Des mobilisations en soutien à l’inspecteur du travail suspendu

Le ministère du travail vit, à nouveau, des heures mouvementées. Une intersyndicale, formée par la CGT, la CNT, FO, la FSU et SUD, a appelé à la grève et à un rassemblement, mardi 21 juillet, à Paris, pour soutenir un inspecteur du travail qui devait, ce jour-là, passer en conseil de discipline. Membre de la CGT, Anthony Smith se voit reprocher d’avoir « méconnu, de manière délibérée, grave et répétée, les instructions » que la direction générale du travail avait données à l’ensemble des agents, durant l’épidémie de Covid-19. Des « agissements » qui lui valent d’être suspendu de son activité « dans l’intérêt du service », depuis la mi-avril. L’intersyndicale, elle, dénonce une « action folle de répression et d’acharnement », portant gravement atteinte à l’indépendance de ce fonctionnaire – et, au-delà, à celle de tous ses collègues.
Les faits remontent à la mi-mars. Des élus du personnel de l’Aradopa, une grosse association d’aide à domicile dans la Marne, saisissent l’inspection du travail afin de signaler le manque d’équipements de protection attribués aux salariés contre le risque d’infection par le SARS-CoV-2. M. Smith écrit à l’employeur, pour lui demander de prendre des mesures destinées à garantir la santé et la sécurité de ses équipes : il existe, d’après lui, des menaces sérieuses pesant sur leur intégrité physique. Insatisfait par les réponses du patron de l’Aradopa, l’agent de contrôle le relance puis engage une action judiciaire en référé, le 15 avril, que le tribunal de Reims rejette – M. Smith n’ayant pas démontré « l’urgence qu’il invoque ».
Dans le même temps, le fonctionnaire s’est mis à dos sa hiérarchie, celle-ci estimant qu’il agit en dehors des clous – à l’égard de l’association d’aide à domicile mais aussi d’autres entreprises. Dans une lettre datée du 11 avril, la responsable départementale des services du ministère lui reproche d’avoir envoyé à l’Aradopa des « instructions de plus de 10 pages avec 35 demandes » et « un délai de réponse (…) manifestement trop court ». Elle observe également que M. Smith exige l’octroi aux salariés de masques de « type FFP2 ou FFP3, en contradiction avec la doctrine sanitaire nationale » puisque de tels accessoires étaient réservés aux soignants et ne se justifiaient pas pour les personnels de l’Aradopa.
Shérif
D’autres griefs sont exprimés : interventions dans des sociétés « hors de [sa] compétence territoriale », initiatives « qui se placent hors du cadre collectif » alors qu’elles portent sur des « situations complexes [devant] donner lieu à un échange préalable avec le responsable de l’unité de contrôle », suppression d’e-mails de sa boîte professionnelle, formulation d’avis sur le recours au droit de retrait « alors que les conditions d’appréciation de ce droit relèvent (…) du juge », etc. Autrement dit, pour le ministère, M. Smith s’est autoproclamé shérif, quitte à perturber – voire à mettre en péril – le fonctionnement d’une association qui assiste des personnes vulnérables.
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