La camaraderie, soutient d’une vie professionnelle

Le groupement ouvrier des Compagnons du devoir forme 10 000 personnes chaque année. Elle tient ses journées portes ouvertes du 18 au 20 janvier.
Vérification d’une chaussure avec comparaison des deux pieds, à la maison des Comagnons du devoir, à Pantin,  le 11 janvier.
Vérification d’une chaussure avec comparaison des deux pieds, à la maison des Comagnons du devoir, à Pantin,  le 11 janvier. 

Aude Coutarel, 30 ans, a regagné la maison des Compagnons du devoir et du tour de France de Pantin, en Seine-Saint-Denis, pour « cinq semaines de perfectionnement au piquage ». En novembre 2018, cette titulaire d’un CAP de cordonnier-bottier était à Tokyo. Grâce à une bourse de la fondation J. M. Weston, elle a fait un stage de deux mois dans deux ateliers de fabrication de chaussures pour hommes dans la capitale japonaise.

De retour en France, cette jeune femme aux mains musclées a repris ses pointes, ses fils et son marteau, à Limoges, au sein de l’usine J. M. Weston.

Il y a un an, celle qui a décroché la médaille d’or du concours du Meilleur artisan de France en tant que bottier, vivait à 1 500 kilomètres de là, en Irlande. Dans sa quatrième année de formation, l’ancienne étudiante de l’Ecole nationale supérieure d’art de Bourges restaurait des « baskets, des sacs et faisait des clefs » dans une cordonnerie de Dublin.

Son « Tour de France », parcours itinérant de formation, s’achèvera en 2020. Soit huit ans après son entrée au sein des Compagnons du devoir, une association ouvrière dont les longs parcours d’apprentissage – le fameux Tour de France inclus – sont la marque de fabrique.

Du 18 au 20 janvier, ses soixante maisons vont ouvrir leurs portes pour faire découvrir au grand public sa méthode. « Nous formons 10 000 jeunes par an, c’est autant que l’université Paris-Dauphine », mentionne Jean-Claude Bellanger, secrétaire général. Mais l’offre de formation, basée sur les principes du compagnonnage né au Moyen Age, est encore mal connue des jeunes et de leurs familles.

 « Une structure atypique »

Ce principe d’enseignement en groupe suscite parfois des interrogations. L’association a survécu à sa création en 1941 sous le régime de Vichy. Mais elle est toujours apparentée à « une secte, aux tailleurs de pierre et à la franc-maçonnerie », reconnaît Grégoire Talon, responsable du Pôle d’excellence des matériaux souples à Pantin.

Et, pourtant, c’est un « truc formidable, une école d’excellence », décalre Christian Blanckaert, président de la fondation J. M. Weston, ancien directeur général d’Hermès. L’association dispense des formations rémunérées, en alternance en entreprise, pour devenir pâtissier, chaudronnier, plombier ou tapissier… C’est selon. Une trentaine de métiers de l’industrie ou de l’alimentation, au total, sont abrités.