« Le robot contre la mobilité sociale »

« Le robot contre la mobilité sociale »

Tous les pays développés connaissent, depuis les années 1980, ce qu’on a appelé la polarisation des marchés du travail : l’emploi se concentre de plus en plus d’une part dans les activités où les niveaux d’éducation et de salaire sont élevés, d’autre part dans celles où les niveaux d’éducation et de salaire sont bas, le tout au détriment des emplois traditionnels intermédiaires.

En 1970 aux Etats-Unis, 31 % des emplois étaient peu qualifiés, 39 % intermédiaires, 30 % qualifiés. Cinquante ans plus tard, la part des emplois peu qualifiés est restée la même : 31 % ; mais seulement 23 % des emplois sont intermédiaires et 46 % sont qualifiés.

« L’évolution du marché du travail a eu peu d’effets sur les mieux éduqués, et des effets très négatifs pour les moins éduqués »

On peut affiner l’analyse en distinguant les salariés selon leur possession d’un diplôme d’enseignement supérieur. Parmi les personnes titulaires d’un diplôme universitaire, la part des emplois intermédiaires recule de 27 % en 1980 à 20 % aujourd’hui. Mais le phénomène est encore plus marqué pour les personnes sans diplôme universitaire, pour qui la part des emplois intermédiaires a chuté de 43 % à 29 %, alors que celle des emplois qualifiés a très peu augmenté, de 15 % à 17 %, et que celle des emplois peu qualifiés a bondi de 42 % à 54 %. La principale conclusion n’est donc pas tant la hausse des qualifications sur le marché de l’emploi que la perte de l’accès des moins qualifiés aux emplois intermédiaires.

Ces observations peuvent être étendues à la France où, en 1992, les emplois qualifiés représentaient 33 % de l’emploi total, les emplois intermédiaires 49 % et les emplois peu qualifiés 18 %. Les projections pour 2022 sont respectivement de 43 % (+10 points), 39 % (-10 points) et 18 % (stable).

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Le phénomène s’expliquerait par l’impact du déploiement des nouvelles technologies (« Work of the Past, Work of the Future », David Autor, American Economic Review Papers and Proceedings n°109, mai 2019). Celles-ci ont peu modifié le travail des diplômés de l’université, dont 57 % occupaient déjà en 1980 des emplois qualifiés et complexes ; c’est encore le cas de 61 % d’entre eux aujourd’hui. Mais elles ont fait disparaître les emplois intermédiaires détenus par les personnes au niveau d’éducation plus faible : ouvriers qualifiés de l’industrie, employés qualifiés des services financiers et des services aux entreprises… L’évolution du marché du travail a donc eu peu d’effets sur les mieux éduqués, et des effets très négatifs pour les moins éduqués.

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LJD

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