Archive dans 2023

Salaires des professeurs : les questions posées par l’annonce de Pap Ndiaye sur le « nouveau pacte »

Le ministre de l’éducation nationale Pap Ndiaye, à l’Elysée, le 12 octobre 2022.

Cela ne devait plus faire partie de la nouvelle « méthode Pap », mais pour cette fois, le ministère de l’éducation nationale aura devancé les négociations syndicales dans les médias. Jeudi 2 février, sur France Inter, le ministre Pap Ndiaye a annoncé que les missions supplémentaires qui doivent permettre aux enseignants d’améliorer leurs rémunérations dans le cadre du « nouveau pacte » voulu par le président de la République, Emmanuel Macron, représenteraient « un volume horaire d’environ soixante-douze heures en plus » par an.

Lire aussi : Revalorisation des enseignants : Pap Ndiaye propose 72 heures par an pour de « nouvelles missions »

Cette enveloppe annuelle assurerait une hausse de rémunération de 10 %, a également précisé le ministre. Le montant débloqué par année et par enseignant serait de 3 650 euros, soit un peu plus de 300 euros par mois sur douze mois.

Ces « nouvelles missions obligatoires pour les professeurs qui adhéreront au pacte » seront de plusieurs natures, a précisé Pap Ndiaye. Il pourra s’agir de « remplacement de courte durée, de l’orientation et de l’accompagnement des élèves, et, dans le premier degré, la possibilité d’enseigner au collège l’heure de renforcement de maths et de français », a-t-il énuméré.

Un deuxième type de mission concerné par le pacte pourra « varier selon les établissements », puisqu’il s’agira des projets pédagogiques innovants, financés dans le cadre du Conseil national de la refondation éducation. Dans certains établissements, ces missions ont déjà commencé et les enseignants perçoivent une indemnité correspondante. Pour les nouveaux projets à partir de septembre, cependant, celle-ci sera comprise dans le pacte, assure-t-on au ministère de l’éducation.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Education : la définition des « nouvelles missions » des enseignants, un chantier périlleux

« Personne ne nous avait parlé d’un horaire annuel de soixante-douze heures », s’étonne Sophie Vénétitay, du SNES-FSU. La réunion avec les syndicats est prévue mercredi 8 février pour discuter de la partie « pacte » de la revalorisation, à ne pas confondre avec la partie « socle », qui correspond à l’augmentation, sans conditions, de certains échelons de la grille de salaire des enseignants. « J’ai fait savoir que nous n’apprécions pas de revenir à un modèle où nous apprenons les choses par voie de presse avant même le début des négociations », ajoute Catherine Nave-Bekhti, du SGEN-CFDT.

« Un problème de forme »

Les syndicats enseignants se souviennent des années Blanquer, et particulièrement de la crise due au Covid-19, où les décisions de l’institution étaient systématiquement annoncées dans les médias. La somme annoncée de 3 650 euros par an et par enseignant avait en revanche déjà circulé « en off » dans l’entourage du ministre, assurent-ils.

Il vous reste 39.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Revalorisation des enseignants : Pap Ndiaye propose 72 heures par an pour de « nouvelles missions »

Le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, a indiqué jeudi 2 février que le « pacte » proposé par le gouvernement aux enseignants, qui prévoit une hausse de rémunération conditionnée à de nouvelles missions, correspondrait à un « volume annuel d’environ 72 heures » de tâches supplémentaires.

« Nous sommes en négociation actuellement pour aboutir, début mars, à des propositions qui seront mises en œuvre à partir de la rentrée 2023. De quoi s’agit-il ? Il s’agit de deux volets en quelque sorte dans ce pacte : un volet obligatoire, avec en particulier des missions liées aux remplacements de courte durée (…) Pour l’ensemble de ces nouvelles missions, nous calculons un volume annuel d’environ 72 heures », a déclaré le ministre sur France Inter, sans donner davantage de précisions.

Il a cité également « des missions d’orientation et d’accompagnement des élèves », avec « du côté du premier degré cette possibilité d’enseigner au collège », avec l’heure supplémentaire de renforcement et de soutien en français et en mathématiques en 6e annoncée récemment par le ministre, assurée en partie par des professeurs des écoles.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Revalorisation salariale des enseignants : des primes entre 0 et 292 euros net mensuels à l’étude

Deux scénarios de revalorisation

« Ensuite, il y a tout un volet de missions qui peuvent varier selon les établissements et qui sont liés au CNR [Conseil national de la refondation] éducation, à toutes ces initiatives qui sont prises », a-t-il dit. Ces nouvelles missions permettront de « gagner 10 % de plus par rapport au salaire moyen, donc ça représente une somme de 3 650 euros annuels », a souligné le ministre.

Les concertations sur les hausses de rémunérations des enseignants, promises par le président Emmanuel Macron, ont repris en janvier, après une première phase à l’automne. Elles ont porté la semaine dernière sur la partie « socle » (inconditionnelle) des hausses, avant une réunion mercredi prochain sur cette partie « pacte », liée à de nouvelles missions. Sur la partie « socle », le ministère a présenté aux syndicats deux scénarios de revalorisation des salaires des enseignants aux syndicats, mais ceux-ci sont restés sceptiques, jugeant les hausses de rémunérations prévues trop faibles pour les deuxièmes moitiés de carrière.

Lire aussi l’analyse : Article réservé à nos abonnés Salaires des enseignants : histoire d’une dévalorisation sans fin

Le Monde avec AFP

Réformes des retraites : le tabou de la rémunération des seniors

Trop chers les quinquas ? C’est souvent l’un des arguments mis en avant par les entreprises pour justifier le faible taux d’emploi des plus de 55 ans en France – une singularité réapparue avec la réforme des retraites, que les économistes peinent encore à expliquer. Alors que les députés ont approuvé, mardi 31 janvier, lors de l’examen du projet de loi en commission à l’Assemblée nationale, la création d’un « index seniors » dans les entreprises pour améliorer la place des salariés en fin de carrière, les chiffres sont éloquents. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), moins de 54 % des Français âgés de 55 à 64 ans occupaient un emploi en 2020, contre 60 % en moyenne en Europe et dans l’OCDE (qui regroupe les 38 pays les plus développés), et jusqu’à 71 % au Danemark.

Les chiffres révèlent aussi une réalité moins débattue : les 55-64 ans coûtent plus cher en France qu’ailleurs. Leur rémunération moyenne y est supérieure de 17 % à celle des 25-54 ans, selon les données de l’OCDE, contre 11 % en Allemagne, 8 % aux Etats-Unis, ou 3 % au Danemark. Dans certains pays, la rémunération tend même à diminuer en fin de carrière : elle décroît ainsi légèrement au Royaume-Uni ou au Canada (− 1 %).

En France, en moyenne, le salaire mensuel à 25 ans s’élève à 1 350 euros environ, progresse rapidement dans les dix à quinze années suivantes, stagne ensuite au-dessus de 2 000 euros, avant d’accélérer de nouveau dans les dix dernières années pour culminer autour de 2 300 euros, détaille une note de France Stratégie, organisme rattaché à Matignon, publiée en 2018. Dans une carrière complète, le salaire moyen augmenterait donc de 1 000 euros environ.

Accords de branche

Cet écart entre les salariés âgés et les autres s’est réduit ces dernières années – il était deux fois plus élevé en 2006. Mais « ces différences de salaires en fin de carrière peuvent avoir un effet sur l’emploi, confirme Hervé Boulhol, économiste principal chargé des retraites, à la direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE. Les pays dans lesquels les rémunérations augmentent sont aussi ceux où le taux d’emploi des seniors est faible – l’Italie, la Belgique, la Grèce, l’Autriche… La corrélation n’est pas forcément une causalité, mais il y a quand même quelque chose de flagrant ».

Les chiffres sont toutefois un peu déformants, note l’organisation. « Il y a un effet lié au profil des personnes qui quittent le marché à cet âge, confirme l’économiste Alain Trannoy, directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. En France, contrairement aux Etats-Unis, les moins qualifiés sont ceux qui sortent les premiers. Ceux qui restent sont plus diplômés et plus adaptés au marché du travail. Or, ce sont aussi les mieux payés, d’où cet effet sur les salaires. » Reste à savoir pourquoi les premiers sont exclus du marché. Sont-ils jugés moins productifs – un fait très difficile à établir ? Ou est-ce de la discrimination, découlant de représentations stéréotypées liées à l’âge ?

Il vous reste 50.75% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Actions des grévistes sur le réseau électrique : l’enquête de la DGSI révèle un climat social tendu chez RTE

Avant d’être une citadelle d’ingénieurs, de data scientists et d’économistes, RTE est une entreprise « les mains dans le cambouis », comme le dit le président du directoire, Xavier Piechaczyk (262 500 euros de salaire brut, 80 000 euros de part variable, en 2021, selon l’agence de participation de l’Etat). L’huile qui sert d’isolant dans les transformateurs. Le cuivre des fils électriques. L’acier des 250 000 pylônes. Le béton des tunnels pour les lignes enterrées, notamment celles qui passent sous la mer ou sous les montagnes, devenues essentielles cet hiver pour importer de l’électricité en provenance du reste de l’Europe.

Sur ses 9 500 salariés, 4 000 environ travaillent dans la maintenance, les fameux « lignards », de jour comme de nuit, le long des lignes haute tension (entre 63 000 et 400 000 volts). La CGT y a toujours tenu une place solide, sous la bannière de la Fédération de l’énergie, très attachée au statut des industries électriques et gazières, avec des taux de syndicalisation restés élevés.

Les syndicats sont sévères sur le management de RTE. « Avec l’application Ecowatt [qui donne des alertes aux consommateurs sur les risques éventuels de coupures], Xavier Piechaczyk est un peu devenu le Olivier Véran de l’électricité », grince un syndicaliste, agacé de voir le patron de l’entreprise prendre la lumière médiatique. L’année 2022 a été marquée par un conflit social très dur sur les demandes d’augmentation salariale.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Transition énergétique : le défi d’une électrification de la France d’ici à 2050

De longues grèves, portées notamment par la CGT. « La direction est en mode bulldozer, ils ne cherchent pas les compromis », fustige Francis Casanova, délégué central de la CGT. Même si, après de longs mois de bataille, la direction et les syndicats se sont entendus, mi-décembre 2022, sur les hausses de rémunération face à l’inflation en 2022 et 2023, suivant d’autres entreprises du secteur, notamment Enedis et EDF.

Une « procédure normale »

Un épisode en particulier a marqué les esprits dans l’entreprise : le recours à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), en juillet 2022, à propos d’actions de protestation dans les Hauts-de-France. Les quelque 200 procès-verbaux de l’enquête pénale, consultés par Le Monde, montrent que l’entreprise a choisi de prévenir le service d’espionnage en parallèle du dépôt de plainte pour des faits d’intrusion dans le système informatique, commis en marge d’un mouvement syndical, ayant perturbé RTE dans son pilotage des réseaux dans la région ces jours-là.

Après une enquête interne particulièrement approfondie, les services de sécurité de RTE, dirigés par un général de gendarmerie à la retraite, ont identifié quatre suspects parmi les employés. La DGSI a pris le relais : écoutes judiciaires, géolocalisation des déplacements, perquisitions par une vingtaine de policiers et techniciens scientifiques, puis un peu plus de soixante-douze heures de garde à vue pour les quatre salariés mis en cause. « Avec des collègues, on s’était organisés pour essayer de faire parler de nous puisque les voies normales ne marchaient pas », a justifié Antoine B. devant les enquêteurs en reconnaissant les faits comme les trois autres hommes auditionnés.

Il vous reste 14.87% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

La Fed ralentit la hausse des taux et adopte un ton résolument optimiste sur l’inflation

Le président de la Réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine), Jerome Powell, à l’issue de la réunion du comité de politique monétaire, à Washington, mercredi 1er février.

La bataille contre l’inflation n’est pas encore gagnée, mais l’affaire est en très bonne voie. C’est au fond le message qu’a adressé Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine), lors de sa conférence de presse, à l’issue de la réunion du comité de politique monétaire, mercredi 1er février.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Aux Etats-Unis, l’inflation cède enfin le pas

Comme prévu, l’institution a augmenté ses taux directeurs, mais d’un quart de point seulement, à 4,75 %. La banque revient à un rythme normal, après avoir relevé le loyer de l’argent à marche forcée, le faisant passer de zéro à 4,5 %, en 2022. La Fed, dans son communiqué, souligne que « l’inflation a quelque peu diminué, mais reste élevée » et estime que des augmentations continues seront appropriées pour atteindre une politique monétaire suffisamment restrictive pour ramener l’inflation à 2 %.

D’autres hausses sont à attendre, en mars ou en mai. Toutefois, pendant sa conférence de presse, M. Powell était optimiste, au point que les marchés, qui étaient dans le rouge, se sont envolés : le Nasdaq, riche en sociétés technologiques et très sensible à l’inflation, a fini la séance de mercredi en hausse de 2 % (12,9 % depuis le début de l’année), tandis que le S&P 500 progressait de 1,05 %. « Je pense que nous pouvons maintenant dire que pour la première fois le processus désinflationniste a commencé », a déclaré M. Powell, tout en notant qu’il serait « très prématuré de déclarer victoire ou de penser que c’est fait ».

Un marché de l’emploi favorable aux salariés

« Désinflation », le mot est prononcé, qui concerne avant tout le prix des biens. Hors énergie et alimentation, ceux-ci baissent depuis septembre 2022, en raison de la résorption des goulets d’étranglement post-Covid-19 (semi-conducteurs, matières premières, fret) et de la désaffection des consommateurs, qui avaient surconsommé quand ils étaient confinés. Leur hausse, sur un an, n’était que de 2,1 % en décembre 2022.

Deuxième bonne nouvelle, la hausse du coût du logement se calme, notamment en raison du doublement des taux des emprunts hypothécaires, qui se situent à 6,5 % sur trente ans. Reste l’inflation dans les services, encore trop élevée, avec une exubérance du transport aérien (+ 28 % sur un an) : M. Powell voudrait la voir baisser.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Aux Etats-Unis, le ton monte contre les hausses des taux décidées par la Fed

L’inflation encore élevée est notamment liée au marché de l’emploi, qui reste très favorable aux salariés, avec un taux de chômage de 3,5 %, au plus bas depuis cinquante ans, une faible immigration et une participation à l’emploi en deçà des niveaux prépandémiques. En 2022, 50,5 millions d’Américains ont quitté leur emploi, soit 3,1 % des salariés du privé. Un record.

Il vous reste 44.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Des salariés satisfaits mais tendus : l’intensification du travail a augmenté la charge mentale

Le goût du travail bien fait et le goût des autres sont toujours d’actualité, à en croire la dernière étude de l’Institut Montaigne, « Les Français au travail : dépasser les idées reçues » à paraître jeudi 2 février. Les actifs aiment leur travail, aussi pénible soit-il, mais veulent le faire dans de bonnes conditions, et davantage en télétravail. Et s’ils sont prêts à travailler plus, c’est pour gagner plus. « La préoccupation centrale de la rémunération se traduit dans notre enquête par l’importance de (…) “gagner de l’argent” dans le sens donné au travail, plus dans le privé que dans le public, et en particulier pour les ouvriers », commente l’Institut Montaigne.

Le think tank a abouti à ces conclusions en deux temps. Kantar Public a réalisé pour lui une enquête à l’automne 2022 intitulée « Le travail au XXIsiècle », qui a donné la parole à plus de 5 000 actifs en emploi (des salariés et des indépendants, qu’ils soient dans le secteur public ou dans le privé) afin qu’ils décrivent eux-mêmes leur rapport au travail. Puis, il en a confié l’analyse économétrique au cabinet de conseil Kearney pour disséquer les données, identifier les ruptures avec les études précédentes de l’Institut Montaigne, en les croisant avec les statistiques nationales et européennes afin d’explorer les liens de causalité.

Dans cette étude, le management apparaît comme un enjeu majeur en lien avec la qualité de vie au travail. C’est surtout la charge de travail qui apparaît problématique : 60 % considèrent qu’elle a augmenté au cours des cinq dernières années. Un quart des salariés (24 %) et 18 % des indépendants la jugent même « excessive » : 31 % dans les secteurs de la santé, du social et de la culture et 30 % au sein des professions intermédiaires.

« On ne déconnecte plus »

La plupart des facteurs qui expliquent le ressenti de cette charge de travail « excessive » sont d’ordre subjectif : une relation dégradée avec le management, une faible autonomie au travail… et surtout une charge psychique, qui pèse lourd sur les actifs. « Les manageurs devraient avoir davantage conscience que leur rôle est plus qu’ils ne l’imaginent important pour la satisfaction des salariés. Les insatisfactions à leur égard, même si elles sont légères, pèsent lourd », commente l’économiste Bertrand Martinot, spécialiste de l’emploi de l’Institut Montaigne.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Dominique Méda : « Rendre le travail soutenable est un préalable indispensable à toute réforme des retraites »

Contrairement à ce que l’on observe pour la pénibilité physique, la charge mentale ne dépend pas de la catégorie socioprofessionnelle. Elle frappe en revanche certains secteurs plus que d’autres : la santé, le social, l’hébergement et la restauration. La pénibilité psychique est fortement ressentie : 47 % des actifs interrogés estiment que leur travail est psychologiquement pénible. « Les questions liées à la santé au travail, surtout la santé mentale et le traitement, si possible préventif, d’une charge psychique excessive, doivent devenir des préoccupations centrales », recommandent les auteurs.

Il vous reste 47.3% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

« La Nouvelle Peur des autres » : Etes-vous un anxieux social ?

Le livre. « Imaginez qu’en rentrant dans cette salle, vous vous aperceviez soudain que vous êtes tout nu. (…) C’est ce que vivent, avec plus ou moins d’intensité il est vrai, les anxieux et les phobiques sociaux. » Voici quelques années, la présidente de l’Association américaine des troubles anxieux avait saisi, avec ces mots, l’assistance d’un Congrès mondial de psychiatrie. Et mis le doigt sur les douleurs intenses que peuvent ressentir les personnes touchées par l’anxiété sociale, sans que leur entourage le remarque forcément.

De fait, cette peur du regard et du jugement d’autrui qui se décline en trac, timidité ou phobie sociale, peut handicaper lourdement ceux qui la subissent. Dans les cas extrêmes, elle envahit tous les compartiments d’une vie où des efforts démesurés sont déployés pour éviter tout contact.

Cette anxiété sociale est l’objet d’un essai mené par trois psychiatres, Christophe André, Patrick Légeron et Antoine Pelissolo, La Nouvelle Peur des autres (Odile Jacob), qui explorent ses manifestations, ses ressorts, mais aussi les moyens de s’en libérer (médicaments, psychothérapie). Ce faisant, ils mettent en lumière combien cette crainte d’autrui peut peser sur la vie professionnelle des personnes concernées.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Le retour au bureau « d’avant » « peut être vécu comme une régression »

L’angoisse de s’exprimer en réunion, de s’affirmer et d’imposer ses vues à des prestataires ou même l’appréhension d’échanges informels autour de la machine à café… Cette peur des autres peut se manifester en de multiples occasions, jusqu’à influer les choix de carrière des personnes touchées. Ainsi, « 58 % des employés disent appréhender d’occuper un poste de direction par peur de devoir s’exprimer en public », expliquent les auteurs. De quoi pousser certains salariés à décliner une promotion.

Usage à double tranchant

D’autres professionnels ont ressenti le besoin d’adapter leur carrière : « Des médecins phobiques sociaux optent ainsi pour une spécialité qui ne les oblige pas à discuter avec leurs patients, comme l’anesthésie ou la radiologie », indiquent les auteurs, citant aussi le cas de ce « professeur d’histoire qui finit par renoncer à son métier pour travailler comme vigile de nuit dans une grande usine, seul moyen de ne pas se rendre quotidiennement malade en affrontant élèves, parents et collègues ».

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Burn-out, dépression, absentéisme, peur de tomber malade : la santé devient une priorité des DRH

L’époque ne facilite pas les choses pour les anxieux sociaux. Si les technologies peuvent parfois constituer un refuge, leur usage est à double tranchant, rendant les interactions physiques plus rares… Et plus angoissantes. Nombre de salariés ont d’ailleurs eu des difficultés à reprendre une activité professionnelle en présentiel après les périodes de confinement, « ayant perdu l’habitude des confrontations directes et des prises de parole lors de vraies réunions ».

Il vous reste 25.78% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Transition énergétique : le défi d’une électrification de la France d’ici à 2050

Le XXIe siècle sera électrique, ou ne sera pas. Thomas Veyrenc, ingénieur de CentraleSupélec et diplômé de Sciences Po, pilote les prévisions parmi les plus sensibles en France. Sous sa direction, au cœur du quartier de La Défense, à Paris, 150 ingénieurs et économistes analysent des quantités considérables de données, économiques, sociétales, météorologiques, physiques, minières, hydrologiques, climatiques, industrielles, afin d’éclairer les choix énergétiques de la France pour les prochaines décennies. « Une machine à simuler », dit-il dans un sourire.

Son employeur, dont il est directeur exécutif stratégie et prospective, est une entreprise habituellement discrète, sinon secrète, à la gouvernance atypique, à l’actionnariat dormant, longtemps demeurée dans l’ombre de la puissante EDF, mais dont le poids stratégique va s’accentuer avec la dramatisation des enjeux énergétiques et l’engagement de décarbonation du pays d’ici à 2050.

Bienvenue chez RTE, pour Réseau de transport d’électricité, 9 500 salariés, 106 000 kilomètres de lignes à très haute tension, 250 000 pylônes, plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et la mission d’anticiper les avenirs énergétiques, exercice aussi délicat que stratégique, qu’il s’agisse des éventuelles coupures d’électricité de l’hiver 2022-2023 ou du visage de la France dans vingt ans.

« Les pédagogues d’une société décarbonée »

En fin d’entretien, quand la prudence s’estompe un peu, malgré les deux conseillères en communication mobilisées, Thomas Veyrenc livre son intime conviction, colonne vertébrale de la prochaine étude de RTE, qui devrait à nouveau bousculer les débats d’ici à juin : la France doit se préparer urgemment à un plan massif d’électrification et donc à des choix industriels drastiques dans un temps très court.

Car il va falloir que les filières – dans le nucléaire, les énergies renouvelables et les infrastructures – montent en cadence de façon spectaculaire pour absorber le choc à venir du remplacement des énergies fossiles consommées sur le territoire.

Sur le site de l’interconnexion électrique France-Espagne, à Baixas (Pyrénées-Orientales), le 19 janvier 2023.

C’était déjà, en partie, l’objet des travaux publiés par RTE en octobre 2021, sous le nom de « Futurs énergétiques 2050 ». Soit près de 1 000 pages d’anticipation, denses, argumentées, des scénarios envisageables pour que le pays atteigne son objectif de neutralité carbone, bien au-delà des débats habituels entre chapelles concurrentes sur le nucléaire, le pétrole, le gaz ou les énergies renouvelables. Ces travaux avaient, très distinctement, formé la charpente du discours du chef de l’Etat, Emmanuel Macron, le 10 février 2022, à Belfort, lors de ses annonces sur la politique énergétique française et la relance du nucléaire.

Il vous reste 85.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Retraites : le Parlement adopte le relèvement des pensions des agriculteurs non salariés

C’était une réforme attendue de longue date par le monde agricole. Le Parlement a définitivement adopté mercredi 1er février au soir, par un ultime vote unanime du Sénat, une proposition de loi portée par Les Républicains (LR) permettant de relever les retraites des agriculteurs non salariés.

Loin des tensions sur la réforme des retraites reculant l’âge légal de 62 à 64 ans, le texte du député Julien Dive avait été voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale au début de décembre. Les sénateurs l’ont eux aussi voté à l’unanimité, sans modifications, entérinant son adoption définitive.

Il prévoit, à compter de 2026, « d’étendre aux non-salariés agricoles », notamment les chefs d’exploitation et les « conjoints collaborateurs », « le calcul de la retraite de base sur les seules vingt-cinq meilleures années », et non plus sur l’intégralité de leur carrière.

« Le mode de calcul des pensions de nos agriculteurs est particulièrement illisible », a rappelé la rapporteuse du texte au Sénat, Pascale Gruny (LR).

Une retraite moyenne de 1 079 euros brut

La commission des affaires sociales a estimé que le texte n’était pas « parfait », mais « pleinement consciente de l’importance symbolique de cette grande marque de soutien national à ces femmes et à ces hommes auxquels nous sommes tous redevables, a jugé préférable de sécuriser les avancées acquises de haute lutte », a-t-elle précisé.

Les chefs d’exploitation à la retraite touchent en moyenne 1 079 euros brut pour une carrière complète (hors réversion), selon des éléments de la Mutualité sociale agricole (MSA).

Cette réforme constitue selon le ministre du travail, Olivier Dussopt, « un nouveau pas en matière d’égalité et de reconnaissance des agriculteurs ».

Sur ce sujet consensuel, deux lois dites Chassaigne 1 et 2 avaient déjà été votées à l’unanimité en 2020 et 2021.

Promulguée en juillet 2020, la loi Chassaigne – du nom du député et chef du groupe communiste à l’Assemblée nationale, André Chassaigne – avait relevé les retraites des anciens chefs d’exploitation agricole à un niveau plancher de 85 % du smic net.

Newsletter

« Politique »

Chaque semaine, « Le Monde » analyse pour vous les enjeux de l’actualité politique

S’inscrire

Un second texte présenté par ce même député avait permis de relever les petites retraites des conjoints collaborateurs d’agriculteurs en 2021.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Face à la hausse de l’énergie, les tensions restent fortes chez les agriculteurs

Le Monde avec AFP

En pleine réforme des retraites, Gabriel Attal insiste sur le « rapport au travail » et met en avant la semaine de quatre jours expérimentée à l’Urssaf

C’est le sujet qui s’est invité en creux dans les débats lancés autour de la réforme des retraites : la question du rapport au travail. Tandis que le mouvement de contestation sociale gagne de la voix dans la rue, l’exécutif, qui refuse tout changement de cap sur le report de l’âge de départ à 64 ans, tente d’allumer un contre-feu sur ce terrain. Dans la mesure où les Français devront travailler davantage, le gouvernement assure vouloir être à « l’écoute de leurs attentes », en amorçant une « réflexion globale » sur le travail dans les mois à venir.

L’annonce faite dans L’Opinion par Gabriel Attal, mercredi 31 janvier, tombe donc à pic. Le ministre chargé des comptes publics a choisi de mettre en avant la première expérimentation de la semaine de quatre jours dans un service public. « Je crois que beaucoup de Français aspirent aujourd’hui à travailler différemment » et sont « favorables à plus de libertés dans leur organisation », a fait valoir M. Attal. L’heureuse élue se trouve être l’Union de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale et d’allocations familiales (Urssaf) de Picardie – organisme de droit privé assurant une mission de service public –, en pointe sur les réflexions autour de la qualité de vie au travail.

Quant au timing de l’annonce, Gabriel Attal assume auprès du Monde « de mettre l’accent sur ce chantier, dans un contexte où la réforme des retraites a un caractère éruptif, non pas seulement sur la question de l’âge de départ, mais aussi sur la question du rapport au travail ». Le ministre du budget arguë : « Il faut que l’on porte ces prochains mois des mesures qui permettent d’améliorer le bien-être au travail, comme on le fait dans la réforme des retraites sur la pénibilité ou l’ouverture de la retraite progressive dans la fonction publique. »

Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés La semaine de quatre jours, positive pour les salariés… et pour l’employeur

Cette expérimentation a été lancée par l’Urssaf Picardie l’an passé et est entrée en vigueur début janvier. Les quelque 300 agents que compte l’organisme peuvent ainsi choisir de concentrer leurs 36 heures de travail hebdomadaire sur quatre jours de travail au lieu de cinq, avec une amplitude horaire élargie, pour se libérer un jour supplémentaire de repos par semaine.

Une expérimentation née de l’initiative de l’organisme

Un mois après le lancement du dispositif, ils ne sont que deux salariés à s’être lancés dans l’expérimentation de la semaine de quatre jours (avec un jour de repos supplémentaire choisi le mercredi), souligne Pierre Feneyrol, le directeur régional de l’Ursaff Picardie. Les autres ont encore jusqu’au 1er mars pour décider d’y prendre part.

« La question de la semaine de quatre jours, expérimentée dans de plus en plus d’entreprises privées en Europe et en France, correspond à une demande plus large des salariés de souplesse dans leur organisation du travail », relate le directeur de l’organisme. Il ajoute : « L’été dernier, nous avons lancé un questionnaire spécifique auprès de nos agents pour connaître leur intérêt sur la question. Une centaine a trouvé ça intéressant tandis qu’une quarantaine s’est dite partante pour tester la semaine de quatre jours à court ou moyen terme. »

Lire l’analyse : Article réservé à nos abonnés La semaine de quatre jours pour travailler plus

La direction a ensuite engagé des négociations avec les représentants syndicaux (CFDT, CFE-CGC, FO, CFTC) sur la question, dans le cadre de discussions plus large autour d’un accord global « relatif à la gestion et l’aménagement du temps de travail ». Tous les acteurs sont tombés d’accord pour encadrer l’expérimentation, en laissant le choix aux salariés d’y participer et en instaurant une clause de réexamen d’un an pour permettre une évaluation à moyen terme du dispositif. Le protocole d’accord a ensuite été approuvé à l’automne par l’Union des caisses nationales de sécurité sociale, puis par la direction de la Sécurité sociale, qui dépend à la fois du ministère de la santé et de celui de l’économie, avant d’entrer en vigueur au début de l’année 2023.

Lire le décryptage : Article réservé à nos abonnés Contre la réforme des retraites, la gauche forcée d’examiner son rapport au travail

Les syndicats comme la direction espèrent que l’expérimentation va prendre de l’ampleur et saura répondre aux attentes qui ont été fixées dans l’accord : améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle des salariés ainsi que leur qualité de vie au travail et leur productivité, et ne détériorer en rien la qualité du service public rendu. De son côté, Gabriel Attal veut, à terme, étendre ce type d’initiatives « à d’autres administrations, et notamment la direction générale des finances publiques ». Il précise, enfin, qu’« une expérimentation similaire a par ailleurs été lancée à la Caisse nationale d’assurance vieillesse ».