Assurance-chômage : le gouvernement réfléchit à une baisse de la durée d’indemnisation des seniors

Le ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion, Olivier Dussopt, à l’Assemblée nationale, le 4 octobre 2022.

Alors que les députés s’apprêtent à voter un projet de loi qui durcit les règles d’assurance-chômage, le gouvernement envisage de nouvelles mesures sur le fonctionnement du régime. Dans un entretien au Journal du dimanche (JDD) du 9 octobre, le ministre du travail, Olivier Dussopt, évoque plusieurs pistes dont le but est de maintenir en activité les travailleurs âgés d’une soixantaine d’années. L’une des hypothèses à l’étude pourrait consister à diminuer la durée d’indemnisation des seniors privés d’emploi, qui, à l’heure actuelle, est allongée.

M. Dussopt a tenu ces propos juste avant l’ouverture du premier « cycle de concertation » sur la réforme des retraites. A partir de mardi, le ministère du travail reçoit des représentants syndicaux et patronaux pour plancher sur « l’emploi des seniors et la prévention de l’usure professionnelle ». Un enjeu majeur en France, puisque la part des 60-64 ans ayant un poste s’avère faible : 32,7 % en 2019, contre 70 % en Suède et 61,8 % en Allemagne.

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« Nos mauvais résultats s’expliquent par plusieurs causes », confie M. Dussopt au JDD. Le ministre cite notamment des « dispositifs qui peuvent être perçus comme des encouragements, pour les employeurs, à se séparer des seniors ». C’est le cas, « par exemple », de la durée maximale d’indemnisation chômage, qui, à partir de 55 ans, passe à trente-six mois, contre trente mois pour les personnes de 53 et 54 ans, et vingt-quatre mois pour les autres. « S’il est légitime d’avoir des règles spécifiques, cette perspective peut être vue comme une voie de délestage », observe-t-il. De façon implicite, M. Dussopt laisse ainsi entendre qu’il pourrait être pertinent de mettre fin au système dérogatoire dont bénéficient les demandeurs d’emploi les plus âgés.

« La méthode ne va pas »

D’autres options sont mises en avant, en particulier la possibilité, pour « un senior qui accepte un emploi moins bien payé, de conserver une partie de son indemnité chômage afin de compenser le manque à gagner » par rapport à sa précédente activité. Le ministre mentionne une autre incitation, destinée, cette fois-ci, aux patrons : les « exonérations de cotisations sociales » pour l’embauche de femmes et d’hommes en fin de carrière.

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Au cabinet de M. Dussopt, on affirme que les discussions sur l’indemnisation des personnes ayant au moins 55 ans « ne sont, a priori, pas prévues dans le cadre du projet de loi assurance-chômage ». Ce texte, qui fixe notamment des règles plus strictes pour les salariés abandonnant leur poste, doit être adopté, mardi 11 octobre, en première lecture à l’Assemblée nationale.

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Pénurie de carburants : des négociations sur fond de blocages persistants

Une lumière au bout du pipeline ? Au treizième jour de grève dans les raffineries de TotalEnergies, lundi 10 octobre, 30 % des stations-service de l’Hexagone – et la moitié en Ile-de-France – étaient à court d’un ou de tous les carburants (contre 21 % samedi), selon le ministère de la transition énergétique ; mais durant le week-end, la CGT et les directions de TotalEnergies et d’Esso-ExxonMobil ont fait un pas l’une vers l’autre pour débloquer une situation qui inquiète le gouvernement et exaspère les automobilistes. Les mouvements sociaux dans les raffineries entraînant des pénuries d’essence et de gazole, qui mettent l’activité économique à l’arrêt, sont les conflits politiquement les plus sensibles, avec les grèves à la SNCF et le blocage des grands axes par les routiers.

Lire les dernières informations : Carburants : grève reconduite dans les raffineries et dépôts de TotalEnergies avant le début des négociations

La grève avait été reconduite, samedi 8 octobre, dans trois raffineries de TotalEnergies et sur les deux sites d’ExxonMobil – soit la quasi-totalité des capacités françaises de raffinage. Le mouvement est suspendu à Donges (Loire-Atlantique) « jusqu’au début de la semaine prochaine », et au dépôt de carburant de Grandpuits (Seine-et-Marne), a indiqué Eric Sellini, coordinateur CGT pour la compagnie française. La dégradation de la situation a poussé le gouvernement à autoriser la circulation des camions-citernes dimanche pour approvisionner les stations-service, à mobiliser les stocks stratégiques et à inciter les pétroliers à ouvrir les négociations.

D’autant que les syndicats ont amorcé une détente. A la pointe du conflit, la CGT a lâché du lest sur certaines revendications, samedi, dans une lettre ouverte adressée au PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, repoussant à plus tard ses revendications sur les créations d’emplois et les investissements en France. En revanche, elle maintient sa demande d’une augmentation salariale de 10 %, dont 7 % au titre du rattrapage de l’inflation et 3 % pour la redistribution des profits du groupe, qui ont atteint 10,6 milliards de dollars au premier semestre.

Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés Essence : pourquoi certaines stations-service sont à sec ou prises d’assaut

Ouverture syndicale

Une ouverture syndicale et de fortes pressions gouvernementales qui ont incité M. Pouyanné à faire, lui aussi, un pas vers une sortie de crise. TotalEnergies a proposé, dimanche, d’avancer au mois d’octobre les négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires prévues en novembre. Mais, au nom de la « responsabilité », ces discussions ne pourront commencer qu’après la « fin des blocages » pour permettre de réapprovisionner les stations-service, précise la compagnie.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Face à la crise des carburants, un gouvernement inquiet qui tente de déminer la situation

Le géant français reconnaît qu’il va générer des « résultats exceptionnels » en 2022. Ces négociations doivent ainsi permettre, selon ses dirigeants, de « définir comment les salariés pourront [en] bénéficier, avant la fin de l’année, tout en prenant aussi en compte l’inflation de l’année 2022 ». Ils affirment leur « volonté que tous les collaborateurs soient prioritaires dans le partage de la valeur et reçoivent la juste récompense de leurs efforts sur leur fiche de paye avant la fin de l’année ». Les salariés des raffineries, eux, n’ont pas eu le sentiment d’être « prioritaires » ces dernières semaines.

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Pénurie de carburants : des négociations sur fond de blocages persistants

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« Mission économie. Un guide pour changer le capitalisme » : l’Etat à l’impulsion d’une révolution

Le Livre. Lors de sa conférence de presse du 11 décembre 2019, destinée à présenter son programme pour rendre l’Union européenne « climatiquement neutre » d’ici à 2050, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, fit une comparaison inattendue. Afin de souligner l’importance que représentait son Pacte vert pour l’Europe, elle évoqua l’enthousiasme sublime qu’avait suscité le président John F. Kennedy lorsqu’il promit, en 1961, d’envoyer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie. Le Green Deal européen serait « l’homme sur la Lune » de l’Europe.

Rien de commun, au premier abord, entre le programme Apollo, son objectif de surpasser l’URSS dans la conquête de l’espace, et la nécessaire réduction des émissions de CO2. Mais dans un rapport remis au Commissaire européen à l’innovation et à la recherche, début 2018, Mariana Mazzucato avait déjà défendu l’idée que la conquête de la Lune pourrait servir de modèle à l’Union européenne dans la définition d’un certain nombre de « missions » exaltantes et consensuelles permettant de renouer avec la croissance. Pour concevoir Apollo-11, l’Etat fédéral américain avait dû réorganiser la recherche publique et privée, entraînant au passage d’innombrables « retombées », techniques, scientifiques mais aussi institutionnelles et politiques. Il avait aussi démontré la capacité des pouvoirs publics à prendre des risques et créer de la valeur.

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C’est là tout le propos de Mission économie. Prenant acte, après bien d’autres, des échecs du capitalisme financier, Mariana Mazzucato dénonce le poids persistant des doctrines néolibérales : les dirigeants les plus enclins à se réclamer du « pragmatisme » ne sont bien souvent, selon la célèbre formule de Keynes, que les « esclaves de quelque économiste passé ». Un chapitre entier est consacré à pourfendre ces « mythes qui entravent le progrès » : non, les entreprises ne sont pas seules à prendre des risques ou à créer de la valeur. Non, le rôle de l’Etat ne doit pas se limiter à corriger les défauts du marché. Non, le privé n’est pas plus efficace ou intelligent, ni moins coûteux que le public. Les nombreux scandales qui, en France ou ailleurs, ont mis en lumière l’inefficacité et le coût trop élevé des cabinets de conseil privés auprès desquels les Etats avaient sous-traité, en sont pour elle une preuve éclatante.

Répartir les richesses

L’apport de Mazzucato réside surtout dans ses propositions pour sortir de l’impasse actuelle. Partant d’une théorie de la valeur comme « création collective » – les services publics y prennent leur juste part à côté des entreprises –, l’autrice veut que l’Etat ne se contente plus de corriger les marchés mais qu’il les invente. Il ne suffira pas, pour cela, de faire appel au volontarisme et à la libre initiative. L’Etat doit pouvoir intervenir sur le droit des brevets et des contrats, répartir les richesses de façon à mieux rémunérer l’ensemble des créateurs de valeur, mais aussi utiliser le levier monétaire et activer les dépenses publiques.

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« Le smic est devenu un pilier fondamental du modèle social français »

Jérôme Gautié est professeur d’économie à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Il revient sur les origines historiques du salaire minimum et sur son importance sociale et symbolique.

Dans quel contexte est créé le salaire minimum en 1950 ?

Les prix et salaires étaient contrôlés par l’Etat depuis 1939. Quand on décide de revenir à la libre fixation des prix, les syndicats font valoir que les salaires ne peuvent rester bloqués, au risque d’une perte de pouvoir d’achat. La loi de 1950 rétablit la liberté de négociation collective, et crée du même coup le premier salaire minimum interprofessionnel garanti (smig). Il est pensé comme un garde-fou pour éviter toute exploitation là où les syndicats sont faibles ou inexistants. Il faut alors fixer son niveau. Il y a une grande crainte du gouvernement, déjà à l’époque, qu’on provoque de l’inflation ou qu’on déstabilise l’économie s’il est trop haut. Mais doit-il être un simple salaire plancher ou un salaire décent ? Et qu’est-ce que la décence ? Patronat et syndicats se mettent d’accord sur le budget alimentaire, pas sur le reste, avec des discussions acharnées sur le nombre de savonnettes, de costumes ou de chemises de nuit nécessaires, ou les dépenses d’électricité ! Finalement, c’est le gouvernement qui a tranché.

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Pourquoi le smig devient-il le smic en 1970 ?

Lors des grèves de 1968, une des premières revendications syndicales est la revalorisation du smig. Celui-ci a nettement décroché par rapport au salaire moyen : sur la période entre 1951 et 1967, son pouvoir d’achat n’a progressé que de 25 % contre 103 % pour le second, poussé par la croissance et les gains de productivité. Le protocole de Grenelle acte une hausse du smig de 35 %. Le patronat, apeuré, a accepté quasiment sans discussion, alors qu’il avait refusé 3 % quelques mois plus tôt ! Pour éviter tout nouveau décrochage, on change la méthode de calcul à partir de 1970, avec le passage au smic : le salaire minimum interprofessionnel de croissance sera partiellement indexé sur le salaire horaire moyen d’un ouvrier.

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Avec l’inflation, le smic rattrape les bas salaires, certains prônent sa désindexation, d’autres prônent, au contraire, d’indexer tous les salaires. Cette question s’est-elle déjà posée ?

Dès l’origine, le lien entre le salaire minimum et les minima des conventions collectives est au cœur des débats. La grande crainte du gouvernement quand il adopte le smig, c’est que tous les salaires augmentent dans la même proportion. C’est d’ailleurs ce qu’a toujours prôné la CGT. Mais la loi de 1970 l’interdit. C’est un peu le paradoxe aujourd’hui : face aux hausses successives du salaire minimum, le gouvernement pousse les branches à négocier pour ne pas se faire rattraper. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui le smic est devenu un pilier fondamental du modèle social français. C’est un contrat social, un « salaire de civilisation », disaient certains à sa création. Pour faire en sorte que celui qui travaille ne décroche pas. Revenir là-dessus est symboliquement impossible et serait très coûteux politiquement.

L’inflation exacerbe les difficultés des branches professionnelles

Cadre du dialogue entre partenaires sociaux, la branche professionnelle regroupe les entreprises qui partagent une même convention collective. Elle garantit à ses membres un socle commun de droits et limite les distorsions de concurrence. A son niveau sont définis les salaires minimums applicables selon les qualifications et l’ancienneté. On parle de « minima conventionnels ».

Ces minima sont au cœur du débat sur les salaires : s’ils n’augmentent pas quand le smic augmente, cela gomme la hiérarchie de la grille et ceux dont les coefficients sont dépassés par le smic se retrouvent payés au minimum légal.

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Depuis un an, les hausses répétées du smic liées à l’inflation ont eu raison de l’efficacité ou de la rapidité de négociation de nombreuses branches. Ainsi, cent dix-sept des cent soixante et onze branches du secteur général regroupant plus de cinq mille salariés présentaient, fin septembre, au moins un minimum au-dessous du smic, soit plus de 68 % des branches, selon le ministère du travail. Malgré plusieurs accords de revalorisation signés depuis janvier pour certaines.

« Cela révèle la piètre qualité des négociations et des accords dans les branches concernées, qui ne sont souvent que du replâtrage pour caler les minima juste au-dessus du smic », estime le secrétaire national de la CFDT Luc Mathieu.

Renforcer la pression

Un gros travail de restructuration du paysage professionnel a été entrepris depuis la loi travail de 2016, puis les ordonnances de 2017 et la loi « avenir professionnel » de 2018, en autorisant notamment le gouvernement à fusionner des branches où la négociation collective n’est pas assez dynamique et où les effectifs sont trop faibles. L’objectif étant de ramener leur nombre autour de deux cents, alors que l’on a pu en dénombrer jusqu’à neuf cents par le passé, certaines ne concernant qu’une poignée d’entreprises ou de salariés.

Le gouvernement ne peut intervenir directement dans les minima de branche, cette question relève exclusivement des partenaires sociaux. Mais il s’est donné les moyens de renforcer la pression dans la loi sur le pouvoir d’achat votée en août : ce critère salarial s’ajoute aux motifs de rattachement d’une branche à une autre. Le ministère du travail pourra ainsi viser trois cas de figure : les branches qui ne concluent pas d’accords sur les salaires, mais n’utilisent que des recommandations patronales, les branches qui concluent des accords au-dessous du smic et les branches qui ne négocient pas sur les salaires. La branche pourra être fusionnée si elle n’ouvre pas des négociations dans les quarante-cinq jours suivant le passage de ses minima sous le smic. C’était trois mois auparavant.

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L’inflation bouleverse la question des bas salaires

Ses débuts comme agent de sécurité, Alexandre Cornu, 45 ans, s’en rappelle parfaitement. « Embauché le 19 septembre 2000. Payé 7 000 francs environ ! Oui, à l’époque, c’étaient encore les francs ! », sourit-il derrière ses fines lunettes, dont l’un des verres est fendu. C’était le smic de l’époque. Alexandre était alors au premier échelon de la grille de salaires. « Je pensais que j’aurais une bonne évolution dans ce métier, je me suis trompé », lâche-t-il amer. Aujourd’hui agent d’incendie et de secours dans une des tours de la Défense, il a monté en grade, de deux échelons. Mais, après vingt-deux ans d’expérience, il gagne de nouveau le salaire minimum : « rattrapé » par le smic, comme il dit, qui a augmenté plus vite que son salaire.

C’est l’un des effets collatéraux de l’inflation que la dernière estimation de l’Insee mesure en France à 5,6 % sur un an en septembre, après 5,9 % en août, et même 6,1 % en juillet. Depuis sa création, en 1950, le salaire minimum est indexé sur l’indice des prix à la consommation et augmente quand ce dernier fait de même. Dans une année « normale », il ne connaît qu’une révision, au 1er janvier. Mais, depuis 2021, il en a connu quatre : au 1er octobre 2021, au 1er janvier 2022, au 1er mai et encore au 1er août, soit en tout + 7,76 % sur un an, ce qui représente 98,45 euros net de plus par mois. Le smic s’élève aujourd’hui à 11,07 euros brut de l’heure, soit 1 678,95 euros brut mensuel.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Avec l’inflation, ceux qui sont juste au-dessus se retrouvent rattrapés, voire dépassés, par le smic, générant un sentiment de déclassement »

Or, 7,76 %, c’est encore plus que l’inflation sur un an. Car le salaire minimum interprofessionnel de croissance n’est pas uniquement indexé sur l’indice des prix à la consommation mais également partiellement sur les hausses du salaire horaire moyen des ouvriers et des employés. De plus, son niveau sert de base à toute l’architecture des bas salaires en France.

Un choix fait pour éviter que le salaire minimum ne décroche comme cela fut le cas pour son ancêtre, le smig (salaire minimum interprofessionnel garanti), entre 1951 et 1967. Il avait alors progressé beaucoup moins vite que le salaire moyen des Français poussé par la croissance et les gains de productivité. Depuis 1982, le niveau du smic s’est stabilisé entre 58 % et 63 % du salaire médian. Au-delà de cette augmentation automatique, il n’y a eu qu’un seul « coup de pouce » supplémentaire depuis 2007, après l’élection de François Hollande. Depuis, on se contente strictement de la revalorisation légale. Plus favorable en temps d’inflation.

Pour 2022, les derniers chiffres disponibles auprès de la direction de l’animation de la recherche, des études et statistiques du ministère du travail indiquent que le salaire horaire de base des ouvriers et des employés avait augmenté, fin juin, de 3,5 % sur un an, et le salaire mensuel de base de l’ensemble des salariés de 3,1 %. « Comme le smic est indexé sur les prix, et pas le reste des salaires, et qu’ils n’augmentent pour le moment pas au même rythme, on assiste à un rétrécissement de l’écart entre le smic et le reste des salaires, souligne Jérôme Gautié, professeur d’économie à Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Cela crée un phénomène d’aplatissement des salaires en bas de la hiérarchie, dans le privé, comme dans le public. »

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Cumuler salaire et chômage, la piste du ministre du travail pour favoriser l’emploi des seniors

Le ministre du travail, Olivier Dussopt, à l’Assemblée nationale, le 5 octobre 2022.

Pour favoriser le retour à l’emploi des seniors, le ministre du travail, Olivier Dussopt, suggère, dans une interview au Journal du dimanche, de permettre aux chômeurs âgés qui retrouvent un emploi moins bien payé de continuer à toucher une partie de leur indemnité.

En 2021, seuls 35,5 % des 60-64 ans occupaient un poste, selon le Conseil d’orientation des retraites, soit l’un des plus faibles taux d’Europe. Ce faible taux d’emploi des seniors est souvent brandi comme un argument contre la réforme des retraites du gouvernement, qui envisage de relever l’âge de départ à 64 puis 65 ans d’ici 2031 pour assurer l’équilibre financier du régime.

« Pas la culture de l’emploi des seniors »

Pour Olivier Dussopt, les mauvais résultats de la France s’expliquent en partie parce que « notre système économique n’a pas la culture de l’emploi des seniors ». Il déplore aussi « des dispositifs qui peuvent être perçus comme des encouragements, pour les employeurs, à se séparer des seniors », comme « la durée maximale d’indemnisation chômage, qui, à partir de 55 ans, passe de vingt-quatre à trente-six mois ».

Pour favoriser le retour à l’emploi, « une des pistes pourrait être de permettre à un senior qui accepte un emploi moins bien payé de conserver une partie de son indemnité chômage afin de compenser le manque à gagner. Nous pourrons y travailler », propose Olivier Dussopt, qui souhaite « également favoriser la retraite progressive et le cumul emploi-retraite » ou « la création d’un index professionnel de l’emploi des seniors, sur le modèle de celui pour l’égalité femmes-hommes. »

« Refuser un CDI est une liberté »

Le ministre du travail pilote la réforme des retraites et celle de l’assurance-chômage. Concernant cette dernière, qui a été votée à l’Assemblée nationale et doit arriver au Sénat, plusieurs députés ont déposé des amendements pour bloquer l’accès aux indemnités chômage aux salariés en contrat à durée déterminée (CDD) qui refuseraient une offre de contrat à durée indéterminée (CDI).

Le ministre s’y oppose, considérant que « refuser un CDI est une liberté », et que ce serait techniquement difficile à contrôler. En revanche, M. Dussopt affirme que « selon le code du travail, l’employeur n’est pas tenu de payer » la prime de précarité de fin de CDD en cas de refus de CDI, et qu’il compte voir, avant l’examen au Sénat, « s’il est possible de mieux formuler cette disposition afin d’éviter de pénaliser l’employeur sans forcément modifier les droits à l’indemnité ».

Le Monde avec AFP

« Les entreprises réduisent plus leurs émissions de CO₂ lorsque leurs dirigeants ont été exposés à des températures trop élevées »

L’action des entreprises est aujourd’hui un élément-clé dans la lutte contre le réchauffement climatique. De nombreuses études se sont intéressées aux facteurs qui pourraient les pousser à agir. Elles ont mis en évidence le rôle joué par l’activisme actionnarial, les taxes carbone, la présence d’investisseurs responsables, la crainte de réglementations futures, ou les coûts réputationnels liés à l’inaction climatique.

Lire l’entretien : Article réservé à nos abonnés Energie : pour Teresa Ribera, « l’Europe doit prendre des mesures extraordinaires »

Le rôle joué par l’expérience personnelle du changement climatique que peut faire un dirigeant est en revanche rarement mis en évidence. Pourtant, si la prise de conscience de la réalité du changement climatique se fait généralement de manière abstraite, à travers l’éducation ou des preuves scientifiques comme la lecture des rapports du GIEC, elle se fait aussi de manière concrète, par confrontation aux manifestations du changement climatique.

Une prise de conscience individuelle

Et il s’avère en effet que les entreprises réduisent substantiellement leurs émissions de CO₂ lorsque leurs dirigeants ont été exposés à des températures trop élevées (CEO Exposure to Abnormally Hot Temperature and Corporate Carbon Emissions, Alexandre Garel et Arthur Petit-Romec, Economics Letters n° 210, janvier 2022). Cela suggère que ces dirigeants ont révisé leur perception de la réalité du changement climatique, puis œuvré à réduire les émissions de leurs entreprises, soit pour atténuer leur contribution au changement climatique, soit, plus égoïstement, pour réduire l’exposition de leurs entreprises aux risques de réputation et de régulation liés à une réduction insuffisante des émissions.

Six cent quarante-sept entreprises américaines cotées en Bourse ont été étudiées sur la période 2002-2018. On considère qu’un dirigeant a été exposé à une température anormalement élevée si la température dans la ville où il réside au cours des douze derniers mois est supérieure d’au moins deux degrés Fahrenheit par rapport à la température moyenne observée pour le même mois de l’année et la température annuelle moyenne au cours des dix dernières années.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « Le double défi d’une décarbonation compétitive de l’industrie française »

Les émissions de carbone sont mises à l’échelle en fonction de la taille de l’entreprise, afin de tenir compte du fait que les grandes entreprises ont tendance à avoir des niveaux d’émission plus élevés.

Le constat est le suivant : les entreprises dont les dirigeants ont été exposés à des températures anormalement élevées réduisent en moyenne leurs émissions de CO2 (directes et indirectes) de vingt-sept tonnes de plus, par million de dollars d’actifs, que les entreprises dont les dirigeants n’ont pas subi de températures anormales. Cela correspond à une diminution moyenne des émissions de 378 000 tonnes.

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Coup de frein au recrutement de nouveaux agriculteurs bio

Une éleveuse laitière bio et son fils rentrent les vaches pour la traite du soir. En Loire-Atlantique, le 21 janvier 2022.

Les agriculteurs français sont moins nombreux à se précipiter au portillon de l’agriculture biologique. Même si le nombre des adeptes d’une production agricole respectueuse de l’environnement, prêts à abandonner engrais et pesticides de synthèse, continue de croître, le rythme des conversions ralentit. Un constat fait par l’Agence Bio, qui estime à 4 070 le nombre de nouvelles fermes du secteur recensées entre janvier et fin août, soit une progression de 7 %. Un an plus tôt, ce chiffre atteignait 5 411 sur la même période, affichant alors une croissance des effectifs de 12 %. C’est la première fois que l’agriculture bio connaît un tel ralentissement.

Si les vocations se font moins nombreuses, sur le terrain certains jettent aussi l’éponge, que l’agriculteur bio parte à la retraite sans successeur ou qu’il se « déconvertisse », c’est-à-dire qu’il reparte vers une agriculture conventionnelle. Le phénomène n’est pas nouveau en soi, mais la tendance se renforce. « Nous avons comptabilisé 2 173 arrêts fin août, ce qui représente 3,7 % de la population du bio au 1er janvier 2022. Il y a un an, le nombre d’arrêts était de 1 533, ce qui correspondait à un pourcentage de 2,9 % », déclare au Monde Laure Verdeau, directrice de l’Agence Bio, avant d’ajouter : « Nous estimons qu’à la fin 2022 nous aurons dépassé les 5 % d’arrêts. »

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Globalement, le solde correspond, à date, à un recrutement net de 1 897 exploitations désireuses de rejoindre la grande famille du bio. Un chiffre deux fois moindre comparé à celui de 2021. « Nous constatons une forte baisse des demandes d’information pour les conversions vers l’agriculture biologique. Même si le solde reste positif, la dynamique marque nettement le pas », analyse Philippe Camburet, président de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB).

Refroidissement du marché

Ce coup de frein est à mettre en regard avec le refroidissement du marché du bio. Dans les magasins, l’appétit des Français pour les produits estampillés du logo vert et blanc se fait moins vorace. Après des années de croissance à deux chiffres, leur consommation a connu un soudain coup d’arrêt en 2021. Selon l’Agence bio, ils ont déboursé 12,65 milliards d’euros en 2021 pour s’acheter des aliments de ce type dans les magasins. Un montant en retrait de 1,4 % sur un an.

La décélération est plus brutale dans les grandes surfaces, où le phénomène s’accentue en 2022. Ainsi, après une baisse en valeur sur un an de 3,6 %, constatée fin 2021 par la société d’analyses IRI qui scrute les achats des Français en sortie de caisse, un nouveau repli de 5,6 % est noté sur les huit premiers mois de 2022. En volume, le retrait atteint 7,6 %. Même dans les enseignes des spécialistes comme Biocoop ou Naturalia, les consommateurs ont déboursé 4,8 % de moins depuis le début de l’année.

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