Archive dans février 2023

Des salariés satisfaits mais tendus : l’intensification du travail a augmenté la charge mentale

Le goût du travail bien fait et le goût des autres sont toujours d’actualité, à en croire la dernière étude de l’Institut Montaigne, « Les Français au travail : dépasser les idées reçues » à paraître jeudi 2 février. Les actifs aiment leur travail, aussi pénible soit-il, mais veulent le faire dans de bonnes conditions, et davantage en télétravail. Et s’ils sont prêts à travailler plus, c’est pour gagner plus. « La préoccupation centrale de la rémunération se traduit dans notre enquête par l’importance de (…) “gagner de l’argent” dans le sens donné au travail, plus dans le privé que dans le public, et en particulier pour les ouvriers », commente l’Institut Montaigne.

Le think tank a abouti à ces conclusions en deux temps. Kantar Public a réalisé pour lui une enquête à l’automne 2022 intitulée « Le travail au XXIsiècle », qui a donné la parole à plus de 5 000 actifs en emploi (des salariés et des indépendants, qu’ils soient dans le secteur public ou dans le privé) afin qu’ils décrivent eux-mêmes leur rapport au travail. Puis, il en a confié l’analyse économétrique au cabinet de conseil Kearney pour disséquer les données, identifier les ruptures avec les études précédentes de l’Institut Montaigne, en les croisant avec les statistiques nationales et européennes afin d’explorer les liens de causalité.

Dans cette étude, le management apparaît comme un enjeu majeur en lien avec la qualité de vie au travail. C’est surtout la charge de travail qui apparaît problématique : 60 % considèrent qu’elle a augmenté au cours des cinq dernières années. Un quart des salariés (24 %) et 18 % des indépendants la jugent même « excessive » : 31 % dans les secteurs de la santé, du social et de la culture et 30 % au sein des professions intermédiaires.

« On ne déconnecte plus »

La plupart des facteurs qui expliquent le ressenti de cette charge de travail « excessive » sont d’ordre subjectif : une relation dégradée avec le management, une faible autonomie au travail… et surtout une charge psychique, qui pèse lourd sur les actifs. « Les manageurs devraient avoir davantage conscience que leur rôle est plus qu’ils ne l’imaginent important pour la satisfaction des salariés. Les insatisfactions à leur égard, même si elles sont légères, pèsent lourd », commente l’économiste Bertrand Martinot, spécialiste de l’emploi de l’Institut Montaigne.

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Contrairement à ce que l’on observe pour la pénibilité physique, la charge mentale ne dépend pas de la catégorie socioprofessionnelle. Elle frappe en revanche certains secteurs plus que d’autres : la santé, le social, l’hébergement et la restauration. La pénibilité psychique est fortement ressentie : 47 % des actifs interrogés estiment que leur travail est psychologiquement pénible. « Les questions liées à la santé au travail, surtout la santé mentale et le traitement, si possible préventif, d’une charge psychique excessive, doivent devenir des préoccupations centrales », recommandent les auteurs.

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« La Nouvelle Peur des autres » : Etes-vous un anxieux social ?

Le livre. « Imaginez qu’en rentrant dans cette salle, vous vous aperceviez soudain que vous êtes tout nu. (…) C’est ce que vivent, avec plus ou moins d’intensité il est vrai, les anxieux et les phobiques sociaux. » Voici quelques années, la présidente de l’Association américaine des troubles anxieux avait saisi, avec ces mots, l’assistance d’un Congrès mondial de psychiatrie. Et mis le doigt sur les douleurs intenses que peuvent ressentir les personnes touchées par l’anxiété sociale, sans que leur entourage le remarque forcément.

De fait, cette peur du regard et du jugement d’autrui qui se décline en trac, timidité ou phobie sociale, peut handicaper lourdement ceux qui la subissent. Dans les cas extrêmes, elle envahit tous les compartiments d’une vie où des efforts démesurés sont déployés pour éviter tout contact.

Cette anxiété sociale est l’objet d’un essai mené par trois psychiatres, Christophe André, Patrick Légeron et Antoine Pelissolo, La Nouvelle Peur des autres (Odile Jacob), qui explorent ses manifestations, ses ressorts, mais aussi les moyens de s’en libérer (médicaments, psychothérapie). Ce faisant, ils mettent en lumière combien cette crainte d’autrui peut peser sur la vie professionnelle des personnes concernées.

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L’angoisse de s’exprimer en réunion, de s’affirmer et d’imposer ses vues à des prestataires ou même l’appréhension d’échanges informels autour de la machine à café… Cette peur des autres peut se manifester en de multiples occasions, jusqu’à influer les choix de carrière des personnes touchées. Ainsi, « 58 % des employés disent appréhender d’occuper un poste de direction par peur de devoir s’exprimer en public », expliquent les auteurs. De quoi pousser certains salariés à décliner une promotion.

Usage à double tranchant

D’autres professionnels ont ressenti le besoin d’adapter leur carrière : « Des médecins phobiques sociaux optent ainsi pour une spécialité qui ne les oblige pas à discuter avec leurs patients, comme l’anesthésie ou la radiologie », indiquent les auteurs, citant aussi le cas de ce « professeur d’histoire qui finit par renoncer à son métier pour travailler comme vigile de nuit dans une grande usine, seul moyen de ne pas se rendre quotidiennement malade en affrontant élèves, parents et collègues ».

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L’époque ne facilite pas les choses pour les anxieux sociaux. Si les technologies peuvent parfois constituer un refuge, leur usage est à double tranchant, rendant les interactions physiques plus rares… Et plus angoissantes. Nombre de salariés ont d’ailleurs eu des difficultés à reprendre une activité professionnelle en présentiel après les périodes de confinement, « ayant perdu l’habitude des confrontations directes et des prises de parole lors de vraies réunions ».

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Transition énergétique : le défi d’une électrification de la France d’ici à 2050

Le XXIe siècle sera électrique, ou ne sera pas. Thomas Veyrenc, ingénieur de CentraleSupélec et diplômé de Sciences Po, pilote les prévisions parmi les plus sensibles en France. Sous sa direction, au cœur du quartier de La Défense, à Paris, 150 ingénieurs et économistes analysent des quantités considérables de données, économiques, sociétales, météorologiques, physiques, minières, hydrologiques, climatiques, industrielles, afin d’éclairer les choix énergétiques de la France pour les prochaines décennies. « Une machine à simuler », dit-il dans un sourire.

Son employeur, dont il est directeur exécutif stratégie et prospective, est une entreprise habituellement discrète, sinon secrète, à la gouvernance atypique, à l’actionnariat dormant, longtemps demeurée dans l’ombre de la puissante EDF, mais dont le poids stratégique va s’accentuer avec la dramatisation des enjeux énergétiques et l’engagement de décarbonation du pays d’ici à 2050.

Bienvenue chez RTE, pour Réseau de transport d’électricité, 9 500 salariés, 106 000 kilomètres de lignes à très haute tension, 250 000 pylônes, plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et la mission d’anticiper les avenirs énergétiques, exercice aussi délicat que stratégique, qu’il s’agisse des éventuelles coupures d’électricité de l’hiver 2022-2023 ou du visage de la France dans vingt ans.

« Les pédagogues d’une société décarbonée »

En fin d’entretien, quand la prudence s’estompe un peu, malgré les deux conseillères en communication mobilisées, Thomas Veyrenc livre son intime conviction, colonne vertébrale de la prochaine étude de RTE, qui devrait à nouveau bousculer les débats d’ici à juin : la France doit se préparer urgemment à un plan massif d’électrification et donc à des choix industriels drastiques dans un temps très court.

Car il va falloir que les filières – dans le nucléaire, les énergies renouvelables et les infrastructures – montent en cadence de façon spectaculaire pour absorber le choc à venir du remplacement des énergies fossiles consommées sur le territoire.

Sur le site de l’interconnexion électrique France-Espagne, à Baixas (Pyrénées-Orientales), le 19 janvier 2023.

C’était déjà, en partie, l’objet des travaux publiés par RTE en octobre 2021, sous le nom de « Futurs énergétiques 2050 ». Soit près de 1 000 pages d’anticipation, denses, argumentées, des scénarios envisageables pour que le pays atteigne son objectif de neutralité carbone, bien au-delà des débats habituels entre chapelles concurrentes sur le nucléaire, le pétrole, le gaz ou les énergies renouvelables. Ces travaux avaient, très distinctement, formé la charpente du discours du chef de l’Etat, Emmanuel Macron, le 10 février 2022, à Belfort, lors de ses annonces sur la politique énergétique française et la relance du nucléaire.

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Retraites : le Parlement adopte le relèvement des pensions des agriculteurs non salariés

C’était une réforme attendue de longue date par le monde agricole. Le Parlement a définitivement adopté mercredi 1er février au soir, par un ultime vote unanime du Sénat, une proposition de loi portée par Les Républicains (LR) permettant de relever les retraites des agriculteurs non salariés.

Loin des tensions sur la réforme des retraites reculant l’âge légal de 62 à 64 ans, le texte du député Julien Dive avait été voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale au début de décembre. Les sénateurs l’ont eux aussi voté à l’unanimité, sans modifications, entérinant son adoption définitive.

Il prévoit, à compter de 2026, « d’étendre aux non-salariés agricoles », notamment les chefs d’exploitation et les « conjoints collaborateurs », « le calcul de la retraite de base sur les seules vingt-cinq meilleures années », et non plus sur l’intégralité de leur carrière.

« Le mode de calcul des pensions de nos agriculteurs est particulièrement illisible », a rappelé la rapporteuse du texte au Sénat, Pascale Gruny (LR).

Une retraite moyenne de 1 079 euros brut

La commission des affaires sociales a estimé que le texte n’était pas « parfait », mais « pleinement consciente de l’importance symbolique de cette grande marque de soutien national à ces femmes et à ces hommes auxquels nous sommes tous redevables, a jugé préférable de sécuriser les avancées acquises de haute lutte », a-t-elle précisé.

Les chefs d’exploitation à la retraite touchent en moyenne 1 079 euros brut pour une carrière complète (hors réversion), selon des éléments de la Mutualité sociale agricole (MSA).

Cette réforme constitue selon le ministre du travail, Olivier Dussopt, « un nouveau pas en matière d’égalité et de reconnaissance des agriculteurs ».

Sur ce sujet consensuel, deux lois dites Chassaigne 1 et 2 avaient déjà été votées à l’unanimité en 2020 et 2021.

Promulguée en juillet 2020, la loi Chassaigne – du nom du député et chef du groupe communiste à l’Assemblée nationale, André Chassaigne – avait relevé les retraites des anciens chefs d’exploitation agricole à un niveau plancher de 85 % du smic net.

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Un second texte présenté par ce même député avait permis de relever les petites retraites des conjoints collaborateurs d’agriculteurs en 2021.

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Le Monde avec AFP

En pleine réforme des retraites, Gabriel Attal insiste sur le « rapport au travail » et met en avant la semaine de quatre jours expérimentée à l’Urssaf

C’est le sujet qui s’est invité en creux dans les débats lancés autour de la réforme des retraites : la question du rapport au travail. Tandis que le mouvement de contestation sociale gagne de la voix dans la rue, l’exécutif, qui refuse tout changement de cap sur le report de l’âge de départ à 64 ans, tente d’allumer un contre-feu sur ce terrain. Dans la mesure où les Français devront travailler davantage, le gouvernement assure vouloir être à « l’écoute de leurs attentes », en amorçant une « réflexion globale » sur le travail dans les mois à venir.

L’annonce faite dans L’Opinion par Gabriel Attal, mercredi 31 janvier, tombe donc à pic. Le ministre chargé des comptes publics a choisi de mettre en avant la première expérimentation de la semaine de quatre jours dans un service public. « Je crois que beaucoup de Français aspirent aujourd’hui à travailler différemment » et sont « favorables à plus de libertés dans leur organisation », a fait valoir M. Attal. L’heureuse élue se trouve être l’Union de recouvrement des cotisations de Sécurité sociale et d’allocations familiales (Urssaf) de Picardie – organisme de droit privé assurant une mission de service public –, en pointe sur les réflexions autour de la qualité de vie au travail.

Quant au timing de l’annonce, Gabriel Attal assume auprès du Monde « de mettre l’accent sur ce chantier, dans un contexte où la réforme des retraites a un caractère éruptif, non pas seulement sur la question de l’âge de départ, mais aussi sur la question du rapport au travail ». Le ministre du budget arguë : « Il faut que l’on porte ces prochains mois des mesures qui permettent d’améliorer le bien-être au travail, comme on le fait dans la réforme des retraites sur la pénibilité ou l’ouverture de la retraite progressive dans la fonction publique. »

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Cette expérimentation a été lancée par l’Urssaf Picardie l’an passé et est entrée en vigueur début janvier. Les quelque 300 agents que compte l’organisme peuvent ainsi choisir de concentrer leurs 36 heures de travail hebdomadaire sur quatre jours de travail au lieu de cinq, avec une amplitude horaire élargie, pour se libérer un jour supplémentaire de repos par semaine.

Une expérimentation née de l’initiative de l’organisme

Un mois après le lancement du dispositif, ils ne sont que deux salariés à s’être lancés dans l’expérimentation de la semaine de quatre jours (avec un jour de repos supplémentaire choisi le mercredi), souligne Pierre Feneyrol, le directeur régional de l’Ursaff Picardie. Les autres ont encore jusqu’au 1er mars pour décider d’y prendre part.

« La question de la semaine de quatre jours, expérimentée dans de plus en plus d’entreprises privées en Europe et en France, correspond à une demande plus large des salariés de souplesse dans leur organisation du travail », relate le directeur de l’organisme. Il ajoute : « L’été dernier, nous avons lancé un questionnaire spécifique auprès de nos agents pour connaître leur intérêt sur la question. Une centaine a trouvé ça intéressant tandis qu’une quarantaine s’est dite partante pour tester la semaine de quatre jours à court ou moyen terme. »

Lire l’analyse : Article réservé à nos abonnés La semaine de quatre jours pour travailler plus

La direction a ensuite engagé des négociations avec les représentants syndicaux (CFDT, CFE-CGC, FO, CFTC) sur la question, dans le cadre de discussions plus large autour d’un accord global « relatif à la gestion et l’aménagement du temps de travail ». Tous les acteurs sont tombés d’accord pour encadrer l’expérimentation, en laissant le choix aux salariés d’y participer et en instaurant une clause de réexamen d’un an pour permettre une évaluation à moyen terme du dispositif. Le protocole d’accord a ensuite été approuvé à l’automne par l’Union des caisses nationales de sécurité sociale, puis par la direction de la Sécurité sociale, qui dépend à la fois du ministère de la santé et de celui de l’économie, avant d’entrer en vigueur au début de l’année 2023.

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Les syndicats comme la direction espèrent que l’expérimentation va prendre de l’ampleur et saura répondre aux attentes qui ont été fixées dans l’accord : améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle des salariés ainsi que leur qualité de vie au travail et leur productivité, et ne détériorer en rien la qualité du service public rendu. De son côté, Gabriel Attal veut, à terme, étendre ce type d’initiatives « à d’autres administrations, et notamment la direction générale des finances publiques ». Il précise, enfin, qu’« une expérimentation similaire a par ailleurs été lancée à la Caisse nationale d’assurance vieillesse ».

Kookaï et Pimkie, deux enseignes d’habillement dans la tourmente

La série des mauvaises nouvelles se poursuit dans les rues commerçantes. Après la liquidation judiciaire de Camaïeu en 2022 et la mise en redressement judiciaire de Go Sport, deux autres enseignes réputées sont dans la tourmente : Kookaï, fondée en 1983, et Pimkie, créée en 1971. Le tribunal de commerce de Paris a placé la première en redressement judiciaire, mercredi 1er février. A la tête de 121 boutiques, l’enseigne, qui emploie 320 salariés, est confrontée à une chute d’activité de 25 % par rapport à 2019.

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La chaîne qui, dans les années 1980, sous la houlette de ses fondateurs, Jean-Lou Tepper, Jacques Nataf et Philippe de Hesdin, a connu le succès grâce à des pulls chaussettes, avait été rachetée en 2017 par son franchisé australien, Magi. Ce fut à la hâte. Vivarte, qui en était le propriétaire depuis près de vingt ans, souhaitait s’en défaire pour restructurer une dette colossale.

Kookaï « se trouvait déjà dans une situation financière délicate. Et son parc de magasins était à l’abandon », précise l’enseigne par communiqué. La crise du Covid-19, qui a entraîné la fermeture provisoire des magasins de mode en 2020 et en 2021 et dopé la vente en ligne, a compliqué sa relance. L’obligation de payer les baux dus aux foncières de centres commerciaux pendant ces périodes de fermeture a aggravé son endettement ; la chaîne présente désormais un passif de l’ordre de 10 millions d’euros.

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De surcroît, d’après nos informations, la gestion de Rob Cromb, le fondateur de Magi, n’a pas été un long fleuve tranquille. Car l’enseigne française doit, depuis, vendre des vêtements conçus en Australie, adaptés à un autre hémisphère, et produits dans les usines de Magi situées aux îles Fidji. Toutefois, la motivation de M. Cromb demeure. L’entrepreneur australien est « prêt à présenter un plan de continuation », assure au Monde Jennyfer Cohen-Solal, directrice marketing de Kookaï.

Craintes pour l’emploi

Pimkie accueillera, elle, ses nouveaux propriétaires le 15 février. Mais déjà l’inquiétude gagne les 1 300 personnes que l’enseigne d’habillement féminin emploie dans ses 213 magasins en France. Car les élus du personnel s’attendent à une restructuration d’ampleur. « Une centaine de magasins pourraient fermer. Un plan de sauvegarde de l’emploi devrait être ouvert au printemps. Entre 400 et 500 postes pourraient être concernés », estime Sandra Morin, déléguée syndicale CGT. Ce plan fait suite à la cession de Pimkie.

L’association familiale Mulliez (AFM), actionnaire de Pimkie depuis sa création à Villeneuve-d’Ascq (Nord) en 1971, a décidé en mai 2022 de vendre l’entreprise à un consortium de trois investisseurs. C’est-à-dire la marque de jeans Lee Cooper, à hauteur de 70 % du capital, Salih Halassi, repreneur du fabricant de chaussettes Kindy et des slips Mariner, à hauteur de 15 %, et le groupe turc Ibisler Tekstil, l’un des fournisseurs de la chaîne nordiste, à hauteur de 15 %.

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La Cour des comptes constate une dégradation rapide de l’attractivité du métier d’enseignant

Dans une salle de classe, le jour de la rentrée scolaire, dans un lycée de Lyon, le 1er septembre 2022.

« L’éducation nationale a de plus en plus de difficultés à recruter. » L’analyse des baisses de candidatures aux concours d’enseignants n’a pas échappé à Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, qui présentait le 1er février devant la presse son rapport « Devenir enseignant : la formation initiale et le recrutement des enseignants des premier et second degrés ». Il aurait manqué environ « 1 000 postes aux concours externes de l’enseignement, chaque année, entre 2017 et 2021 », a estimé M. Moscovici. Une pénurie particulièrement remarquée en 2022, où l’éducation nationale a été contrainte de se rabattre sur le recours massif aux contractuels, et qui affecte en particulier deux académies – celles de Versailles et Créteil – et certaines disciplines dites « en tension ».

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Pour étayer le constat d’une crise d’attractivité déjà marquée dans les faits – le nombre d’inscrits au concours est en baisse continue depuis plusieurs années –, la Cour des comptes a commandé auprès de l’institut de sondage Ipsos une enquête, réalisée auprès de 2 000 étudiants d’université (en licence, master ou doctorat), de classe préparatoire, de BTS et d’IUT, sur l’attractivité du métier de professeur. Bilan : 12 % d’entre eux déclarent « envisager très sérieusement de devenir enseignant », 32 % ne « l’excluent pas » et 14 % y ont déjà songé mais y ont renoncé.

Corollaire logique de la faiblesse du nombre de candidats dans les matières scientifiques, les étudiants issus de l’ancienne filière L du lycée sont plus nombreux à se dire très intéressés par le métier (20 %) ainsi que les étudiants en lettres, langues et philosophie (23 %). Parmi les facteurs d’attractivité, la Cour note que « la sécurité de l’emploi, le niveau de salaire, l’intérêt d’exercer dans le secteur public sont peu cités (entre 13 % et 25 %) ». Ce sont les conditions d’exercice du métier qui inquiètent les étudiants. Ils se préoccupent particulièrement des difficultés rencontrées avec les élèves et de la gestion de leur comportement. L’image dévalorisée du métier arrive en deuxième position dans les facteurs de rejet.

Formation « insatisfaisante »

La Cour avance plusieurs solutions pour régler la crise du recrutement, mais sans s’aventurer sur le terrain des rémunérations, qui sont en cours de négociation entre le ministère de l’éducation et les syndicats. Elle propose d’expérimenter des titularisations de contractuels « dans les académies en difficulté et les disciplines en tension ». Ils seraient recrutés sur la base du diplôme de master, après un premier contrat allant « de trois à cinq ans ». Cette diversification des modes de recrutement, déjà à l’œuvre dans les faits, doit être rendue possible à plus grande échelle, « comme cela se pratique ailleurs dans l’administration », a précisé M. Moscovici devant les journalistes.

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Kookaï annonce son placement en redressement judiciaire

Kookaï a annoncé, mercredi 1er février, son placement en redressement judiciaire dû « aux difficultés économiques que rencontre le secteur du prêt-à-porter en Europe, que la crise du Covid-19 n’a fait qu’accentuer », selon un communiqué de la marque de mode.

Cette procédure judiciaire « n’est pas une fin en soi », a déclaré l’entreprise, selon laquelle les 121 boutiques françaises resteront ouvertes et les 320 salariés, en activité.

Lire aussi André, La Halle, Kookaï… La direction de Vivarte dévoile un plan de restructuration

Le Monde avec AFP

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A son tour, l’enseigne Go Sport est placée en redressement judiciaire

Devant un magasin Go Sport, à Melesse (Ille-et-Vilaine), dans la banlieue de Rennes, le 16 janvier 2023.

Les magasins Go Sport sont désormais en quête d’un repreneur. Le tribunal de commerce de Grenoble a placé l’enseigne d’articles de sport en redressement judiciaire, mercredi 1er février. Cette décision fait suite à la mise en redressement judiciaire de groupe Go Sport, sa société mère, le 19 janvier.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Go Sport en redressement judiciaire : les salariés satisfaits, mais inquiets d’une éventuelle « casse sociale »

Détenu depuis fin 2021 par la Financière immobilière bordelaise (FIB), société de l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon, le groupe traverse de grandes difficultés financières depuis l’été 2022, en dépit de l’obtention de deux prêts garantis par l’Etat en 2020 et 2021 d’un montant total de 55 millions d’euros.

Le groupe, qui, début janvier, avait annoncé avoir conclu le rachat de l’enseigne Gap en France pour un montant de 38 millions d’euros, fait l’objet d’une enquête préliminaire pour abus de bien social. Le parquet de Grenoble a chargé les gendarmes d’enquêter sur des transferts de fonds effectués de la trésorerie du groupe dirigé par Patrick Puy depuis début janvier.

Deux administrateurs judiciaires

Dans une note interne que Le Monde a pu consulter, M. Puy précise aux collaborateurs de Go Sport que « l’entreprise poursuit son activité, à condition d’avoir toujours une trésorerie positive ». Dès lors, ajoute-t-il, « il est important de n’engager que des dépenses essentielles au fonctionnement de l’entreprise ou qui permettront d’en améliorer l’attractivité ».

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Deux administrateurs judiciaires sont chargés de trouver des candidats à la reprise de l’enseigne qui exploite 283 magasins dans l’Hexagone et emploie 2 160 personnes. La décision du tribunal de commerce de Grenoble intervient alors que Wilhelm Hubner, président d’Hermione People & Brands, pôle qui détient les enseignes de distribution de la FIB a été révoqué de ses mandats sociaux, fin janvier.

A la suite du gel des dettes de Go Sport, le sort de cette entité, dont les revenus sont assurés par Go Sport, les 25 magasins Galeries Lafayette, les 22 boutiques Gap ainsi que la marque Legal, semble désormais fort compromis.

Une « Fresque de l’emploi » pour recruter « durable »

Carnet de bureau. « C’est intéressant de bâtir des palettes de métiers », conclut Pierre. Avec François, Renée, Fabrice et les autres, ils étaient une douzaine de personnes à participer, mercredi 25 janvier à Paris, à une « Fresque de l’emploi durable ». Après la « Fresque du climat », qui se pratique désormais au sein des entreprises pour sensibiliser les salariés à l’urgence climatique, la « Fresque du numérique », un atelier collaboratif pour comprendre les enjeux environnementaux du numérique, le vert se goûterait désormais à la sauce emploi ? C’est l’idée.

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Mais, dans le cadre de cette vaste campagne de communication diffusée dans les entreprises pour porter la bonne parole auprès de tous les salariés, que vient faire l’association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC) ? Spécialisée dans l’accompagnement des personnes éloignées de l’emploi, SNC a été à l’origine des « Fresques de l’emploi durable » en janvier 2022 pour « faire connaître le plan de transformation de l’économie française et enclencher une réflexion jusqu’au sein des entreprises sur la façon de verdir les métiers de l’intérieur », précise François Quintreau, le vice-président de SNC.

Conçue à la fois comme un dispositif d’accompagnement vers l’emploi et comme un levier de changement vers des « emplois bas carbone », cette nouvelle fresque est un atelier de réflexion de trois heures, où, après une présentation succincte des secteurs plus ou moins polluants, chaque participant doit se projeter dans un métier plus « sain pour lui » comme « pour la planète ». « On met ainsi noir sur blanc qu’il y a des métiers vertueux et d’autres qui ne le sont pas », remarque Pierre Lachaize, un polytechnicien investi dans l’innovation durable et présent à la fresque.

« Donner envie »

« Il ne s’agit pas de diaboliser des emplois ou des secteurs, mais de favoriser l’imaginaire, car les métiers de demain, on ne les connaît pas », explique Lisa Castor, bénévole à SNC et animatrice de la soirée du 25 janvier. Les participants écrivent ensemble le scénario du verdissement des métiers en incarnant un personnage fictif confronté à des aléas bien réels comme une inondation, un divorce ou une crise économique. « Ce serait intéressant de creuser un peu plus les métiers pour les adapter à sa situation personnelle », commente Ménélas Kosadinos, un étudiant participant. L’imagination est censée entraîner une dynamique de solutions.

En un an, une dizaine de « Fresques de l’emploi durable » se sont adressées pêle-mêle aux acteurs de l’emploi (AFPA, APEC, Pôle emploi, missions locales), aux syndicats et aux entreprises. « Cette fresque a pour vocation de donner envie, afin que l’offre rencontre la demande », explique François Quintreau.

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