« L’exécutif va devoir plancher bien plus sérieusement sur le recrutement des professeurs »

« L’exécutif va devoir plancher bien plus sérieusement sur le recrutement des professeurs »

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Formation des contractuels de l’Education nationale, à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé). Environ 150 enseignants contractuels recrutés pour les écoles primaires de Seine-Saint-Denis y ont participé. A Livry-Gargan, le 25 août 2022.

La rentrée scolaire se sera parfaitement déroulée, puisque le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, l’a répété depuis la fin du mois d’août dans tous les médias : « Cette rentrée sera comparable à celle de l’an dernier avec un professeur devant chaque classe. » « Un professeur devant chaque classe », slogan répété tel un mantra destiné à rassurer, mais qui peine à masquer une réalité préoccupante pour l’école française.

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La crise du recrutement des enseignants ne date pas d’hier et n’est pas un phénomène spécifiquement français, mais ce qui s’est passé cette année aux concours est inédit : c’est à un véritable effondrement qu’on a assisté. Selon le ministère, plus de 4 000 postes sur les 27 332 ouverts aux différents concours n’ont pas trouvé preneur en 2022, soit près de 17 % de postes non pourvus, contre moins de 6 % en 2021.

Dans les académies de Versailles et de Créteil, particulièrement touchées, seuls 1 800 candidats ont été recrutés pour 3 265 postes ouverts. Sur l’ensemble du territoire, le recrutement des professeurs d’allemand a chuté à 55 % de postes pourvus (contre 70 % à 80 % les trois années précédentes), en physique-chimie à 66,7 % (contre 80 % à 100 %), en mathématiques 68,5 % (contre 84 % à 92 %), en lettres modernes à 83,5 % (contre 98 % à 100 %).

Devant cette crise sans précédent, le ministère a apporté une double réponse : à court terme, le recrutement de 3 000 contractuels ; à plus long terme et afin de relancer l’attractivité du métier d’enseignant, l’augmentation du salaire des professeurs débutants, à 2 000 euros net, en 2023. D’un côté, une mesure d’urgence en trompe-l’œil, de l’autre la poursuite d’une politique qui vient précisément de montrer son inefficacité : l’augmentation du salaire des enseignants débutants était déjà la mesure-phare du ministre Jean-Michel Blanquer pour l’attractivité du métier, or c’est précisément au moment où les jeunes professeurs n’ont jamais été aussi bien payés que les concours sont désertés !

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La catastrophe des contractuels

L’embauche massive de contractuels, si elle permet au ministère de sauver la face et de « faire le nombre », est une vraie catastrophe en l’état. Passons sur le fait que le message envoyé est désastreux tant il dévalorise le métier d’enseignant et contribue à faire reculer son attractivité, source même du problème.

Que le recrutement se fasse à bac + 3 voire bac + 2 dans certaines académies (peu importe la filière d’étude) contre le bac + 5 obligatoire pour devenir titulaire est déjà problématique, mais le plus grave tient au fait que ces contractuels n’auront eu que quelques heures de formation avant de se retrouver devant les élèves. Débuter dans ce métier est déjà difficile quand on est formé, cela devient presque mission impossible quand on ne l’est pas et qu’on n’a pas le niveau requis, même si le ministre assure que « plus de 80 % des professeurs contractuels ont déjà enseigné », un chiffre impossible à vérifier.

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LJD

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