Archive dans 2023

Air India signe un contrat record avec Airbus et Boeing prévoyant l’achat de 250 avions européens et de 220 appareils américains

Un avion Airbus A320neo d’Air India, à l’aéroport Toulouse-Blagnac, le 13 décembre 2017.

La cérémonie de signature de ce mégacontrat devait être en grande partie virtuelle : Emmanuel Macron et le premier ministre indien, Narendra Modi, ont assisté à distance, mardi 14 février, à la vente de 250 Airbus à Air India. Les deux dirigeants se sont entretenus en visioconférence, avant de laisser les patrons d’Airbus, Guillaume Faury depuis Toulouse, et de Tata Sons, propriétaire de la compagnie aérienne, conclure cette commande record, en signant une lettre d’intention entre leurs deux entreprises.

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« Ce contrat marquera une nouvelle étape dans le partenariat stratégique qui lie les deux pays, veut-on croire dans l’entourage du chef de l’Etat. Il témoigne de la relation de confiance que le président de la République a su nouer avec ses partenaires de l’Indopacifique, au premier rang duquel le premier ministre indien. » La France, après la rupture de la vente à l’Australie de sous-marins diesel au profit de submersibles à propulsion nucléaire, promis par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, en septembre 2021, a beaucoup misé sur l’Inde pour ancrer sa présence dans la région. Et ce, pour le plus grand profit de l’avionneur européen.

Ce contrat en faveur d’Airbus ne constitue qu’un volet d’une gigantesque commande, portant sur quelque 500 appareils, partagés entre le groupe de Toulouse et Boeing. La commande de Boeing devait être signée simultanément à celle d’Airbus.

Les deux avionneurs devraient se partager à parts quasi égales le contrat passé avec Air India. La compagnie aérienne prévoyant d’acquérir 250 Airbus et 220 Boeing. Pour l’avionneur européen, la commande se décompose en 140 A320neo, 70 A321neo et 40 long-courriers A350, pour un prix catalogue de 34 milliards de dollars (31,6 milliards d’euros).

Cet achat historique devrait permettre à Air India de concurrencer les grandes compagnies du Golfe, comme Emirates, et de rivaliser avec l’indienne IndiGo sur le marché domestique

Concernant le constructeur américain, la commande se diviserait en 190 737MAX, 20 long-courriers 787 Dreamliner et 10 gros-porteurs 777X. Ces 220 commandes fermes pour Boeing représentent un montant de 30 milliards de dollars, selon la fourchette basse du prix affiché au catalogue. Cette commande est assortie de 70 options.

L’une des plus fortes croissances dans le monde

Le marché indien de l’aviation connaît l’une des plus fortes croissances dans le monde. Selon les projections de Boeing, le pays aura besoin de 2 210 avions au cours des deux prochaines décennies. Dans le cadre du salon Aero India, qui a ouvert ses portes, lundi 13 février, à Bangalore, Boeing a annoncé qu’il investira 2 milliards de roupies (22 millions d’euros) dans un parc logistique et centre de soutien pour les compagnies aériennes en Inde.

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Ford prévoit de supprimer 3 800 postes en Europe

Face aux difficultés qu’il rencontre en Europe, Ford veut créer une « structure de coûts plus compétitive », a annoncé le constructeur automobile mardi 14 février lors d’une conférence de presse. L’entreprise américaine a choisi de réduire le nombre de modèles conçus pour l’Europe en se concentrant sur les véhicules électriques et sur ses ventes très profitables d’utilitaires.

Elle entend notamment diviser par deux les équipes de conception de véhicules. D’autres suppressions de postes sont aussi prévues dans les fonctions administratives et support. Au total, 3 800 postes disparaîtront en Europe sur les trois prochaines années. Parmi eux, 3 600 postes situés en Allemagne et au Royaume-Uni et 200 localisés dans d’autres pays européens, encore non précisés. Après ces départs, il restera 3 400 ingénieurs qui continueront de travailler sur les produits de Ford en Europe.

Cette annonce du constructeur intervient alors que la crainte de délocalisation des industries automobiles monte en Europe, depuis que Washington a alloué de larges subventions en faveur des véhicules électriques construits aux Etats-Unis, dans son plan baptisé IRA (Inflation Reduction Act).

La bascule vers l’électrique

Ford est engagé dans la course vers l’électrique, une technologie coûteuse qui requiert une modernisation complète des usines existantes. Dans cette optique, ses sites européens se préparaient déjà à la réorganisation des activités du groupe. Mais jusqu’à récemment, les emplois du site de Cologne semblaient préservés.

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La confirmation de ces suppressions de postes était toutefois attendue après leur annonce fin janvier par le syndicat allemand IG Metall. En Allemagne, elles se feront « principalement sur le site de Cologne », avait détaillé un porte-parole du syndicat.

Ford a également annoncé à l’été 2022 des suppressions de plusieurs milliers de postes aux Etats-Unis et en Inde, à l’occasion de conversions d’usines vers l’électrique.

Le Monde avec AFP

Chômage : les chiffres restent stables au dernier trimestre de 2022

Il n’y aura pas eu de retournement sur le marché de l’emploi en 2022. Contrairement à ce que la conjoncture économique laissait présager, le taux de chômage est une nouvelle fois resté quasi stable au quatrième trimestre, avec une très légère baisse de 0,1 point par rapport aux trois mois précédents. Il s’établit désormais à 7,2 % de la population active en France (hors Mayotte). Surtout, il est inférieur de 0,3 point au niveau atteint un an auparavant, et d’un point par rapport à son niveau d’avant la crise liée au Covid-19. C’est son plus bas niveau depuis le premier trimestre de 2008.

Le nombre de chômeurs, au sens du Bureau international du travail (BIT) – définition plus stricte que celle des demandeurs d’emploi inscrits dans les fichiers de Pôle emploi –, a diminué de 45 000 par rapport au trimestre précédent, se montant désormais à 2,2 millions de personnes, selon les statistiques publiées, mardi 14 février, par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee).

Cette quasi-stabilité concerne toutes les catégories d’âge. Sur le trimestre, c’est le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) qui baisse le plus fortement, d’un point, à 16,9 %. C’est 4,9 points au-dessous du niveau d’avant-crise. Un chiffre qui s’explique toujours en partie par celui de l’apprentissage, qui devrait franchir un nouveau record en 2022. Si les statistiques définitives ne seront connues qu’à la fin du mois de février, on compte pour le moment près de 810 000 entrées en apprentissage de janvier à novembre 2022, selon le ministère du travail. Le taux de chômage des 25-49 ans est, lui, totalement stable, à 6,5 %, et le taux de chômage des seniors (50 ans ou plus) diminue à peine (– 0,1 point) à 5 %.

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Ces tendances sont légèrement contrastées par des données plus négatives, notamment la part des jeunes (15-29 ans) n’étant ni en activité, ni en formation, ni en étude, qui repart à la hausse. Après un recul de 0,5 point au trimestre précédent, celle-ci augmente sur les trois derniers mois de 2022 de 0,9 point, à 12,5 %. En outre, le « halo autour du chômage » – les inactifs qui souhaitent avoir un poste mais ne sont pas considérés comme des chômeurs, faute de remplir les critères du BIT (faire des recherches, être disponible) – connaît une très légère croissance sur la même période (+ 38 000 personnes), selon l’Insee.

« Contrats de meilleure qualité »

Cette situation du marché de l’emploi, si elle s’avère réjouissante, continue de laisser les économistes fortement perplexes. Alors que la France connaît depuis près d’un an un choc économique d’une ampleur inédite dû à l’inflation avec une croissance atone, l’impact négatif de cette conjoncture sur l’emploi n’a toujours pas lieu. Une absence de corrélation qui s’explique, outre l’apprentissage, par une forte rétention de main-d’œuvre de la part des entreprises.

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Face à l’idée d’une retraite sans cesse repoussée, les jeunes revoient leur rapport au travail

D’où qu’ils parlent, de l’Yonne à la région parisienne, en passant par le Maine-et-Loire ou le Cantal, les jeunes âgés de moins de 30 ans expriment un même désenchantement. « Je me suis toujours dit que je n’aurai pas de retraite », « La retraite, on nous a répété toute notre vie que notre génération pouvait s’asseoir dessus », commence ainsi la quasi-totalité de ceux qui ont répondu à l’appel à témoignages lancé par le Monde sur l’idée qu’ils se font de leur retraite. Qu’ils soient cadres supérieurs, indépendants, techniciens ou manutentionnaires, ces jeunes nés dans les années 1990 se lancent sur le marché du travail avec l’intime conviction qu’ils ne pourront bénéficier du même droit au repos que leurs aînés. Persuadés aussi, pour la plupart, qu’il leur faudra repenser leur carrière en conséquence.

Entrer ainsi sur le marché de l’emploi, avec le sentiment qu’aucune ligne d’arrivée n’existera, influe souvent sur leur façon même d’envisager le travail et la place à lui accorder. « Les incertitudes sur l’état futur de la retraite s’ajoutent à une longue liste d’incertitudes concernant l’avenir, ce qui fait qu’il est difficile de se projeter, témoigne Louison (qui souhaite rester anonyme), chargée de communication de 25 ans, à Paris. J’ai l’impression qu’avec les collègues de mon âge il est plus difficile d’envisager de s’impliquer corps et âme dans le travail, car nous n’avons aucune garantie que notre investissement trouvera une contrepartie plus tard. Ni qu’il donnera droit à un répit. »

Ces dernières semaines, la jeunesse a d’ailleurs été visible dans les cortèges organisés contre le projet de réforme des retraites – par « solidarité » pour ses aînés, mais aussi pour exprimer sa crainte du futur. « Nous ne sommes pas encore au niveau de la mobilisation des jeunes contre le CPE [contrat de première embauche, en 2005], faute d’organisations de jeunesse fortes sur le territoire, mais un mouvement se dessine dans cette tranche d’âge, constate le sociologue Vincent Tiberj, professeur à Sciences Po Bordeaux. Pour cette génération, qu’elle manifeste ou non par les voies traditionnelles, la réflexion se fait notamment autour de la notion du “droit à vivre”. Mais aussi de celui à faire des erreurs ou à changer de voie, ce que découragera le nouveau système de cotisation. »

Sentiment d’urgence

Partagée par les jeunes interrogés, l’inquiétude de voir le report de l’âge de départ à la retraite prévue par la réforme ouvrir la voie à d’autres ajournements vient boucher leur horizon. Surtout quand l’usure se fait déjà sentir, comme pour ceux qui occupent des métiers pénibles. Entrés tôt sur le marché de l’emploi, ces jeunes seront parmi les plus affectés par un allongement du temps de cotisation.

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Aux « Dernières Nouvelles d’Alsace », le malaise social s’amplifie

Quotidiens régionaux, dans le hall du Sénat, à Paris, le 19 septembre 2013.

La crainte d’un « France Télécom local ». Le malaise social que traverse le quotidien régional appartenant au Groupe EBRA (Est Bourgogne Rhône Alpes, pôle média de Crédit mutuel alliance fédérale) est tel que plusieurs salariés des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) interrogés par Le Monde n’hésitent pas à spontanément citer l’exemple dramatique du prédécesseur d’Orange, marqué par une série de suicides durant les années 2008-2009.

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En moins de quatre ans, trois employés de l’entreprise bas-rhinoise se sont suicidés. Le premier, un technicien de 43 ans, avait sauté du quatrième étage du journal à Strasbourg en décembre 2019 ; le second, un rotativiste de 57 ans, s’était jeté du cinquième niveau d’un parking tout proche de ces mêmes locaux en novembre 2020.

Le climat est de nouveau anxiogène depuis le suicide de Chantal Dou, 41 ans, une assistante relation clientèle (ARC) à l’édition de Haguenau, l’un des seize bureaux locaux. La collaboratrice, décrite par ses collègues comme « très professionnelle », « perfectionniste » et « souriante », était en burn-out. Elle a mis fin à ses jours à son domicile, le 17 janvier, alors qu’elle était en arrêt maladie, le quatrième depuis fin 2020.

« Plan social déguisé »

Inquiets, les représentants du personnel ont déposé une « alerte danger grave et imminent » à propos des salariés de Haguenau et l’ensemble des ARC, quinze salariées chargées de l’accueil des lecteurs en agence alors qu’elles étaient trente-quatre en 2018. Les départs à la retraite, les absences pour arrêt maladie et les mutations ne sont plus remplacés.

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« C’est un plan social déguisé », est persuadée une responsable syndicale. Depuis la pandémie de Covid-19, trois accueils en locale ont fermé sur les seize existants. Alors que des tâches supplémentaires leur ont été allouées, la surcharge de travail est devenue monnaie courante pour ce poste non considéré par la direction, selon cette interlocutrice.

Plusieurs journalistes au sein de la rédaction, comme des salariés de la régie publicitaire, dénoncent une « perte de sens », des « changements à marche forcée », et une « absence de pédagogie » de la part de la direction

Une cellule psychologique a été mise en place au sein du journal après la mort de Chantal Dou, ainsi qu’un groupe de parole dans la locale d’Haguenau concernée par le drame. Une délégation d’enquête paritaire (comprenant notamment des représentants des salariés, la direction et l’inspection du travail) doit maintenant établir un rapport sur les causes de ce dernier suicide avant de présenter ses conclusions devant le comité social et économique (CSE) dans les prochaines semaines.

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Aux Etats-Unis, Lina Khan veut supprimer les clauses de non-concurrence

Greg Wier et Matthew Keywell étaient propriétaire d’une société de gardiennage, Prudential, à Taylor, près de Detroit, dans le Michigan. Leurs salariés étaient payés au lance-pierre, autour de 10 dollars (9,40 euros) de l’heure, le salaire minimum dans la région, et pourtant, les deux entrepreneurs imposaient des clauses de non-concurrence : interdiction de travailler pour un rival, de créer leur entreprise de surveillance pendant deux ans, dans un rayon de 100 miles (160 kilomètres) alentour. La sanction en cas de non-respect de ces conditions : 100 000 dollars.

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Les deux hommes ne se sont pas contentés de faire signer ces contrats (en général après avoir embauché leurs gardiens, qui n’avaient plus le moyen de négocier) : ils ont fait licencier plusieurs de leurs anciens salariés embauchés dans d’autres entreprises. Tout cela pour des gardiens de sécurité ! Le cas était suffisamment emblématique pour que la Federal Trade Commission (FTC), l’autorité fédérale de la concurrence américaine, se saisisse du cas et libère, début janvier, quelque 1 500 anciens salariés de Prudential de leurs obligations.

Derrière cette opération, la présidente de la FTC, Lina Khan : cette universitaire de 33 ans, fille d’émigrés pakistanais née à Londres, veut libéraliser le marché du travail américain. « Un travailleur américain sur cinq, soit 30 millions de personnes, est lié par une clause de non-concurrence », déplore Mme Khan dans une tribune au New York Times parue le 9 janvier. Elle y cite l’exemple de « travailleurs de la restauration rapide, de jardiniers, d’ouvriers » : bref, des cas de figure bien loin de celui de l’ingénieur formé pendant des années par l’entreprise et qui chiperait les secrets de fabrique.

Long chemin

« Les accords de non-concurrence font baisser les salaires et tuent l’innovation », accuse la responsable. Pas seulement les salaires de ceux qui les ont signés, mais ceux des autres, puisque ces clauses empêchent la fluidification du marché et la pression à la hausse des salaires. « Comment un nouveau business peut-il s’imposer sur le marché si tous les travailleurs qualifiés sont bloqués ? », demande-t-elle. A son secours, l’exemple de la Californie, l’un des trois Etats, avec l’Oklahoma et le Dakota du Nord, à bannir les clauses de non-concurrence, et ce depuis le XIXe siècle.

Des articles aux décisions, le chemin est long, car le gouvernement est souvent démuni aux Etats-Unis

« Cela n’a pas maintenu la Californie – la cinquième économie du monde – à l’âge de pierre », constate Mme Khan. Au contraire, ce mécanisme a permis à l’écosystème de capital-risque de prospérer dans la Silicon Valley. Ainsi, la présidente de la FTC a-t-elle tout simplement proposé la suppression des clauses de non-concurrence aux Etats-Unis, sauf en cas de cession des parts d’une entreprise, estimant que la mesure permettrait d’augmenter les salaires de plus de 250 milliards de dollars par an.

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L’argot de bureau : l’« upskilling », pour mettre ses salariés à la page

Argot de bureau

Lundi 14 heures, Nicolas est déjà en week-end : tout guilleret, ce créateur de sites Internet en a lancé une dizaine en une matinée, et chacun comporte déjà de nombreux articles. « J’ai découvert un truc magique, j’ai demandé à ChatGPT de faire mon travail et en une seconde j’avais tout. »

Ce que Nicolas ne sait pas, c’est que dans cinq ans, ses clients n’auront plus besoin de lui : l’heure est grave. Le développement des intelligences artificielles génératives inquiète, car il pourrait menacer à terme la majorité des métiers du tertiaire, y compris les plus « créatifs ». Face au caractère de plus en plus obsolète des compétences professionnelles, il convient de les mettre à jour de plus en plus souvent, avec un bon « upskilling », disent les professionnels.

L’upskilling consiste à « augmenter » (up) les « compétences » (skills) d’un salarié, afin de permettre la poursuite de son métier. « L’upskilling améliore la performance opérationnelle des salariés dans leur poste, il va leur permettre d’être plus efficaces et performants, précise Jenny Gaultier, directrice générale du Mercato de l’emploi, un réseau de consultants en recrutement. Le terme est très utilisé depuis le Covid. »

Fidélisation des équipes

La notion vise plutôt les compétences dites « dures », appelées également compétences métiers, celles qui ont été validées par des diplômes à l’époque où « on faisait comme ça », et où elles suffisaient pour être embauché… Mais tout a changé.

Attention ici, à ne pas confondre l’upskilling avec l’upcycling, forme de recyclage qui consiste à créer du neuf avec du vieux…

Il s’agit désormais de combler l’écart entre les attentes de l’employeur et la réalité des compétences des salariés – on parle en bon français de « skills gap ». Si l’on exige des nouvelles recrues qu’elles connaissent telle technologie, autant permettre aux autres d’acquérir ces compétences, pour rester au niveau. Attention ici, à ne pas confondre l’upskilling avec l’upcycling, forme de recyclage qui consiste à créer du neuf avec du vieux…

Peut-on alors parler de « montée en compétences », comme le sous-entend le « up » ? Parler de perfectionnement paraît plus approprié, puisque c’est la finalité recherchée. Pour une entreprise, engager une démarche d’upskilling est un signal qu’elle prend de l’avance sur l’inexorable.  « Cet investissement coûtera toujours moins que de perdre en compétitivité, ou que de devoir faire certains recrutements, souligne Jenny Gaultier. Le turnover sera fort s’il ne se passe rien. »

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« Si l’Etat contrôle le temps de la grève et ses modalités, alors la grève n’est plus »

Matraquage antiblocage, service minimum, menaces contre les actions militantes de la CGT-Energie : depuis le 19 janvier, les attaques de l’exécutif contre le droit de grève s’intensifient. Face à la mobilisation massive contre une réforme des retraites très impopulaire, le danger de nouvelles attaques contre ce qui a toujours été un droit à la contestation devrait être une préoccupation majeure de toutes celles et ceux qui se battent pour la défense de nos conquêtes démocratiques.

Le droit de grève, un droit au « blocage »

En droit français, la protection de la grève a une valeur constitutionnelle, consacrée par l’article 7 du préambule de la Constitution de 1946. Conquête fondamentale, la grève consiste en la suspension du contrat de travail et donc du lien de subordination auquel le salarié est soumis. Le droit de grève constitue un véritable droit à l’insubordination et à la révolte. Et, en cette matière, les contours de la légalité évoluent constamment.

Selon Philippe Waquet, ancien doyen de la chambre sociale de la Cour de cassation, « le droit du travail s’est construit, en grande partie, grâce aux grèves. Et la difficulté de réglementer la grève tient précisément à ce caractère irréductible du phénomène, qui échappe aux catégories classiques d’un droit construit autour de l’image du bon père de famille, prudent et diligent ». Ainsi, des fêtes à Renault-Billancourt, en 1936, à la grève des salariés de Lip, en 1973, le droit de grève a toujours entraîné bien plus que le « blocage » de l’économie : piquets de grève, barrages routiers, occupations d’usine sont autant de modalités d’expression de cette liberté fondamentalement politique.

Au nom du « devoir de travailler »

Face à cela, les attaques contre le droit de grève ont jalonné l’histoire du mouvement social. On peut bien sûr penser aux milliers de mineurs licenciés pour avoir participé à la grande grève de 1948, marquée par la brutalité de la répression policière. Plus tard, c’est par l’instauration de dispositifs législatifs pérennes que les gouvernements successifs ont cherché à dompter ce droit à la contestation. En ce sens, la loi du 31 juillet 1963 instaurait un préavis obligatoire dans les services publics. Adoptée quelques mois après la victoire des mineurs malgré leur réquisition, elle visait à empêcher toute grève sans intervention syndicale et à réparer l’affront fait au président de Gaulle.

Depuis lors, à chaque grève d’ampleur, le débat sur l’instauration d’un service minimum et le durcissement des sanctions disciplinaires à l’encontre des grévistes refait surface au nom du « devoir de travailler » ou de la « continuité des services publics ».

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« Les seniors de la deuxième ligne sont plus nombreux à être ni en emploi ni en retraite que les autres salariés »

La crise sanitaire a mis en lumière un ensemble de salariés travaillant dans des métiers nécessaires à la continuité de notre vie économique et sociale, les « deuxième ligne », salués par le président de la République aux côtés des soignants dans son discours d’avril 2020. Parmi eux, des ouvriers (dans l’agriculture et les industries agroalimentaires, le bâtiment, la manutention) mais aussi des conducteurs, des bouchers, des charcutiers, des boulangers, des vendeurs de produits alimentaires, des caissiers de la grande distribution, des agents du nettoyage et de la propreté, de l’aide à domicile, de la sécurité…

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La mission lancée par Elisabeth Borne en novembre 2020, dont le rapport a été publié en décembre 2021, a montré la difficulté de leurs conditions de travail et d’emploi, marquées notamment par des salaires faibles, diverses formes de pénibilité et de faibles chances de promotion en cours de carrière… Pourtant, malgré la richesse du bilan statistique et l’ambition d’un dialogue social renouvelé dans les branches concernées, la « reconnaissance » du rôle essentiel de ces salariés s’est arrêtée à une prime exceptionnelle laissée à la discrétion des employeurs en 2021, et de plus non spécifique à ces métiers.

Dans le contexte du débat sur la réforme des retraites, il nous semble important de renouer avec la démarche de la mission et de reprendre une approche par métiers pour analyser les fins de carrière et leurs difficultés.

Les données de l’enquête Emploi de l’Insee permettent une première approche, en décomposant la population des seniors de 50 à 64 ans selon leur situation à l’égard du marché du travail en fonction de leur métier. Les résultats montrent que les salariés qui exercent ou ont exercé comme dernier emploi un métier de la deuxième ligne représentent 28 % du total des seniors, soit 3,6 millions de personnes. Ils sont un peu moins souvent en emploi que les autres salariés (58 % contre 66 %), et il s’agit davantage d’emplois à temps partiel (18 % contre 10 %).

Fort risque de pauvreté

Toutefois, comme ils sont un peu plus touchés par le chômage, et surtout par l’inactivité hors retraite, les seniors de la deuxième ligne sont nettement plus nombreux à être ni en emploi ni en retraite (26 % contre 15 %), situation associée à un fort risque de pauvreté selon une étude de la Drees de 2018. Signe de la dureté de leurs métiers, un tiers d’entre eux (9 %) est en invalidité, le double de ce qui est observé dans les autres emplois. Chômage et inactivité, hors retraite, ne diminuent que lentement avec l’âge : pour certains métiers, comme les ouvriers du bâtiment, les caissières ou les agents de propreté, cette situation touche encore plus du quart de la population entre 60 et 64 ans. Elle renvoie très probablement à l’impossibilité de ces travailleurs à prendre leur retraite compte tenu de leurs carrières (nombre de trimestres et niveaux de salaires).

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« Les Français ont au moins trois bonnes raisons d’afficher leur hostilité à la perspective de travailler jusqu’à 64 ans »

Malgré les efforts de l’exécutif pour tenter de montrer que la réforme des retraites est juste et indispensable, les Français refusent de travailler deux ans de plus. Et, du point de vue du travail, ils ont au moins trois bonnes raisons d’afficher leur hostilité à cette perspective.

Lire la chronique de Françoise Fressoz : Article réservé à nos abonnés « Dans le conflit sur la réforme des retraites, tout se joue à front renversé »

Tout d’abord, la pénibilité des conditions de travail est loin d’être compatible avec l’avancée en âge. Les travaux de recherche en ergonomie (Le Travail pressé, de Corine Gaudart et Serge Volkoff, Les Petits Matins, 2022) ont montré que les contraintes de temps, le travail dans l’urgence et l’absence de marge de manœuvre posent des problèmes particuliers aux travailleurs vieillissant. Or, c’est précisément l’intensification du travail qui caractérise le mieux l’évolution des conditions de travail ces trente dernières années.

Selon les enquêtes de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) du ministère du travail, entre 1984 et 2019, la proportion de salariés dont le rythme de travail est imposé par « des normes ou des délais en une heure au plus » est passée de 5 % à 23 % ; celle des travailleurs dont le rythme dépend d’une « demande extérieure exigeant une réponse immédiate » est passée de 28 % à 55 %.

Une des premières inquiétudes des salariés face au recul de l’âge légal de la retraite semble de se demander s’ils vont pouvoir tenir le rythme imposé par l’organisation du travail. D’ailleurs, plus ils avancent en âge, et plus la réponse à cette question est négative, notamment pour les ouvriers et employés. Selon les tout premiers résultats d’une étude menée par l’observatoire Evrest, après 60 ans, la moitié des ouvriers et des employés doutent que leur état de santé leur permette, à horizon de deux ans, de poursuivre leur travail actuel. Et l’on sait par d’autres travaux scientifiques que ces doutes sont souvent fondés et laissent présager la survenue d’incapacité. Avec des risques sérieux de perte d’emploi et d’une longue période de chômage.

« Situation qui stagne »

La deuxième raison de refuser de travailler jusqu’à 64 ans est à rechercher dans les comparaisons européennes. L’âge de départ plus élevé dans nombre de pays de l’Union justifierait, pour l’exécutif, que la France recule le sien. Sauf que la première ministre, Elisabeth Borne, et son ministre du travail, Olivier Dussopt, se gardent bien de reconnaître que, parmi les pays européens, la France se situe en queue de peloton dans le domaine de la qualité des conditions de travail.

C’est en tout cas ce que montre l’enquête menée sur le sujet par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail auprès de 72 000 travailleurs des 27 Etats membres et de 9 pays voisins (Royaume-Uni, Norvège, Suisse…). La France se classe 28e, selon l’index de qualité du travail ; 5 % des salariés de l’Hexagone considèrent leurs conditions de travail comme extrêmement contraintes, 11 % les caractérisent comme fortement tendues et 22 % comme plutôt tendues.

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