Très chers risques psychosociaux

Très chers risques psychosociaux

« La hausse de l’anxiété nourrie par le prolongement du télétravail généralisé fait chuter l’investissement personnel. »

Carnet de bureau. « Les risques psychosociaux sont devenus la préoccupation majeure de nos clients DRH en 2021 », affirmait Liliane Spiridon, directrice assurance santé du cabinet Willis Towers Watson, à la mi-mars, lors d’une table ronde sur la prévention des risques en entreprise. Pourquoi les responsables des ressources humaines se préoccuperaient aujourd’hui plus qu’hier des risques psychosociaux (RPS) et de l’engagement des salariés ?

De par sa fonction, le DRH se doit de veiller à la santé physique et mentale des salariés. Les outils et les politiques de prévention existent dans la plupart des grandes entreprises, mais la question des RPS, complexe à aborder, a rarement été en tête de la « to do list » des DRH, avant la crise sanitaire.

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« Le Covid a servi de déclencheur à la prise en compte des RPS. Peur de tomber malade, peur de reprendre l’activité, peur de perdre son emploi, le salarié n’a plus de prise sur grand-chose. Tout l’équilibre vie personnelle-vie professionnelle a été bouleversé », décrit Liliane Spiridon. Et la hausse de l’anxiété nourrie par le prolongement du télétravail généralisé fait chuter l’investissement personnel.

Absentéisme record

L’engagement des salariés décline depuis la crise sanitaire. « Le sens que l’on donne à son travail est touché, ce qui a des effets délétères sur l’engagement et sur la santé mentale à long terme », explique Christophe Nguyen, psychologue du travail et président du cabinet Empreinte humaine spécialisé en RPS. Selon son sixième baromètre qui a mesuré en mars l’impact d’un an de Covid sur la santé psychologique des Français, 63 % des salariés disent qu’ils accorderont moins d’importance à leur travail à l’avenir.

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Le vrai risque pour l’entreprise est de laisser les salariés s’abîmer dans le cercle vicieux « désengagement-prise de risque-absentéisme-désengagement ». « Quand l’absentéisme se dégrade, l’engagement des salariés décline. Puis le manque d’engagement aggrave les prises de risques, l’imprudence et in fine l’absentéisme », analyse Laurent Termignon, directeur de l’activité Talents chez Willis Towers Watson. Sur la première période de la crise sanitaire, de mars à mai 2020, l’absentéisme moyen a, sans surprise, atteint des sommets, jusqu’à 10,5 % au plus haut le 27 mars, avant de redescendre à 3,8 % en mai.

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En termes de coût, « 1 % d’absentéisme pèse de 1 % à 2 % de la masse salariale pour une entreprise, alors même que tout n’est pas pris en compte. Il y a des éléments liés à la désorganisation du travail que l’on n’arrive pas à calculer », assure Liliane Spiridon. Si depuis le début de l’année, les enquêtes sur la santé psychique des salariés réalisées par des institutionnels ou des cabinets de conseil spécialisés dans la couverture santé ou les risques psychologiques se multiplient, c’est que la fatigue est déjà là et que les entreprises sont bien conscientes du risque financier d’une potentielle aggravation de la situation.

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LJD

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