Le dimanche, il faudra s’habituer aux hypermarchés sans caissiers

A Angers, le Casino de La Roseraie fonctionne le dimanche après-midi avec trois « animatrices », employées par un prestataire, chargées de « fluidifier » le passage aux caisses automatiques.

Par Publié aujourd’hui à 09h27, mis à jour à 14h44

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Devant le magasin Casino de La Roseraie, à Angers, dimanche 1er septembre.
Devant le magasin Casino de La Roseraie, à Angers, dimanche 1er septembre. Y T D / Le Monde

« Attention, Madame, à partir de 12 h 30, l’alcool ne passe plus à la caisse. » L’agent de sécurité déroule le cordon rouge devant le rayon, qui restera inaccessible tout l’après-midi. Dolorès (les personnes citées dont le nom n’apparaît pas ont souhaité garder l’anonymat), sexagénaire, presse son mari qui hésite devant les bouteilles d’apéritif. Pour éviter les débordements du premier dimanche d’ouverture de l’hypermarché Casino d’Angers, le 25 août, la direction du magasin a recruté un bataillon de 25 vigiles. A l’extérieur, la police a déployé autant de fonctionnaires pour décourager les fauteurs de troubles. Ce dimanche 1er septembre, ils ne sont qu’une vingtaine à s’être donné rendez-vous devant les portes du magasin. Des « gilets jaunes », essentiellement. Contrairement au dimanche précédent, les syndicats ont déserté la place.

« C’est assez angoissant, déclare Dolorès, en passant devant deux colosses en costume noir. Je trouve super bien que cela soit ouvert le dimanche après-midi, moi je suis pour. Après tout, c’est le choix de chacun. C’est ça, le nouveau monde. »

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La direction a contourné la loi

Depuis le 25 août, Géant Casino a élargi la brèche ouverte dans 83 de ses supermarchés en janvier. Avec ses 5 200 m2, l’hyper de la Roseraie, à Angers, est à peine plus grand. On peut désormais y faire ses courses sept jours sur sept, dimanche après-midi compris, jusqu’à 21 heures.

La loi interdit pourtant aux grandes surfaces d’employer du personnel après 13 heures le dimanche, excepté en zone touristique. Pour en arriver là, la direction a dû la contourner. A 12 h 30, les caissières stoppent leur tapis et rentrent chez elles. Elles sont remplacées par trois « animatrices », employées par une société prestataire, qui sont chargées de « fluidifier » le passage des clients aux caisses automatiques.

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Malgré le chahut constaté le 25 août, avec des consommateurs conspués par les manifestants, des paniers remplis et abandonnés dans les allées, des marchandises jetées à terre, la direction de Casino ne baisse pas les bras, bien au contraire. Dans un contexte difficile pour la grande distribution, l’ouverture du dimanche après-midi est stratégique. Le 25 août, environ 500 clients ont été comptabilisés l’après-midi, contre 1 100 entre 9 heures et 12 h 30. L’ouverture du dimanche matin, décrétée en avril 2018, représente déjà 5 % du chiffre d’affaires hebdomadaire.

Il ne faut pas « envisager les aidants familiaux comme des corps exclusivement souffrants ou victimisés »

Deux experts des questions de dépendance, Thierry Calvat et Edouard de Hennezel, appellent dans une tribune au « Monde » à considérer les personnes chargées d’un proche dépendant comme des acteurs d’un nouveau type de lien social plutôt que comme des victimes.

Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 4 min.

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«  8,3 millions de nos concitoyens accompagnent au quotidien un proche fragilisé par l’âge, la maladie ou le handicap. »
«  8,3 millions de nos concitoyens accompagnent au quotidien un proche fragilisé par l’âge, la maladie ou le handicap. » Odilon Dimier/PhotoAlto / Photononstop

Tribune. A l’approche de la réforme sur la dépendance, le gouvernement se penche sur la situation des aidants familiaux, ces 8,3 millions de nos concitoyens qui accompagnent au quotidien un proche fragilisé par l’âge, la maladie ou le handicap. Attention toutefois à ce que les approches publiques et les revendications exprimées ici et là – statut, droits nouveaux… – ne concourent pas à les envisager comme des corps exclusivement souffrants ou victimisés.

En effet, outre la mise en place de solutions possiblement inadaptées, cela empêcherait de tirer parti du formidable potentiel d’inspiration et de modernité qu’ils représentent au moment où notre société connaît des bouleversements profonds.

Les aidants constituent une famille structurée autour d’une communauté de gestes – soutenir, accompagner… – mais non de destin. Selon que l’on est aidant principal ou secondaire, enfant, conjoint ou parent, aidant permanent ou ponctuel, la singularité de la relation amène à des perceptions et des vécus différents qui rendent caduque l’idée de les rassembler en une seule main.

Choix et non situation subie

En France, les aidants principaux ou esseulés représentent ainsi une petite moitié de la population totale concernée, selon les statistiques du ministère des affaires sociales. Quand on sait que la situation est vécue comme toxique par seulement un tiers d’entre eux (Panel national des aidants BVA Novartis, 2010), alors qu’elle est porteuse d’opportunités nouvelles pour une fraction équivalente, on mesure toute l’illusion de ne pas vouloir établir de différenciation.

A l’heure où chacun, dans notre société, aspire à être davantage reconnu, considérer tous les aidants de façon uniforme ne sert ni les uns – fragilisés – ni les autres – possiblement culpabilisés – et surtout, pourrait conduire à des politiques publiques insatisfaisantes pour tous.

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Traditionnellement, on représente l’aide comme une situation subie, alors que pour plus de 90 % des aidants, il s’agit d’un choix, voire d’une fragilité consentie (Panel national des aidants BVA Novartis 2010). Aider procède ainsi d’une démarche éthique échappant à la morale. Les chemins que l’aide emprunte sont variés et parfois inattendus, mais tous placent la liberté avant le devoir.

Médiation de proximité

En cela, les aidants sont révélateurs d’une profonde mutation de l’opinion, qui trouve, entre autres, sa traduction dans de nouvelles formes d’engagement citoyen souvent éloignées du classique bénévolat. Dans ce contexte, légiférer – et donc rigidifier – est sans doute une fausse bonne idée. La formalisation d’un statut encadré – voire rémunéré – ferait par exemple courir aux femmes – généralement au premier rang de l’aide – un risque d’assignation à résidence.

Salarié à domicile : les démarches sont encore simplifiées

Les formalités de paiement ont été facilitées pour les particuliers qui emploient un salarié pour se faire aider. Un service opportun avant la mise en œuvre du prélèvement à la source le 1er  janvier 2020.

Par Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 08h19

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A la rentrée scolaire, de nombreux parents recherchent la perle rare pour récupérer leurs enfants à l’école ou les aider à faire leurs devoirs. Environ 3,4 millions de particuliers emploient en direct un salarié à domicile pour se faire aider.
A la rentrée scolaire, de nombreux parents recherchent la perle rare pour récupérer leurs enfants à l’école ou les aider à faire leurs devoirs. Environ 3,4 millions de particuliers emploient en direct un salarié à domicile pour se faire aider. Tyler D. Rickenbach/Aurora / Photononstop

A la rentrée scolaire, de nombreux parents recherchent la perle rare pour récupérer leurs enfants à l’école ou les aider à faire leurs devoirs. Environ 3,4 millions de particuliers emploient en direct un salarié à domicile pour se faire aider. Parmi eux, 2 millions ont recours au chèque emploi-service universel (Cesu).

Ce dispositif permet de déclarer les heures effectuées par le salarié dans le cadre de certaines activités comme le ménage, le soutien scolaire, la garde d’enfant ou d’une personne âgée, les petits travaux ou le jardinage.

Depuis fin juin, les formalités de paiement ont encore été simplifiées pour les particuliers. Le service Cesu + calcule les cotisations et, c’est nouveau, prélève le salaire sur le compte bancaire de l’employeur pour le verser directement au salarié dans les trois jours. Plus besoin donc de faire un chèque ou un virement, il suffit de communiquer les heures réalisées par le salarié, et le Cesu se charge du reste.

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Il faut néanmoins être rigoureux : l’employeur doit faire sa déclaration entre le 25 et le 5 du mois suivant pour que le salarié puisse être rémunéré en temps et en heure. « Cet outil est gratuit et facultatif. Il permet de simplifier la tâche du particulier employeur et de payer le salarié dans des délais raccourcis », précise Adrien Gauthier, responsable communication du Cesu. Pour l’activer, salarié et employeur doivent donner leur accord (attestation en ligne à signer) et fournir leurs coordonnées bancaires.

Mise en place du prélèvement à la source dès janvier prochain

Un service identique est proposé depuis mai dans le cadre de Pajemploi, qui concerne cette fois-ci les parents employant une assistante maternelle ou une garde à domicile pour leur enfant de moins de 6 ans. Le complément du libre choix de mode de garde (CMG), qui couvre une partie du salaire, est désormais versé par Pajemploi et non plus par les Caisses d’allocations familiales (CAF).

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Cette aide mensuelle, oscillant entre 82 et 468 euros, est attribuée sous condition de ressources et du nombre d’enfant(s) dans le foyer. Son versement est réalisé deux jours après la déclaration (contre quinze jours auparavant), en même temps que le prélèvement des charges. « En tant qu’employeur, il faut déclarer les heures effectuées, puis l’administration prélève sur votre compte ce que vous devez au salarié, déduction faite de l’aide à laquelle vous avez droit », précise Adrien Gauthier.

Mais ce service « tout en un », sera encore plus optimal dès le 1er janvier 2020, lorsque le prélèvement à la source entrera en vigueur pour les salariés des particuliers. Ce dernier a, en effet, été décalé d’un an pour éviter des calculs compliqués aux particuliers. « L’Urssaf se chargera de récupérer l’impôt à prélever sur la rémunération du salarié pour le reverser au Trésor public », précise Adrien Gauthier. Ceux qui n’adhèrent pas à ce service devront verser à leur salarié le montant net après retenue à la source communiqué par l’Urssaf.

L’index égalité femmes-hommes : les entreprises de taille intermédiaire se heurtent aux mêmes freins que les grands groupes

Les entreprises de 250 à 1 000 salariés doivent avoir publié leur index d’égalité femmes-hommes le 1er septembre au plus tard. Environ 6 000 de ces entreprises de taille intermédiaires sont concernées. Un outil salué unanimement par les DRH interrogés, malgré quelques blocages.

Par Publié aujourd’hui à 07h00

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« Pour favoriser la parité professionnelle impulsée par le ministère du travail, cet outil  [l’index égalité femmes-hommes] doit permettre aux entreprises de mesurer les écarts de rémunérations, d’augmentations et de promotions entre les salariés des deux sexes à travers un système de points. »
« Pour favoriser la parité professionnelle impulsée par le ministère du travail, cet outil  [l’index égalité femmes-hommes] doit permettre aux entreprises de mesurer les écarts de rémunérations, d’augmentations et de promotions entre les salariés des deux sexes à travers un système de points. » Eva Bee/Ikon Images / Photononstop

« J’ai reçu un e-mail à ce sujet hier : on ne savait pas où le publier sur le site Internet ! », déclare en riant Laurence Dubois, la directrice des ressources humaines de Prodware France. Cette Entreprise de taille intermédiaire (ETI) spécialisée dans les solutions logicielles, qui compte un peu plus de 500 salariés sur le sol français – dont un tiers de femmes – fait partie des entreprises tenues de publier leur index de l’égalité professionnelle au plus tard le 1er septembre.

Au cœur du dispositif pour favoriser la parité professionnelle impulsée par le ministère du travail, cet outil doit permettre aux entreprises de mesurer les écarts de rémunérations, d’augmentations et de promotions entre les salariés des deux sexes à travers un système de points. Les employeurs doivent communiquer le résultat à l’inspection du travail et publier le score global sur le site Internet de l’entreprise.

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Après les entreprises de plus de 1 000 salariés, qui avaient jusqu’au 1er mars pour publier ces données, c’est au tour des entreprises de 250 à 1 000 salariés d’être concernées par cette obligation. Si les grandes entreprises ont eu quelques mauvaises surprises au vu de leurs résultats, en mars, notamment dans la fonction publique, pour Prodware, ce n’est pas vraiment une source d’inquiétude : « après calcul, on obtient le score de 88 points sur 100 », revendique fièrement sa DRH.

Un « bon outil » pour mesurer les inégalités entre hommes et femmes

Trois jours avant l’échéance, le service de presse du ministère du travail a déclaré ne pas avoir encore de chiffres à communiquer. Le Mouvement des ETI, le principal syndicat d’entreprises de taille intermédiaire, n’en dit guère plus. « Les entreprises sont en train de mettre en œuvre cet index », nous affirme-t-on, sans plus de précisions.

En nous basant sur un échantillon aléatoire de 25 ETI aux effectifs compris entre 250 et 1 000 salariés, nous avons constaté que seules six avaient publié leur index sur le site le 28 août – toutes avec de bons scores. En mars, pour les grandes entreprises, ce sont également les meilleurs scores qui avaient été publiés en premier. Les prochains jours diront si les retours de vacances sont à incriminer au retard de publication, ou bien s’il s’agit d’une réelle méconnaissance de la loi par les entreprises concernées.

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En attendant, le Mouvement des ETI salue la mise en place de cet index, comme un « bon outil » pour mesurer les inégalités professionnelles entre hommes et femmes. Un qualificatif souvent utilisé par les DRH interrogés, même ceux qui ont du mal à respecter tous les critères. Le Mouvement des ETI souligne toutefois que la mise en place de l’index constitue une « charge supplémentaire » pour les entreprises.

« C’est quand que tu vas t’occuper de mon père ! » : à Strasbourg, les soignants face aux incivilités

Des vigiles devraient bientôt être mobilisés en permanence aux urgences de Strasbourg. Les personnels dénoncent des incivilités fréquentes.

Par Publié aujourd’hui à 12h24

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L’année dernière, un patient ivre a attrapé à la gorge Florian Brunet. « Ça a duré deux secondes, mais ça fait un choc », raconte l’infirmier de 24 ans, devenu représentant du collectif Inter-Urgences dans le Grand-Est pour pouvoir « agir sur les conditions de travail de son service ». Depuis deux ans, ce jeune délégué Force ouvrière (FO) travaille aux urgences de l’hôpital de Hautepierre, qui compte plus de 800 lits, à Strasbourg.

Aux abords de l’immense bâtiment, ni banderole ni affiche ne rappellent le mouvement massif de grève qui touche les services d’accueil des urgences en France depuis le mois de mars. Les syndicats ont en effet signé avec la direction le 10 juillet un protocole d’accord prévoyant notamment « le recrutement de 150 soignants sur l’ensemble de l’établissement » et la « poursuite de l’ouverture de 40 lits de médecine ».

Mais une partie du personnel s’inquiète pour sa sécurité et un nouveau préavis de grève a été déposé par Force ouvrière, à la suite d’un grave incident provoqué par un jeune aux urgences de Hautepierre, le 23 août. Amené par les pompiers, il mord « deux médecins », « crache du sang au visage d’une infirmière » et s’en prend à plusieurs autres soignants, raconte Christian Prudhomme. Secrétaire général de FO aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), il précise que plusieurs plaintes ont été déposées. Le cas est « lié à la prise en charge d’un patient présentant une pathologie », souligne néanmoins Christophe Gautier, le directeur général des CHU de Strasbourg.

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Surcharge des urgences

Plusieurs mesures ont été annoncées depuis, dont l’extension des horaires des vigiles qui veillaient jusqu’alors de 20 heures à minuit sur les urgences. Ils devraient désormais être présents en permanence pour « un coût de 600 000 euros sur un an », précise M. Gautier – les dépenses des HUS ayant représenté un peu plus d’1 milliard d’euros en 2018.

Les pompiers reconduisent leur mouvement de grève jusqu’à fin octobre

Prime de feu, lutte contre la « sursollicitation » et les violences, les revendications des pompiers n’ont pas changé depuis le début du mouvement le 26 juin.

Par Publié aujourd’hui à 11h57

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La grève des sapeurs-pompiers entamée le 26 juin devait s’achever samedi 31 août, elle se poursuivra jusqu’au 31 octobre. Les sept syndicats (sur neuf) à l’origine du mouvement ont fait savoir, par un courrier adressé le 20 août au ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, et publié mercredi 28 août, qu’il était reconduit pour au moins deux mois, regrettant un « déni de dialogue » de la part du ministre de l’intérieur. Une manifestation nationale pourrait avoir lieu à l’automne, mais aucune date n’a encore été fixée.

Les pompiers étant tenus d’assurer un service minimum, la contestation s’est jusqu’à présent matérialisée par des inscriptions sur les casernes et les véhicules ou le port de brassards lors des interventions, et n’a pas affecté les opérations de secours. Le mouvement a été suivi par 90 services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) sur 100, selon les syndicats. Christophe Castaner, lui, a évoqué le chiffre de « 5 % » de grévistes parmi les 40 500 pompiers professionnels de France.

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120 faits de violence

Les revendications n’ont pas changé au cours de l’été : elles concernent essentiellement le plan opérationnel – la lutte contre la « sursollicitation » –, le plan salarial – une revalorisation de la prime de feu à hauteur des autres métiers à risques (28 %, contre 19 % aujourd’hui) – et le plan sécuritaire, alors que 120 faits de violences contre les pompiers sont recensés chaque mois, selon Beauvau.

Sur ce dernier point, Christophe Castaner a annoncé, le 23 juillet, devant l’Assemblée nationale, que les pompiers pourraient, dès le mois de septembre, être équipés de caméras-piétons, comme c’est déjà parfois le cas au sein de la police. L’initiative divise : « Ça vaut le coup de faire un test », selon Olivier Richefou, président de la Conférence nationale des SDIS, et représentant de l’Assemblée des départements de France (ADF), lesquels paient les salaires des pompiers.

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« Cette histoire de caméras, c’est un leurre, s’agace pour sa part André Goretti, président de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels (FA/SPP), premier syndicat du métier. On n’est pas là pour fliquer. Dans certains endroits, la caméra risque d’être plus contraignante qu’autre chose et d’énerver les citoyens. » Pour Sébastien Delavoux (CGT), « c’est un vrai thème, mais ce n’est pas le thème central ».

« Ne plus sortir pour n’importe quoi »

Sur les autres points, Christophe Castaner renvoie les pompiers vers les départements et les communes, au motif que ce sont eux qui les financent. « S’il n’y avait que la question salariale, c’est effectivement nous qui serions à la manœuvre, mais il ne s’agit pas que de ça, rappelle Olivier Richefou. L’une des clés pour sortir de la situation, c’est de faire en sorte que les pompiers interviennent pour de justes motifs, et non pour des motifs étrangers à ce pour quoi ils se sont engagés. La demande principale, c’est de ne plus sortir pour n’importe quoi. »

« On a perdu en effectifs et on a gagné en nombre d’interventions, résume Sébastien Delavoux. On manque de bras. » Les pompiers plaident pour une meilleure articulation avec le SAMU, les ambulanciers, les policiers et les gendarmes, afin de réduire le nombre d’interventions. « La désorganisation actuelle est préjudiciable au bon fonctionnement des secours en France », regrette Olivier Richefou, qui appelle les ministères de l’intérieur et de la santé à travailler sur la mise en place d’un numéro unique, le 112 : « Nous sommes l’un des seuls pays d’Europe à ne pas l’avoir. Il est temps que ces décisions soient prises. »

En attendant, « les sapeurs-pompiers sont très remontés par l’absence de dialogue avec le ministère de l’intérieur, déplore André Goretti. Il n’y a eu aucune rencontre malgré nos demandes. » Même sentiment chez Sébastien Delavoux : « Castaner traite cette grève comme un non-événement. » Le ministre sera très attendu lors du congrès annuel des sapeurs-pompiers de France, à Vannes, du 18 au 21 septembre.

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Aux urgences, un « été catastrophique » et une mobilisation en hausse

Le nombre de services en grève a doublé au cours de l’été. Le collectif Inter-Urgences estime que le seuil de 240 services mobilisés pourrait être atteint lundi.

Par Publié aujourd’hui à 01h41, mis à jour à 11h48

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Manifestation d’urgentistes devant la mairie de Lille, le 27 août.
Manifestation d’urgentistes devant la mairie de Lille, le 27 août. PHILIPPE HUGUEN / AFP

Si la ministre de la santé, Agnès Buzyn, avait misé sur un étiolement du mouvement de grève dans les services d’accueil des urgences (SAU) au cours de l’été, le pari est perdu. Ni la nouvelle « prime forfaitaire de risque » mensuelle de 100 euros net accordée en juin ni les aides exceptionnelles pour les établissements les plus en difficulté n’auront suffi à mettre un terme à l’un des plus importants conflits sociaux à l’hôpital public depuis des années.

Des sorties de crise ont certes été enregistrées dans quelques établissements ces dernières semaines, 28 selon le ministère, dont sept de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), où la protestation a démarré en mars. Mais ces situations ne reflètent pas la tendance générale. Le collectif Inter-Urgences estime ainsi que le seuil de 240 services en grève pourrait être atteint lundi 2 septembre, puis celui de 250 à la fin de semaine, ce qui représenterait plus de la moitié des 474 urgences publiques. « La traversée de l’été, c’était la traversée du désert, on risquait d’y laisser des plumes, mais on se retrouve fin août deux fois plus nombreux qu’en juin », se félicite Hugo Huon, infirmier aux urgences parisiennes de Lariboisière et président du collectif.

Au ministère de la santé, on affiche depuis mi-août le chiffre de 195 SAU en grève et on promet un nouveau chiffrage dans les prochains jours. « C’est un mouvement relativement stable, sans aggravation ni décélération majeure », estime-t-on avenue de Ségur, en relevant qu’il n’y a pas eu pendant l’été de « situation inextricable où un service se serait trouvé vraiment bloqué ».

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« En sous-effectif permanent avec mise en danger du patient »

Parmi les principales motivations des infirmiers et aides-soignants qui ont rejoint la protestation au cours de l’été, le manque d’effectifs et le manque de lits d’hospitalisation en nombre suffisant pour faire face à une hausse régulière du nombre de passages. Après un premier mouvement en janvier-février, interrompu pour cause d’« épuisement général », l’équipe de nuit des urgences de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) s’est ainsi remise en grève en juillet. « On ne nous laisse pas le choix », estime Katell Dubois, 46 ans, infirmière de nuit depuis vingt ans. « Cet été a été catastrophique, on a eu jusqu’à trente patients sur des brancards dans le couloir à 5 heures du matin, je n’avais jamais vu ça », dit-elle, déplorant « un nombre de personnels qui ne correspond plus à l’activité… »

Start-up : la face cachée de l’hypercroissance

L’économie numérique raffole des entreprises qui connaissent une croissance fulgurante. Mais il y a un revers de la médaille à cette frénésie : des problèmes managériaux apparaissent et la pression des investisseurs peut se révéler lourde à gérer pour les patrons de ces jeunes pousses.

Par Publié aujourd’hui à 10h40

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OLIVIER BONHOMME

Thomas Rebaud parle vite, en homme pressé qu’il est : « Ma philosophie, ce n’est pas de faire en vingt ans ce qui peut l’être en cinq. » Il lui a fallu moins de quatre ans pour faire de Meero l’une des start-up françaises les plus en vue. Mi-juin, la plate-forme consacrée aux photographes a annoncé une levée de fonds de 230 millions de dollars (207 millions d’euros), la seconde plus importante de l’histoire de la French Tech. De quoi faire croître les effectifs et partir à la conquête du monde. De 40 salariés début 2018, la société devrait passer à environ 1 200 d’ici fin 2019. Un exemple parfait de cette « hypercroissance » dont raffole l’économie numérique.

Lire la chronique : « L’argent afflue dans la French Tech »

Le phénomène n’a pas de définition unique, mais désigne la situation d’entreprises qui connaissent un bond fulgurant de leur chiffre d’affaires – certains retiennent le palier d’une croissance de plus de 40 % sur trois années consécutives. Il coïncide souvent avec une importante levée de fonds. Et constitue un changement de dimension, souvent synonyme de fortes turbulences. « Tout est accéléré, le meilleur comme le pire. On ne peut rien laisser traîner, parce que le plus petit problème peut rapidement prendre des proportions démesurées », explique Matthieu Beucher, dirigeant de Klaxoon, une start-up qui, en deux ans, a vu son chiffre d’affaires croître de 15 000 %.

Pour ces sociétés, le passage à l’hypercroissance signe le deuil des premières heures si enthousiasmantes, où chacun fait un peu tout. Soudain, les effectifs explosent, les déménagements s’enchaînent, et l’organisation est chamboulée en permanence. De nouveaux métiers apparaissent et les exigences à l’égard des collaborateurs sont toujours plus élevées. Souvent l’anglais devient une compétence obligatoire. « D’un coup, c’est moins cocooning », reconnaît Christian Raisson, cofondateur de ManoMano, la plate-forme de vente en ligne d’outils de bricolage et de jardinage.

Gare aux erreurs de casting

Les collaborateurs de la première heure ne s’y retrouvent pas toujours. « Avec l’hypercroissance, soit tu deviens un expert dans un domaine, soit tu pars », admet Octave Klaba, le patron d’OVH, le géant du cloud européen. Et gare aux erreurs de casting quand on recrute à marche forcée. Après une levée de fonds de 30 millions d’euros, Armand Thiberge, fondateur de SendinBlue (marketing digital), a entrepris de doubler les effectifs de sa société, à 200 personnes environ : « On a recruté des gens à de très hauts postes de responsabilité qui ne sont pas restés. »

Retraites : la prudence tactique de Macron

En se prononçant de manière inattendue pour un accord sur la durée de cotisation, le chef de l’Etat cherche à séduire la CFDT et à ne pas brusquer les Français, pour une réforme cruciale de son quinquennat.

Par et Publié aujourd’hui à 10h37

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Des représentants de 48 associations, ONG ou syndicats étaient reçus à Matignon, le 27 août. Au premier plan, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.
Des représentants de 48 associations, ONG ou syndicats étaient reçus à Matignon, le 27 août. Au premier plan, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Tristan Reynaud/Sipa

L’exécutif avance désormais à pas comptés sur le dossier miné des retraites. Et compte bien mettre toutes les chances de son côté pour tenter de faire passer ce projet que beaucoup de macronistes décrivent comme « la réforme phare de la deuxième moitié du quinquennat ». En annonçant de manière inattendue, lundi 26 août sur France 2, qu’il préférait « un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge » pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein, Emmanuel Macron a rebattu les cartes d’une partie qui pouvait apparaître relativement fermée depuis la présentation, le 18 juillet, d’un rapport sur le sujet de Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire chargé d’élaborer la réforme. « Rien n’est décidé », a martelé le chef de l’Etat. Et d’ajouter : « On va construire cela tous ensemble. Il faut partager les contraintes, qu’il y ait une solidarité. Il y aura une grande négociation, un grand débat. »

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Si Edouard Philippe doit désormais reprendre la main en recevant les 5 et 6 septembre syndicats et patronat, pour beaucoup, c’est un signal envoyé à la CFDT qui était opposée, comme la plupart des autres confédérations, à l’une des principales propositions formulées par M. Delevoye : l’instauration d’un âge pivot à 64 ans, également appelé « âge d’équilibre », identique pour tous et assorti d’une décote financière pour ceux qui choisiraient de partir avant. Si la piste de la durée de cotisation était également mentionnée dans le rapport de M. Delevoye, celle de l’âge pivot était présentée par l’ancien ministre de Jacques Chirac comme « socialement juste » et « budgétairement et financièrement solide ». Mais elle ne semble pas avoir les faveurs du chef de l’Etat qui, selon plusieurs sources bien informées, n’a pas pris la peine d’informer au préalable le haut-commissaire du contenu de son intervention sur France 2.

Pas question pour autant de parler de « changement de pied » au sommet de l’Etat. « Ce n’est pas un virage sur l’aile, a assuré Bruno Le Maire, ministre de l’économie, mardi, sur LCI. Le gouvernement « ne passer[a] en force sur rien ». « On a toujours veillé à ce que le rapport Delevoye ne ferme pas de portes, fait-on valoir dans l’entourage d’Edouard Philippe. La durée de cotisation individualise le départ à la retraite, quand l’âge pivot est plus uniforme. » Un député de la majorité juge cependant qu’il y avait « un problème » avec le mécanisme tel que présenté. « De fait, c’était un nouvel âge de départ à la retraite si jamais la décote était forte », estime-t-il.

Le récit sans fard du « rythme infernal » de l’hypercroissance, selon le patron d’OVH

Dans un post de blog, Octava Klaba a fait son mea culpa et reconnaît des erreurs, notamment en termes managériaux, mais assure avoir fait du mieux qu’il a pu.

Par Publié aujourd’hui à 10h36, mis à jour à 10h41

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Octave Klaba, fondateur et patron d’OVH, dans un data center de son entreprise, à Roubaix, le 5 avril 2018.
Octave Klaba, fondateur et patron d’OVH, dans un data center de son entreprise, à Roubaix, le 5 avril 2018. Pascal Rossignol / REUTERS

« Avec du recul, c’était une belle connerie d’aller si vite. » Deux ans après avoir lancé sa société dans une stratégie de croissance effrénée, Octave Klaba, le fondateur d’OVH, a fait son mea culpa cet été. « Rythme infernal », « période très mal vécue en interne »… le constat dressé dans un post de blog, le 6 juin, permet de mesurer les défis que peut rencontrer une entreprise en hypercroissance. « En à peine dix-huit mois, OVH est passé de 1 200 à 2 500 personnes. Fin 2017, durant six mois, toutes les deux semaines, un bus de 30-40 nouveaux collaborateurs arrivait chez OVH », témoigne le patron du géant européen du cloud (l’informatique dématérialisée).

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Cette décision de faire passer l’entreprise à la vitesse supérieure, c’est lui qui l’a prise. « Je pense que c’était une obligation : on avait un plan de 1,1 milliard d’investissements, un peu train-train. On s’est dit qu’il fallait prendre de nouveaux risques, se projeter dans de nouvelles zones géographiques, développer de nouveaux produits. Pour ça, il fallait lever 250 millions et un peu de dette. » Pour la première fois en seize ans d’existence, l’entreprise fait, en 2016, entrer des fonds dans son capital et se lance dans une expansion accélérée.

« Une boîte toujours en survie »

Parmi les maladresses commises durant cette période, il évoque la décision prise de recruter des collaborateurs avec une forte expérience professionnelle alors que l’entreprise faisait plutôt appel, jusque-là, à des juniors qu’elle prenait le temps de former. Ça a été « un vrai choc culturel », doublé, parfois, d’« erreurs de recrutement » : « certains nouveaux ne respectaient pas nos valeurs ». Des anciens de la maison ne se retrouvent pas dans ce nouvel environnement, préférant pour certains quitter OVH. Autre erreur confessée : le choix de « décentraliser » la stratégie, ce qui a conduit à un certain éparpillement.

« Lors de cette phase d’hypercroissance, sur 100 pas que tu fais, il n’est pas possible de ne pas marcher une fois dans une crotte, mais ça me va très bien. »

Rencontré un mois après la publication de son post de blog, Octave Klaba relativise. « Une boîte comme OVH est toujours en survie, vu la concurrence qui existe dans le secteur. Alors il faut aller vite. » Encore faut-il accepter de passer par cette zone de turbulence. « Lors de cette phase d’hypercroissance, sur 100 pas que tu fais, il n’est pas possible de ne pas marcher une fois dans une crotte, mais ça me va très bien. »