Portes ouvertes à l’hôpital : le podcast « Au turbin ! » explique en quatre épisodes où sont passés les moyens

« Alors que la fréquentation a explosé ces dernières années, les urgences doivent faire avec la réduction de moyens » (Façade de l'hôpital Georges-Pompidou).

A bout de souffle, c’est l’état du système de santé que la pandémie de Covid-19 a crûment mis en lumière.

Dans son podcast mensuel, la sociologue Amandine Mathivet en dresse le portrait à travers des témoignages de soignants, et de cadres de santé, qu’on a peu entendus, ainsi que d’autres acteurs du secteur médico-social, descendus dans la rue il y a quelques jours pour réclamer davantage de moyens.

Les interviews sont structurées en quatre épisodes pour entrer dans le détail du quotidien des urgences, des problématiques des cadres, de la question de l’ambulatoire, pour expliquer où sont passés les moyens et évoquer comment fonctionner autrement.

En introduction au premier podcast, sur les services des urgences, Fanny Vincent, coautrice de l’ouvrage La Casse du siècle. A propos des réformes de l’hôpital public (2019), consacré à l’hôpital public, revient sur les différentes réformes qui se sont succédé ces dernières années et les effets pervers de la tarification à l’acte.

Selon cette sociologue, ce mode de financement des établissements hospitaliers introduit en 2007 les incite à « se recentrer sur ce (…) qui est rentable pour eux », comme les greffes ou la chirurgie ambulatoire. Et ce, au détriment d’autres prises en charge, à l’instar de la gériatrie.

La spécialiste revient aussi sur la diminution des moyens alloués aux hôpitaux publics consécutive aux différentes réformes qui, en vingt ans, ont répondu à une logique de rationalisation et réorganisé les services. La priorité étant donnée à la médecine ambulatoire, cinq mille lits d’hospitalisation à temps complet ont ainsi été supprimés dans les hôpitaux publics en l’espace de vingt ans, dit-elle.

Réduction de moyens

Alors que la fréquentation a explosé ces dernières années, les urgences doivent faire avec la réduction de moyens. Précédant la pandémie, le mouvement de grève massif de 2019 avait révélé le ras-le-bol des médecins urgentistes face à la saturation de leurs services.

Interrogé dans le cadre du podcast, l’un d’entre eux décrit les choix arbitraires qu’il est amené à faire au quotidien pour pallier la pénurie de lits et les tensions qui en découlent entre les services, malgré le tri en amont des nouveaux arrivants. « J’ai régulièrement zéro lit le matin quand on commence la prise en charge des patients », dénonce ce médecin.

Le deuxième épisode donne la parole à des cadres de santé, souvent accusés d’être de mauvais gestionnaires car déconnectés du terrain. Le podcast met le doigt sur leurs propres difficultés : ces responsables administratifs doivent composer avec le manque de personnel et des agents épuisés qui enchaînent les arrêts maladie – 10,2 jours en moyenne par an pour les salariés des établissements de santé, contre 7,9 dans l’ensemble des secteurs.

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