Les Hannedouche, croque-morts de père en fils

Les Hannedouche, croque-morts de père en fils

A pas feutrés, les policiers pénètrent dans le couloir du funérarium en direction du cercueil, un coffre en bois de peuplier sur lequel une agente s’apprête à poser à la cire un scellé, toujours obligatoire avant une crémation. Sur le couvercle, une simple plaque à l’effet cuivre : « 1944-2023 ». La cérémonie aura lieu dans quelques minutes à la collégiale Notre-Dame-et-Saint-Laurent d’Eu (Seine-Maritime). Deux porteurs des pompes funèbres Hannedouche récupèrent le brancard mortuaire pour le faire rouler en silence jusqu’au corbillard. C’est justement le bruit qui a donné l’idée à René Hannedouche de lancer son entreprise funéraire.

A la fin des années 1980, la société d’ambulances de René prospère gentiment à Abbeville (Somme). Il travaille avec ses deux fils, qui ne s’entendent pas du tout. Un jour, il assiste à des « obsèques catastrophiques » : lorsque le cercueil est déplacé dans l’église, il entend un grincement épouvantable. « Je me suis dit que je pouvais faire mieux », se rappelle le grand-père de 89 ans, à la retraite depuis une quinzaine d’années. Déjà, René a en tête de laisser les ambulances à son aîné et d’embarquer le cadet, François, dans le funéraire.

En 1991, il rachète la maison attenante au garage de ses ambulances pour construire un petit magasin funéraire. A une époque où les morts sont veillés à domicile ou dans les chambres mortuaires de l’hôpital, René et François décident de se doter de deux salons funéraires. « Dans la région, on était les premiers à en avoir et à proposer ce service », raconte fièrement René.

« Un savoir-être »

Au départ, grâce à ses deux entreprises, René bricole l’organisation et « jongle avec le personnel des ambulances ». L’activité de pompes funèbres finit par s’implanter ; elle emploie désormais une vingtaine de salariés, répartis sur six agences dans la Somme et la Seine-Maritime, qui assurent à la fois les levées de corps, les soins, les cérémonies et les inhumations. Rémy et Hugo, les deux fils de François, ont rejoint la société, après avoir testé le métier en travaillant, l’été de leurs 16 ans, aux côtés des marbriers dans les cimetières.

A gauche, François Hannedouche, 55 ans, aux pompes funèbres d’Abbeville (Somme), le 10 octobre 2023. A droite, la boutique des pompes funèbres Hannedouche à Eu (Seine-Maritime), le 9 octobre 2023.
Des passantes lisent les avis de décès placés sur la vitrine des pompes funèbres Hannedouche, à Eu (Seine-Maritime), le 9 octobre 2023.

En plus de trente ans et trois générations de croque-morts, les Hannedouche ont vu leur activité se structurer. En 1993, une loi a mis fin au monopole communal du service des pompes funèbres, les forçant au fur et à mesure à professionnaliser leur gestion des ressources humaines. « Maintenant, la formation est indispensable pour l’administratif », explique François, la profession étant encadrée par des modalités strictes. Mais, estime-t-il, « vous pouvez avoir votre diplôme et ne pas y arriver sur le terrain ». Apprendre à vivre au quotidien avec la mort n’est pas donné à tout le monde. « Il faut essayer et voir si vous êtes capable », poursuit FrançoisPar-delà les diplômes, les Hannedouche attendent de leurs employés « un savoir-être », souligne Rémy.

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LJD

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