résume, des sanglots dans la voix, Lucy Grolleau, secrétaire (sans étiquette syndicale) du CSE central de groupe Geoxia. Mardi 28 juin, le tribunal de commerce de Nanterre a mis en liquidation quatorze des dix-sept sociétés du deuxième constructeur français de maisons individuelles. Et notamment de la célèbre maison Phénix, créée en 1946 : son modèle standardisé de structures métalliques et panneaux de béton fabriqués en série à l’usine avait rendu le rêve de petit pavillon accessible au plus grand nombre.

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Mais derrière le symbole, ce sont 1 100 salariés qui viennent d’apprendre leur licenciement, et 1 600 chantiers de maisons individuelles qui sont arrêtés, dans toute la France, plongeant dans l’incertitude plus de 3 500 clients des marques Maisons Phénix, Maison Castor, Maison Familiale ou Maison Briot.

« Qui va reprendre le chantier ? Et à quel prix ? Est-ce que les assurances vont tout prendre en charge ? A cette heure, on ne sait rien », confiait, mardi soir, circonspect, Joevin, 26 ans, futur propriétaire d’une maison familiale dans le Pas-de-Calais. Cet agent d’exploitation et sa femme, auxiliaire de vie, ont vu s’assombrir d’un coup leur rêve d’accéder à la propriété avant la naissance de leur second enfant.

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Malgré un contrat de construction de maison individuelle (CCMI) signé en mai 2021, les travaux n’ont commencé qu’en février. Là, en deux semaines, le terrassement et la dalle sont faits, puis plus de nouvelles. « Un des plus grands groupes de construction de France, on se dit que c’est solide, on avait confiance ! » Jusqu’à l’annonce du placement de Geoxia en redressement judiciaire, le 24 mai, avant liquidation, mardi.

Un modèle à faible marge

Le couple a déjà versé 50 000 des 171 000 euros du prix de la maison. « On est coincés… Mais on ne pourra pas assumer et un crédit pour une maison pas finie et un loyer pour un endroit où vivre en attendant ! Nos revenus ne sont pas élevés et notre budget était calculé au plus serré », s’inquiète le père de famille.

La plupart des futurs propriétaires sont des primo-accédants, aux revenus modestes. Ils se sont rassemblés sur les réseaux sociaux pour partager informations et désarroi. « Comment a-t-on pu nous faire signer des contrats alors que la direction savait pertinemment que ça n’allait pas ? », s’emporte Joevin.

De quand datent les déboires de Geoxia ? De 2020, assure le groupe, qui mentionne des causes conjoncturelles : la crise sanitaire puis la flambée des coûts des matériaux. L’effet est désastreux sur ce modèle à faible marge, qui ne peut répercuter les hausses une fois les contrats signés par les clients. Mais le groupe accuse aussi les banques comme le gouvernement de ne pas lui avoir porté secours, en refusant notamment tout prêt garanti par l’Etat (PGE). Cela afin d’entraver la construction de maisons individuelles, croient les défenseurs de Geoxia, la loi Climat et résilience ayant fixé à 2050 l’objectif de zéro artificialisation des sols.

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L’indispensable montée en compétence face aux enjeux climatiques

« Il y a méga-urgence. La question aujourd’hui n’est plus va-t-on dans le mur, mais à quelle vitesse allons-nous le prendre ? » Ce constat sans appel est dressé par Frédéric Lafage, président de la Fédération des métiers de la prestation de services intellectuels du conseil, de l’ingénierie et du numérique (Cinov). Autant de métiers qui sont en première ligne sur la problématique du changement climatique puisqu’ils concernent les énergies renouvelables, les mobilités, les processus industriels, la construction ou encore l’aménagement du territoire.

« Les enjeux climatiques nécessiteront plus de transformations des métiers existants que de création de nouveaux », avertit l’Observatoire des métiers du numérique, de l’ingénierie, du conseil et de l’événement, dans une étude prévisionnelle à l’horizon 2025 sur les métiers de l’ingénierie dans la lutte contre le changement climatique.

Pour Frédéric Lafage, « plus que jamais, nous avons besoin d’une hybridation des compétences. Il faut casser le mythe de l’ingénieur enfermé dans la technique pure. L’ingénierie doit être en lien avec les sciences humaines, comme la sociologie et la philosophie, pour intégrer le long terme. Nous avons besoin d’une culture globale ».

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Le sentiment d’urgence est partagé. Ainsi, Romain Deleforge, associé au bureau de Paris de Bain & Company, cabinet de conseil en stratégie et management, explique : « Le sujet est urgentissime tant pour nous que pour nos clients qui doivent intégrer ces enjeux dans leurs modèles d’affaires et leurs modes de gouvernance. » Afin de donner à ses consultants le bagage nécessaire pour accompagner leurs clients, Bain Paris a créé, avec HEC Paris, une formation d’une quarantaine d’heures sur les grands enjeux énergie et climat débouchant sur une certification.

Une croissance exponentielle des demandes

Commencée en février, elle concernera dans les mois qui viennent tous les collaborateurs de Bain à Paris, du junior à l’associé. « La formule a déjà fait des émules auprès de nos bureaux en Italie, aux Pays-Bas et en Belgique », se réjouit Romain Deleforge. A la clé, l’acquisition de compétences scientifiques, énergétiques, fiscales, économiques et financières.

Jean-Michel Gauthier, professeur à HEC Paris et titulaire de la chaire Energie et finances, note une croissance exponentielle des demandes des entreprises sur ce type de formations. « Elles veulent apprendre à parler le langage de demain, celui de l’énergie et du climat. Les dirigeants veulent revoir entièrement le logiciel de leurs équipes et repenser leur modèle d’affaires. Les entreprises ont compris que le climat n’était pas une variable d’ajustement en “open bar” et elles ont totalement conscience de la nécessité d’adapter leurs compétences.  »

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Le « CDI employabilité » boosté par La Poste

Carnet de bureau. Un récent appel d’offres du groupe La Poste adressé jusqu’au 11 juillet aux prestataires de mise à disposition de personnel pourrait donner sa chance à un jeune dispositif d’emploi en phase d’expérimentation jusqu’en 2023, mais qui a déjà changé le quotidien des salariés bénéficiaires : le CDI aux fins d’employabilité (CDI-FE).

Marie-Laure Thouan, 61 ans, a ainsi retrouvé la sécurité de l’emploi à l’âge de 59 ans. Idem pour Daniel Giraudin. Après avoir été imprimeur, puis autoentrepreneur, puis assistant administratif dans une savonnerie, puis facteur remplaçant, il a aussi signé, à 59 ans, un CDI employabilité en décembre 2021. « Depuis, je dors tranquille, témoigne Daniel Giraudin. Je sais que je vais pouvoir continuer ma mission de facteur à Sault, au pied du mont Ventoux, jusqu’à la retraite. Même si le salaire est juste un peu au-dessus du smic, les heures sup sont payées. J’ai travaillé à mon compte pendant quinze ans, je vois la différence. »

La Poste ne lui proposait pas de CDI mais recrutait sur le principe de mise à disposition de personnel auprès de Mon-CDI, une entreprise de travail à temps partagé qui pratiquait déjà le CDI aux fins d’employabilité avant qu’il soit transcrit dans la loi à titre expérimental.

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Créé en 2018 par la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », ce dispositif fait partie de la panoplie des contrats de travail destinés à faciliter le retour en entreprise. C’est un CDI de droit commun assorti d’un capital de formation professionnelle (1 000 euros par an), proposé par des entreprises de travail à temps partagé à des publics en difficulté d’insertion professionnelle.

Un déploiement jusque-là modeste

Qu’ils soient inscrits à Pôle emploi depuis six mois ou plus, bénéficiaires du revenu de solidarité active, âgés de plus de 50 ans, handicapés, ou peu qualifiés (BEP ou moins), les signataires sont embauchés en CDI-FE par un tiers employeur, qui mutualise plusieurs missions sur un même bassin d’emploi. Entre deux missions, les salariés continuent à percevoir leur salaire et durant leur temps de travail, ils sont formés pour améliorer leur qualification.

En revanche, ils ne profitent ni des avantages liés au comité économique et social des entreprises où ils travaillent, ni de leur convention collective, ni de l’intéressement et de la participation aux bénéfices. « Mais on a droit aux primes d’objectif », note M. Giraudin.

Décrié par les grandes entreprises d’intérim, notamment pour l’absence de durée maximale des missions ou de garanties liées au statut d’intérimaire, le CDI-FE est investi par plusieurs acteurs du marché de l’emploi dont l’entreprise Mon-CDI qui est à l’origine du dispositif, Proman et Actual. Mais son déploiement était jusqu’alors resté modeste : 4 000 contrats seulement ont été signés en quatre ans, pour une centaine d’entreprises clientes et principalement dans l’industrie.

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« Sans eux, je ferme boutique » : de Paris au Pays basque, des patrons plaident pour la régularisation des travailleurs sans-papiers

FactuelFace aux pénuries de main-d’œuvre dans la restauration ou le bâtiment, de plus en plus d’employeurs défendent un meilleur accès aux titres de séjour.

Avec bagou et passion, souvent une cigarette roulée entre ses doigts, Etienne Guerraud parle des heures de son affaire, la « dernière grande brasserie indépendante de Paris ». Pour faire tourner Le Café du commerce, dans le 15e arrondissement, il recourt depuis des années à une main-d’œuvre étrangère. « Sans eux, je ferme boutique », dit-il, sans détour.

Les étrangers représentent 40 % de ses quelque cinquante salariés. Il y a Idriss et Hamadi, deux Mauritaniens, respectivement pâtissier et commis de cuisine, mais aussi Dieuvenor, un plongeur haïtien et Mamadou, un cuisinier malien… « Je ne les échangerais pas pour un Gaulois, ce sont des gars super. »

Dieuvenor, 30 ans, plongeur, est arrivé d'Haïti en 2017. Sa procédure de régularisation est en cours d’examen. Ici, dans la cuisine du Café du commerce, à Paris, en juin 2022.

Les procédures de régularisation, Etienne Guerraud les connaît bien aussi. Combien de fois un salarié s’est présenté à lui, après plusieurs mois de contrat, pour lui avouer qu’il lui avait présenté à l’embauche la carte de séjour d’un autre et qu’en réalité, il est sans-papiers ? On appelle cela travailler sous alias. A chaque fois, M. Guerraud a accompagné ses salariés tout au long de la fastidieuse et incertaine procédure de régularisation par le travail.

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Selon la circulaire ministérielle de 2012, dite Valls, qui fixe les critères selon lesquels un préfet peut exceptionnellement accorder un titre de séjour à un travailleur, celui-ci doit présenter vingt-quatre feuilles de paie, être présent en France depuis au moins trois ans et présenter une promesse d’embauche. Un peu plus de 8 000 personnes en ont bénéficié en 2021.

« Permettre un traitement plus rapide des régularisations »

Rien de simple. Dieuvenor, le plongeur haïtien de 30 ans, qui réunit toutes les conditions de régularisation depuis juin 2021, n’a obtenu un rendez-vous à la préfecture des Yvelines qu’en décembre 2022 pour déposer sa demande de titre de séjour. Il lui faudra attendre certainement plus d’un an avant d’avoir une réponse. D’ici là, il a « peur ». « On est au bout du bout, lâche Etienne Guerraud. Il faut simplifier les choses. »

Dieuvenor, plongeur au Café du commerce, montre la photo des funérailles de sa mère qui a eu lieu la semaine d’avant à Haïti. Ne pouvant pas s’y rendre, il a demandé à un ami de confiance de le représenter. A Paris, en juin 2022.

C’est pour dénoncer cette ineptie et l’inaccessibilité des préfectures aux travailleurs étrangers que la CGT devait organiser, mercredi 29 juin, un rassemblement devant la Direction générale des étrangers en France (DGEF) à Paris. Le syndicat veut « en finir avec le “bon vouloir” des préfectures » et que des régularisations puissent être enclenchées sur la simple présentation de preuves de travail. « Des pans entiers de l’économie ne fonctionneraient pas sans leur force de travail », insiste la CGT.

Ce discours, de plus en plus d’employeurs l’endossent. « La réalité c’est que tous les restaurateurs à Paris ont un travailleur sous alias, confie à son tour Jean Ganizate, cofondateur du groupe de restaurants Melt. Les Français ne veulent plus bosser dans les métiers difficiles. » M. Ganizate connaît bien la CGT qui l’a accompagné sur plusieurs dossiers de régularisation de commis sénégalais, papous ou bangladais. Aujourd’hui encore, il demande au syndicat de l’aider alors qu’un de ses sous-chefs, un Sri-Lankais en France depuis plus de dix ans, craint de basculer dans la clandestinité alors qu’il est sans nouvelle de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

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Le constructeur des maisons Phénix placé en liquidation judiciaire

Une maison Phénix à Wizernes, dans le Pas-de-Calais, en 2019.

« Phénix, pour que chacun ait sa maison. » Ce slogan publicitaire qui a marqué les années 1970 a fait du groupe Geoxia, constructeur des célèbres maisons Phénix, un symbole de l’accession de masse à la maison individuelle. Son modèle a fait long feu. Le tribunal de commerce de Nanterre a placé quatorze sociétés sur les dix-sept du groupe en liquidation judiciaire, mardi 28 juin, faute d’offres de repreneurs pour son activité.

« J’y ai cru jusqu’à la dernière minute, c’est un peu le sol qui s’effondre sous mes pieds », a réagi Lucy Grolleau, secrétaire du comité social et économique (CSE) de l’entreprise. La liquidation « est à effet immédiat », a-t-elle ajouté, « j’ai demandé à tous les salariés de quitter leur lieu de travail ». Geoxia, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 252 millions d’euros en 2021, employait près de 1 150 personnes.

« Une nouvelle audience est prévue le 5 juillet pour examiner la poursuite d’activité des usines de Geoxia pendant trois mois, afin de produire les pièces utiles aux chantiers en cours », a détaillé le groupe dans un communiqué. L’AGS (le régime de garantie des salaires) « s’est saisie du dossier, afin que les salariés de Geoxia puissent toucher rapidement ce qui leur est dû », ajoute le groupe.

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Le plan de grands licenciements, qui cible les entreprises de plus de 200 employés, a été activé, a expliqué Bercy, « pour aider les salariés à retrouver un emploi dans un secteur que l’on sait en forte demande de main-d’œuvre ».

Faute d’avoir accès aux financements bancaires, après de premières difficultés à la fin des années 2000, la direction de Geoxia avait frappé à la porte du ministère de l’économie pour lui réclamer 70 millions d’euros. Elle s’était vu opposer une fin de non-recevoir.

« L’Etat ne peut pas financer seul les pertes passées et futures, sans aucun actionnaire. Il peut soutenir un repreneur mais ne peut pas se substituer à un actionnaire, a tranché Bercy. L’absence de repreneur est bien le signal des difficultés structurelles de l’entreprise. »

Inquiétude pour les chantiers en cours

Il faut, néanmoins, mener à bien les chantiers en cours. « Phénix a 300 maisons à finir », ce qui représente trois mois de travail, a assuré Fernando Cabete Neves, délégué syndical CFTC. Les trois usines de l’entreprise, qui fabriquait elle-même les dalles et charpentes de ses maisons, ont obtenu un sursis : l’Etat a décidé de financer leur poursuite d’activité pour mener à bien les chantiers en cours, a signifié le ministère de l’économie à l’Agence France-Presse.

Pour les chantiers ouverts, les assureurs vont prendre le relais, a précisé Bercy, en recrutant la main-d’œuvre et en prenant en charge les pénalités de retard et les surcoûts. « Ce sont eux qui vont prendre contact avec les assurés dans les prochains jours pour les tenir informés des prochaines étapes pour terminer leur chantier », poursuit le ministère.

Modèle économique fragilisé

Créé en 1946, Maisons Phénix s’est développé en France grâce à un modèle standardisé de maison individuelle, rapide et peu chère à construire. Le groupe fabriquait dans ses propres usines leur ossature, des charpentes métalliques, ensuite, apportées toutes faites sur les chantiers. Il avait connu des premières difficultés à la fin des années 2000, qui lui avaient coupé l’accès aux financements des banques.

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« C’est un peu un choc dans l’univers de la construction, parce que c’était la marque la plus renommée, mais les mésaventures de Geoxia ne sont pas forcément représentatives du marché de la maison individuelle ces dernières années », a réagi Damien Hereng, président de la Fédération des constructeurs de maisons individuelles.

La hausse des prix de l’immobilier et l’assèchement des aides à l’accession à la propriété, qui ont éloigné les ménages modestes de l’achat immobilier, l’ont privé de son cœur de cible. Et le groupe n’est pas parvenu à monter en gamme à temps. La crise sanitaire, puis la guerre en Ukraine, ainsi que la flambée des prix des matériaux et de l’énergie qui les ont accompagnées, lui ont porté le coup de grâce.

« Avec les contraintes de construction qui se sont ajoutées année après année, l’envolée des prix des matériaux et l’augmentation des prix des terrains, le client moyen qui achète une maison, aujourd’hui, est sensiblement différent de celui qui achetait il y a cinq ou six ans », résume Damien Hereng, président de la Fédération française des constructeurs de maisons individuelles.

Le Monde avec AFP

Radiations, suppressions d’allocations… Les demandeurs d’emploi doivent faire face à des sanctions plus musclées

Les demandeurs d’emploi qui manquent à leurs obligations font l’objet de sanctions plus musclées. C’est l’un des constats saillants du rapport annuel présenté mardi 28 juin par Jean-Louis Walter, le médiateur national de Pôle emploi chargé de traiter les différends entre l’opérateur public et les usagers. Cette tendance est liée, d’après lui, à l’une des dispositions de la réforme de l’assurance-chômage, adoptée durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Les personnes inscrites à Pôle emploi ont des droits – par exemple être épaulées par un conseiller – mais aussi des devoirs – rechercher activement un poste, se présenter aux rendez-vous, mettre à jour leur dossier, etc. Celles qui ne tiennent pas leurs engagements s’exposent à des mesures répressives, pouvant se traduire par une radiation des listes assortie, le cas échéant, d’une suppression de l’allocation, pour des périodes plus ou moins longues.

Dans la loi de septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », le gouvernement d’Edouard Philippe a introduit de nouvelles règles, qui ont « semblé répondre à [la] préoccupation » d’établir une « gradation des sanctions », écrit M. Walter. Mais ce texte a, en réalité, « rigidifié les pratiques, en les enfermant dans un barème plus sévère encore et en fournissant une légitimité nouvelle aux postures excessives ». Sans livrer de chiffres, le médiateur observe « un usage fréquent des radiations de six mois et surtout [la] suppression définitive du revenu de remplacement », c’est-à-dire de l’indemnisation versée par le système. Certaines décisions, ajoute-t-il, paraissent « véritablement disproportionnées, tant dans leur gravité que dans leurs conséquences », les individus concernés étant privés de prestation et d’accompagnement.

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Injonctions des pouvoirs publics

De telles procédures avaient été suspendues au début de la crise sanitaire, tout comme les vérifications sur les recherches d’emploi effectuées par les chômeurs. Puis elles ont repris leur cours. En novembre 2021, M. Macron a annoncé un « renforcement des contrôles », comme le rappelle le rapport. C’est pourquoi le médiateur explique que les sanctions ne résultent pas uniquement d’une « vision des choses » portée par ceux qui les prononcent : elles découlent de l’application de textes et d’injonctions émanant des pouvoirs publics.

Précision importante : les requêtes imputables à des radiations représentent « à peine 3 % » des demandes adressées à M. Walter et à son réseau de médiateurs régionaux. Si les sanctions retiennent l’attention, c’est donc plus en raison de leur « inadéquation » que de « leur fréquence ». Dès lors, il convient « de prendre en compte la situation spécifique de la personne », en se fondant « sur des faits et non sur l’application mécanique d’un barème ».

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SNCF : derrière la grève du 6 juillet, un mal-être social

Nadia dit en « avoir mal au bide » quand elle va travailler. Cette gestionnaire des plannings des conducteurs de trains de banlieue au nord de Paris, également déléguée SUD-Rail (son prénom a été changé), a participé à une grève locale les 23 et 24 juin derniers qui a touché les établissements de Paris-Nord et Paris-Saint-Lazare. « J’ai vingt-deux ans d’ancienneté et je n’ai jamais vu un tel niveau d’attaques contre nos savoir-faire, un tel niveau de souffrance physique et morale », raconte-t-elle. Sa bête noire personnelle, c’est un logiciel baptisé Orion en train d’être déployé chez Transilien – les trains et RER d’Ile-de-France. Le nouvel outil est accusé de « forcer la productivité, de conduire à des suppressions d’emploi, à une déshumanisation du travail ».

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Le cas de Nadia est emblématique d’un mal-être qui traverse le corps social de la SNCF et qui semble s’accentuer depuis quelques mois. Il s’exprimera à travers une grève nationale le mercredi 6 juillet pour la défense des salaires et du pouvoir d’achat. Trois syndicats, la CGT-Cheminot, première organisation représentative du groupe ferroviaire, SUD-Rail, le numéro trois, et la CFDT, le numéro quatre, appellent de façon unitaire à débrayer au cours de la première semaine de départs en vacances. L’UNSA-Ferroviaire, deuxième syndicat de l’entreprise, devait décider, mardi 28 juin, lors d’un bureau fédéral, s’il rejoint le préavis commun.

Mouvements sporadiques

Mais cette journée du 6 juillet n’est que la face cachée d’une grogne sociale qui prend la forme de dizaines de petites grèves, journées de débrayages et de protestation contre, là, une réorganisation, ici, la suppression de quelques postes, ailleurs, la crainte de l’arrivée de la concurrence dans les TER locaux.

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L’agitation aurait tendance à se concentrer en Ile-de-France, en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), première région à avoir attribué une ligne TER à un concurrent, laquelle a connu deux journées de perturbation les 20 et 21 juin, ainsi que dans la région Nouvelle-Aquitaine, en proie à des mouvements sporadiques depuis plusieurs semaines et où une grève a perturbé le trafic des TER lundi 20 juin. Des mouvements sociaux affectent également plusieurs établissements de maintenance, où les salaires sont parmi les plus bas de l’entreprise, et où les difficultés de recrutement de la main-d’œuvre ont conduit à de nombreuses annulations de TGV la semaine dernière.

« Dans tous les métiers, conduite, maintenance, gestion du réseau, on n’arrive plus à recruter » Didier Mathis, secrétaire général de l’UNSA-Ferroviaire

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Le gouvernement met fin au gel du point d’indice des fonctionnaires avec une augmentation de 3,5 %

Stanislas Guerini, le ministre de la fonction et de la transformation publiques, à l’Elysée, le 21 juin 2022.

Le suspense durait depuis des mois. Mardi 28 juin, Stanislas Guerini, le nouveau ministre de la transformation et de la fonction publiques, y a mis fin : les agents publics bénéficieront d’une augmentation générale de 3,5 %, en une seule fois et ce dès le 1er juillet. Cela représentera 7,5 milliards d’euros. M. Guerini a réservé la primeur de l’annonce de cette revalorisation, pensée comme « une mesure efficace pour protéger le pouvoir d’achat des fonctionnaires » en cette période de forte inflation, aux organisations syndicales et aux employeurs publics, mardi matin, lors d’une conférence salariale.

« C’est l’augmentation la plus forte depuis 1985, précise l’entourage du ministre. A cela s’ajoutent les augmentations individuelles automatiques de 1,5 % en moyenne par an. Aujourd’hui, nous avons 700 000 agents au smic. Avec cette mesure, il n’y en aura plus. »

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Il n’est pas certain que l’argumentation suffise cependant à convaincre le secteur public. La première organisation représentative, la CGT, demandait « 10 % minimum », une rétroactivité au 1er janvier et une indexation du point d’indice sur l’inflation. « Nous estimons la perte de pouvoir d’achat à 10 % ou 11 % depuis 2010, explique Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT, et l’on continue à en perdre. » Pour la CGT, 3 % ou 4 % d’augmentation du point, « ce serait du mépris et de la provocation ». Force ouvrière, troisième syndicat, réclamait, lundi encore, « une revalorisation du point d’indice et un rattrapage des pertes subies depuis 2000, à savoir 25 % », assorties de diverses mesures financières.

La CFDT, de son côté, souhaitait que la hausse soit « bien supérieure à 3 % ». Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT-Fonctions publiques, deuxième organisation, rappelle que, « plus vous augmentez la valeur du point, plus ça bénéficie aux hauts salaires et plus vous accentuez donc les écarts ». Certes, la CFDT demandait « une mesure significative qui se voit pour tout le monde », mais, insiste-t-elle, cela ne doit pas empêcher de s’occuper des « bas de grille des [catégories de fonctionnaires] B et des C, qui sont au smic ».

Inflation « forte et durable »

De fait, Stanislas Guerini devait également présenter de nouvelles mesures destinées aux moins rémunérés de la catégorie B. Car, depuis le rattrapage consenti aux fonctionnaires de catégorie C passés sous le smic, ils avaient perdu leur avantage salarial. D’autres améliorations sont prévues, liées aux frais de déplacement ou à la restauration.

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