« Pourquoi aide-t-on tout le monde et pas nous ? » : le désarroi des extras de la restauration événementielle

Manifestation d’extras de la restauration évenementielle à l’appel de la CGT, à Paris, le 30 juin.

Son texto est arrivé à 14 h 42, juste après la déclaration du premier ministre, jeudi 15 octobre. Une simple photo de son écran de télé, branchée sur BFM-TV, qui suffisait à décrire son drame. « Mesures partout en France : toutes les fêtes privées (mariages, soirées étudiantes…) interdites », disait l’infographie à l’image. « Je suis K.-O. debout », a dit le texto suivant.

La veille, Yann (les témoins ont requis l’anonymat), 49 ans, maître d’hôtel spécialisé dans les réceptions de mariage, partageait encore sa joie de pouvoir enfin travailler ce week-end, lors d’une cérémonie en Eure-et-Loir. Jusqu’aux annonces de Jean Castex. « Le seul truc qui me restait, c’est fini… », commente-t-il, sonné.

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Ses neuf derniers mois, comme ceux de tous ses collègues de la restauration dans l’événementiel, ressemblent à l’un de ces cauchemars qui réveillent la nuit : ceux où l’on glisse dans un monde parallèle oppressant, qu’on a hâte d’oublier au matin, soulagé de retrouver sa « vraie » vie.

Il y a un an encore, ils orchestraient fièrement cocktails, réceptions, cérémonies, salons. Servant champagne, plats ou petits-fours de Roland-Garros à l’Elysée, du Stade de France à la Foire de Paris, en passant par tous les « clubs de direction » des groupes du CAC 40. Ils vivaient confortablement d’un système pourtant inconfortable, et très peu connu, qui concernerait de 15 000 à 20 000 personnes : celui des extras ou « permittents ».

Ni chômage partiel, ni fonds de solidarité

Employés depuis parfois vingt ou trente ans en contrats à durée déterminée (CDD) d’usage, ils alternent contrats courts – avec beaucoup d’heures sur peu de jours – et périodes d’inactivité. Un genre d’intermittence qui ne dit plus son nom, depuis 2014 et la perte de leur régime spécifique d’assurance-chômage, qui était plus favorable que le régime général auquel ils sont soumis aujourd’hui.

Mais, en février, tout bascule : leur secteur est le premier arrêté par les mesures anti-Covid-19 limitant les rassemblements. Suivent le confinement puis le déconfinement. Et l’annulation de tous les événements qui font d’habitude du printemps la période faste qui leur permet de recharger leurs droits au chômage. Depuis, comme dit Yann, ils ont « mangé » leurs jours d’indemnisation. Tablant sur une reprise à l’automne.

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Les mesures annoncées cette semaine, couplées à l’annulation du Salon de l’agriculture fin février 2021, font figure de coup de grâce. C’est à plus d’un an sans travail dans leur branche qu’il faut qu’ils se préparent. Et cela, jusqu’ici, sans aucune aide de l’Etat, qui a soutenu les entreprises du secteur mais n’a rien prévu pour ces CDD d’usage. Pour eux, ni gel des droits, ni chômage partiel, ni fonds de solidarité, ni prêt garanti par l’Etat. Rien non plus de la part de leurs employeurs.

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