Ubisoft : « Management toxique au pays des jeux vidéo »

Ubisoft : « Management toxique au pays des jeux vidéo »

Le PDG d’Ubisoft, Yves Guillemot, à Los Angeles, en juin 2019.

Pertes & profits. Le paravent est tombé. Depuis des mois, et dans la foulée du mouvement #metoo, les rumeurs et témoignages se succèdent sur les pratiques de harcèlement, sexuel et moral, dans le petit monde du jeu vidéo. Les témoignages, de plus en plus nombreux sur Twitter, se font de plus en plus explicites. Parmi les cibles désignées, Ubisoft, champion français et dans les tout premiers mondiaux du secteur. A regret, la firme a dû admettre l’inadmissible : au-delà des cas isolés et sanctionnés depuis les premières accusations de la mi-juin, c’est tout un management, qualifié de toxique, qui est en cause. En conséquence, le PDG, Yves Guillemot, a choisi, dimanche 12 juillet, de décapiter lui-même la direction de son entreprise, en se séparant de son numéro deux et principal créatif, Serge Hascöet, de sa directrice des ressources humaines, du patron de la filiale canadienne et de plusieurs de ses concepteurs vedettes.

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A tel point que l’on est en droit de se demander comment l’entreprise se sortira de cette affaire. Car les racines de la crise sont profondes et touchent à la culture même de ce secteur. Depuis que les jeux sont en ligne et que chacun peut se mesurer à des inconnus du monde entier dans des parties qui peuvent être elles-mêmes visionnées par d’autres amateurs, les témoignages déferlent sur le comportement de beaucoup de joueurs, majoritairement masculins, à l’égard de leurs homologues féminines. Si le monde de la tech est un monde moderne, cool et machiste, celui des jeux vidéo l’est encore plus.

Une culture du secret et de l’étouffement

Par capillarité, cette ambiance remonte dans des entreprises dont les créatifs sont tous des passionnés. Face à ce phénomène, la complaisance des services de ressources humaines interroge. Dans le cas d’Ubisoft, les témoignages, confortés par l’enquête de Libération, le 1er juillet, décrivent une culture du secret et de l’étouffement. Celles qui se plaignent sont poussées vers la sortie. C’est aussi la limite d’une entreprise restée très familiale, peu ouverte à la représentation syndicale et qui préfère laver son linge sale en famille. Quand on emploie près de 20 000 personnes dans le monde, la direction des ressources humaines ne peut se contenter d’être la courroie de transmission de la direction, chargée d’éteindre les affaires gênantes pour protéger ses stars.

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D’autant que ces dernières, comme dans le football, sont conscientes de leur valeur et du fait que tout leur sera pardonné pour peu qu’elles apportent le succès. Bien sûr, tout cela repose pour l’instant sur des témoignages anonymes, aucune affaire n’est portée en justice. Mais ce soulèvement et la réaction violente de la direction de l’entreprise traduisent un malaise bien plus large, et un devoir d’exemplarité aussi.

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LJD

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