Pourquoi les SCOP sont des boucliers anticrise pour leurs salariés

Dans un atelier de la SCOP Maurer-Tempé, spécialiste de la transformation des produits carnés, à Kingersheim (Haut-Rhin), le 1er décembre 2022.

Le saviez-vous, la France compte le plus grand producteur au monde de fleischschnacka, et elle a bien failli le perdre. Pour qui n’est pas familier de cette spécialité alsacienne, la voilà qui apparaît : un mitonné de pot-au-feu qu’une machine étale sur de la pâte à nouilles et qu’avec un tour de main des hommes et des femmes, charlotte sur la tête et blouse floquée à leur prénom, roulent et ficellent en vue de sa vente dans la grande distribution.

« Si on ne s’était pas positionné, tout ça disparaissait. Ça aurait été dommage », commente Mathieu Rouillard, 51 ans, PDG de la société coopérative de production (SCOP) Maurer-Tempé, à Kingersheim (Haut-Rhin). C’était en 2019. L’entreprise qui commercialise saucisses et spécialités alsaciennes connaissait un énième redressement judiciaire, des plans sociaux ayant réduit drastiquement les effectifs – d’un millier dans les années 1990 à 1993 lors de sa reprise en SCOP par ses salariés à 125 aujourd’hui.

« Si on n’avait pas eu le mouvement des SCOP à nos côtés et leurs dispositifs financiers, on n’aurait pas pu convaincre nos partenaires bancaires, souligne Mathieu Rouillard d’emblée. Sans compter tout l’accompagnement, il y a un vrai suivi derrière. » L’une des raisons, explique-t-il, de la résilience des entreprises coopératives. Contrairement à ce que le récent échec de Scopelec, SCOP spécialisée dans le déploiement de réseaux télécoms, pourrait laisser penser, leur taux de pérennité à cinq ans est plus élevé que la moyenne (73 % en 2021, contre 61 %, selon la Confédération générale des SCOP).

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L’autre raison tient, selon M. Rouillard, au modèle lui-même. « Sans lui, on n’aurait pas surmonté les quatre crises qu’on a connues en quatre ans », répète-t-il avec conviction en faisant visiter l’entreprise. A savoir la flambée des cours du porc après la fièvre porcine africaine, la pandémie due au Covid-19 et la désorganisation du marché qu’elle a provoquée, et aujourd’hui l’inflation et la crise de l’énergie.

Un salarié, une voix

Il existe plus de 4 000 SCOP en France, pour 81 000 employés, un chiffre en nette augmentation ces dernières années. Même si elles sont organisées et hiérarchisées comme des entreprises conventionnelles, leur spécificité tient d’abord à leur gouvernance démocratique : les salariés détiennent la majorité du capital social et des droits de vote et, si tous ne sont pas associés, ils ont vocation à le devenir. Quels que soient le poste, le statut ou le montant du capital investi, chaque employé dispose d’une voix égale, pour voter les décisions cruciales mais aussi élire, en assemblée générale, le PDG et le conseil d’administration (CA), parmi les salariés volontaires.

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