Archive dans 2023

Réforme des retraites : les syndicats soucieux de conserver le soutien de l’opinion

Des manifestants et des responsables syndicaux, dont Philippe Martinez (CGT), Laurent Berger (CFDT), Laurent Escure (UNSA), Murielle Guilbert (Solidaires), s’apprêtent à défiler, le 31 janvier, à Paris.

Après les deux premières mobilisations, qui ont, chaque fois, attiré plus de 1 million de manifestants – selon la police –, le mouvement contre la réforme des retraites entre dans une période cruciale. Les huit principaux syndicats de travailleurs et cinq organisations de défense de la jeunesse ont décidé d’accélérer le tempo, à travers deux nouvelles journées d’action très rapprochées, mardi 7 et samedi 11 février – alors que les précédentes étaient espacées de presque deux semaines.

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Les coalisés le reconnaissaient, quelques heures avant que les cortèges ne s’élancent, mardi : la probabilité était grande que l’affluence n’atteigne pas le niveau record enregistré le 31 janvier (1,27 million de personnes dans la rue). « Deux dates dans la même semaine peuvent donner envie aux gens de se concentrer sur celle de samedi, qui ne nécessite pas, pour la plupart d’entre eux, de faire grève », explique Laurent Berger. Si ce scénario se confirme, le secrétaire général de la CFDT estime qu’il ne faut pas y voir un signe d’essoufflement, car la mobilisation devait, selon lui, s’avérer « à nouveau importante, mardi, et le sera probablement encore plus, samedi, dans un autre format, avec plus de familles ». Pour apprécier la vigueur des protestataires, « il faudra prendre la combinaison des deux journées », complète Cyril Chabanier, président de la CFTC.

Plusieurs syndicats tablaient sur un nombre de rassemblements et de manifestations proche de celui du 31 janvier, preuve que le désir d’en découdre ne s’amoindrit pas, malgré les vacances scolaires dans la zone A (Bordeaux, Dijon, Lyon…) et la répétition des arrêts de travail, synonyme de perte de salaire, qui commence à peser sur les portefeuilles.

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« Elever le rapport de force »

« Puisque le gouvernement ne semble pas vouloir bouger, hormis sur des questions périphériques, la contestation doit rester forte, si nous voulons continuer à introduire le doute chez les députés », déclare François Hommeril, le président de la CFE-CGC, en faisant allusion au début de l’examen de la réforme à l’Assemblée nationale, lundi. Pour lui, il convient de « se projeter » jusqu’à la fin des débats parlementaires, prévue dans la deuxième quinzaine de mars, « sans fatiguer l’opinion publique ». « La stratégie de l’intersyndicale consiste à préserver le soutien que lui accorde une écrasante majorité des Français, affirme Frédéric Souillot, le leader de FO. C’est un atout décisif pour obtenir le retrait du décalage de l’âge légal de départ à la retraite. » M. Berger y voit « l’affirmation démocratique d’un mouvement social » contre lequel le gouvernement n’a aucun reproche à formuler : « Il n’y a ni violence ni blocage, juste une opposition massive et claire à une mesure injuste. »

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Quel sera l’effet de la « sociétalisation » des entreprises sur les organisations de travail ?

Gouvernance. Pendant trois décennies, l’orientation des entreprises sur leurs résultats financiers a promu l’individualisation des performances et fragilisé la plupart des collectifs de travail dans les organisations. Après l’hégémonie de l’évaluation financière, quel sera l’effet de la « sociétalisation » en cours depuis le début des années 2010, qui permet aux revendications écologiques, sociales ou politiques énoncées au nom de la « société » de pouvoir orienter l’activité des organisations et de leur réclamer des comptes ?

La distinction classique du sociologue allemand Ferdinand Tönnies (Communauté et société, 1887) entre les notions d’association et de communauté peut aider à formuler des hypothèses.

L’association suppose qu’un groupe (une équipe, un club ou un parti) est constitué par l’adhésion volontaire d’individus qui le rejoignent ou le quittent librement. De ce point de vue, les collaborateurs d’une entreprise-association entretiennent avec elle des relations purement contractuelles. Ils peuvent les rompre à leur gré, car leurs compétences personnelles et leurs capacités à faire du « bon travail » ne sont pas liées à une entreprise particulière, mais sont susceptibles d’être redéployées ailleurs.

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La division du travail dans une entreprise-association est donc conçue en activités et en tâches indépendantes des personnes qui s’inscrivent ou se désinscrivent dans le travail collectif, selon leur intérêt. Telle est la représentation de l’entreprise « moderne », fluide et interchangeable du point de vue du collaborateur, et qui fut exacerbée par la financiarisation.

Une culture et une histoire partagée

A l’opposé, la communauté est un groupe lié par des relations sociales stables, qui déterminent l’identité de ses membres du fait même qu’ils en font partie ; ainsi on ne choisit pas d’adhérer à une communauté familiale, clanique ou ethnique, on est caractérisé par le fait de lui appartenir.

« Le “collectif de travail” constitue pour le collaborateur une ressource essentielle pour définir sa place, ses savoir-faire »

L’entreprise vue comme une communauté suppose donc qu’il existe une culture, une histoire partagée et une solidarité entre les collaborateurs telles que l’identité du travailleur est nourrie par le « collectif de travail ». Celui-ci constitue pour lui une ressource essentielle pour définir sa place, ses savoir-faire ou son chemin d’apprentissage personnel dans la durée. Dans l’entreprise-communauté, la division du travail se voit comme une hiérarchie de compétences interconnectées et elle nécessite des investissements de long terme pour acquérir les exigences communes du « travail bien fait » propre à la communauté.

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L’enseigne de chaussures San Marina risque la liquidation

Un magasin San Marina, à Marseille.

Le sort des 680 salariés de San Marina sera scellé cette semaine. Les candidats à la reprise de l’enseigne de chaussures en redressement judiciaire depuis septembre 2022 doivent présenter leur dossier d’ici à mardi 7 février. Or, ils sont rares. D’autant que les actionnaires actuels jettent l’éponge.

Lundi 6 février, lors d’une visioconférence, Laurent Portella et Stéphane Collaert ont annoncé aux représentants des salariés qu’ils renonçaient à présenter une offre. Les deux associés envisageaient de demeurer « actionnaire minoritaire au sein d’une structure de reprise » de 49 des 163 magasins et environ 200 employés, d’après une note interne que Le Monde a consultée.

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Mais les deux entrepreneurs n’ont pas obtenu l’appui espéré d’un « acteur majeur du secteur de la chaussure au Brésil », ont-ils déploré auprès des salariés. « Les conditions suspensives liées à l’offre n’ayant pas pu être levées, [celle-ci] ne pourra pas être soutenue, lors de l’audience du 10 février », ont estimé M. Collaert et M. Portella, par communiqué, peu après la tenue de la réunion.

Un nouveau coup dur pour le secteur

Selon des sources syndicales, trois autres candidats se sont manifestés, mais seulement pour quelques magasins. L’enseigne de lingerie Valege propose ainsi de reprendre six points de vente. Dès lors, les élus du personnel craignent une liquidation de la chaîne que, après l’avoir renflouée à hauteur de 10 millions d’euros, le groupe Vivarte avait vendue à un trio d’entrepreneurs, début 2020, formé par Laurent Portella, Stéphane Collaert et Thierry Le Guénic. Ce dernier, actionnaire de Paule Ka, Burton et Habitat, s’est, depuis, retiré du capital. En janvier 2022, les actionnaires de San Marina ont également racheté Minelli, chaîne à la tête de 260 points de vente et employant près de 700 salariés. Toujours au groupe Vivarte.

Lire aussi : Chaussures : l’enseigne San Marina placée en redressement judiciaire

La liquidation de l’enseigne San Marina serait un nouveau coup dur pour l’emploi dans le secteur du commerce en France. Le 1er octobre 2022, les 511 magasins Camaïeu ont définitivement fermé leurs portes, trois jours après le prononcé de la liquidation judiciaire de l’enseigne détenue par la Financière immobilière bordelaise (FIB), foncière de l’homme d’affaires Michel Ohayon. Cette procédure a entraîné le licenciement de ses 2 100 salariés.

Lire aussi : La vente des chaussures Minelli aux dirigeants de San Marina entérine la liquidation de Vivarte

Depuis, plusieurs chaînes ont annoncé avoir été placées en redressement judiciaire. Parmi elles, figure Kookaï, autre chaîne que détenait Vivarte. Fondée en 1981, San Marina a été une success story dans les années 1990. Son concept de magasin simplissime lui assurait une très bonne rentabilité. L’aménagement de chaque boutique ne nécessite ni meubles ni réserve : les modèles de chaussures sont présentés sur des piles de boîtes à chaussures. Mais, depuis sa création, le marché de la chaussure de ville s’est dérobé sous ses pieds : il souffre de l’envolée des ventes de baskets qu’hommes et femmes portent désormais au quotidien.

Réforme des retraites : Elisabeth Borne fait des concessions pour recueillir l’adhésion des députés

Une concession à la droite, quelques gestes en direction de la majorité… A la veille du début de l’examen de la réforme des retraites par les députés, Elisabeth Borne a annoncé, dans un entretien au Journal du dimanche du 5 février, plusieurs retouches au texte. La plus importante d’entre elles permettra à certains actifs, ayant commencé à travailler jeunes, de réclamer le versement de leur pension à 63 ans, soit un an avant l’âge légal de départ qui sera instauré à terme. La cheffe du gouvernement veut montrer son esprit d’ouverture, de manière à recueillir l’adhésion la plus large possible, notamment celle des élus Les Républicains (LR), le risque que l’exécutif soit mis en minorité durant les débats étant bien réel.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Réforme des retraites : de l’Assemblée nationale à la mobilisation dans la rue, une semaine décisive

Première inflexion notable : l’extension du dispositif carrière longue aux individus ayant démarré leur vie professionnelle entre 20 et 21 ans. « Ils pourront ainsi partir à 63 ans », indique Mme Borne dans le JDD. Plusieurs conditions sont posées : notamment avoir cotisé pendant au moins quatre ou cinq trimestres avant le vingt et unième anniversaire. La mesure devrait concerner « jusqu’à 30 000 » femmes et hommes par an, son coût étant estimé entre 600 millions et 1 milliard d’euros sur une année.

La locataire de Matignon essaie de répondre à une attente exprimée par des parlementaires LR : autoriser le départ à la retraite, au bout de quarante-trois années de cotisation, à ceux qui ont fait leurs premiers pas sur le marché de l’emploi avant 21 ans. La proposition de Mme Borne n’a toutefois pas obtenu le résultat escompté. « C’est une tromperie », a réagi, dimanche, Aurélien Pradié (LR), député du Lot. Les syndicats, de leur côté, ne sont pas plus enthousiastes. « Le “bougé” sur les carrières longues est très compliqué à décrypter, estime Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, dans un entretien au quotidien Les Echos de lundi. Va-t-on permettre à des salariés ayant cotisé quarante-trois ans à partir de 20 ans de partir à la retraite (…), et continuer à demander aux salariés qui ont commencé avant, c’est-à-dire entre 16 et 18 ans, quarante-quatre ans de cotisation ? Ce serait profondément injuste. »

« Carotte politique »

Les autres changements dévoilés par Mme Borne concernent l’emploi des personnes dans les dernières années de leur parcours professionnel. L’« index senior », qui a pour but d’« objectiver la place » des travailleurs âgés dans les entreprises et de « valoriser les bonnes pratiques », sera mis en place « progressivement » dans les sociétés de plus de 50 salariés. C’est la cible qui avait été envisagée à la fin de l’automne 2022, avant que le seuil soit rehaussé à 300 salariés dans le projet de loi. L’exécutif revient donc à son idée initiale.

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Réforme des retraites : de l’Assemblée nationale à la mobilisation dans la rue, une semaine décisive

Olivier Dussopt, ministre du travail, et Elisabeth Borne, la première ministre, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 janvier 2023.

Ce lundi 6 février, c’est un contre-la-montre qui s’engage à l’Assemblée nationale. En retrouvant l’Hémicycle, sur le coup de 16 heures, les députés auront dix jours, pas un de plus, pour arriver au vote de la réforme des retraites. Y parviendront-ils ? Le doute est permis au vu des 20 400 amendements déposés sur ce projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale, dont 17 800 sont issus des rangs de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), 1 100 du parti Les Républicains (LR) et même 400 chez Renaissance. Une somme élevée d’amendements traduisant les difficultés qui attendent le gouvernement d’Elisabeth Borne pour réunir une majorité sur son projet, qui prévoit le décalage de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans d’ici à 2030.

En parallèle d’une nouvelle mobilisation sociale prévue mardi 7 février, avant celle du samedi 11, les premiers jours de discussions pourraient s’avérer décisifs. La coalition présidentielle pourra-t-elle résister longtemps aux coups de boutoir des opposants à la réforme ? « Tout le monde va se jauger dans les premiers jours », anticipe la vice-présidente Horizons de l’Assemblée nationale, Naïma Moutchou. « Chacun va essayer de pousser l’autre à la faute », répond la cheffe de file des députés écologistes, Cyrielle Chatelain. D’autant que le camp présidentiel devra aussi composer avec un ministre du travail, Olivier Dussopt, fragilisé par des soupçons de « favoritisme » dans le cadre d’une enquête du Parquet national financier sur l’attribution d’un marché public lorsqu’il était maire d’Annonay (Ardèche), en 2017.

Avant même d’étudier l’article premier sur la suppression des principaux régimes spéciaux de retraite (RATP, industries électriques et gazières…), les députés doivent examiner, sauf surprise de dernière minute, la motion référendaire du Rassemblement national (RN). L’occasion pour le groupe dirigé par Marine Le Pen d’apparaître sur le devant de la scène à travers cette proposition de référendum alors que l’extrême droite peinait jusqu’ici à faire entendre sa voix à côté de la Nupes, décidée à se faire l’écho de la colère sociale et du front syndical uni. S’ils refusent de voter la motion de l’extrême droite, les élus de gauche défendront de leur côté une motion de rejet préalable du texte. Des procédures qui ont toutes les deux peu de chances d’aboutir en l’absence du soutien des Républicains.

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La question des carrières longues

Quelques heures avant le début de cette bataille parlementaire, la première ministre a tenté de désamorcer les doutes et les critiques qui traversent une partie de son camp comme de ses alliés à droite. Sans toutefois rompre avec la communication erratique qui entoure ce projet de loi depuis sa présentation, le 10 janvier. Jusqu’ici inflexible, Elisabeth Borne a annoncé « nous allons bouger » après avoir « entendu » les députés de LR sur la question des carrières longues, dans un entretien au Journal du dimanche du 5 février.

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Réforme des retraites : ces salariés à la recherche de leurs trimestres disparus

Les mots de la réforme du système de retraite français.

A 62 ans, Richard Palomo n’a pas voulu se lancer dans une « quête vouée à l’échec » : prouver qu’il a bien travaillé et cotisé en 1986. Quatre trimestres. Un « gros trou surprise » dans le relevé de carrière qu’il a consulté il y a plusieurs années, soucieux d’anticiper son départ à la retraite. Impossible, depuis, de combler auprès de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV) la béance de douze mois au service d’une filiale du groupe Hachette : ses bulletins de paie d’alors ont disparu dans un déménagement, et un incendie a ravagé les archives de son ancienne entreprise.

Sans grandes illusions sur les chances de l’ingénieur informatique de « remplir 1986 », une conseillère de la CNAV lui a posé un dilemme : accepter une décote sur sa future pension, ou compenser la disparition administrative par quatre trimestres de chômage jusqu’à l’automne 2023. Une fin de carrière « lunaire », pour Richard Palomo, contraint de pointer chez Pôle emploi. « Lunaire, et complètement incohérente : je gagne 100 euros de plus par mois au chômage que si j’étais déjà à la retraite. »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Réforme des retraites : de l’Assemblée nationale à la mobilisation dans la rue, une semaine décisive

Comme M. Palomo, des dizaines de milliers de préretraités partent chaque année à la recherche de périodes travaillées, mais non comptabilisées dans les fichiers de l’Assurance- vieillesse. Une préoccupation aiguisée depuis plusieurs semaines par l’irruption de la réforme des retraites dans l’actualité, et le projet du gouvernement d’avancer à 2027 (et non plus 2035) l’allongement de la durée de cotisation à 172 trimestres (contre 167) pour toucher une retraite à taux plein. Plus de 1,3 million de mises à jour de carrière ont été réalisées en 2021, selon la CNAV.

« Données indisponibles »

Quelle part des retraites soldées chaque année font l’objet de demandes de correction ? Combien de trimestres définitivement perdus et de décotes imposées ? « Données indisponibles », répond la CNAV, qui, pour seule évaluation des anomalies, confirme les données de la Cour des comptes. Dans leur dernier rapport sur la branche vieillesse de l’Assurance-maladie, paru en mai 2022, les magistrats estiment qu’une retraite sur sept liquidée en 2021 comportait « au moins une erreur de portée financière ».

Des anomalies défavorables à l’assuré dans près de 75 % des cas. « Nous ne sommes clairement pas assez bons, on doit viser moins de 10 % d’erreurs, et même idéalement moins de 5 %, concède Renaud Villard, directeur général de la CNAV. Mais la plupart de ces anomalies sont de très faible portée financière, leur total ne pesant que 1,2 % [du montant des pensions]. » Le montant médian de l’incidence financière des anomalies constatées s’élève quand même à 102 euros par an et par assuré.

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L’inflation et les hausses du smic ont permis un effet de rattrapage pour les bas salaires

On le sait, les hausses de salaire en 2022 en France n’ont, en moyenne, pas rattrapé l’inflation. Mais une nouvelle étude de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), publiée jeudi 2 février, nous apporte quelques éléments d’analyse supplémentaire sur l’effet de l’inflation sur la progression des salaires.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Comment l’inflation bouleverse la question des bas salaires

Indexé à la fois sur l’évolution des prix à la consommation et sur une part de l’évolution annuelle du pouvoir d’achat des ouvriers et employés, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (smic) a été réévalué à cinq reprises depuis octobre 2021.

Des hausses dont le reste des salariés a pu constater sur sa fiche de paie qu’elles ne se répercutaient pas, à cette hauteur, sur leur salaire. Ainsi, entre octobre 2021 et août 2022, le smic a augmenté de 5,6 %, quand l’ensemble des salaires de base (c’est-à-dire bruts et hors primes, soit la première ligne du bulletin de paie) augmentait de 3,7 %. L’inflation a été 5,4 % sur la même période.

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La Dares explique cette différence d’augmentation par plusieurs facteurs. D’abord par le calendrier des négociations annuelles obligatoires, cadre légal des augmentations de salaires, qui ne se tiennent qu’une fois par an : il peut donc y avoir un décalage dans le temps entre la revalorisation automatique du smic et les hausses du reste des salaires. Le rattrapage se révélera peut-être plus tard en 2023.

Ainsi, après la revalorisation du smic au 1er août 2022, 131 des 171 branches professionnelles suivies par le ministère du travail se sont retrouvées avec au moins un échelon de rémunération inférieure au salaire minimum sur la grille de leur convention collective. Ce qui est illégal. Or, quelques rounds de négociations plus tard, fin décembre, ce n’était plus le cas que de 57 d’entre elles.

Autre facteur, le fait que seuls les salaires les plus proches du smic bénéficient, par contagion, de son augmentation, afin de respecter les niveaux hiérarchiques entre salariés. Pour cette raison, les salaires ont davantage progressé dans les secteurs comptant de nombreux salariés au salaire minimum. La Dares cite l’exemple de l’hôtellerie-restauration.

Inversion de tendance

Ce secteur, qui comptait le plus grand nombre de travailleurs au salaire minimum au 1er janvier 2022 (42 %), est aussi celui où le salaire de base a le plus augmenté (+ 4,8 %). Au contraire, le secteur des industries électriques et gazières, qui compte très peu de salariés au smic (0,5 %) est aussi celui où la progression du salaire de base a été la plus faible (1,4 % entre les troisièmes trimestres 2021 et 2022).

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CDI inclusion seniors, un dispositif destiné aux structures d’insertion

Politique de l’emploi

[La politique de l’emploi s’appuie sur des dispositifs créés au fil des besoins, qui restent parfois méconnus longtemps après leur création. Quelle est leur efficacité contre le chômage ? Elle n’est pas toujours évaluée. Le Monde publie une série d’articles sur les aides à l’emploi, pour tenter d’estimer ce qu’on en sait – leur objectif initial, leurs résultats.]

Alors que la pandémie de Covid-19 laissait craindre une nouvelle crise économique, le gouvernement a profité de la loi relative au renforcement de l’inclusion dans l’emploi par l’activité économique pour mettre sur pied à la fin de l’année 2020 un nouveau dispositif de lutte contre le chômage de longue durée des seniors : le CDI inclusion.

L’objectif du dispositif

Une corde de plus à l’arc des solutions testées, avec plus ou moins de succès, pour maintenir en activité cette catégorie de salariés. Au vu de la réinsertion professionnelle difficile des travailleurs qui perdent leur emploi à un âge avancé, ce nouveau dispositif laissait la main aux structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) pour prendre en charge les seniors les plus en difficulté, qui se voient encore en âge de travailler.

Conventionnés avec l’Etat, ces établissements − au nombre de 3 800 environ − emploient des personnes exclues du marché du travail traditionnel : chômeurs de longue durée, travailleurs handicapés… Fin 2020, l’IAE comptait au total 135 400 salariés en emploi.

Le fonctionnement

Le CDI inclusion permet à ces structures d’embaucher en contrat à durée indéterminée des travailleurs de 57 ans et plus, en l’absence de toute autre solution leur permettant de travailler jusqu’à liquidation de leurs droits à la retraite. Une mesure longtemps réclamée par les SIAE : auparavant, elles pouvaient seulement offrir des contrats à durée limitée à leurs travailleurs vieillissants, qui se retrouvaient sans perspectives à la sortie. « Ce contrat est une vraie solution pour les travailleurs pour la fin de leur carrière », selon la Fédération des entreprises d’insertion.

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Pour l’organisme d’accueil, ce contrat ouvre droit à une aide forfaitaire au poste, équivalente à 100 % du montant socle de l’aide de poste IAE classique la première année d’embauche du CDI inclusion, puis 70 % des années suivantes et ce, jusqu’à la fin du contrat. Selon la structure, ce montant socle s’échelonne entre 3 000 et plus de 20 000 euros, modulé en fonction du temps de travail hebdomadaire. Cette aide ne peut pas se cumuler avec une autre aide à l’emploi financée par l’Etat.

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Après la mort de deux ouvriers, une succession de sous-traitants se renvoient la balle au tribunal

La cité La Source, à Epinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis.

Une scène pourrait résumer à elle seule ces trois premiers jours d’audience : des hommes qui se font face devant le tribunal et qui se renvoient la responsabilité. Dans une salle en brique, presque comble, les familles des prévenus se serrent sur un banc, visages fermés. Presque aucune famille des victimes n’était présente lors de l’audience, la plupart ne se trouvant pas en France.

Depuis lundi 30 janvier, le tribunal de Bobigny tente de déterminer le niveau de responsabilité de sept hommes – et trois sociétés – dans la mort de deux ouvriers, employés au noir, sans papiers et inexpérimentés, sur un chantier de Seine-Saint-Denis, le 8 juin 2019. Mercredi 1er février, le parquet a requis des peines allant jusqu’à huit mois de prison ferme et 150 000 euros d’amende à l’encontre des prévenus, jugés notamment pour homicide involontaire et travail dissimulé.

Trois ans et demi plus tôt, Kamel Benstaali, 34 ans et Omar Azzouz, 29 ans, travaillaient à la rénovation thermique de la tour D de la cité La Source, à Epinay-sur-Seine. Il fallait charger des seaux de colle jusqu’en haut de l’immeuble, grâce à une plate-forme élévatrice qui, dans la matinée du 8 juin, s’est décrochée du 18e étage.

« J’ai levé la tête et vu la nacelle voler », confie Hafid Biyi, 62 ans, qui se balance d’une jambe sur l’autre. Il était à l’époque « chef des chantiers » pour la Société rénovation et isolation (SRI), qui a recruté les deux victimes. « Ce n’était pas parfait, on croulait sous le travail », reconnaît-il.

« Gérant fantôme »

Hafid Biyi était aussi ouvrier et commercial pour cette entreprise de quatre salariés, dont l’agrément pour intervenir sur le chantier d’Epinay a été longuement débattu durant la première journée d’audience. Sur ce chantier, c’était l’interlocuteur de tous, même s’il assure ne pas être le dirigeant de la société. Lui avance le nom de Fathy Abou Shreef, un « gérant fantôme », souvent évoqué durant l’audience mais introuvable depuis l’accident. C’est son nom qui apparaît sur les déclarations d’embauche, remplies deux jours après leur mort, de Kamel Benstaali et Omar Azzouz. Si les avocats d’Hafid Biyi demandent que leur client ne « paye pas pour les fautes de M. Abou Shreef », le tribunal émet des doutes sur le partage de fonction entre les deux hommes.

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Hafid Biyi affirme à la barre ne « pas connaître » les deux ouvriers avant cette matinée du 8 juin. Néanmoins, les analyses téléphoniques attestent de la présence d’Omar Azzouz depuis plusieurs semaines sur le chantier. Il dit « tout » ignorer des deux victimes et ne pas savoir s’ils possédaient bien la carte BTP, nécessaire pour travailler. « Qui avait la charge de vérifier ces cartes ? », demande Elisabeth Dugre, présidente du tribunal. « Personne », finit-il par lâcher. « Et qui devait s’assurer de la conformité de la plate-forme ? », interroge la présidente. « Je ne l’ai pas fait, je n’avais pas les compétences », dit-il, en baissant encore la voix.

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Des salariés d’Euronews en grève contre la crainte d’un démantèlement

Le siège d’Euronews à Lyon, le 15 octobre 2015.

Les craintes s’amoncellent chez les salariés d’Euronews. Inquiétudes autour d’une possible délocalisation d’emplois, de potentielles suppressions de postes, voire d’une fin du modèle multilingue de la chaîne. Environ 150 personnes – sur les 500 que compte la société – se sont mobilisées, jeudi 2 février, pour faire part de leur émotion devant les locaux vert fluo situés dans le quartier de la Confluence, à Lyon. « Non au démantèlement », « On veut juste les moyens de faire notre métier : informer », « Unis dans la diversité », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants appelés à la grève par l’intersyndicale constituée du SNJ, de la CGT et de la CFE-CGC.

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Au-delà des incertitudes, un véritable mécontentement a émergé parmi les salariés avec le rachat d’Euronews par le fonds d’investissement portugais Alpac Capital, en juillet 2022. « On est confrontés à des coupes budgétaires à tous les niveaux. Les conditions de travail se sont dégradées avec des sous-effectifs chroniques et le non-remplacement des salariés », dénonce Lena Roche, élue du personnel CFE-CGC et secrétaire du comité social et économique.

« Le fonds d’investissement n’a pas envie de développer l’entreprise, contrairement à ce qu’il clamait au départ », tance un journaliste de la rédaction souhaitant rester anonyme. « Il veut couper dans les dépenses, nous revendre en faisant une plus-value, et l’humain est la dernière chose dont ils se soucient », juge-t-il.

13 millions d’euros de déficit

Lancée en 1993 par une vingtaine de chaînes européennes, avec pour objectif de répondre à l’américaine CNN, Euronews a déjà été secouée par deux plans sociaux depuis 2017. La chaîne, qui diffuse en continu des informations en quinze langues avec une rédaction de quatre cents journalistes, est aujourd’hui exsangue. Elle a cumulé « 160 millions [d’euros] de pertes en dix ans », selon Guillaume Dubois, le directeur général nommé, en juin 2022.

L’ancien directeur général de BFM-TV et PDG du groupe L’Express explique que le déficit de la chaîne approcherait 13 millions d’euros dans son résultat d’exploitation de 2022, comme l’année précédente. Pour faire des économies, le « cube » d’Euronews et ses 10 000 mètres carrés de surface ont été mis en vente, l’actionnaire cherchant désormais de nouveaux locaux dans la métropole de Lyon.

L’annonce du plan stratégique, repoussée à plusieurs reprises, a fini par agacer au sein de la chaîne. « Je comprends l’impatience des salariés, mais ça sera fait la semaine du 27 février. On veut présenter un plan ambitieux, complet et argumenté », assure Guillaume Dubois. En attendant, trois délégués syndicaux ont rencontré Pedro Vargas David, le président du conseil d’administration d’Alpac.

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De passage à Lyon le 19 janvier, il n’est visiblement pas parvenu à rassurer. Il aurait affirmé sa volonté que des bureaux soient ouverts dans les capitales européennes. « On ne sait pas si nos rédactions vont être éclatées dans les différentes capitales ou si ce sera un complément », explique Marie Jamet, élue du personnel SNJ. « Il y a plein de questions et pas de réponses pour l’instant. On est tellement dans le flou que c’est “radio moquette” qui prend feu », déplore Lena Roche, de la CFE-CGC.