« Il s’agit de permettre une nouvelle implication pour les “décrocheurs de la citoyenneté” »

Tribune. La fracture de confiance démocratique que nous traversons résulte d’un phénomène que l’on pourrait qualifier de « décrochage citoyen ». Ne se sentant pas entendue, une part grandissante de l’électorat se persuade que le système fonctionne contre ses intérêts et cesse de participer à la vie démocratique de la nation.

Face à ce phénomène de désaffection, les pouvoirs publics multiplient les tentatives de démocratie directe… avec un succès mitigé. Ainsi, les déboires du président de la République avec la convention citoyenne pour le climat ont mis en évidence toutes les difficultés de marier la démocratie directe avec l’affirmation d’un pouvoir exécutif efficace.

Des participants frustrés

Les dirigeants publics, qui utilisent sans modération le terme de « pédagogie », semblent aujourd’hui découvrir des sujets pourtant largement théorisés dans les écoles et maîtrisés dans les entreprises – et frustrent ainsi les attentes des participants. Faisons donc un peu de pédagogie !

La convention citoyenne reposait sur une construction bien connue que l’on nomme « apprentissage par les pairs ». Cette approche est effectivement très puissante pour faire émerger des solutions dites « en dehors de la boîte ». Dans ce cas, les différents métiers de l’entreprise (commerciaux, opérationnels, support…) sont sollicités pour résoudre un problème global et faire émerger des approches innovantes.

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Le management s’efface d’abord pour encourager la créativité, mais prend ensuite appui sur ces précieux apports pour initier le changement et, surtout, engager les collaborateurs dans la transformation ainsi dessinée. Il s’agit là de la seconde vertu de cette approche, sans doute la plus essentielle.

La limite bien connue de cette pédagogie est toutefois que les solutions proposées peuvent être contraires aux principes fondamentaux de l’entreprise, voire tout simplement illégales. Il est donc nécessaire de ne pas recourir à l’apprentissage par les pairs lorsque les finalités sont normatives, ou alors de poser clairement en amont le principe d’une régulation ex post par la direction. Le « sans filtre » ne saurait donc convenir.

Adapter le message

Cette régulation est d’ailleurs le plus souvent bien comprise des collaborateurs de l’entreprise, comme elle le serait sans doute des citoyens. L’essentiel est que les contributeurs acquièrent la conviction qu’ils ont effectivement et utilement contribué, ce qui rejaillira sur leur propre appropriation de la transformation. Le sujet est bien connu de toutes les directions des ressources humaines d’entreprises, qui mobilisent ensuite ces relais internes pour diffuser la dynamique du changement.

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