Recrutement : peut-on maîtriser les secrets des algorithmes avant de postuler ?

L’usage des Applicant Tracking Systems, ces logiciels qui permettent aux ressources humaines de centraliser, d’analyser et de filtrer les candidatures, suscite beaucoup d’interrogations et d’angoisses parmi les futures recrues.

Quand Antony est devenu chômeur, en avril 2025, il ne savait pas ce qu’étaient les Applicant Tracking Systems (ATS), ces logiciels qui permettent aux ressources humaines (RH) de centraliser, d’analyser et de filtrer les candidatures. Il en a pris connaissance en élaborant son CV. « Il était hyper créatif, raconte le graphiste, mais un pote m’a tout de suite mis un gros stop, il m’a dit : ” Ça ne passera jamais l’ATS.” » Il se résigne alors à produire une version « plus sobre », avec une police de caractères classique, et sans graphiques. Il espère ainsi que son profil passera plus facilement cette « première barrière ». Mais après quasiment un an de chômage et des refus qu’il a arrêté de compter, il doute. « Est-ce que j’ai les bonnes techniques ? Je n’en sais absolument rien, confie Antony. Je suis complètement perdu. »

Si les ATS existent depuis les années 1990, leur déploiement s’est accéléré ces dernières années. Quatre-vingts pour cent des recruteurs déclarent y avoir recours ou envisager de le faire en 2024, contre 64 % en 2018, d’après une enquête menée par Hellowork sur un panel de 4 200 professionnels, publiée en mai 2024. Ces logiciels sont utilisés à un premier niveau pour « aspirer l’information », explique Antoine Dufour, responsable du pôle digital de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC), c’est-à-dire pour extraire les données issues des CV des candidats. Une minorité d’ATS propose ensuite des « fonctionnalités augmentées », intégrant de l’intelligence artificielle (IA), par exemple pour résumer un CV ou calculer un « taux de correspondance » entre le profil d’un candidat et une offre d’emploi.

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Du recul du salariat à l’essor du microentreprenariat, comment la fragmentation du travail nourrit la précarité

Patricia reprend à peine son souffle lorsqu’elle retrace son parcours de cheffe de cuisine. « En début de carrière, j’ai été en CDD puis en CDI dans plusieurs secteurs, et je l’agrémentais de missions en intérim pour compléter mes revenus », commence la jeune femme de 34 ans (qui n’a pas souhaité donner son nom). Avant de poursuivre : « En 2019, je me suis tournée vers les plateformes de mise en relation pour des missions en restauration, car le salaire paraissait plus attractif. C’était comme de l’intérim, mais plus structuré, plus flexible, ça paraissait révolutionnaire. Jusqu’au jour où la répression des fraudes m’a contactée pour me dire que la plateforme que j’utilisais était poursuivie pour travail dissimulé. » Aujourd’hui, elle continue d’enchaîner les postes dans les restaurants sous le statut de microentrepreneur, jamais très stables, jamais très longtemps, et, dans son secteur comme dans beaucoup d’autres, ils sont des milliers comme elle.

Depuis vingt ans, l’emploi se morcelle en France. Certes, entre fin 2019 et fin 2024, en dépit de la pandémie de Covid-19, des tensions internationales et des incertitudes politiques, le pays a créé quelque 1,7 million d’emplois, soit une hausse de 5,9 %, supérieure à celle de la croissance. Mais ce chiffre masque un phénomène : autrefois considéré comme la norme, le salariat stagne, tandis que les formes de travail non salarié – les indépendants, principalement les microentrepreneurs – prennent de l’essor. Ce n’est pas tout. Les stages de fin d’études ne cessent de s’allonger, les plateformes proposant des jobs à la tâche essaiment et le nombre de « slasheurs », ces personnes contraintes de jongler entre plusieurs petits boulots pour boucler leurs fins de mois, augmente.

Cette « mosaïfication » de l’emploi est lourde de conséquences économiques, sociales et politiques. Elle retarde l’indépendance des jeunes, qui peinent à se loger. Elle fragmente un peu plus encore le rapport au collectif, alors que le taux de syndicalisation est déjà au plus bas. Elle alimente une frustration et un découragement qui ne sont pas sans incidence lorsqu’il s’agit de glisser un bulletin dans l’urne.

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Forts remous au sein de La Boîte à bulles, l’éditeur de BD

Dans la section Le Monde des Bulles lors du 49e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, le 18 mars 2022.

Certains rachats se révèlent de vrais flops. Vincent Henry, créateur de la maison d’édition La Boîte à bulles (BAB) en 2003, a publié au fil des années plusieurs centaines d’albums de BD. En 2017, il cède l’entreprise à laquelle il a voué toute sa vie à Humanoids Inc., présidé par Fabrice Giger, en espérant se développer, arriver sur le marché américain et diversifier ses albums dans l’audiovisuel. Le prix, presque inespéré pour le vendeur, est fixé à 557 000 euros. Aujourd’hui, Vincent Henry est ruiné.

Son erreur ? Avoir vendu à crédit son entreprise, basée à Tours (Indre-et-Loire). Fabrice Giger n’a versé que 41 000 euros lors de l’acquisition. Les 516 000 euros restants ne seront jamais payés. Un sérieux différend a opposé les deux hommes, chacun s’accusant de tous les maux.

Tout commence au moment où La Boîte à bulles, peu ou prou bénéficiaire depuis sa création, commence à perdre de l’argent en 2022. L’année suivante, selon Libération, Fabrice Giger reproche à Vincent Henry de ne pas avoir atteint l’objectif qu’il lui avait fixé : doubler son chiffre d’affaires pour parvenir au seuil de 1 million d’euros. Il lui fait aussi porter l’échec de l’opération commerciale des vingt ans de La Boîte à bulles.

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Le Medef exhume le smic-jeunes et le contrat première embauche

Des apprentis tailleurs de pierre, dans un atelier du lycée professionnel Hector-Guimard, à Paris, le 17 janvier 2025.

Des idées anciennes pour faciliter le recrutement des jeunes. Mercredi 28 janvier, le Medef a dévoilé des propositions sur l’emploi de cette catégorie de la population lors d’une rencontre qui a eu lieu dans son siège national, avenue Bosquet, à Paris, avec deux autres organisations patronales – la Confédération des petites et moyennes entreprises, l’Union des entreprises de proximité – et les cinq principaux syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO). Révélées par l’agence de presse AEF, certaines de ces pistes comportent de grandes similitudes avec des projets controversés de réforme défendus, il y a deux à trois décennies, par des gouvernements de droite : le contrat première embauche (CPE) et le contrat d’insertion professionnelle (CIP) – aussi appelé « smic-jeunes ».

La réunion de mercredi obéit à la volonté des acteurs sociaux de se doter d’un « agenda autonome », c’est-à-dire un programme de négociations élaboré à leur initiative et conduit sans immixtion de l’Etat. Début juin 2025, ils avaient déjà eu un temps d’échange dans cette optique et avaient commencé à inventorier des thèmes possibles de réflexion collective – dont l’emploi des jeunes. Le président du Medef, Patrick Martin, tient beaucoup à ce que ce sujet soit abordé. Il en parle presque systématiquement, à l’occasion d’interventions médiatiques ou, plus récemment, lors de ses vœux pour 2026 présentés, le 12 janvier, au Conseil économique, social et environnemental.

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Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail : « Toutes les formes d’instabilité ont des effets immédiats sur le marché du travail »

Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, lors de l’inauguration de l’Alliance pour l’inclusion par le sport au complexe sportif Georges-Carpentier à Paris, le 8 avril 2024.

Architecte de la transformation du service public de l’emploi, Thibaut Guilluy est à la tête de France Travail (nouveau nom de Pôle emploi depuis le 1er janvier 2024) depuis le 21 décembre 2023. Il fait le bilan de la transformation de l’opérateur public entamée à son arrivée et « déplore » la baisse de ses effectifs dans le budget 2026.

Quelle analyse faites-vous de la transformation de Pôle emploi en France Travail ?

C’est une réforme très profonde qui ne se fait pas en un ou deux ans, dans la manière dont l’ensemble des acteurs s’organisent pour pouvoir accompagner chaque Français dans son parcours de vie professionnelle et de faire en sorte que chaque entreprise, privée, publique, associative, puisse être soutenue de façon plus efficace dans la recherche de candidats et dans la création d’emplois. Sur les deux premières années, on a pu préparer les conditions de cette transformation. Les bases ont été posées, avec l’inscription de tous les demandeurs d’emploi, la mise en place des comités locaux, la création de France Travail Pro et de nombreuses expérimentations.

Quels en sont les premiers résultats ?

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Dans les banques, l’emploi sous pression entre nouvelle concurrence et nouveaux usages

Devant une agence du Crédit Agricole, sur l’île de Groix (Morbihan), le 19 juin 2019.

Dans les banques, l’heure n’est toujours pas aux saignées dans les effectifs qui lui sont régulièrement prédites depuis les années 1980. L’emploi dans le secteur, qui comptait un peu plus de 373 000 salariés en 2024, est à la « stabilité », assurait, lundi 26 janvier, lors de ses vœux à la presse, le président de la Fédération française des banques, Daniel Baal, ajoutant que « toutes les banques continuent de recruter ».

La France reste à l’abri des plans de départs massifs tel que celui annoncé en novembre 2025  par le néerlandais ABN Amro, qui veut supprimer 5 200 postes d’ici à 2028, soit 20 % de ses effectifs, pour réduire sa « base de coûts » en profitant des gains de productivité promis par l’intelligence artificielle (IA).

Mais les signaux s’accumulent, qui confirment la volonté de plusieurs grands acteurs du secteur d’accélérer l’adaptation de leur organisation aux mutations en cours. Dans les 39 caisses régionales du Crédit agricole, qui emploient quelque 78 000 personnes, les salariés étaient appelés, le 22 janvier, à débrayer pour défendre des revendications salariales et dénoncer les conséquences d’un plan d’« efficacité » présenté à l’automne 2025 par la Fédération nationale du groupe, la FNCA, même s’il n’inclut aucun objectif de suppressions de postes.

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Automobile : fermetures en cascade chez les sous-traitants

Lors d’une mobilisation des adhérents de la CFDT contre la fermeture annoncée de l’usine Sogefi, à Sin-le-Noble (Nord), le 15 décembre 2025.

« C’était comme si on m’annonçait la mort de ma mère… J’ai pleuré, pleuré, pleuré… et je suis pas le seul. » Voilà vingt-six ans que Sami était opérateur chez Lisi Automotive. Une semaine après l’annonce de la fermeture de leur usine à Puiseux-Pontoise (Val-d’Oise), ses collègues et lui sont toujours sous le choc, mardi 27 janvier. « C’est comme si mes parents m’abandonnaient ! », renchérit, autour d’un feu de bois à l’arrière de l’usine, Khalid, régleur à l’injection plastique, 40 ans (les salariés ont demandé qu’on ne publie pas leur nom de famille).

« Tout un cheminement de notre vie s’est brisé d’un coup lorsqu’ils nous ont annoncé la nouvelle, raconte Hakim, père de quatre enfants. Le crédit de la maison, les activités des enfants, les vacances d’été que j’ai déjà réservées, tout a défilé dans ma tête… Comment on va faire ? » « A la télé, on ne voit que ça, les boîtes qui ferment, soupire Khalid. On a l’impression que c’est devenu normal. »

Un jour avant eux, les salariés de Bosch à Moulins-Yzeure (Allier) et à Vénissieux (Rhône) ont subi la même douche froide, avec l’annonce soudaine de la fermeture de leurs sites, 310 postes au total qui disparaissent. Ceux de Mahle à Hambach (Moselle) étaient en grève le 12 janvier pour obtenir de meilleures conditions de départ : ils fermeront en juin (186 salariés). Le 8 janvier, ce sont les 320 salariés de l’usine Dumarey Powerglide à Strasbourg qui apprenaient que c’était la fin – un plan social avait déjà supprimé 234 emplois en 2025. A la veille de Noël, à Douai, dans le Nord, Sogefi (130 emplois) annonçait une fermeture courant 2026, comme chez Allgaier à Faulquemont en Moselle (180 salariés). Cela fait plus de 1 200 postes supprimés.

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Les dispositifs tournés vers l’emploi des jeunes améliorent légèrement leur efficacité

Dans les bureaux de l’éditeur d’applications et de jeux mobiles Voodoo, à Paris, le 20 janvier 2026.

Quel a été l’impact des nouveaux dispositifs de soutien à l’emploi des jeunes en difficulté sur la trajectoire professionnelle des publics concernés ? Pour le savoir, l’Institut des politiques publiques, qui évalue l’efficacité de ces dernières, a mené, en partenariat avec la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du travail, deux études, publiées le 22 janvier. La première porte sur le contrat d’engagement jeune (CEJ), la seconde sur sa version renforcée, baptisée « CEJ – Jeunes en rupture » (CEJ-JR), qui leur permet de bénéficier d’un accompagnement renforcé.

Pour mémoire, le CEJ, destiné aux jeunes de 16 à 25 ans ni en emploi, ni en études, ni en formation, propose un accompagnement d’un an visant un retour rapide à l’emploi. Il est constitué d’ateliers et d’entretiens, et assorti d’une allocation mensuelle. Entre mars 2022 et juin 2024, près de 700 000 jeunes en ont bénéficié. La plupart (445 568 jeunes) ont été suivis par une mission locale, qui auparavant leur proposait la garantie jeune (GJ), un dispositif auquel le CEJ a succédé dans une version plus courte et intensive (sept mois maximum).

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Les syndicats et le patronat lancent la négociation sur les contrats courts

Le logo de France Travail, à Nancy, le 1ᵉʳ mai 2025.

Finalement, la réunion a eu lieu, ce qui constitue – presque – un petit événement. Mercredi 28 janvier, les syndicats et le patronat se sont rencontrés pour engager une négociation sur les contrats de travail de courte durée. Plusieurs protagonistes, dont les trois mouvements d’employeurs, avaient prévenu qu’ils feraient défection si le gouvernement ne répondait pas à certaines de leurs attentes, en amont de ce temps d’échange. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, leur ayant donné satisfaction par le biais d’une lettre envoyée pendant la nuit précédente, les acteurs sociaux ont pu lancer les pourparlers.

Le rendez-vous de mercredi après-midi s’inscrit dans un feuilleton alambiqué, en lien avec l’assurance-chômage. En novembre 2024, les représentants des travailleurs et des chefs d’entreprise, qui gèrent le système d’indemnisation des demandeurs d’emploi à travers l’association paritaire Unédic, parviennent à un accord redéfinissant les règles du régime.

Quelques mois plus tard, ils aboutissent à un autre compromis, consacré – cette fois-ci – au bonus-malus. Ce mécanisme consiste à moduler les cotisations à l’assurance-chômage en fonction de la fréquence à laquelle un patron se sépare de ses collaborateurs : ainsi, une entreprise, qui embauche du personnel en multipliant les contrats à durée déterminée et les missions d’intérim, est susceptible de se voir appliquer le taux de contribution le plus élevé, tandis que celle dont la main-d’œuvre est stable paiera moins. Sur ce dispositif, les syndicats et le patronat trouvent, en mai 2025, un terrain d’entente, qui prévoit, entre autres, des tractations complémentaires à mener ultérieurement sur les contrats courts.

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France Travail condamné à une amende de 5 millions d’euros, après un vol massif de données

La CNIL a annoncé, jeudi 29 janvier, avoir lourdement sanctionné France Travail après un vol massif de données, ayant pu concerner 36,8 millions de demandeurs d’emploi.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a condamné jeudi 29 janvier France Travail à une amende de 5 millions d’euros après une fuite de données personnelles massive, ayant pu concerner jusqu’à 36,8 millions d’utilisateurs français en mars 2024.

France Travail, opérateur public consacré à la recherche d’emploi (anciennement Pôle emploi), avait alors révélé avoir été la cible de pirates informatiques ayant réussi à extraire des données personnelles de demandeurs d’emploi, et avait averti la CNIL en conséquence. L’autorité avait expliqué que les données subtilisées recouvraient « les noms et prénoms, les numéros de Sécurité sociale, les identifiants France Travail, les adresses mail et postales ainsi que les numéros de téléphone ».

Etaient concernés les chômeurs inscrits à France Travail au moment des faits, mais aussi les « personnes précédemment inscrites au cours des vingt dernières années », soit « potentiellement » 43 millions de personnes. Après vérifications et élimination de doublons, ce nombre a été ramené à 36,8 millions, a précisé France Travail à l’Agence France-Presse.

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