Il faut terminer avec la séparation verticale et horizontale de la fonction publique

Le spécialiste en science des organisations offre des chemins de réflexion pour que la réforme de l’ENA bénéficie à l’ensemble de la fonction publique

Derrière la cession projetée de l’Ecole nationale d’administration (ENA) et des grands corps, se représente un chantier bien plus sérieux (et où se situent les réels enjeux), celui de toute la fonction publique. Quelques pistes d’idées peuvent être présentées, en sus bien sûr des essentiels réformes « amont » de notre système éducatif.

Il faut écarter de tout concours administratif ce qui avait miné la conformité du concours de l’ENA, à savoir la nécessité d’une longue préparation, celle-ci ayant pour effet d’évincer de multiples candidatures pour défaut de support financier familial vacant sur plusieurs années. Le travail « ordinaire », c’est-à-dire l’expérience professionnelle acquise dans la société civile, doit être une modalité de préparation parmi d’autres.

Corollaire positif de cette cession, mettre en place des critères précis mais ouverts admettant à toutes les formes d’excellence (scolaire, mais aussi associative, artistique, sportive, professionnelle de tous corps de métiers) de venir taper à la porte de la fonction publique, sur la base d’un dossier assemblant des éléments prouvant les qualités mises en avant, complété le cas échéant d’un entretien doté d’une trame précise tenue à la connaissance des candidats.

Evaluation formative

En matière d’estimation professionnelle, passer d’une culture de la notation chiffrée, infantilisante, à une culture de l’évaluation formative, c’est-à-dire assistant aux progrès de sa pratique professionnelle et de ses compétences, mais sans traduction chiffrée et sans conséquence en termes d’amélioration. Cette évaluation formative pourrait être réalisée plusieurs fois par an (par exemple, tous les trois ou six mois) ou encore à la sollicitation du fonctionnaire à n’importe quel moment. Elle serait alors perçue comme un soutien, non comme une menace.

Un ancien militaire doit pouvoir solliciter en administration centrale de l’éducation nationale, et un ancien maître, au ministère des finances

L’appréciation dite « sommative » à enjeu d’accroissement, de prime ou de promotion peut poursuivre d’être réalisée, mais sur une base moins fréquente, par exemple, tous les trois ans, ou à la requête du fonctionnaire (mais pas plus d’une fois par an).

En termes de gestion des carrières, mettre fin à la séparation des fonctions publiques. Un ancien militaire doit pouvoir postuler en administration centrale de l’éducation nationale, et un ancien enseignant, au ministère des finances. Ceci admets de mettre fin non seulement aux grands corps, mais aux corps ministériels tout court, qui tendent à former les postes clés de leur ministère respectif en chasse gardée.