A Blois, les convoyeurs de fonds en grève pour un dégel des salaires

La caisse centrale de Blois, austère bunker blanc derrière la gare SNCF, fait travailler une soixantaine de salariés, chacun s’appelant par un surnom et utilisant un jargon très singulier : « sécurisation de la phase trottoir », « mallette Axytrans », entend-on sur le parking où reviennent au compte-gouttes quelques véhicules, blindés ou non. Ces routiers armés collectent ou livrent les devises des banques, restaurants McDonald’s, supermarchés et certains bars-tabacs entre Chartres et Yzeures-sur-Creuse (Indre-et-Loire). Ils se partagent le marché avec le groupe américain Brink’s. Le site de Blois est l’un des 64 que compte la société suédoise Loomis.

Eric Grelet, 54 ans, adepte de krav-maga et moniteur de tir en club, est convoyeur depuis vingt-trois ans. Ce colosse gagne autour de 2 000 euros net par mois, avec 400 euros de prime de sécurité, d’habillement et de repas inclus. Face aux hausses de l’essence, des produits alimentaires et du gaz, l’intersyndicale (FO, CGT, CFDT, UNSA, CFTC) a lancé un appel à une augmentation des salaires. Ils demandent une hausse de 95 euros brut (+ 5 %). La direction leur a accordé 25 euros, soit, dans le détail, une hausse de 0,6 % en avril, puis de 0,4 % en septembre et de 1 % en janvier 2023. « Ce n’est pas dans notre culture de faire grève, mais on déplace des fonds très importants et on se bat pour une augmentation dérisoire pour au moins amortir l’inflation », explique ce délégué syndical FO, dont le salaire n’a plus varié depuis trois ans. « Pendant le Covid-19, on a toujours travaillé mais on n’a jamais été récompensés… Il n’y a jamais eu de prime Macron, par exemple. »

Débrayages serrés

Eric travaille en trinôme dans des camions blindés ou en binôme, lorsqu’on lui confie des valises intelligentes où stocker les billets. « Lesquelles implosent si vous dépassez le temps imparti entre le véhicule et le sas de livraison, ou si vous vous éloignez un peu trop de l’itinéraire. On a connu deux braquages à Blois… c’est un métier dangereux et qui restera dangereux. On est bien d’accord que tous les jours, on risque notre vie », explique cet employé au regard porté sur chaque passant qui approche.

D’une grève totale, le mouvement social, suivi à plus de 80 %, a évolué à Blois en débrayages serrés. « On démarre à 8 heures et on arrête à midi. Comme on rayonne dans la région et qu’un blindé ne roule qu’à 90 km/h, cela veut dire qu’une tournée à Chartres ou à Chinon [Indre-et-Loire], qui, normalement, compte entre vingt et trente arrêts, n’en compte désormais que deux, puisqu’il faut déjà 1 h 45 pour y aller ! Je peux vous dire que beaucoup de magasins et de distributeurs ne sont plus approvisionnés. »

Covid-19 : soulagement des professionnels de la culture après les annonces de Jean Castex

Lors d’un concert à l’AccorHotels Arena, à Paris, en mai 2021.

Les professionnels l’attendaient avec impatience. Jeudi 20 janvier, le premier ministre, Jean Castex, a annoncé un allègement « gradué et progressif » des restrictions sanitaires qui frappent le secteur culturel depuis le début de l’année. Concrètement, les spectacles se déroulant avec un public assis pourront avoir lieu sans jauge à partir du 2 février. Depuis le 3 janvier, la capacité maximale des salles avait été fixée à 2 000 spectateurs en intérieur et à 5 000 en extérieur, ce qui avait entraîné l’annulation de nombreuses manifestations.

Pour les concerts debout, qui étaient purement et simplement interdits depuis le 3 janvier, à l’intérieur comme à l’extérieur, les professionnels devront attendre le 16 février avant de pouvoir reprendre leur activité. Un délai supplémentaire jugé nécessaire par le premier ministre pour « absorber les effets du pic épidémique » et s’assurer d’un réel reflux de la cinquième vague de contamination, alors que plus de 425 000 cas positifs au Covid-19 ont été encore enregistrés jeudi.

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Cette reprise d’une activité normale se fait à une condition : les spectateurs âgés de 16 ans et plus devront, dès le 24 janvier, présenter un passe vaccinal, c’est-à-dire un schéma vaccinal complet, pour pouvoir entrer dans une salle de spectacle, un cinéma ou un musée. Seuls ceux âgés de 12 à 15 ans pourront encore présenter un passe sanitaire et être admis dans un lieu culturel avec un simple test négatif. Les enfants de moins de 12 ans ne sont pas concernés par ces restrictions. Le port du masque, en revanche, reste obligatoire pour tout le monde.

« On sort enfin du flou artistique »

Sans surprise, ces annonces ont été plutôt bien accueillies par les professionnels. « On sort enfin du flou artistique. Depuis la fin décembre [2021], on réclamait un calendrier pour pouvoir travailler avec les producteurs et programmer des concerts. Dès demain, le public va pouvoir recommencer à acheter des places sereinement », se réjouit Daniel Colling, le président des Zénith de Paris, Nantes et Toulouse, qui avait suspendu tous les spectacles et concerts prévus dans ses salles en janvier.

« C’est bien, on avait besoin de visibilité, on l’a demandé et on l’a eue, abonde Angelo Gopee, directeur général de la filiale française de Live Nation, le plus gros organisateur de concerts au monde. Mais il faut être réaliste, le public va avoir du mal à s’y remettre. Quand on a rouvert l’an dernier, beaucoup de salles ont continué à souffrir à cause de la lassitude des gens. On va devoir encore recaler des dates la semaine prochaine. Notre activité ne devrait reprendre normalement que fin mars. »

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Un million d’entreprises créées en 2021 en France, signe d’attractivité ou de précarité ?

« Un record tout simplement historique. » Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, s’est félicité, lundi 17 janvier, du nombre d’entreprises créées en 2021 en France – un million –, qu’il considère comme le signe d’un regain d’attractivité du pays.

Avec 995 868 entreprises créées en 2021, « cela représente une augmentation de 17,4 % par rapport à 2020, elle-même une année record avec près de 850 000 entreprises créées », détaille un communiqué du gouvernement.

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Deux tiers de microentrepreneurs

Les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), sur lesquelles s’appuie M. Le Maire, apportent cependant une nuance de taille : parmi ces créations d’entreprises, près de deux tiers étaient des microentreprises. Si on les exclut, le nombre d’entreprises créées en 2021 n’est plus que de 354 325.

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La différence est importante. Le régime de l’autoentrepreneur créé en 2009 – devenu microentrepreneur depuis 2014 – est bien souvent plus fragile que celui des entrepreneurs classiques.

Selon une étude publiée par l’Insee en juillet 2021, les microentrepreneurs retiraient en 2019 en moyenne 590 euros par mois de leur activité non salariée, soit 6,5 fois moins que les non-salariés classiques (essentiellement des entrepreneurs individuels ou des gérants majoritaires de sociétés à responsabilité limitée). L’étude précise ainsi :

« Leur faible revenu est lié à la nature de ce régime, qui impose des plafonds sur les chiffres d’affaires pour en bénéficier. Un sur quatre gagne moins de 100 euros par mois, la moitié moins de 330 euros et un sur dix plus de 1 510 euros. »

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Indépendance et précarité

Gage d’indépendance, le statut de microentrepreneur s’est imposé ces dernières années pour les personnes qui souhaitent lancer leur activité. Ce régime simplifié offre une exonération de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à condition de ne pas dépasser certains seuils et une exonération partielle de charges sociales pendant la première année d’activité.

A la fin de 2019, la part des microentrepreneurs augmentait dans presque tous les secteurs, selon l’Insee :

« Elle atteint 75 % dans le commerce de détail hors magasin (sur les marchés ou à distance) et jusqu’à 98 % dans les activités de livraison à domicile et de coursiers urbains. »

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Si cette promesse d’affranchissement du salariat est séduisante, elle est aussi synonyme d’instabilité et de petits boulots. Parmi les microentrepreneurs, 29 % cumulaient leur activité avec un travail salarié à la fin de 2019. L’arrivée de la crise sanitaire, en 2020, a aggravé les choses. Un sondage publié au début de 2021 par l’Union des autoentrepreneurs montrait que, si plus de 83 % des personnes interrogées sur un échantillon de 3 320 répondants avaient repris une activité à l’issue du deuxième confinement, ils n’étaient que 10 % à avoir récupéré au moins 60 % de leur chiffre d’affaires de l’année précédente.

L’autoentrepreunariat peut aussi être subi, et s’apparenter à du salariat déguisé sous la coupe d’une entreprise ayant recours à des microentrepreneurs pour ne pas avoir à les employer. Sanctionnée par la loi, la dissimulation d’emploi salarié est caractérisée, selon l’Urssaf, lorsque « les personnes employées fournissent un travail à un donneur d’ordre, dans des conditions qui les placent dans un lien de subordination juridique permanente à l’égard de celui-ci ; et que le donneur d’ordre a volontairement pu échapper à ses obligations d’employeur par ce moyen ».

Lire la tribune : Article réservé à nos abonnés L’hypothétique retraite des micro-entrepreneurs

Des microentreprises moins pérennes

Une autre enquête de l’Insee montre que les microentreprises sont moins pérennes que les entreprises individuelles classiques :

« Cinq ans après leur immatriculation au premier semestre 2014, un tiers des autoentrepreneurs ayant démarré leur activité sont toujours actifs. Pour la même génération, la proportion d’entrepreneurs individuels classiques pérennes à cinq ans est beaucoup plus élevée (53 %). »

Derrière le chiffre record de 995 000 entreprises créées en 2021, on trouve ainsi 641 000 nouveaux microentrepreneurs, dont le profil ne correspond pas toujours à l’image du patron fortuné.

Compte personnel de formation : des députés s’opposent à l’idée d’une régulation budgétaire

La députée LRM Catherine Fabre, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 18 janvier 2022.

Le succès du compte personnel de formation (CPF) coûte cher aux finances publiques, mais il ne faut surtout pas enrayer la dynamique en cours. Des députés de la majorité et de l’opposition ont exprimé cette position, mercredi 19 janvier, dans le rapport d’évaluation qu’ils ont réalisé au sujet de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel promulguée en septembre 2018. L’intervention de ces parlementaires retient l’attention, car des questions se posent, depuis des mois, sur la « soutenabilité » budgétaire du dispositif et sur les éventuelles mesures correctives à prendre.

Mis en place en 2015, le CPF connaît un emballement spectaculaire depuis quelques années. La loi « avenir professionnel » a simplifié le mécanisme et en a facilité l’accès, notamment par le biais de la « monétisation » : il est désormais décompté en euros, et non plus en heures. En novembre 2019, une nouvelle étape a été franchie avec le lancement d’une application mobile et du « parcours d’achat direct » : grâce à ces instruments, les travailleurs et les chômeurs peuvent se payer en quelques clics la formation de leur choix, sans avoir à passer par un intermédiaire, comme c’était le cas auparavant.

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Ces changements ont provoqué un essor du nombre de stages. En 2020, quelque 984 000 d’entre eux ont été suivis dans le cadre du CPF, « soit un quasi-doublement » comparé à 2019, d’après le rapport parlementaire. La tendance s’est maintenue, puisque, de début janvier à fin juin 2021, le nombre de dossiers était équivalent à celui de l’ensemble de l’année précédente.

Inflation des dépenses

Un tel emballement a des répercussions financières sur France compétences, l’instance nationale de pilotage, qui répartit les fonds en faveur de la formation continue et de l’apprentissage. Pour 2021, cet établissement public estime à 2,3 milliards d’euros le budget consacré au CPF – un chiffre en hausse de 857 millions par rapport aux prévisions initiales. S’agissant de 2022, une enveloppe encore plus épaisse est envisagée : 2,6 milliards d’euros, selon l’évaluation rendue publique mercredi.

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Cette inflation des dépenses a fait l’objet, dès 2020, d’un rapport conjoint de l’inspection générale des finances (IGF) et de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS). Pour maîtriser le montant de la facture, les deux corps de contrôle avaient formulé plusieurs recommandations : par exemple, « plafonner le montant pris en charge » ou « instaurer un ticket modérateur » sur l’utilisation du dispositif, ce qui aurait laissé un reste à charge pour les personnes. L’IGF et l’IGAS reconnaissaient toutefois que de telles solutions n’étaient pas « en phase avec l’esprit de la réforme », celle-ci se plaçant délibérément dans une logique de « guichet ouvert » (dans la limite des droits accumulés par les individus).

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Un rapport parlementaire propose 76 solutions contre la désindustrialisation en France

A l’usine Sanofi de Marcy-l’Etoile (Rhône), le 16 juin 2020.

Après l’audition de plus de 135 interlocuteurs, ministres, anciens ministres, experts, représentants de l’industrie et responsables syndicaux, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la désindustrialisation a rendu son rapport, mercredi 19 janvier. Une sorte de « feuille de route » pour la réindustrialisation de la France, dont le rapporteur, le député socialiste Gérard Leseul, souhaiterait que les candidats à la présidentielle se saisissent.

Créée en juillet 2021, après que la pandémie et ses pénuries de masques ou de composants électroniques ont mis en évidence des pertes préjudiciables de capacité de production ou de savoir-faire en France, la commission était chargée « d’identifier les facteurs ayant conduit à la chute de la part de l’industrie dans le produit intérieur brut [PIB] et de définir les moyens à mettre en œuvre pour relocaliser l’industrie, et notamment celle du médicament ».

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Le nombre d’emplois industriels comme la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB ont été divisés par deux en cinquante ans, faisant de la France l’économie la plus désindustrialisée du G7, avec celle du Royaume-Uni.

Mondialisation, financiarisation, manque de compétitivité

Les causes ont déjà été identifiées ces dernières années par nombre de travaux cités par la commission, des rapports de France Stratégie à ceux du Conseil d’analyse économique ou de la Cour des comptes : des « évolutions structurelles » et « des choix rétrospectivement discutables », à l’image du concept d’entreprise sans usine ou fabless, popularisé en 2001 par Serge Tchuruk, PDG d’Alcatel, « une utopie coûteuse en termes de perte d’emplois et de souveraineté ». Elle a conduit à des délocalisations massives de la production dans des pays censés être les « ateliers du monde », lesquels sont, depuis, montés en gamme et rivalisent avec la France, y compris en termes de recherche et développement (R&D).

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La mondialisation, le manque de compétitivité de l’industrie française (coût du travail et fiscalité), mais aussi sa financiarisation, le choix de la rentabilité à court terme plutôt que d’investir dans la R&D, ou le positionnement dans le milieu de gamme sont autant de facteurs qui ont conduit à la désindustrialisation. Tout comme « l’écosystème » industriel français, fait de TPE, de PME et de grands groupes. Il manque ces entreprises de taille intermédiaire (ETI) qui font la force du tissu industriel allemand, au capitalisme familial plus soucieux de maintenir des emplois sur son territoire que les multinationales.

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Le gouvernement veut reproduire le succès de start-up industrielles telles qu’Exotec

Devant le site Exotec de Croix (Nord), le 13 avril 2021.

Jamais Exotec, le fabricant français de robots pour les entrepôts, n’avait connu une telle exposition médiatique. Lundi 17 janvier, à peine sa levée de fonds de 335 millions de dollars (295 millions d’euros) annoncée, qui lui a permis d’atteindre une valorisation de 2 milliards de dollars, et donc le statut prestigieux de licorne – jeune pousse valorisée à plus de 1 milliard de dollars –, le président de la République, Emmanuel Macron, se fendait d’une vidéo en ligne pour saluer cette étape. L’exécutif avait parié que la France ne se doterait de sa 25e licorne qu’en 2025 ; avec Exotec, elle a franchi ce cap avec trois années d’avance.

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Mercredi 19 janvier, c’étaient aux membres du gouvernement Cédric O (numérique) et Agnès Pannier-Runacher (industrie) de se déplacer dans l’usine d’Exotec, à Croix (Nord), pour saluer cette start-up prometteuse, qui remplit tous les objectifs que se fixe l’exécutif pour le futur de la French Tech. Après avoir réussi à développer des entreprises numériques à succès (Doctolib, Back Market, ManoMano, parmi les plus connues du grand public), le gouvernement voit en Exotec le « symbole », selon Cédric O, de jeunes pousses capables de se lancer dans l’industrie et de créer des emplois dans les territoires.

Avec sa dernière levée de fonds, l’entreprise fondée en 2015 entend embaucher 500 ingénieurs en plus des 360 salariés qu’elle compte aujourd’hui, et au moins autant sur les autres fonctions (support, vente, production). Elle a réussi à se développer à l’étranger, notamment au Japon, où Uniqlo représente son plus grand client à ce jour. Elle a également attiré de grands fonds d’investissement internationaux, comme Goldman Sachs Asset Management et 83North. Surtout, elle constitue la première licorne industrielle sur la scène française, avec un chiffre d’affaires de 126 millions d’euros en 2021, et un objectif de 1,2 milliard en 2025.

Difficulté de financement, lourdeur administrative

Pour le gouvernement, ce succès incarne une forme de consécration, et la réussite du virage pris en mars 2019, lorsqu’il a lancé le plan Deep Tech. Pourvu de 2,5 milliards d’euros, celui-ci visait à promouvoir la création d’entreprises issues de la recherche, avec la perspective, pour une partie d’entre elles, de créer des outils industriels sur le territoire. De premiers succès sont nés avec des entreprises telles qu’InnovaFeed, spécialisé dans les protéines alimentaires, ou Tissium, expert de la réparation des tissus humains. Tous deux étaient également présents, mercredi, à Croix, afin de témoigner de la complexité de faire émerger de tels projets : difficulté de financement, lourdeur administrative pour créer des sites industriels, etc.

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Télétravail : la règle prévoyant trois jours au minimum prolongée pour deux semaines

La ministre du travail, Elisabeth Borne, a annoncé, mercredi 19 janvier, aux représentants des organisations syndicales patronales et de salariés que le gouvernement proposait de prolonger « pour encore deux semaines » la règle prévoyant trois jours de télétravail au minimum par semaine pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, a-t-on appris auprès du ministère.

La ministre a précisé aux organisations syndicales que « la situation sanitaire, même si elle sembl[ait] s’acheminer vers un plateau, ne parai[ssait] pas à date permettre une levée ou un relâchement immédiat des mesures en matière de télétravail », a-t-on ajouté de même source. Ces mesures avaient été renforcées le 3 janvier, initialement pour trois semaines.

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Freiner la poussée du variant Omicron

Le premier ministre, Jean Castex, avait appelé dès décembre à favoriser le télétravail, à raison de deux à trois jours par semaine. Juste avant Noël, sur Europe 1, Mme Borne avait invité les entreprises « à se préparer à renforcer le télétravail dès le 3 janvier ». Les organisations syndicales patronales et de salariés elles-mêmes, lors d’une réunion le 20 décembre avec la ministre, avaient cité l’élargissement du télétravail comme l’un des « leviers » possibles pour freiner la poussée du variant Omicron.

Si le télétravail relève bien d’un accord d’entreprise, l’exécutif peut imposer une règle minimale au titre des mesures de protection des travailleurs. A l’automne 2020, le protocole sanitaire en entreprise avait ainsi imposé pendant plusieurs mois le télétravail comme une règle, précisant même qu’il devait être « porté à 100 % pour les salariés qui peuvent effectuer l’ensemble de leurs tâches à distance », avant d’être assoupli par étapes.

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En novembre 2021, environ 25 % des salariés pratiquaient régulièrement le télétravail, selon les chiffres de la Dares, la direction des statistiques du ministère du travail, publiés le 23 décembre. Au plus fort de la crise, au printemps 2020, ce chiffre était monté à 40 % – ce qui signifie qu’il existe bien une marge de manœuvre sur cette question.

Le Monde avec AFP

Plus intenses et plus longues, les vagues de chaleurs entraînent la perte de centaines de milliards d’heures de travail

Un ouvrier se repose à l’intérieur d’un tube de béton en se protégeant du soleil sur un chantier de construction du mégaprojet de la « nouvelle capitale administrative » de l’Egypte, à 45 kilomètres à l’est du Caire, le 3 août 2021.

La pandémie de Covid-19 n’est pas seule à mettre à mal l’économie et l’emploi dans le monde. Le réchauffement climatique, avec la survenue de plus en plus fréquente de vagues de chaleur intenses, coûte cher. Selon une étude publiée, le 13 janvier, dans la revue Environmental Research Letters, près de 650 milliards d’heures de travail annuelles seraient perdues en raison de chaleurs intenses. Soit 400 milliards d’heures supplémentaires par rapport aux estimations précédentes, antérieures à 2017.

On savait que le changement climatique affectait la population de la planète, menaçant sa santé et son bien-être, mais ses conséquences sont aussi importantes s’agissant de la productivité des travailleurs, expliquent les auteurs de cette étude universitaire, réalisée sous la direction du chercheur en sciences du climat, Luke A. Parsons (Duke University, Etats-Unis). Durant les quatre dernières décennies, le nombre d’heures non travaillées, à cause des chaleurs et des taux d’humidité excessifs, aurait augmenté d’au moins 9 %, dans les secteurs des activités agricoles, forestières, de la pêche ou encore de la construction.

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Les pertes de main-d’œuvre, proportionnelles à la part de la population en âge d’exercer un emploi en extérieur, sont les plus élevées en Asie du Sud, de l’Est et du Sud-Est, où vivent un grand nombre de personnes travaillant dans l’agriculture. « Plus précisément, les pertes de main-d’œuvre sont les plus prononcées en Inde, qui représente près de la moitié des pertes totales mondiales et a subi plus de quatre fois les pertes de main-d’œuvre du deuxième pays le plus touché, la Chine », écrivent les auteurs de l’étude. Ce déficit est aussi corrélé aux types de travaux effectués en plein air, à leur intensité, comme au nombre d’heures travaillées effectivement par jour. Ainsi, les travailleurs du secteur agricole ont effectué 10 à 90 fois moins d’heures de travail que ceux qui effectuent des travaux légers, par exemple dans les secteurs des services, et modérés, comme dans l’industrie manufacturière, précisent les universitaires.

Disparition de 155 millions d’emplois dans le monde par an

La « chaleur humide » élevée – les auteurs englobent dans ce terme « des conditions qui sont soit chaudes (et sèches), soit suffisamment chaudes et humides pour entraîner une baisse de la productivité du travail » – devrait, en augmentant la perte de main-d’œuvre, réduire le produit intérieur brut (PIB) mondial jusqu’à 4,0 % d’ici 2100, estiment-ils.

Cette perte de productivité affecte à nouveau différemment les économies nationales, avec moins 7 % pour le PIB de l’Inde, moins 5 % pour le Vietnam, mais moins 1,3 % en Chine, moins 0,5 % aux Etats-Unis ou encore moins 0,1 % en France. Les auteurs anticipent la disparition de 155 millions d’emplois dans le monde par an, l’Inde représentant près de la moitié de cette perte, avec 62 millions d’emplois. « Ces pertes annuelles sont comparables aux pertes de travail temporaires pendant les fermetures mondiales liées à la pandémie de Covid-19, qui auraient causé des pertes équivalant à environ 130 millions d’emplois à temps plein au cours du premier trimestre de la pandémie selon l’Organisation internationale du travail », écrivent-ils.

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Le licenciement de la responsable des documentaires de Public Sénat suscite l’émoi

L’information n’est pas encore officielle, mais elle fait déjà grand bruit parmi les producteurs de documentaires : la responsable de ces programmes pour la chaîne parlementaire Public Sénat, Hélène Risser, est licenciée. La journaliste, arrivée sur la chaîne en février 2006, a reçu sa lettre le 6 janvier, après un entretien préalable avec le président, Christopher Baldelli, trois jours plus tôt. Motif principal invoqué : de graves manquements à ses obligations professionnelles dans le cadre de la préparation d’un documentaire produit par la société Tournez s’il vous plaît (TSVP). Le directeur de l’antenne et des programmes, Jean-Philippe Lefèvre, le plus ancien salarié de la chaîne (il est arrivé en février 2000), est lui aussi sur le départ.

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A l’origine du litige qui oppose la journaliste et le président depuis le 1er juin 2021, une séquence du film René Carmille, un hacker sous l’Occupation, diffusé le 6 novembre. Ce premier documentaire de Youssr Youssef se présente comme l’enquête d’une étudiante, fraîchement diplômée de l’Ensae (l’Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique) sur le fondateur de son école, créateur sous l’Occupation du Service national des statistiques, futur Insee.

Adoptant un ton résolument candide, voire naïf, la jeune femme lance son récit autour de cette interrogation : à l’été 1940, soit entre la signature de l’armistice et le début de la collaboration, Philippe Pétain savait-il que René Carmille mettait ses compétences au service d’un projet ultra-secret de remobilisation de combattants contre l’occupant nazi ? Et lui, le collaborationniste frappé d’indignité nationale en 1945, l’aurait-il laissé faire en connaissance de cause ?

La réponse, évidemment négative et sans équivoque, est apportée plusieurs fois au cours du film par différents historiens. Mais cette séquence introductive choque Christopher Baldelli au point que, trois jours avant la diffusion du documentaire, il demande que soient supprimées les deux minutes du film qui, à ses yeux, posent « un problème majeur », susceptible d’exposer la chaîne à une accusation de « complicité de révisionnisme ». En total désaccord avec cette lecture, Hélène Risser conteste toute ambiguïté, mais se tourne tout de même vers le producteur pour qu’il remanie ce passage.

« Volonté de réorganiser la ligne éditoriale »

« A l’époque, Eric Zemmour venait de faire polémique en prétendant que Pétain avait sauvé des juifs français, justifie Christophe Brûlé, rédacteur en chef à TSVP. Nous avons modifié le film à la demande de Christopher Baldelli parce que le contexte était sensible. Pas du tout parce qu’il était entaché du moindre soupçon de révisionnisme. Dans cette affaire, nous prenons une balle perdue. » Fin octobre 2021, le film avait été projeté en avant-première à 200 personnes, dont des historiens, mais aussi envoyé à la presse (Historia, Le Monde, L’Obs, Télérama, etc). « Il n’avait reçu que des bonnes critiques », souligne un salarié de la chaîne.

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Croissance : la difficile évaluation du plan de relance gouvernemental

L’interminable crise sanitaire l’a presque fait oublier, mais il est toujours là. Le plan France Relance, lancé en septembre 2020 pour doper l’économie à un moment où le gouvernement espérait pouvoir sortir rapidement de la pandémie de Covid-19, continue à être mis en œuvre. Sur les 100 milliards d’euros prévus d’ici 2022, 72 milliards ont été « engagés », c’est-à-dire fléchés vers des projets spécifiques, dont 42 milliards effectivement versés, a indiqué Matignon, mardi 18 janvier.

Cela correspond à l’horizon que s’était fixé le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, pour ce vaste plan. Conçu autour de trois piliers – écologie, compétitivité des entreprises, emploi et cohésion sociale –, il regroupe des mesures hétéroclites : outre la baisse des impôts de production, le dispositif MaPrimeRénov’pour la rénovation des logements y côtoie le plan hydrogène, la prime à l’apprentissage, le Ségur de la santé ou encore le bonus-malus automobile.

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« Les résultats sont là », s’est félicité le locataire de Bercy, selon qui « France Relance renforce les politiques menées depuis cinq ans pour l’attractivité, la compétitivité et la réindustrialisation. » Son entourage abonde : « Le déploiement soutenu de France Relance se traduit sur le plan économique : les deux objectifs de court terme, fixés à l’été 2020, sont largement atteints. » A l’époque, il s’agissait d’une part de remettre la France sur les rails de la croissance en renouant, à fin 2022, avec le niveau d’activité qui était celui d’avant-crise, et de l’autre, de créer 160 000 emplois supplémentaires en 2021 et de revenir sous les 10 % de taux de chômage.

Force est de le constater : tous ces indicateurs sont au vert en ce début d’année. Prévue à 6,25 %, la croissance devrait finalement atteindre 6,7 % en 2021. Le pays a renoué dès l’automne avec son niveau d’activité d’avant-crise. Le taux de chômage approche les 8 % et l’économie a créé plus de 500 000 emplois en 2021.

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Mais est-ce grâce à France Relance ? C’est tout le sujet. « Il faut être prudent sur l’impact spécifique du plan sur ces bons résultats », reconnaît-on à Matignon, tout en assurant qu’il « s’inscrit dans une politique économique globale, avec des réformes pérennes, comme la fiscalité du capital, celle du marché du travail, la loi de simplification pour les entreprises… ». C’est en substance ce qu’indiquait, en octobre, le rapport intermédiaire du comité d’évaluation de France Relance : mandaté par le gouvernement et présidé par l’économiste Benoît Cœuré, l’instance jugeait « difficile d’établir un lien direct entre ce rétablissement rapide de la situation et la mise en œuvre de France Relance ».

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