Fédération française de football : Florence Hardouin saisit les prud’hommes

Florence Hardouin contre-attaque. Selon les informations du Monde, l’ex-directrice générale de la Fédération française de football (FFF) a saisi, mardi 28 mars, la section encadrement du conseil des prud’hommes de Paris pour obtenir la nullité de son licenciement, ainsi que des dommages et intérêts pour réparer le préjudice qu’elle estime avoir subi dans le cadre de l’exécution et de la rupture de son contrat de travail et la possible violation de l’obligation de sécurité de l’employeur à son égard.

Le comité exécutif de la FFF est toujours réticent à l’idée d’entamer des négociations avec Mme Hardouin, 56 ans, qui avait été mise à pied à titre conservatoire le 11 janvier, au lendemain de son audition par l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), chargée par la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, en septembre 2022, de réaliser un audit à la « 3F ».

La FFF a finalement renoncé à licencier sa directrice générale pour « faute grave ». Selon l’instance, c’est le contenu du rapport d’audit, remis le 15 février, qui justifie la fin de sa longue collaboration avec l’intéressée.

La fédération considère que le départ de Mme Hardouin, en poste depuis 2013, s’imposait compte tenu de sa relation dégradée et source de dysfonctionnements avec le président Noël Le Graët – démissionnaire le 28 février – et de la remise en cause de sa légitimité par plusieurs directeurs ou collaborateurs depuis 2018. L’IGESR avait toutefois estimé que le management de la directrice n’était pas « harcelant ».

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Des faits présumés de « harcèlement moral et sexuel »

La FFF s’appuie aussi sur les conclusions du rapport d’audit, qui a épinglé les « défaillances » et l’inefficacité de la « politique de lutte contre les violences sexistes et sexuelles » menée par l’instance. Selon nos informations, Mme Hardouin va être entendue prochainement par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne, chargée de l’enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris, le 16 janvier, pour « harcèlement sexuel et moral » contre M. Le Graët, après un signalement émis par l’IGESR en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale.

Sur le front pénal, les investigations avancent, notamment sur la base de l’épaisse documentation fournie par l’Inspection générale, et de nombreuses auditions sont prévues au printemps. Les enquêteurs disposent entre autres de l’audition de Mme Hardouin à l’IGESR, le 10 janvier, ainsi qu’une note remise par l’ex-directrice générale à l’IGESR, ainsi qu’au directeur des ressources humaines de la FFF. Dans cette note, elle aurait dénoncé des faits présumés de « harcèlement moral et sexuel » qu’elle dit avoir subi de M. Le Graët durant plusieurs années.

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L’usine Buitoni de Caudry, mise en cause dans l’affaire des pizzas contaminées, fermée par Nestlé

Un salarié de l’usine Buitoni de Caudry (Nord), le 30 mars.

Il y a environ un an, le 18 mars 2022, l’usine Buitoni de Nestlé à Caudry, dans le Nord, cessait son activité. Le jour même, un communiqué était diffusé par l’entreprise pour annoncer le retrait des pizzas surgelées à pâte crue vendues sous la marque Fraîch’Up, fabriquées sur ce site, après la détection de bactéries Escherichia coli (E. coli). La présence de cette bactérie dans la pâte d’un lot de pizzas est suspectée d’avoir causé la mort de deux enfants et intoxiqué une cinquantaine d’autres. Quelques jours plus tard, le 1er avril, le préfet du Nord annonçait la fermeture officielle de l’usine de Caudry. Et, en mai 2022, une information judiciaire a été ouverte, à Paris, pour homicide et blessures involontaires.

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Nestlé, le géant de l’agroalimentaire, a décidé de se séparer de cette usine près d’un an après que ce scandale sanitaire a éclaté. Lors d’une réunion avec les représentants du personnel organisée à Caudry, jeudi 30 mars, la direction a annoncé la cessation d’activité de l’usine. Elle dit proposer des solutions de reclassement dans le groupe et s’engager à ne pas licencier avant fin 2023.

Déjà, elle avait pris tout le monde de court, en dévoilant, le 2 mars, son projet de suspension temporaire de la production sur le site. Une douche froide pour les salariés, qui se sont depuis mobilisés sans relâche pour défendre leur usine avec le soutien de la population, des élus locaux mais aussi du ministre délégué chargé de l’industrie, Roland Lescure.

Le couperet est tombé

« Nestlé doit assumer », était-il inscrit sur une banderole accrochée près de la mairie lors du déplacement de M. Lescure à Caudry, le 13 mars. Après avoir rencontré la direction de Nestlé France, le ministre, se disant « insatisfait par la réponse apportée », lui avait donné quinze jours pour trouver une solution. « Les salariés ne doivent en aucun cas être les victimes collatérales d’un drame dont ils ne sont pas responsables », avait-il déclaré sur place avant d’ajouter : « Je souhaite qu’on produise à Caudry. Des pizzas ou autre chose. » Continuer à confectionner des pizzas surgelées sous la marque Buitoni ou sous une autre marque, fabriquer un produit alternatif choisi dans le portefeuille de Nestlé ou céder le site à un autre industriel, toutes les options étaient sur la table. Mais le couperet est tombé.

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Le coup est d’autant plus rude pour les employés nordistes que l’usine avait rouvert partiellement mi-décembre 2022 après neuf mois d’arrêt. Toutefois, seule la ligne de pizzas à pâte cuite, non concernée par le scandale sanitaire, avait été autorisée à redémarrer. Un feu vert donné après un investissement de plus de 2 millions d’euros pour remettre l’outil en parfait état de marche. En raison de cette reprise partielle, un plan de 41 départs avait été négocié avec les syndicats, et 10 salariés avaient accepté d’être mutés sur un autre site de Nestlé. « L’effectif de l’usine de Caudry est aujourd’hui de 120 salariés », précise Stéphane Derammelaere, délégué Force ouvrière. La production, elle, était attendue à 3 500 tonnes en 2023, contre 8 000 tonnes avant la crise.

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« Merci mais non merci » : un livre pour mettre en avant des femmes qui réinventent la réussite sociale

Christelle était directrice du marketing dans la grande distribution. Elle est aujourd’hui cofondatrice d’une start-up centrée sur l’alimentation « locale et responsable ». Aude occupait quant à elle les fonctions de directrice des affaires publiques et réglementaires d’un groupe industriel et est devenue paysagiste. Isabelle, ancienne directrice du développement d’un groupe audiovisuel, a pour sa part fondé sa propre société de production.

Pour réaliser son ouvrage Merci mais non merci (Payot & Rivages) et comprendre comment des femmes, aujourd’hui, redessinent leur carrière, Céline Alix est partie à la rencontre de professionnelles aux destins parallèles. Toutes ont connu un parcours en trois temps : « l’intégration » réussie au monde de l’entreprise et l’obtention de postes à responsabilités, « le désengagement », puis, enfin, la « réinvention ». Un triptyque que l’autrice connaît bien. Après avoir vécu le quotidien « grisant » de l’avocate d’affaires, elle a renoncé « au salaire et aux bonus très élevés, aux dossiers excitants » pour se mettre à son compte et lancer en 2013 un réseau de traductrices juridiques qui rassemble aujourd’hui huit avocates.

Mme Alix mène plusieurs réflexions simultanées dans son ouvrage. Elle explore tout d’abord les ressorts de l’ambition féminine. Qu’est-ce qui a poussé ces professionnelles à gravir les échelons dans les années 1990 et 2000, et à se faire une place dans ces hautes sphères qui ne leur étaient pas acquises ?

Le modèle de réussite du père

A ses yeux, la volonté d’intégrer un système « auquel leurs mères et leurs grands-mères rêvaient d’accéder » a joué un rôle-clé. Pour ce faire, les femmes ont suivi le seul modèle de réussite dont elles disposaient, celui du père. Une gageure pour elles, qui souhaitaient tout à la fois concilier réussite professionnelle et maternelle. Elles « ressentaient la pression d’être parfaites en tout ».

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La désillusion s’est progressivement fait jour, face à ce qui est apparu au fil des ans comme « une comédie absurde », un monde du travail à ses yeux « codé au masculin ». Les palabres, les intrigues du pouvoir et le manque d’efficacité ont eu raison de leur soif de réussite. De quoi amener l’autrice à s’interroger sur ce qui définit la réussite, elle qui a d’abord vécu le fait de « raccrocher la robe » comme un échec, un gâchis. Un autre modèle est-il possible, loin de ces carrières traditionnelles qui ciblent le sommet de la pyramide ?

C’est précisément la thèse de son ouvrage. La capacité des femmes à emprunter aujourd’hui des chemins de traverse professionnels pourrait même constituer à ses yeux une nouvelle étape dans l’histoire du féminisme. Il n’est plus seulement question d’égalité professionnelle, mais d’« affranchissement » et d’« épanouissement ». Sous le statut d’indépendantes, elles disent reprendre la main sur leur emploi du temps, gagner en flexibilité, mieux parvenir à concilier leurs différentes vies (professionnelle, amicale…).

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Pimkie va fermer 64 magasins et supprimer 257 postes d’ici à 2027

L’enseigne de prêt-à-porter féminin Pimkie a annoncé, mercredi 29 mars, son intention de fermer 64 magasins d’ici à 2027, conduisant à la suppression progressive de 257 postes, dans le cadre d’un plan de transformation de son propriétaire, Pimkinvest.

Ce « plan d’économie » s’explique par « une baisse de la fréquentation et des ventes », explique dans un communiqué la marque, rachetée à l’Association familiale Mulliez (AFM) en février par Pimkinvest, consortium mené par les groupes Lee Cooper France, Amoniss (Kindy) et Ibisler Tekstil.

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Des délégués syndicaux de Pimkie avaient alerté au début de février sur l’imminence d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), craignant alors la disparition d’environ 500 postes.

« Les leviers pour réduire le nombre de fermetures seront étudiés avec attention, à chaque fois que cela sera possible, notamment aux côtés des partenaires bailleurs de Pimkie », est-il précisé dans le communiqué. Ce plan vise à « inscrire Pimkie dans un projet de long terme, en s’appuyant sur une structure saine », affirme la direction de la marque.

Pimkie liste plusieurs chantiers dont une « modernisation de l’offre et de l’image », une « transformation digitale » ou « l’amélioration de la performance commerciale ». L’entreprise entend « tout mettre en œuvre pour proposer des solutions favorisant le repositionnement des salariés » via un « reclassement interne » et « un accompagnement personnalisé », a-t-elle assuré.

Citée dans le communiqué, la directrice générale de Pimkie, Sandrine Lilienfeld, espère « réaffirmer la place de Pimkie » dans « le top 3 des marques préférées des femmes de 18 à 25 ans ».

L’enseigne longtemps détenue par l’AFM, qui emploie 1 500 salariés et compte 232 magasins en propre et 81 en affiliation, avait annoncé en octobre être entrée en négociations exclusives en vue de son rachat. La vente a été finalisée le 22 février.

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Le Monde avec AFP

Le travail de nuit reconnu, pour la première fois, comme un facteur du cancer du sein

Dépistage du cancer du sein, à l’Institut Paoli-Calmette, à Marseille (Bouches-du-Rhône), en octobre 2017.

Ancienne infirmière à l’hôpital de Sarreguemines (Moselle), aujourd’hui retraitée, Martine sait à l’unité près combien de nuits elle a passé au travail : 873, au cours de vingt-huit années de gardes, en cardiologie et en gynécologie. Le reste du temps, la soignante travaillait le matin ou l’après-midi, alternant les trois, parfois dans la même semaine. En 2009, Martine, qui souhaite que son nom ne soit pas publié, se dit qu’elle va souffler : à 48 ans, elle obtient de travailler de jour et aspire à une vie normale.

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Espoirs douchés quand elle apprend peu après qu’elle souffre d’un cancer du sein. Quatorze ans plus tard, la sexagénaire a obtenu que cette pathologie soit reconnue comme une maladie professionnelle liée à ses années de travail de nuit. Une décision inédite, qui ouvre droit à une indemnisation et marque une victoire plus que symbolique : la CFDT des mineurs de Lorraine se bat depuis plus de cinq ans pour alerter sur les facteurs professionnels du cancer du sein.

La nouvelle, rendue publique à la fin du mois de mars, émane du conseil médical, instance départementale chargée de statuer sur les demandes de reconnaissance de maladies professionnelles dans la fonction publique. Josiane Clavelin ne boude pas son plaisir. « Ça remet un peu de peps dans notre combat », commente cette aide-soignante en retraite, membre du syndicat. En binôme avec Brigitte Clément, elle aussi syndicaliste, elle a aidé Martine à constituer son dossier.

Tumeurs malignes

Les deux femmes animent des permanences dans le pavillon du syndicat à Freyming-Merlebach (Moselle). En octobre 2021, quand Le Monde l’y avait rencontrée, Martine était arrivée pleine d’une colère rentrée, convaincue que « ce n’était même pas la peine d’y aller », tant les chances de succès lui semblaient minces. Aucun médecin n’avait voulu signer de certificat attestant d’un lien possible entre son cancer et son travail de nuit. Ensemble, elles ont retrouvé les traces de ses gardes et construit un argumentaire pour démontrer le lien de causalité.

Josiane Clavelin est une lanceuse d’alerte. Dans les années 1990 et 2000, la retraitée exerce à l’hôpital de Freyming-Merlebach. Autour d’elle, des dizaines d’infirmières et d’aides-soignantes développent des tumeurs malignes au sein. La plupart ne présentent aucun facteur de risque connu dans leur vie personnelle : antécédents génétiques, sédentarité, alcool… Josiane Clavelin a très tôt l’intuition que le cancer du sein, multifactoriel, peut prospérer sur des causes professionnelles.

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Monoprix assigne trente-neuf de ses salariés pour faire interdire toute manifestation dans ses magasins

C’est une audience qui prend une teinte particulière à l’heure ou des organisations syndicales dénoncent les réquisitions de raffineurs grévistes comme des attaques au droit de grève.

Dans une petite salle du tribunal judiciaire de Paris, ce mardi 28 mars, trente-neuf salariés du Monoprix Picpus (12e arrondissement) étaient assignés en référé – une procédure d’urgence devant un juge unique – après avoir manifesté dans leur magasin les 8 et 19 décembre 2022.

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Cela, expliquent-ils, pour dénoncer le manque de personnel et ses conséquences, alors qu’un de leur collègue, seul pour faire le travail de trois au rayon boucherie, venait d’être convoqué pour un entretien préalable au licenciement. Sur leur smartphone, certains montrent des photos de palettes de viande fraîche abandonnées des heures dans des allées non réfrigérées.

Intervention d’huissiers

Après vingt-cinq ou quarante ans « de maison », ils n’en reviennent pas de se retrouver ainsi devant la justice. Mais lors de ces deux matinées de mobilisation, Monoprix a fait venir des huissiers – une pratique de plus en plus fréquente dans les conflits sociaux – pour constater que les agissements des salariés « excédaient les limites du droit de manifester au sein de l’entreprise ».

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« Des salariés se sont livrés à une occupation partielle et non autorisée, interpellant d’autres salariés, des clients, tapant sur des caisses automatiques, scandant “Direction démission !”, ce qui a désorganisé le fonctionnement et la bonne marche du magasin », détaille à l’audience MPhilippe Bouchez El Ghozi, pour Monoprix Exploitation.

Il lance une vidéo sur son ordinateur. Tournée le 19 décembre 2022 près des caisses, on y entend une ambiance revendicative bruyante et des « Libérez Mohammed ! », le collègue alors en entretien préalable à son licenciement dans un bureau. « Si ça ce n’est pas un trouble illicite à l’ordre public, alors l’Etat de droit est menacé », lance l’avocat sans ciller.

« Prévention de la réitération »

Mais l’enjeu de l’audience est tout autre rappelle-t-il. C’est « la question de la prévention de la réitération ». Car un témoin a été entendu dire : « D’autres actions sont prévues en janvier. »

Ainsi l’entreprise demande au juge d’ordonner à tout salarié, de la société ou d’une autre, « de ne pas renouveler leur participation » à un mouvement dans un magasin Monoprix Exploitation, à Paris ou ailleurs, sous peine d’être condamné à 1 000 euros par personne et par infraction, et ce pendant trois ans. Une somme, quand la plupart des paies avoisinent le smic (1 353 euros net). Monoprix demande en sus le paiement des 1 116 euros de frais d’huissier, à titre de provision sur dommages et intérêts.

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Les entreprises au défi des violences du public envers leurs salariés

Le changement est survenu courant 2022. Agathe, caissière dans un supermarché à Paris, a constaté davantage d’agacement de la part des clients. Des remises en cause de la somme à régler, des insultes qui volent. « Les gens sont moins respectueux, ils s’emportent. Une collègue a même été menacée physiquement. » Comme dans de nombreux magasins, l’incivilité a suivi ici la courbe haussière de l’inflation. « On observe une recrudescence de l’agressivité face à la hausse des prix, abonde Sylvain Macé, délégué groupe CFDT Carrefour. Les clients font le tour du magasin et ils se déchargent en caisse. C’est dur à vivre pour les salariés, qui travaillent en état de vigilance. »

Les phénomènes d’incivilité et d’agression sont bien connus des établissements accueillant du public. Mais, ces dernières années, de nouveaux paramètres renforcent le sentiment d’insatisfaction des clients ou des usagers, et leur potentielle incivilité. Des facteurs multiples, comme le sont les secteurs touchés par ces « violences externes » : enseignement, santé, administration, médico-social, action sociale, vente…

Il s’agit par exemple de la « mise au travail » croissante qu’ont pu connaître les clients, notamment « dans les supermarchés où on leur demande de scanner leurs achats », note Valérie Langevin, psychologue du travail à l’Institut national de recherche et de sécurité. Dans un mouvement parallèle, « la digitalisation a complexifié l’accès à certains services et créé une frustration », indique Sadrina Bertrand, ingénieure conseil à la Caisse d’assurance-retraite et de santé au travail (Carsat) Languedoc-Roussillon, qui travaille à la prévention des risques en entreprise.

Des plans d’action

Les Français ont désormais de multiples occasions de « se retrouver seuls, en ligne, face à des conseillers virtuels (chatbots) qui leur proposent des réponses stéréotypées. Et parfois, toute leur exaspération pourra ressortir s’ils sont mis en contact, par la suite, avec un vrai téléopérateur », poursuit Mme Langevin.

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La place de l’usager n’est pas la seule à avoir évolué. Les sollicitations de certains organismes se sont aussi renouvelées, comme autant d’irritants potentiels pour leurs clients. Dans le secteur bancaire, par exemple, « en vingt ans, le panel de propositions de vente s’est multiplié pour les conseillers qui ont des objectifs de vente, explique Marc Durand, secrétaire général FO des banques et sociétés financières du Nord. Cela peut tendre la relation. Le client qui souhaite avoir une information sur son compte s’agace qu’on lui propose une assurance ».

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Droit de grève : les risques de la dissuasion

Carnet de bureau. Si l’entrave à la liberté du travail (article 431-1 et 431-2 du code pénal) est condamnable, l’entrave au droit de grève l’est également. Quel que soit le climat social, voire la situation économique de l’entreprise, il est toujours malavisé pour un manageur ou un employeur de vouloir dissuader les salariés de faire grève.

La société Vencorex France vient de le découvrir à ses dépens : elle a été condamnée fin février par le tribunal judiciaire de Chambéry à indemniser la CGT de son site chimique du Pont-de-Claix (Isère) pour « atteinte à la liberté syndicale et au libre choix des salariés d’exercer leur droit de grève ».

La contestation sociale ne concernait pas encore la réforme des retraites. Le syndicat avait alors appelé les salariés à faire grève pour protester contre la Loi travail. Mais, l’usine du Pont-de-Claix ayant déjà perdu plusieurs jours de production à cause des mouvements sociaux, la direction de l’entreprise, estimant avoir perdu « plusieurs millions d’euros », a cru bon d’adresser une « lettre ouverte » au représentant de la CGT du site affirmant « être choqué[e] par l’appel à la grève », soulignant « les conséquences néfastes » pour l’entreprise, qualifiant la « situation » de « regrettable » et concluant ainsi : « Nous espérons qu’elle ne se reproduira plus. » Un exercice de pédagogie, selon la défense.

Une liberté fondamentale

Le document a aussi été diffusé sur l’intranet de l’entreprise. Le propos de la direction s’adressait alors à l’ensemble des salariés, discréditant au passage l’action syndicale : « Au final, cette grève du samedi 2 avril [2022] n’a eu aucun effet sur la cause qu’elle prétendait défendre », précisait la lettre ouverte signée par le comité de direction.

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L’entrave à la liberté syndicale a vite été démontrée. Le tribunal a rappelé qu’« il n’appartient pas à une société ou à ses représentants de donner une opinion subjective sur l’utilité d’une organisation syndicale représentative au sein de l’entreprise qui tire sa légitimité d’une liberté fondamentale », que cette organisation est « en droit de déposer un préavis de grève pour contester une loi qu’elle considère comme contraire aux intérêts des salariés qu’elle défend », même en cas d’« impact sur le fonctionnement de l’entreprise ».

Quant à l’exercice du droit de grève, c’est une liberté fondamentale défendue par la Constitution. Chaque salarié doit pouvoir y recourir sans subir de pression individuelle ou professionnelle. Or la lettre de la direction mettant en parallèle « la grève » et les pertes de production, de ventes, de clients et l’énergie nécessaire à préparer un avenir commun était de nature à dissuader les salariés.

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Quatre anciens salariés grévistes de RTE condamnés à des amendes par la justice, la procédure d’exception mise en œuvre pendant l’enquête désavouée

Manifestation de soutien aux anciens salariés de RTE à l’appel de la CGT, devant le tribunal correctionnel de Paris, le 28 février 2023.

En octobre 2022, quatre anciens salariés de RTE, entreprise gestionnaire du réseau public de transport d’électricité, étaient interpellés, menottés, et placés soixante-seize heures en garde à vue à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), pour « sabotage informatique ». Un crime réprimé par l’article 411-9 du code pénal évoquant « l’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation » et passibles de quinze ans de prison. A tort, a jugé le tribunal correctionnel de Paris, mardi 28 mars.

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Pour avoir programmé à trois reprises, en juin et juillet 2022, des « pertes de téléconduite », soit une coupure du système informatique qui permet de piloter à distance des postes électriques haute tension dans le cadre d’une mobilisation pour des augmentations de salaire, les quatre hommes n’ont été reconnus coupables que du simple délit « d’entrave au fonctionnement d’un système de traitement informatisé de données » et condamnés à des peines d’amendes. Assez lourdes au demeurant, de 5 000 à 10 000 euros.

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Mais le jugement est un désaveu cinglant pour la procédure spectaculaire utilisée contre ces agents, laquelle avait sidéré le monde syndical à l’automne. Le tribunal a en effet estimé qu’il n’y avait pas d’éléments « suffisants (…) pour mettre en œuvre cet article dérogatoire au droit commun » qu’est le 411-9, une procédure d’exception, dans ses moyens d’enquête et ses mesures de contraintes.

Aucune raison d’interpeller ces hommes pour sabotage

Et cela, parce que dès son premier contact avec la DGSI, le 29 juillet 2022, le responsable de la sûreté de RTE évoquait l’hypothèse d’actions dans le cadre d’un mouvement social, et que cette hypothèse a été confirmée par des actes d’enquête dès le mois d’août. Il n’y avait donc aucune raison d’interpeller ces hommes pour sabotage en octobre. Ce n’est qu’à l’issue de leurs soixante-seize heures de garde à vue que les faits avaient été requalifiés en délit, le sabotage informatique abandonné.

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Le tribunal a annulé tous les actes qui ont découlé du recours abusif à ce chef d’accusation, en particulier la prolongation exceptionnelle de la garde à vue et des écoutes téléphoniques. Le tribunal a également estimé « que le risque réel qu’ont fait courir ces actions au transport électrique justifiait une peine moins lourde que les réquisitions ». D’autant, a rappelé le tribunal, que les quatre hommes ont déjà été licenciés par leur employeur.

A l’issue de neuf heures d’une audience aussi technique que politique pour déterminer la gravité des faits, le 28 février, la procureure avait requis contre eux six à huit mois de prison avec sursis et 7 000 euros d’amende pour chacun.

Trois générations de garagistes racontent un métier en mutation : « Les voitures vont évoluer, et je vois ça depuis soixante ans, donc je ne m’affole pas »

Depuis la « tour de contrôle » du garage Gaud Car System de Douvaine (Haute-Savoie), Christophe Gaud, lunettes calées sur le nez, s’active pour valider la pile des factures qui se sont accumulées ces derniers jours. La neige est tombée subitement deux jours plus tôt : les dépanneuses ont été appelées une quinzaine de fois en vingt-quatre heures pour remorquer des voitures accidentées. Ce 15 décembre 2022, la température a sérieusement baissé et un courant d’air frais se fait ressentir à l’intérieur du bâtiment.

Vue sur le garage Gaud. De gauche à droite : Paul, Jean-Yves, Edouard et Christophe Gaud. A Douvaine (Haute-Savoie), le 15 décembre 2022.

Vêtu d’une doudoune noire, Jean-Yves, le frère de Christophe, traverse le hall d’exposition d’un pas décidé en direction de l’atelier. Dans ce centre de réparation, où les blagues fusent et l’énergie déborde, trois générations cohabitent. Un bonnet noir vissé sur le crâne, Paul, le fils de Jean-Yves, s’apprête à lui faire un point sur un véhicule déposé la veille. Au passage, Edouard, le patriarche, l’intercepte pour lui parler de leur contrat de gaz renégocié le jour précédent. Fondateur de l’entreprise, il a été rejoint par ses deux fils au milieu des années 1980 et par l’un de ses petits-fils en 2019. Chacun à sa manière, ils racontent leur attachement à un métier qui a connu de sérieuses mutations depuis cinquante ans.

La prochaine : la fin annoncée en 2035 de la vente des véhicules à moteurs thermiques neufs dans l’Union européenne qui n’utiliseraient pas de carburants neutres en termes d’émissions de CO2. Personne, dans la famille Gaud, ne s’en inquiète. « On a toujours su s’adapter et rebondir, aime rappeler Edouard. Qu’elle soit hybride, électrique, une voiture, c’est toujours une voiture, il faudra toujours la réparer. Ça n’a pas changé et ça ne changera jamais. » Même si, concède-t-il, « le volume de réparation risque de changer, puisqu’il n’y a plus beaucoup de mécanique dans une voiture électrique ».

Un projet « un peu fou »

A 76 ans, Edouard est convaincu que d’autres solutions vont être développées, comme des moteurs thermiques fonctionnant à l’hydrogène, qui nécessiteront davantage l’intervention d’un garagiste que les modèles électriques. Convaincu, aussi, que les constructeurs trouveront des solutions pour faciliter le recours à ce gaz hautement inflammable et difficile à stocker. « Les voitures vont évoluer, et je vois ça depuis soixante ans, donc je ne m’affole pas. »

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Sa femme, Suzanne, ne s’est pas affolée non plus en 1971, lorsque, marié depuis peu, Edouard a eu le projet « un peu fou » d’acheter à crédit la grange d’un voisin à Douvaine pour la transformer en atelier de réparation. « J’ai commencé avec rien, je travaillais quinze heures par jour, mais c’était une aventure extraordinaire », se souvient le garagiste. Tous deux originaires de cette petite ville de 6 600 habitants, située à quelques kilomètres de la frontière suisse, ils développent ensemble cette entreprise, où s’entremêlent naturellement vie professionnelle et vie familiale.

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