L’objectif de plein-emploi d’Emmanuel Macron fait craindre une remise en cause du modèle social français

L’objectif de plein-emploi d’Emmanuel Macron fait craindre une remise en cause du modèle social français

Emmanuel Macron, à Nantes, le 28 novembre 2023.

Printemps 2017. Le candidat Emmanuel Macron est en campagne pour être élu président de la République et le taux de chômage tourne autour de 9 % de la population active. Pour le faire baisser, l’ancien ministre de l’économie de François Hollande prône alors le « libérer, protéger », un slogan qui s’inspire du modèle de « flexisécurité » à la danoise.

Il s’agit de « flexibiliser » le marché du travail mais aussi de sécuriser les employés, avec un système de protection sociale étendu et efficace. Emmanuel Macron annonce sa loi sur le travail, facilitant les licenciements, promet d’ouvrir l’assurance-chômage aux démissionnaires et d’engager une réforme systémique des retraites.

Automne 2023. Après une réforme des retraites ayant repoussé l’âge légal de départ de 62 ans à 64 ans, Emmanuel Macron, réélu en 2022, donne l’impression de toujours chercher un cap. L’objectif d’atteindre le plein-emploi – autour de 5 % de chômage – d’ici à 2027 est martelé partout. Mais le chemin pour y parvenir est semé d’embûches. Après une baisse continue depuis six ans, celui-ci commence à remonter, à 7,4 % aujourd’hui, et les économistes anticipent même une hausse jusqu’à 8 % d’ici un ou deux ans. Le chef de l’Etat a donc exhorté les uns et les autres à poursuivre dans la voie des réformes. « Réveillez-vous ! Nous ne sommes pas arrivés » au plein-emploi, a-t-il lancé le 21 novembre, à l’Elysée.

Pour le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, le coupable est tout désigné. « Quelque chose cloche dans le modèle social français » et ce dernier doit, selon lui, devenir « moins attractif pour ceux qui ne travaillent pas ». Il a suggéré une mesure choc qui contribuerait, selon lui, à atteindre le plein-emploi : abaisser la durée d’indemnisation des chômeurs de plus de 55 ans pour l’aligner sur celle des autres.

D’autres pistes seraient dans les cartons de l’exécutif. Matignon aurait ainsi l’intention de réformer le dispositif des ruptures conventionnelles, comme l’a révélé La Tribune dimanche, le 26 novembre. Loin du macronisme originel, donc, qui prévoyait d’ouvrir les droits à l’assurance-chômage aux démissionnaires.

La première ministre, Elisabeth borne, et le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, à Paris, le 19 juin 2023.

Les doutes pointent dans une partie de la Macronie

« En affichant l’objectif de plein-emploi, je trouve qu’Emmanuel Macron revient à sa matrice initiale, analyse Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondages Ipsos. En revanche, une fois cet objectif posé, il s’est accompagné très vite de mesures et d’annonces pour durcir le modèle social et pousser à une plus grande flexibilité, sans qu’il y ait en parallèle de mesures d’accompagnement sur la sécurité. » Comme si des deux jambes – la libérale et la sociale – du modèle ne subsistait finalement que la première.

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LJD

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