Pour les étudiants refusés en master, des perspectives d’insertion professionnelle qui ne font pas rêver

Rien ne s’est passé comme prévu pour Juliette Péan. Quand elle obtient sa licence de psychologie à l’université de Caen, en juin 2020, l’étudiante de 24 ans n’envisage qu’une chose : poursuivre ses études. Mais les dix refus en master essuyés au fil de l’été auront raison de son projet. Comme beaucoup d’autres recalés, elle se dirige vers un service civique, qu’elle effectue dans une clinique. Pendant six mois, elle a pour mission de réduire l’isolement des patients en prenant le temps de les écouter. Une expérience enrichissante qui, elle en est convaincue, va renforcer son dossier. L’été suivant, le scénario des refus se répète. La jeune femme n’a aucune place en master.

Juliette décide alors de chercher du travail et décroche un CDD de six mois comme aide-soignante dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). « Il a bien fallu prendre les devants et gagner ma vie, raconte-t-elle. J’ai candidaté à des tas de postes mais avec une licence de psycho généraliste, c’était très difficile de trouver quelque chose de stimulant. J’ai, par exemple, postulé pour être médiatrice familiale ou assistante maternelle, mais ça n’a pas marché car je n’avais pas la bonne formation. » Après son passage en Ehpad, Juliette devient « écoutante sociale » pour le 115, le numéro d’urgence pour les personnes en grande difficulté, tout en continuant à peaufiner sa stratégie pour postuler en master.

« Ces filières en tension ont des débouchés, mais la licence ne suffit pas. Elle n’est pas faite pour le monde du travail. Un BTS, un DUT sont professionnalisants, mais la licence générale est pensée pour mener vers le master », observe Loup Bensoam, étudiant en master de droit économique à Sciences Po et cofondateur de la plate-forme collaborative ViteMonMaster qui compare les capacités d’accueil des différents masters.

Selon les données de l’enquête du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq) publiée en septembre 2022 et consacrée aux étudiants sortis du supérieur en 2017, à peine 7 % d’entre eux ont quitté la fac au niveau bac +3.

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S’ils ne sont pas plus nombreux à se lancer dans le grand bain, c’est sans doute parce que les perspectives d’insertion professionnelle ne font pas rêver. « Si les trajectoires des diplômés de licence professionnelle sont particulièrement favorables, celles des sortants de licence générale se distinguent par leur difficulté, au point d’être parfois comparables aux parcours des non-diplômés de l’enseignement supérieur », conclut l’étude.

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