« Le boulot, c’est une bouée, une deuxième famille » 

« Le boulot, c’est une bouée, une deuxième famille » 

Statut social, alternance entre vie personnelle et vie professionnelle, attachement à l’entreprise, « sacrifice » ou « plaisir »… Un grand-père, un père et sa fille rapportent trois manières de vivre le travail.

Régis B., 56 ans, dans son pavillon à Vaumoise (Oise).

Régis B., 56 ans, dans son pavillon à Vaumoise (Oise).

En écoutant, Claude B. n’a jamais eu l’impression de travailler. A la différence , pour son fils Régis, son père travaillait sans cesse, ce qu’il n’a pas voulu imiter, tout en accordant toutefois beaucoup d’importance à son travail. Sarah B., petite-fille du premier et fille du second, s’épanouit, quant à elle, dans un juste équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. D’un récit à l’autre se dessinent trois visions du travail avec en toile de fond, continuellement, l’amour de leur métier quelle que soit la place, plus ou moins grande, qu’il prend dans leur vie.

A 80 ans, le patriarche, ancien technicien de la route à la Direction départementale de l’équipement (DDE), l’assure : « J’aimais beaucoup mon travail. C’était plaisant et agréable, comme des vacances. » Le soir et les jours de repos, le travail de la terre et des champs, les soins aux bêtes, prenaient le relais. « Un loisir gratifiant. On avait un résultat : du bois, des carottes, des œufs… », déclare-t-il enjoué, avant de constamment sur un ton d’évidence : « C’était vraiment un plaisir, comme des vacances. »

Pour Régis B., 56 ans, il n’était pas question de « se tuer au travail » comme ont pu le faire à ses yeux ses parents. Pour autant, lui aussi a choisi un métier de passion. Dans le jardin fleuri de son pavillon à Vaumoise, dans l’Oise, cet ingénieur chef de projet en géométrie du rail à la SNCF retrace avec sérénité une vie professionnelle choisie. Entré dans l’entreprise sur concours à 22 ans, il a su que « c’était bon » dès qu’il a « vu les rails ».

A l’époque, le jeune homme tout juste marié considère les avantages de la société ferroviaire : le statut de cheminot, l’évolution interne régulière, la retraite à 55 ans. Finalement, ce sera 59 ans. La donne de départ a changé, au fil des réformes et des gouvernements. « C’est agaçant, je me disais que j’aurais une deuxième vie. Mais je comprends que cela soit nécessaire. Et puis, je suis bien au travail », dit-il en haussant légèrement les épaules.

Mieux : plutôt qu’une « galère », Régis B. envisage le travail comme une « valeur refuge ». « Je me fais une fierté de travailler avec autant de plaisir. Quand je traverse un problème dans ma vie, le boulot, c’est une bouée, une ancre, une deuxième famille. C’est ce qui m’a sauvé de mes accidents de la vie », lâche-t-il avec pudeur.

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LJD

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