Retraites : la tension monte avec les organisations syndicales

Si l’exécutif cherchait à ressouder les organisations syndicales, il a rempli sa mission avec efficacité. Lundi 19 septembre, le ministre du travail, Olivier Dussopt, a ouvert une concertation avec les partenaires sociaux au sujet de la réforme des retraites. A l’issue de la rencontre, les organisations de salariés ont exprimé unanimement leur inquiétude et leur hostilité face à un projet qui demeure flou, sur le plan du contenu comme de la méthode, pour le faire passer au Parlement.

Le rendez-vous de lundi avait pour objet « d’échanger sur les conclusions du rapport du Conseil d’orientation des retraites [COR] », rendu public quatre jours auparavant. Ce document montre que les régimes de pension, pris dans leur globalité, ont renoué avec les excédents en 2021, mais qu’ils devraient replonger dans le rouge à partir de 2023 et rester déficitaires au moins jusque dans la deuxième moitié des années 2030.

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L’ordre du jour proposé par M. Dussopt a été commenté avec perplexité, voire ironie, par les représentants syndicaux, qui ont répondu aux journalistes sur le trottoir, devant l’entrée du ministère du travail. « On nous a fait une présentation synthétique du rapport du COR, que nous avions tous lu et auquel nous avions [déjà] tous réagi », a relaté Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l’UNSA, en se demandant « quel était l’objectif de cette réunion ». « On ne sait pas trop pourquoi on est venus, très honnêtement », a renchéri Cyril Chabanier, président de la CFTC. Michel Beaugas, secrétaire confédéral de FO, a, de son côté, eu l’impression que le ministre du travail voulait expliquer à ses invités « comment bien lire le rapport du COR ». C’était « la retraite pour les nuls », a lancé Catherine Perret, numéro deux de la CGT, sur le ton de la moquerie.

« Il n’y a pas le feu »

Les discussions ont porté sur la même batterie de chiffres, mais M. Dussopt et les organisations de salariés en ont tiré des enseignements très différents. Pour le locataire de la Rue de Grenelle, le système n’est pas équilibré dans la durée, ses ressources étant insuffisantes pour assurer toutes les dépenses de pension. Dès lors, il faudrait le ramener sur la ligne de flottaison, en demandant aux actifs de travailler plus longtemps, ce qui augmentera les rentrées de cotisations et allégera le poids des retraites.

« On a un ministère qui vise à noircir la perspective financière des régimes (…) pour légitimer une mesure qui interviendrait rapidement », a estimé Yvan Ricordeau, secrétaire national de la CFDT. « On a senti qu’Olivier Dussopt rodait les éléments de langage du gouvernement (…) dans le but de foncer », a complété Benoît Teste, secrétaire général de la FSU. Les deux responsables syndicaux font allusion aux déclarations d’Emmanuel Macron, le 12 septembre, qui ont replacé en tête des priorités la réforme des retraites, avec un possible relèvement de l’âge légal de départ ou une augmentation de la durée d’assurance pour toucher une pension à taux plein. Désormais, le chef de l’Etat n’écarte pas l’idée d’introduire ces changements dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, dont l’examen débute à l’Assemblée nationale dans la deuxième semaine d’octobre.

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Chez Camaieu, « environ 700 emplois » menacés

Dans un centre commercial à Rennes (Ille-et-Vilaine), le 18 août 2020.

Camaieu multiplie les appels au secours. Depuis début août, l’enseigne d’habillement féminin détenue par Hermione People & Brands (HPB), filiale de la FIB, société fondée par l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon, cherche des investisseurs ou des repreneurs. Il ne lui reste que quelques jours pour boucler son plan de continuation. Mercredi 28 septembre, ses dirigeants doivent, en effet, présenter la version définitive de leur stratégie pour relancer l’entreprise placée en redressement judiciaire début août.

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Un « préprojet » a été présenté, le 13 septembre, aux juges commissaires du tribunal de commerce de Lille, puis, le lendemain, aux représentants du personnel, précise un porte-parole de la firme, sans vouloir confirmer l’ampleur du plan social qui menace l’entreprise fondée, en 1984, à Roubaix (Nord).

Vente du siège

Car, deux ans après avoir repris Camaieu, à la barre du tribunal de commerce de Lille, s’être engagé à conserver 2 600 des 3 100 salariés et avoir promis de redresser la chaîne grâce à 511 de ses 634 magasins, HPB prévoit une nouvelle saignée. « Environ 700 postes » seraient menacés, calcule Thierry Siwik, délégué syndical CGT.

Lors d’une réunion avec le comité social et économique de Camaieu, HPB a assuré être en mesure de reclasser une partie du personnel concerné, rapporte ce dernier. En dépit de la crise que traverse le secteur d’habillement, le groupe dit pouvoir leur assurer un emploi au sein de Go Sport ou de Gap, enseignes qu’il exploite aussi en France.

Le montant des dettes de Camaieu, que la mise en redressement judiciaire a gelées, atteindrait 250 millions d’euros, selon la CGT

Ce plan entraînerait la fermeture de 40 % des magasins Camaieu, soit 208 des 508 points de vente, selon une lettre adressée par les administrateurs judiciaires aux élus du personnel. La cession de certains actifs y serait aussi envisagée. A commencer par la vente du siège social de Roubaix et de son entrepôt, pour un montant évalué à 14 millions d’euros, selon M. Siwik. Une somme censée financer en partie le plan de relance qui, au total, exigerait 60 millions d’euros, d’après ce représentant syndical. Mais ce projet aurait été écarté par les autorités judiciaires.

En toute urgence, d’ici au 28 septembre, HPB doit donc revoir le financement de ce plan. Le groupe bordelais dit « sans les nommer, avoir le soutien de trois partenaires financiers », rapporte M. Siwik. « Mais qui peut accorder des fonds aujourd’hui à M. Ohayon ? », s’interroge un avocat qui représente l’un des créanciers de l’entreprise. Car les professionnels du financement savent combien l’entreprise a laissé des ardoises auprès de bailleurs, de fournisseurs ou de prestataires de services : le montant des dettes de Camaieu, que la mise en redressement judiciaire a gelées, atteindrait 250 millions d’euros, selon la CGT.

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Les DRH entre grande fatigue et devoir d’optimisme pour inventer de nouvelles normes

Enfin une rentrée normale ? C’est sur cette question que se sont penchés une quinzaine de responsables des ressources humaines réunis mardi 13 septembre à Paris, à l’occasion du rendez-vous mensuel de l’actualité RH, les Rencontres RH organisées par Le Monde en partenariat avec ManpowerGroup et Malakoff Humanis.

« Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une rentrée normale, mais plutôt d’une rentrée sous le signe de l’épuisement », a directement introduit Fanny Lederlin, doctorante en philosophie et auteure des Dépossédés de l’open space. Une critique écologique du travail (PUF, 2020), avant d’indiquer que 41 % des salariés étaient en détresse psychologique en juin 2022. Elle explique cette « grande fatigue » par deux années de Covid, bien sûr, mais aussi par « des années de réorganisation des modes de travail ».

Fatigue certes, mais devoir d’optimisme, répondent quasi unanimes les responsables des ressources humaines présents aux Rencontres, quel que soit leur secteur d’activité. « Le rôle social du travail peut expliquer un manque d’engagement. On sent une sorte de fatigue, tout du moins de manque d’énergie, concède Juliette Couaillier, responsable recrutement du groupe de communication Havas. Mais chez nous, il y a une vraie dynamique. En deux ans, on a recruté 400 personnes en CDI. »

Le salarié perçu comme un « consommateur »

« Ce n’est pas tant de l’épuisement qu’un questionnement sur la capacité à se réinventer en permanence, renchérit Robin Sappe, le DRH d’Etam. On est dans le management de l’incertitude. Pendant deux ans, nous avons navigué dans un environnement totalement nouveau. Il y avait une aspiration à revenir à un mode d’organisation classique. Mais on constate qu’on continue à prendre des décisions dans un contexte qui bouge, avec des salariés qui n’hésitent pas à dire leur désaccord et qui ne sont pas là où on les attend. »

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Les gros dossiers sont de retour. « En cette rentrée, on n’a certes plus la crise sanitaire, mais le retour de l’inflation. On n’était plus trop accoutumés à avoir les aspects salariaux au premier chef. Et le sujet sobriété énergétique s’est imposé », explique Marc Landais, DRH de l’Agirc-Arrco. Pour Olivier Ruthardt, DRH de Malakoff Humanis, « les DRH ont un devoir d’optimisme et d’énergie avec beaucoup, beaucoup de collectif, dans une situation paradoxale : les salariés ne prennent plus dans le collectif que ce qui les intéresse ».

Le salarié est désormais perçu par les DRH comme un « consommateur ». Pour l’expliquer, Juliette Couaillier parle du « phénomène de “je peux à tout moment me retirer” ». « Les responsables des ressources humaines vont devoir mettre en avant le collectif », insiste Marc Landais.

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Emploi et transition écologique : « Tant qu’un plan national n’existera pas, ça ne marchera pas »

Un ouvrier dans l’usine à charbon de Saint-Avold (Moselle), le 12 septembre 2022.

Quel avenir pour les salariés des secteurs dont l’activité est amenée à se tarir si la France veut tenir ses objectifs de réduction d’émissions de CO2 ?

Conscientes que la transition ne sera pas juste socialement sans prise en compte de cette question clé, les vingt-sept associations fédérées au sein du Réseau action climat (RAC), tirent, dans un rapport publié mardi 20 septembre avec l’Institut Veblen, un premier bilan de l’accompagnement des salariés des centrales électriques à charbon françaises dont la fermeture devait être achevée cette année : celles d’EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) et du Havre (Seine-Maritime), et de GazelEnergie de Gardanne (Bouches-du-Rhône) et de Saint-Avold (Moselle).

« Ce qui a été mis en place est un peu exceptionnel. Nous voulions donc savoir si le résultat était satisfaisant et quels enseignements en tirer », explique Céleste Duriez, responsable climat et emploi au RAC, qui a interrogé salariés, syndicats, opérateurs des centrales et élus des territoires concernés. Le rapport tire aussi les leçons du passé, de la fermeture des mines. Car, établit-il, « même si la transition écologique crée davantage d’emplois qu’elle n’en supprime, les fermetures ou suppressions de postes pour motif environnemental seront amenées à se reproduire ».

Temporalités différentes

La fermeture des dernières centrales à charbon a été induite par la loi énergie-climat adoptée en 2019, qui, en limitant leur production annuelle, a acté de fait leur mise à l’arrêt. L’enjeu écologique a ainsi officiellement justifié des destructions d’emplois.

L’accompagnement proposé par l’Etat a-t-il été à la hauteur ? « Le volet social a été pris au sérieux (…) la démarche est la bonne, estime le rapport. Pour autant, cet accompagnement est apparu insuffisant sous plusieurs aspects. »

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Premier bémol : le calendrier prévoyait que les quatre centrales aient fermé en 2022. Cordemais fonctionnera finalement jusqu’en 2024 et une tranche de celle de Saint-Avold, arrêtée en mars, redémarrera le 1er octobre, en raison de la crise énergétique liée à l’invasion russe en Ukraine. « L’impératif écologique n’est pas respecté, le climat comme les salariés en pâtissent », déplorent les auteurs. L’incertitude liée au « stop and go » pèse sur la capacité des personnels à se projeter dans un nouveau projet professionnel.

La plupart des 550 salariés des centrales EDF ont été reclassés sur d’autres sites EDF – mais à plus de 50 kilomètres de chez eux

La transition s’est faite en quatre ans. Long pour un plan social, mais « court sur le plan industriel », souligne un sous-préfet dans le rapport. Comment trouver l’équilibre entre ces temporalités différentes ? Il faut anticiper davantage ces décisions lourdes. Et s’y tenir. « On a un grand besoin de clarté du discours politique sur la trajectoire de ces industries émettrices. Il faut un cap clair », insiste Mme Duriez.

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Ces établissements scolaires qui manquent toujours de professeurs : « Nous avons des noms sur le papier, mais pas d’enseignants dans les classes »

La réunion parents-professeurs des 2des est à peine terminée que deux mères de famille se dirigent vers le stand de la FCPE, devant le lycée Eugène-Delacroix, à Drancy (Seine-Saint-Denis). Leurs enfants n’ont pas de professeur d’espagnol depuis la rentrée, et personne n’a pu les rassurer quant au délai qui sera nécessaire pour résoudre le problème. « Qu’est-ce qu’on peut faire ? », demande l’une d’elles aux représentants de parents d’élèves. « Appelez le rectorat tous les jours pour qu’il trouve quelqu’un », lui conseillent les élus, assurant que la direction fait tout ce qu’elle peut de son côté.

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La promesse d’un enseignant devant chaque classe à la rentrée n’a pas été tenue dans ce lycée polyvalent accueillant plus de 2 000 élèves et étudiants. Mathématiques, espagnol, anglais, sciences et vie de la Terre (SVT), histoire-géographie, mais aussi biotechnologies ou gestion-administration pour la voie professionnelle… Il manquait ici, de source syndicale, plus d’une dizaine de professeurs le 16 septembre, sur un effectif total de 190.

Pour les élèves, ce sont des dizaines d’heures de cours déjà perdues. « On ne peut pas compenser en interne, beaucoup de professeurs font déjà des heures supplémentaires et les emplois du temps ne sont pas toujours compatibles », explique Colleen, enseignante d’anglais au lycée, qui ne souhaite pas donner son nom.

« Ce sont des ajustements »

La situation n’est pas un cas isolé : les organisations syndicales de l’académie de Créteil appellent à la grève, mardi 20 septembre, pour protester contre les postes toujours vacants et les effectifs par classe en hausse dans plusieurs établissements du second degré. Dans toutes les académies, des collèges et lycées signalent des heures non assurées depuis le 1er septembre.

Selon une enquête du premier syndicat de chefs d’établissement, le SNPDEN, 62 % des collèges et lycées ont déclaré manquer d’au moins un enseignant après le 1er septembre. Avec d’importantes disparités entre les académies : si 88 % des établissements de l’académie de Limoges disaient avoir tous leurs enseignants, ce n’était le cas que de 23 % de ceux de l’académie de Créteil, ou encore de 14,6 % dans celle de Grenoble.

Le ministère de l’éducation nationale n’a pas confirmé ces chiffres – et n’en a pas encore publié. Pap Ndiaye a affirmé, le 12 septembre, que la rentrée avait été « bonne », concédant cependant quelques « absences frictionnelles », « des problèmes à régler ».

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Dans les rectorats, on affirme qu’il s’agit d’une « période d’adaptation » inhérente à chaque rentrée. « Nous ne manquons pas d’enseignants, ce sont des ajustements, assure-t-on par exemple au rectorat d’Orléans-Tours, où plus de 90 % des chefs d’établissements déclaraient au moins un poste vacant après la rentrée, selon le SNPDEN. Dans le second degré, nous avons 15 600 enseignants répartis dans un peu plus de 300 établissements… C’est un défi de gestion des ressources humaines et la répartition des enseignants peut prendre du temps. »

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En Allemagne, l’allocation citoyenne doit adoucir le régime d’indemnisation du chômage de longue durée

Le ministre allemand du travail, Hubertus Heil, à Berlin, le 14 septembre 2022.

C’est une des plus grandes réformes sociales de la décennie en Allemagne, une des plus emblématiques pour le chancelier Olaf Scholz. L’allocation citoyenne (Bürgergeld) doit faire oublier un grand traumatisme de sa formation politique, le Parti social-démocrate (SPD) : les réformes du marché du travail adoptées entre 2002 et 2005 par le dernier chancelier SPD, Gerhard Schröder. Il s’agit d’une large refonte du dispositif d’aide et d’indemnisation des chômeurs de longue durée. Le texte a été adopté par la coalition gouvernementale, mercredi 14 septembre, et doit, en principe, après le passage devant le Parlement, entrer en vigueur début 2023.

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La nouvelle loi enterre définitivement le système dit « Hartz IV », la plus célèbre et la plus haïe des réformes Schröder. C’est elle qui avait profondément divisé le SPD à partir de 2005, en réduisant la durée d’indemnisation du chômage à douze mois, après lesquels la personne sans emploi ne reçoit plus qu’un minimum social forfaitaire, déconnecté de ses revenus antérieurs, quelle que soit la durée de sa carrière.

Aujourd’hui, Hartz IV s’élève à 449 euros par mois pour un adulte seul ou un parent seul sans activité. Un loyer « raisonnable » et les frais de chauffage sont également pris en charge, ainsi que l’assurance-maladie. Mais l’allocation peut être diminuée, si le ménage dispose d’une épargne ou perçoit des revenus complémentaires.

« Encourager et exiger »

C’est l’examen tatillon des ressources du foyer, et surtout les sanctions financières en cas de non-respect des obligations vis-à-vis de l’agence pour l’emploi – comme celle d’accepter tous les jobs jugés « raisonnables » ou de devoir déménager en cas de logement trop cher – qui sont largement considérés comme humiliants pour les allocataires. Le vocable « Hartz IV » est passé dans le langage courant comme synonyme de pauvreté sanctionnée. C’est à cet aspect du système que la nouvelle réforme s’attaque. Outre une revalorisation de l’allocation à 502 euros par mois pour un adulte seul et un ajustement plus rapide à l’inflation, le système de sanctions sera allégé.

La question de savoir s’il faut sanctionner les chômeurs en cas de non-coopération avec l’agence pour l’emploi est un des points qui ont été les plus discutés de la réforme, ces derniers mois, au sein de la coalition gouvernementale tripartite (sociaux-démocrates, écologistes et libéraux-démocrates du FDP). Les Verts défendaient le principe de l’abolition complète des sanctions, ce qui aurait fait de l’allocation citoyenne un quasi-équivalent du revenu universel. Ce point n’a finalement pas été retenu, les libéraux ayant refusé ce « passage par la petite porte » à un revenu universel versé sans conditions de recherche d’emploi, à l’heure où une entreprise sur deux peine à recruter en Allemagne.

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L’argot de bureau : les « mad skills », bizarre ou original ?

Illustration récurrente (ne pas mettre de droits d’expiration svp !) à utiliser pour la chronique L’Argot de Bureau, saison 2022-2023.

« Bienvenue dans cette édition de “Mon salarié a un incroyable talent” ! Ce spectacle vous est présenté par notre chief talent officer [sorte de DRH à la sauce talentueuse] et ses chasseurs de pépites. » Fraîchement recruté, un bataillon de jeunes diplômés enchaîne les performances : Sabrina, endormie sur une chaise, se réveille soudain et pratique l’écriture automatique. Elle est donc capable de travailler la nuit, sans le faire exprès. Intéressant.

De son côté, Martin crache du feu sur un fil tout en jonglant avec des agrafeuses, avec en fond une musique spectaculaire, tandis que Bruno fait de la cuisine moléculaire avec brio. Les performeurs du jour, bien qu’ils soient en réalité techniciens de maintenance, informaticiens ou commerciaux, ont été recrutés pour leurs « mad skills », littéralement leurs compétences folles (ou « talents de malade »).

L’expression s’inspire d’une terminologie incontournable en recrutement, et qui coupe normalement en deux le CV d’un candidat : d’un côté se trouvent les « hard skills », compétences dures, observables par des diplômes ou certifications, et de l’autre les « soft skills », compétences comportementales censées décliner la personnalité du travailleur en entreprise (autonomie, créativité, amabilité…).

Un terme venu de la Silicon Valley

Les « mad skills » ont aussi trait à la personnalité. Il ne s’agit pas d’aller chercher ses « talents de malade » à l’asile, mais de mettre en avant les profils atypiques, ayant vécu des expériences hors du commun. Seront notamment appréciées la construction d’une école au Kenya avec trois morceaux de bois et un tube de colle, la pratique à haut niveau du curling sur gazon, ou cette année sabbatique consacrée à la vie en autosubsistance dans une cabane perdue dans la forêt amazonienne.

Concrètement, il s’agit de donner un rôle autre que cosmétique à la case « loisirs et voyages » du CV, et à convertir toute votre vie dans la sphère professionnelle. C’est même conseillé clairement sur nombre de sites d’emploi, jusqu’à celui de Pôle emploi.

Les grands penseurs de la Silicon Valley, qui ont fait naître les « mad skills » (le terme s’est développé en France ces trois dernières années), vont plus loin : il n’est pas anodin de voir des billets d’influenceurs RH mettre en avant l’expérience d’un deuil ou d’une maladie, comme preuve de « résilience ».

Sortir du cadre mais pas trop

Attention, cela ne doit avoir que du bon pour l’entreprise : le psychologue social Serge Moscovici parle de « déviance positive » pour désigner des intuitions novatrices, venues de personnes qui pensent différemment. Une aubaine pour des manageurs en quête de salariés « force de proposition ».

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L’Espagne, nouvel eldorado de la pistache

Un large sourire aux lèvres, Rocio Fernandez-Clemente arpente ses champs de pistachiers parfaitement alignés sur la terre rougeâtre et argileuse de son village de Corral de Almaguer, dans la province espagnole de Tolède (Castille-La Manche). Sur le dernier bout de terrain qu’elle a acheté, cette ancienne coiffeuse madrilène reconvertie à l’agriculture vérifie la croissance des greffes qu’elle vient d’effectuer sur les troncs de cornicabra – « un arbre autochtone très résistant au climat », explique-t-elle.

Rocio Fernandez-Clemente dans sa ferme à Corral de Almaguer, en Espagne, le 9 septembre 2022.

Plus loin, elle admire les généreuses grappes de fruits qui pendent des branches des arbres adultes qu’elle a plantés il y a maintenant douze ans. « Dans vingt jours, nous pourrons commencer la récolte », conclut cette pionnière, ce vendredi 9 septembre, sans cacher sa satisfaction. Cette année encore, celle-ci promet d’être excellente.

La culture des pistachiers connaît un véritable essor en Espagne. Le royaume est devenu, l’an dernier, le premier pays d’Europe en superficie cultivée, devant l’Italie et la Grèce. Entre 2013 et 2021, la surface agricole consacrée à ce fruit importé majoritairement en Europe d’Iran et de Californie a décuplé, passant de 5 000 à 55 000 hectares, cultivés à près de 90 % en Castille-La Manche.

Les premières récoltes de pistaches ne peuvent avoir lieu qu’au bout de 6 à 8 ans.

Signe de cet engouement, le 7 septembre, à Argamasilla de Alba, dans la province de Ciudad Real, le groupe IberoPistacho, spécialisé dans les services aux producteurs, a inauguré « la plus grande usine de transformation de pistaches d’Europe ». D’ici à 2024, celle-ci sera capable de sécher 6 000 tonnes de pistaches durant la campagne de récolte, qui s’étend sur une vingtaine de jours par an. Et partout dans les champs de la communauté autonome, c’est l’effervescence.

« Le temps m’a donné raison »

Sur les sols pauvres et arides de cette région du centre de l’Espagne, soumise à un climat extrême – des hivers glacials et des étés torrides aux pluies rares –, les agriculteurs ont longtemps pensé ne pas avoir d’alternative aux vignes, oliveraies et céréales, dont les immenses champs s’étendent à perte de vue. Ce climat rude, pourtant, est idéal pour le pistachier, un arbre résistant, très peu gourmand en eau, qui a besoin d’un hiver froid et d’un été chaud, et dont les fruits, réputés pour leurs bienfaits nutritionnels, se vendent sur le marché de gros entre 7 et 10 euros le kilo en ce moment, et dépassaient les 15 euros, en 2021.

« Quand, en 2010, j’ai décidé de planter des pistachiers sur les 17 hectares de terres céréalières que mon père m’avait légués, tout le monde m’a pris pour une inconsciente. Personne d’autre ici ne l’avait fait, mais je savais qu’avec moins de 200 hectares de céréales on ne peut pas vivre de ses terres, et je ne voulais ni m’en défaire ni perdre le lien avec le village de mon grand-père, explique Rocio, en perçant de ses ongles courts la peau épaisse, verte et parfumée d’une pistache pour en extraire une coque déjà ouverte dans laquelle apparaît un fruit frais à la saveur délicate. J’ai cherché sur Internet une alternative et j’ai trouvé des informations sur le pistachier. Je suis tombée amoureuse de cet arbre… »

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« C’est du terrain qu’il faut partir pour s’occuper d’emploi » : les régions veulent avoir la main sur France Travail

Les régions veulent prendre toute leur part dans la création de France Travail et elles le font savoir. L’association d’élus Régions de France a profité de son 18e congrès, les 15 et 16 septembre, à Vichy (Allier), pour présenter les résultats préliminaires d’une étude de préfiguration du « service public régional de l’emploi et de la formation professionnelle ».

Alors que le gouvernement a annoncé vouloir réformer le service public de l’emploi à l’automne en créant France Travail, structure qui doit rassembler tous les acteurs de l’emploi et de lutte contre le chômage (Pôle emploi, missions locales et associations, collectivités locales), Régions de France a tenu à démontrer, vendredi, « la capacité de la région à orchestrer France Travail au niveau de son territoire ».

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« Cette étude apporte la démonstration que la région est le bon échelon pour assurer le continuum développement économique-emploi-formation-orientation et le continuum des parcours tout au long de la vie, souligne Carole Delga, présidente (Parti socialiste) d’Occitanie et à la tête de Régions de France, dans un communiqué. Nous ne le proposons pas pour collectionner les compétences : nous le faisons dans l’intérêt des demandeurs d’emploi et des entreprises de nos territoires »

« Forte capacité de réaction »

L’étude, menée par le cabinet Elezia Conseil, veut évaluer tous les scénarios possibles en se basant sur des comparaisons avec nos voisins européens, ainsi que sur les actions déjà menées dans les régions. Cent cinquante initiatives sont ainsi recensées afin de démontrer le savoir-faire régional en la matière, tant en matière de coopération de services que dans la capacité à créer des dispositifs adaptés aux territoires. « Les régions disposent d’un certain nombre d’atouts exclusifs qui sont à prendre en compte au moment d’envisager la création de France Travail, indique la directrice associée d’Elezia Conseil, Elyse Castaing. Elles ont notamment une forte capacité de réaction, sont le moteur de la dynamique territoriale et ont un savoir-faire important dans la coordination des acteurs. »

L’étude devrait ainsi donner de multiples arguments aux présidents de régions, tous d’opposition, pour mettre la pression sur le gouvernement dans l’élaboration de France Travail et pousser à une régionalisation des services. « Ce serait une folie que la réforme de France Travail aboutisse encore une fois à tout concentrer, tout recentraliser à Paris. Si on n’a pas compris que ça ne marchait plus, on n’a rien compris. Maintenant, c’est du terrain qu’il faut partir pour s’occuper d’emploi, et pas depuis Paris », assure au Monde le président (Les Républicains) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. « Adapter les politiques, diversifier les réponses ne peut se faire avec une simple déconcentration de l’opérateur d’Etat via un “guichet unique” », ajoutent les présidents dans le communiqué.

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